Le Monde de L'Écriture
Salon littéraire => Salle de débats et réflexions sur l'écriture => Discussion démarrée par: Ines-B le 11 Septembre 2018 à 14:19:05
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Bonjour à tous,
J'étais en plein cours de philo, lorsque nous abordâmes le sujet: "Qu'est-ce que le bonheur? Sommes-nous réellement heureux?". Cette question me frappa parce que, depuis des semaines voir des mois, je metais convaincue que j'avais le syndrome de la page blanche car j'étais heureuse. Peu importe, je ne vais pas épiloguer la dessus.
Serait-il possible, selon vous, d'avoir de l'inspiration, et, d'écrire lorsque l'on est heureux?
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Ce qui est sûr, c'est qu'abordire est un néologisme hyper inspirant et ça m'agace d'en avoir loupé l'exclusivité.
Le bonheur est un terme un peu compliqué à définir...
Ensuite, la question se pose surement assez différemment pour chacun alors je vais y aller de mon sentiment personnel. Je suis en capacité d'écrire quand j'ai une certaine stabilité émotionnelle et qu'écrire revient à inspecter les limites de cette stabilité, à en circonscrire la superficialité acceptée, et à faire de-ci de-là des forages dans quelques angoisses, quelques mélancolies. Mais quand je suis en train de les vivre à pleine figure, j'ai rarement des choses satisfaisantes à cracher... Ce que je ressens, c'est que j'ai l'acuité nécessaire à l'écriture quand je suis dans un rôle d'observateur, quand je peux intellectualiser convenablement les problèmes et surtout pas en ayant le nez dedans.
edit : je vois que tu as modifié ton message... le mien ne se voulait pas ironique. Que son origine soit volontaire ou non, j'aime vraiment "nous abordimes"...
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Serait-il possible, selon vous, d'avoir de l'inspiration, et, d'écrire lorsque l'on est heureux?
Pourquoi ne serait-ce pas possible ?
Comme tu le soulignes l'idée de bonheur est à elle seule tout un concept à définir... Mais même en gardant une vision un peu caricaturale du monde des émotions, avec bonheur versus douleur : la seule situation où le bonheur me semblerait un obstacle à l'écriture, c'est si l'écrivain a fait le choix (ou ressent le besoin) de n'écrire que sur du vécu, nécessairement personnel, nécessairement actuel et nécessairement douloureux. Mais on peut écrire sur plein d'autres choses - non vécues, ou bien dans un autre laps de temps ou indirectement, ou même heureuses (soyons fou ^^ ). Je ne suis pas sûre que l'inspiration se nourrisse exclusivement du vécu actuel, on peut s'ouvrir à plein d'autres choses, souvenirs ou fictions, histoires dont on est le témoin et non l'acteur, etc etc.
(Quand je dis "on" c'est l'idée que je me fais de l'ensemble des personnes qui écrivent, c'est à dire c'est possible que l'un s'inspire de ci, l'autre s'inspire de ça, etc etc ; mais j'imagine que pour une personne précise, le champ peut être beaucoup plus réduit ou bien plus particulier, selon ce que la personne recherche à travers l'écriture).
(Et sinon, à titre personnel, je pense que je fonctionne un peu comme Lo, c'est plutôt en période de stabilité que je peux vraiment raconter des choses, plus je vais mal et moins je suis capable d'écrire).
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Si tu veux avancer dans ta réflexion, tu peux déjà renverser ta question, et te demander pourquoi quelqu’un de malheureux ou en souffrance aurait naturellement tendance à écrire avec plus de virtuosité. Car je suppose là que lorsque tu dis écrire, c’est de bien écrire, et pas en faisant une liste de course. On parle ici de valeur littéraire, je suppose.
Je pourrais moi-même, en me prenant au jeu, dire que la douleur cherche naturellement à s’exprimer, lorsqu’elle le peut. Et je pourrais m’objecter à moi-même que le bonheur aussi. En fait, n’est-on pas plus virtuose lorsque l’on vit ou pense des choses fortes ? La douleur pourrait-elle être plus forte que le bonheur ? Les médias nous montrent beaucoup d’images terribles, c’est vendeur, on voit beaucoup de drames dans les films et les livres, certes. L’humain a l’air d’être friand de telles choses. Pourtant, je ne crois pas que les grandes œuvres puissent consister seulement à gerber de la souffrance, si je puis me permettre. On retrouve quand même plein d’autres choses dedans, à commencer par des réflexions sur la condition humaine en général, plus ou moins conscientes.
