Texte du Blind Texte donc. En fait, je savais pas quoi pondre pour le Blind Texte, j'ai fait pas mal de textes (enfin trois) que j'ai postés avant, parce que trop long, trop ernya, trop je ne sais quoi. Jusqu'à ce que pendant les vacances, je repense à une histoire sur des pommes de terre et que je décide que j'écrirai un texte qui s'intitulera "les pommes de terre ont cramé". C'est bien la première fois que j'ai lancé une page word vierge avec un titre !
Et puis j'ai écrit petits bouts par petits bouts, étrangement la fin m'est venue bien plus tard. Le texte est devenu un gros délire, au sens où je me suis amusée à mettre des références un peu partout (l'expo qu'on a vue avec Vera et Zach sur la crêpe cosmique, RdA, reprise d'un vers trop bien connu de La Fontaine, Store Wars...) et pas mal d'autres trucs plus perso dirons-nous.
Ce texte a été publié dans le deuxième recueil du MdE. Plus d'info ici (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,5187.0.html) ;)
Voilà pour le petit laïus, à vous ^^
Les pommes de terre ont cramé
C’est le matin ; il fait moche. Mais aujourd’hui est un jour important, entouré en rouge sur mon agenda : je vais démissionner. Cette après-midi sera mon heure de gloire. Moi, Béatrice Ricolet, je vais oser défier M. Jean de Beaufort, PDG de seconde classe. Evénement exceptionnel qui a de quoi remplir la une de n'importe quel journal lycéen du coin.
La grande cérémonie d’intronisation dans ma nouvelle vie se doit d’être parfaite. Je me fais couler un bain. Huiles essentielles et romarin. Confortablement installée, je rêvasse, la main nonchalante sur le rebord. Des gouttes tombent sur le carrelage. Plic, plic, plic. Je sors, me sèche et enfile une robe élégante aux motifs printaniers. Devant le miroir, je m'entraîne à donner à mes sourcils une courbe à la fois effrayante et déterminée. Finis les yeux baissés et la bouche en coeur, vous aller voir ce que vous allez voir, monsieur le Directeur !
Mon ventre, inquiet de se retrouver en reste, me rappelle soudainement mes priorités : un bon repas s’impose. On ne fait rien de bien le ventre vide, maman me l’a toujours dit. C’est dans la boîte rouge remplie de recettes découpées dans Vous au féminin que je trouve mon bonheur : un gratin de pomme de terre. J’allume la radio et commence l'épluchage. Une patate dans une main, l’économe dans l’autre, je déclame mon futur speech, transportée de grands élans républicains. Mais un coup d’œil à la pendule me ramène aux champs, je ne peux me permettre d’être en retard. Je rajoute allégrement crème et fromage et hop au four. Trente minutes, voilà. Le minuteur est capricieux, je crois qu’il aurait préféré être un réveil.
Je décide de regarder les informations. Nouvelle usine ouverte. Mini reportage sur les fermiers du Massif central. Heurt entre des jeunes et des policiers. Rien de tellement original en ce jour si important.
Le téléphone sonne. Je décroche. C’est encore un éternel sondage. Je ne sais pas dire non aux inconnus du téléphone. La standardiste, au discours rodé, m’égrène inlassablement leurs questions insipides. Le minuteur sonne. Je jette un regard vers la cuisine. C’est bien le moment. Le minuteur sonne. Cette sonnerie intempestive m’énerve, je bafouille au téléphone. Le minuteur sonne. Elle m’avait promis que ce serait court ! Le minuteur sonne. Depuis cinq minutes maintenant. La torture téléphonique perdure. Le minuteur sonne. Dix minutes ! Je réponds vite, m’embrouille, lui demande de répéter. Le minuteur sonne. Je tente poliment de lui expliquer que je dois écourter notre échange, aussi primordial soit-il. Le minuteur sonne, s’essouffle, je crains pour son pauvre petit cœur qui s’affole, j’angoisse, les jointures de mes mains deviennent blanches sur le combiné, je réponds aux dernières questions en apnée et raccroche victorieusement le téléphone. Le minuteur est à l’agonie et clignote comme un appel de détresse. Je me précipite sur le four. Les pommes de terre ont cramé. Adieu gratin, tout est calciné.
C’est fichu. Rien ne sert de démissionner, il faut cuire à point. Dans leur cercueil transparent, les pommes de terre continuent de me narguer. La gifle est phénoménale. Ma combativité s’effondre comme le soufflé au fromage du mois dernier.