En fait, je dirais que la souffrance fait tellement partie de la condition humaine (j’invite le premier qui n’a jamais souffert de toute sa vie à me jeter la pierre, mais pas trop fort quand même :mrgreen:) qu’il est assez évident qu’elle aura une place de choix dans une littérature elle aussi humaine. Mais si un livre sans souffrance (dans son contenu) est aussi rare qu’une vie sans souffrance, je ne suis pas convaincu que l’on puisse tout résumer à cela.
Voilà pour ma part. À toi de proposer tes réponses maintenant.
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Juste pour abonder dans le sens et corroborer inutilement ce qui a déjà été dit :
En fait, selon moi, ce dont tu as probablement exclusivement besoin pour vaincre la page blanche c'est d'un cerveau bien stimulé.
Les émotions, les sentiments positifs ou négatifs constituent probablement son carburant mais pas seulement.
Selon les cas tu peux même te retrouver dépassé par eux et incapable de t'en servir pour écrire.
Bref, il y a bien un rapport indirect mais c'est pas une condition sine qua none.
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Écrire oui, bien je ne sais pas.
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Parfois je suis heureux parce que j'écris. Je sais pas si ça compte...
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Théoriquement non si l'on considère les poètes maudits au XIXème siècle et cette légende qui veut que l'on se transcende artistiquement face à la souffrance.
En réalité, nul besoin de sombrer dans la dépression ou les substances opiacées pour bien écrire. Beaucoup d'auteurs avaient une existence rangée et sont pourtant des classiques.
Je ne dis pas que les accidents de la vie ne nous portent pas à écrire. Ils sont une source d'inspiration et de motivation, mais seulement plus flagrante que le quotidien. Cependant, ce quotidien apparemment monotone contient aussi son lot de petites choses qu'il s'agit de saisir.
Au-delà de tout cela, bien écrire, c'est surtout de la technique et de la méthode.
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https://www.franceculture.fr/emissions/le-temps-des-ecrivains/decide-decrire-parce-quil-y-a-quelque-chose-qui-cloche-sinon-se-contenterait-de-vivre
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Moi, personnellement, certains bonheurs m'ont comme évoqué une joie simple, consistante, inimitable, que je ne saurais oublier comme si ma vie n'avait été qu'une bouteille à la mer.
Donc, bien sûr, que, si j'écris joyeux, ce n'est absolument pas pour me contempler dans le miroir de mon bonheur, non, non, ce serait absurde !!
Et s'il existait une littérature supérieure ? Comme... une littérature qui chavire, et qui fait d'une espèce de grosse jarre pleine de plaisirs un trop plein renversé sur autrui... Peut-être qu'un lecteur ou qu'une lectrice se montre apte à boire ce débordement de satisfaction pour s'élever elle-même au bonheur !!
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Effectivement la légende voudrait que l'art, le vrai, soit l'apanage des misérables et des âmes torturées, le fameux spleen du poète...
Pour ma part j'ai une opinion assez cynique sur la question, à savoir que la dépression et la création artistique n'ont pas à proprement parler de relation de cause à effet entre elles, juste une corrélation avec pour point commun l'OISIVETE.
La création artistique comme le vague à l'âme étant l'apanage du "contre-productif" dans les sociétés humaines, ils ne peuvent donc s'épanouir que dans le désœuvrement. Rares sont les artistes qui bossaient 12 heures par jour à l'usine, il faut le reconnaitre, et la plupart préféraient encore crever de faim plutôt que de se tuer à la tâche et d'y laisser leur inspiration (et ils avaient bien raison).
Donc pour répondre à la question, non, je ne pense pas qu'il faille être malheureux pour bien écrire, il faut juste du temps, mais le temps, plus on en a pour créer, plus on en a pour penser, et plus on pense, plus on...déprime. CQFD
Bon en ce qui mer concerne je n'écris jamais autant qu'en vacance avec un petit coup dans le nez, du coup mon avis est peut-être un peu biaisé
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Pour ma part j'ai une opinion assez cynique sur la question, à savoir que la dépression et la création artistique n'ont pas à proprement parler de relation de cause à effet entre elles, juste une corrélation avec pour point commun l'OISIVETE.
Alors oui, je crois aussi que c'est un élément majeur, par contre je parlerais plutôt de disponibilité. Parce que oisiveté, ce serait bien mal connaître les grands artistes... En vérité, l'art n'ayant rien d'inné, il se travaille, s'acquière, ça prend des plombs et de la sueur. Les gens dépressifs ont surtout un mal de chien à faire quoi que ce soit et à y prendre plaisir, y compris l'art, ce n'est pas franchement un avantage. Bref, il faut être disponible pour travailler 12 heures par jour à son art, et donc pas à l'usine, mais je n'appelle pas vraiment ça de l'oisiveté mais plutôt de la disponibilité.
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Je me souviens d'une étude qui indiquait que (sans l'intitulé exact) la tristesse renforçait la créativité.
Ceci ne répond pas à la question, car jamais l'étude n'a dit que le bonheur interdisait la moindre créativité, simplement que la tristesse semblait amplifier certains aspects créatifs. D'où, peut-être, le mythe du poète torturé.
EDIT : D'ailleurs, de mémoire toujours, cette étude ne s'intéressait qu'aux émotions négatives sans observer leur exact opposé, aussi, je l'estime intéressante mais loin d'être suffisante.
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Je me souviens d'une étude qui indiquait que (sans l'intitulé exact) la tristesse renforçait la créativité.
Ceci ne répond pas à la question, car jamais l'étude n'a dit que le bonheur interdisait la moindre créativité, simplement que la tristesse semblait amplifier certains aspects créatifs. D'où, peut-être, le mythe du poète torturé.
EDIT : D'ailleurs, de mémoire toujours, cette étude ne s'intéressait qu'aux émotions négatives sans observer leur exact opposé, aussi, je l'estime intéressante mais loin d'être suffisante.
C'est peut-être aussi une question de degré ; comme le disait Erwan la grande majorité du temps une dépression (au sens médical) diminue voire supprime toute créativité (et pourtant les émotions négatives sont au rendez-vous....). Ça me semble difficile de mesurer la corrélation créativité-émotion isolée (avec le degré de ladite émotion ?), autrement que par des auto-questionnaires ; pas super fiables.
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On navigue de cliché en cliché. Si la tristesse rejette son environnement, on peut imaginer qu'elle trouve une plus grande facilité à rejeter les normes, à se lancer dans une certaine créativité.
Est-ce à dire que les heureux adoptent toutes les normes sans jamais désobéir ? C'est une bien triste vision du monde et je ne peux que m'inscrire en contradiction avec ces suppositions.
Et s'il fallait tout abandonner pour enfin créer, alors on abandonnerait la créativité elle-même. Ce sont mes rencontres et mes découvertes qui me rendent heureux, et c'est de celles-ci que j'ai envie de parler aujourd'hui. Alors je garde mes amours et ma créativité, je vous laisse le reste, ne vous en déplaise !
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Oulah !
L'étude ne mentionnait pas la dépression, qui est un cas à part. C'est une maladie.
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@ Nexwall :
C'est emma qui mentionnait la dépression dans son post, je crois que c'est parti de là, pas de l'étude que tu mentionnais. Il y a eu un léger imbroglio ;)
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::) Ah ! Oui, vraiment désolé. Merci Erwan, il y a dû avoir un quiproquo, je suis vraiment maladroit.
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Alan, je crois que la maladresse est de mon côté :-[, je n'ai pas pris le temps de détailler ma pensée.
Je parlais bien de l'étude, parce que si on mentionne la tristesse comme vecteur de créativité, ça me semble compliqué de ne pas mentionner la dépression, pour pousser le raisonnement à l'extrême. Si on ne peut pas pousser le raisonnement à l'extrême c'est donc l'occasion de mentionner qu'il y a peut-être là-dedans une histoire de degré :) .
Par ailleurs j'ai du mal à imaginer la construction d'une telle étude, avec les moyens actuels ça ne me semble pas forcément fiable, tout au plus on peut demander aux gens : "selon vous quelle émotion vous inspire" ou "selon vous à quel moment vous écrivez le plus"... ça reste super subjectif, surtout si on passe sous silence les émotions positives. (Mais si l'étude à une méthodologie plus fiable, mea culpa).
Perso je trouverais ça triste d'affirmer qu'il vaut mieux être malheureux pour être créatif, comme si la souffrance directe et actuelle était le seul moteur en ce monde. Ça me semble une vision limitée et simplifiée à l'extrême... Je n'ai jamais vu une personne 100% heureuse et satisfaite du monde qu'elle observe, à chaque minute de sa vie, donc je ne sais pas si cette personne aurait des choses à exprimer (il me semble que oui, comme le mentionnait Alan, on peut trouver beaucoup d'inspiration dans ses amours, ses passions)... Par contre j'ai déjà vu des personnes 100% tourmentées à chaque seconde de chaque jour et celles-ci ne pouvaient plus créer.