Dépitée, je vais chercher le vieux reste de feuilles de salade au fond du frigo et les arrose copieusement de vinaigrette. Un yaourt à la framboise vient leur tenir compagnie, misérable lactose où l’unique framboise survivante n’a plus personne avec qui se battre en duel. Nourriture vs Béatrice. Nouvelle victoire par KO.
Je jette un dernier regard haineux aux dark potatoes tombées du côté obscur de la convection naturelle. Elles me dégoûtent. Je les envoie rejoindre les vomissures du chat. Bien fait pour elles.
C'est l'heure de me rendre à mon travail. Une fois là-bas, je brille une nouvelle fois pour mon humeur orageuse. On est le 23 mars et les horribles chiffres rouges du calendrier se rient de mon échec. Je gribouille rageusement dessus. Ma collègue dépose sur mon bureau ses dossiers en retard qui ne peuvent attendre son retour de vacances pour être traités. Je soupire. Le directeur aboie, je ne démissionne pas. Je rentre, maussade.
Dans l’évier impeccable git le plat défoncé. Je l’insulte. Je suis tentée de le jeter par la fenêtre. Mais je risquerais de blesser quelqu’un et j’ai déjà suffisamment de soucis comme ça. Je commence à avoir faim. Une envie grandissante comme si le flop complet de cette journée avait créé un vide intersidéral au creux de mon estomac. Mais il est hors de question que je cuisine quoi que ce soit. Mon four et moi sommes brouillés, à jamais peut-être. Alors je commande une pizza. La boîte entre les mains, je m’installe devant la télé. C’est une série que je n’ai jamais suivie. Un truc de flic. Plus de pizza. Mais le vide est toujours là. Bien pesant. Je tente une approche discrète en direction du frigo. Les pots de glace sont toujours en mode invisible. Je reviens m’asseoir et m’amuse avec les touches de la télécommande. Le téléphone sonne. Je décroche, c’est ma mère. Elle me demande comment ça va. Je lui réponds que les pommes de terre ont cramé. Elle s’excuse de me déranger en pleine cuisine. Je raccroche. Le chat vient me réclamer sa pitance. Je lui verse ses croquettes malodorantes et le regarde croustiller, la babine pleine de poudre. Friskies ne l’a jamais déçu, lui.
Allons, tout n’est pas perdu. Ce n’est que partie remise, Béatrice. Je vais chercher l’horrible calendrier de la poste. Le 23 avril tombe un dimanche. Un dimanche. Ma prochaine tentative pour mettre fin à l’impérialisme patronal se retrouve réduite à néant. Le 23 n’était pas le bon nombre, je n’aurais pas dû naître ce jour-là. Je n’aurais pas dû miser ma nouvelle vie sur ce nombre-là alors qu’il est responsable du fiasco de la précédente. Le 23 est maudit, responsable de soufflé sismique et de crémation de pommes de terre.
Ting Tong. La sonnette. C’est Juju, un vieil ami. Toujours aussi gay luron, il entre, des papiers plein les mains. Il m’explique je ne sais quelle idée scientifique fumeuse pour son expo. Comme à son habitude, il se dirige dans la cuisine pour trouver de quoi remplir son gosier assoiffé. Et là, c’est le drame. Il découvre mon œuvre, ma chiure culinaire du jour, le vieux plat défoncé où s’accrochent comme de vieilles méduses échouées deux grosses rondelles de pommes de terre noircies. Ses yeux s’agrandissent, sa bouche s’ouvre, ses papiers lui tombent des mains et j’en mène pas large, je suis à deux doigts de fondre en sanglots. Il pousse un cri, porte les mains à ses cheveux, me regarde, va vers le plat, revient vers moi et me prend dans ses bras.
-Oh, merci, Béatrice, tu es géniale ! C’est exactement ça que je cherchais. Tu viens de reproduire mon idée de pomme de terre cosmique. Merci !
Vers 12h27, les pommes de terre ont cramé. A 23h56, elles sont désormais l’élément clef de la nouvelle exposition temporaire de la Cité des Sciences. J’ai réussi ma vie.
Bon j'ai pas envie de me fendre d'une grande analyse car tout le monde l'a fait et je vais surement soit répéter ce que tous le monde à déjà dit :D, soit dire un connerie parfaitement inutile ><
Alors moi j'ai ADORE ! :viviane:
Je ne sais pas si c'est le style où l'histoire fabuleuse de comment un simple truc vient à vous pourrir une journée voir votre vie entière alors qu'au final c'est rien ça m'a plié. C'est tellement vrai et tellement absurde. Ça me rappelles tellement du vécu Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Alala ça fait du bien de rire, merci pour ce texte recommence quand tu veux, même si c'est de l'invention, je me suis vraiment senti moins seul sur le coup :D