Et en tant que lectrice, perso si un livre ne parlait que 100% de douleur je m'ennuierais très vite ; et si l'auteur parvient à y glisser autre chose c'est que lui-même vit ou a vécu ou peut rêver à autre chose. Du coup je ne pense pas que seule la souffrance directe et actuelle soit un moteur.
(Je reste dans des images caricaturales, parce que la question de base me semble assez caricaturale en fait... :-[ désolée).
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Tu sais, Ariane, si je réagis après ton post, ce n'est pas nécessairement parce que je ne suis pas d'accord avec toi, mais simplement parce que tu emploies des notions très générales qui ont tendance à généraliser ton propos (comme si tu n'exprimais pas une opinion mais une vérité générale).
Je ne doute pas que certaines & certains comme moi auront compris que tu exprimais une opinion (qui t'appartient) ; ayant une opinion proche de la tienne sur la joie facteur de créativité, j'avais très bien compris qu'il s'agissait d'une opinion.
Mais effectivement, parfois la forme permet de rappeler que celles & ceux qui ne seraient pas d'accord ont cette légitimité à s'exprimer ; donc je maintiens à nouveau que si vous n'êtes pas d'accord avec Ariane et moi-même, vous êtes tout à fait légitimes à trouver que la tristesse est un facteur de créativité. Normalement, cela va sans dire, mais je me permets de le souligner pour qu'il n'y ait pas de malentendu.
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Serait-il possible, selon vous, d'avoir de l'inspiration, et, d'écrire lorsque l'on est heureux?
Si.
Je crois que je peux écrire dans n'importe quel état. Quel que soit la charge émotionnelle dans laquelle je me trouve.
La page blanche et le manque d'inspiration ne sont pas le résultat d'un surplus de bonheur. Pas pour moi.
Écrire augmente même mon sentiment de bien être. À la limite du bonheur, cela me rend heureux. Mais pas toujours.
Même si j'ai la plume noire et même si j'écris souvent dans l'ennui et la solitude, je ne considère pas que j'écris dans la souffrance et le malheur. J'aime la vie et je ne me considère pas comme quelqu'un de malheureux. S'il fallait que j'attende d'être dans un état exécrable pour écrire j'écrirais rarement. Alors que là, j'écris tous les jours.
Si je suis comme ça, j'imagine qu'il y a d'autres gens dans ma situation.
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Si je suis comme ça, j'imagine qu'il y a d'autres gens dans ma situation.
Oui, il y a d'autres gens comme tu le devines justement. Moi aussi j'écris aussi bien dans la souffrance où le bien-être. Ce ne sont pas les mêmes choses que j'écris selon ces moments, mais j'écris. Je ne pense pas que ça joue tant que ça sur la qualité produite en tant que telle. Après je pense aussi que la souffrance, si elle prend des allures pathologiques grave, peut arriver à tuer la capacité à écrire, et à tuer tout court, mais ça reste un cas extrême. Je crois également que selon pourquoi on écrit on peut avoir un regard différent, aussi certaines personnes peuvent penser que l'écriture ne se révèle véritablement que dans la souffrance, ce n'est pas fondamentalement faux, ou du moins c'est vrai pour eux. En tout cas il me semble qu'il y a toujours une part d'émotion dans l'écriture, qu'elles soient 'négatives' ou 'positives', gaies ou tristes.
Je trouve aussi que s'il est classique dans notre culture de différentier les émotions 'positives' de celles 'négatives', je trouve cela très discutable. Pour moi, par exemple, elles sont toutes positives, mais n'ont pas le même rôle, le même sens.
(Je reste dans des images caricaturales, parce que la question de base me semble assez caricaturale en fait... :-[ désolée).
C'est un peu caricatural peut-être, mais à la fois il y a un certain nombre de personnes qui se mettent à écrire dans un contexte de souffrance. C'est intéressant car ça recoupe avec ce que disait emma, sur la disponibilité et les conditions qui facilitent l'écriture. J'ai vu des patients en CMP qui pratiquaient une activité artistique pour la première fois de leur vie suite à un accident de la vie (une pathologie mentale) ou un trouble plus durable qu'ils essayaient de porter. Pour ces personnes, dans un premier temps du moins, je pense que la question leur semblera très pertinente, et pas franchement caricaturale. Je dis ça en connaissance de cause car j'ai commencé à peindre dans la souffrance, même si ce ne fut pas le cas pour l'écriture. Il est logique que notre parcours marque notre regard sur l'activité en tant que telle :).
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en fait je viens de me rendre compte que la réponse dépend beaucoup de ce que l'on entend par "heureux".
Parfois, ou plutôt pour certains, être heureux c'est être satisfait. Considérer qu'on a tout ce qui faut dans notre existence pour se sentir comblé et n'avoir plus rien à attendre. Quelque chose de très terre à terre finalement.
La satisfaction n'est pas quelque chose selon moi de très propice à la création, pour créer il faut avoir soif d'autre chose, toujours, sans jamais savoir quoi exactement. Ce n'est nullement incompatible avec le bonheur, c'est juste une façon différente d'être heureux, un peu plus exigeante peut être, ou simplement moins conventionnelle. Beaucoup de gens un peu bornés interprètent çà comme relevant d'un tempérament borderline ou dépressif, et combien de fois n'ai-je pas entendu à mon propos "elle ne sait pas ce qu'elle veut", "elle manque de repères" etc... Alors que j'ai juste une conception différente de ce qu'être heureux veut dire, ma notion de bien être n'est pas figée, elle ne repose pas sur un idéal de stabilité affective et matérielle.
en fait je pense que c'est un énorme cliché qu'il faut mettre à bas
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Parfois, ou plutôt pour certains, être heureux c'est être satisfait. Considérer qu'on a tout ce qui faut dans notre existence pour se sentir comblé et n'avoir plus rien à attendre.
OK pour se sentir comblé, mais je suis plus septique sur le fait de n'avoir plus rien à attendre. Quelqu'un sur le point de ce suicider pourrait estimer ne plus rien avoir à attendre, ça ne me surprendrait pas. Mais quelqu'un d'heureux, j'ai du mal à voir. Pour ce qui est d'avoir toujours soif d'autre chose, ça me semble très relatif là aussi. On pourrait considérer quelqu'un de totalement satisfait de sa vie, et qui ne chercherait pas à la changer, mais pour qui pourtant chaque instant est différent des précédents, et qui a envie de découvrir la suite telle qu'elle vient. Et en être là encore très satisfait. Je veux dire par là qu'on peut vouloir découvrir autre chose, sans pour autant que ce soit un rejet du présent ou du passé. Ça peut être très bien avant, très bien maintenant, et j'ai soif de l'expérience de demain. De ce point de vue, ça ne me semble pas incompatible avec la création.
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Pour ma part je pense que ce qui me fait écrire est lié à mes souffrances. Je prends l'écriture comme une véritable catharsis. Cependant je ne comprend vraiment le sens profond de ce que j'écris que bien après l'avoir mis noir sur blanc.
Mais ce qui peut être contradictoire est que pour écrire sur mes souffrances je dois m'en être assez éloignée (ou les avoir bien refoulées) et je dois donc être dans un état d'esprit positif dans un environnement heureux et détendu.
L'évitement est ma signature dans la vie réelle et je fais vivre mes douleurs à mes personnages.
Maintenant reste à déterminer si leur bonheur sont issus des miens.
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Oh oui ! N'écrit-on jamais que lorsqu'on est heureux ! Je ne sais pas comment décrire, si mes sens ne sont pas moi, si les affres font de moi un vulgaire chat de paille, une musque sans âme !
La vie d'une plume qui tourne et bulle, pourrait-elle ne pas s'étioler, si ses mouvements sont d'une main déprime, des pires !
La tristesse comme un moteur une sensation bien éveillé au-dessus de la torpeur s'élève - moteur ! mais moteur pour quoi pour qui, est-ce bien toi qu'écrit, qu'écrivit et qu'écrivèrent les âmes tristes heureuses d'être - tristes ! qui t'habitèrent puis restèrent elle ?
Si la tristesse t'égare, que tes tourments prennent tournure, en poésie délivrée, délivrante ou enivrée, n'es-tu finalement complet - d'avoir pu sentir exister ?
La naissance en bonheur ultime, complet comprend ses limites, et reste entier dans sa suite - il reste lui !
Il reste lui. Le texte a besoin d'intégrité. Le triste porte-plume n'écrit que des cendres, grisâtres grises et peu lustrées, alors que sa tristesse prend ses armes, et heureuse de vivre livre alors ses plus belles teintures orangées. Si tu écris triste et bien, c'est pas toi qu'a tout écrit ! C'est elle !
C'est elle ! C'est elle !
Cesse-donc de t'apitoyer, et sa grandeur dérober.
T'es nul ! T'es nul !
Mais elle est en toi et reste à toi de savoir où tu t'arrêtes.
Quelles sont tes limites ? et quelles seront celles de tes suites ? Trouve-toi complet complet complet...
Et tu t'exsanguira fatigué d'expliquer.
Ton sang n'est-il tien ?
Mais si ! Mais si !
Ah non ! Ah non !
Nacas
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Le titre de la discussion m'a interpellé parce que je me suis posé de nombreuses fois cette question !
Pour ma part, j'ai beaucoup plus de facilité à écrire quand je ressens des sentiments négatifs. J'ai le sentiment d'être plus "juste" dans les émotions. Quand je suis triste, déçue ou en colère, l'écriture me semble plus naturelle et plus vraie. Les adjectifs sont alors plus nombreux et plus variés pour décrire la douleur. Mais ça c'est personnel.
D'ailleurs, les bienfaits de la thérapie par l'écriture sont reconnus, soigner les maux par les mots... ;)
En revanche, quand tout va bien dans le meilleur des mondes, j'ai tendance à me sentir beaucoup moins inspirée. L'écriture heureuse, je trouve ça fade. Comme si je n'avais "rien à raconter". Alors ça ne m'empêche pas d'écrire, mais je mets plus de temps à me concentrer, à trouver un thème et à noircir quelques pages.
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Oui, c'est une évidence ! L'euphorie et l'enthousiasme sont aussi des sources d'inspiration. Je veux dire, toute émotion est source d'inspiration, donc on cherche différents facteurs de créativité.
En fait, après avoir mûrement réfléchit à ce sujet, je me rends compte que, derrière la notion de tristesse, il y a une forme de cadre émotionnel très primaire qui n'a rien à voir avec des sentiments plus profonds, plus recherchés.
Je crois que si le terme de bonheur n'est recherché qu'à travers un sentiment de satisfaction passionnelle sans aucune forme de rationalité, alors on entre dans le domaine de l'incontrôlable et je désapprouve tout à fait.
Je trouve que si ce sujet ne parle que de bonheur au sens « bestial » du terme, ça ne sert à rien d'écrire « sous le coup de l'émotion » juste pour se faire fantasmer, c'est vraiment problématique de percevoir les choses comme cela. D'accord, je l'admets : les émotions jouent un rôle très important en littérature, j'avais d'ailleurs ouvert un sujet de débat à une époque à propos de l'émotion ; de réduire la littérature à une espèce d’amas de satisfactions ou d'insatisfactions infantiles me semble profondément rédhibitoire.
Le débat est ouvert, j'en conviens, il me semble même fondamental de pouvoir se poser ce genre de questionnement !
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Bonjour à tous,
Les réactions sont intéressantes et vraies selon tout un chacun, même si différentes.
Pour partager mon expérience, j'ai touché à l'écriture après le décès de ma mère. J'ai eu besoin, par l'écriture, de déverser le mal-être qui me rongeait, l'incompréhension, la colère, la peine, l'amour, et tout un tas d'autres choses. Écrire a été ma survie, mon exutoire, ma libération, et une façon de lui parler encore, au-delà de la vie, parce que cela me faisait du bien de pouvoir le crier sur le papier pour m'en libérer.
Depuis, j'ai toujours gardé ce besoin (car il s'agit d'un besoin plus qu'une envie) de "sortir" mes émotions et sentiments négatifs dans les mots. Soigner les maux par les mots, comme le souligne si bien Betty. Et quand bien même les émotions négatives sont encore le moteur premier de mes inspirations, je les mêle à des sentiments positifs parfois, pour créer un contraste ou un espoir à venir, comme une lumière au bout de la route.
De mots en mots, je n'écris plus seulement pour cette raison aujourd'hui. Par amour des mots, de la langue et de l'expression de soi, oui.
Tout cela pour dire que parler ou écrire de ce qui ronge, angoisse ou rend triste, extérioriser ses pensées, permet de ne plus les garder à l'intérieur de soi au point de submerger et faire tomber, parfois, dans la dépression. Pour le coup, je la connais bien, et je "plussoie" les propos disant que la dépression n'aide en rien à écrire, ou être créatif au sens plus large du terme, voire de vivre.