Yo, alors ceci n'est pas tout à fait un texte, mais plutôt un récit né un soir alors qu'un Mdéien ensommeillé voulait une "histoire qui fait peur" pour dormir (nous ne citerons pas cet odieux personnage, mais sachez simplement que la position de son chignon sur sa tête n'est pas tout à fait orthodoxe, ce qui explique surement bien des choses). Et comme cet affreux jojo sombra au bout d'à peu près UNE minute, il n'entendit jamais la fin (ni même la moitié) de la merveilleuse histoire que je contai ce soir-là. L'effroyable gaillard me harcèle donc depuis pour que je lui raconte la fin, et, las, je cédai. Voici donc le résultat, mais en vrai je conseille l'écoute plutôt que la lecture (même si je n'aime pas trop trop le résultat qui n'est pas de la première des qualités) parce que ça a plutôt été pensé comme ça à la base, donc le style est très oral.
Ah et euh, j'attends pas spécialement de commentaires détaillés, pour le coup c'est pas mal un partage égoïste, désolé >< Mais bien sûr, tout commentaire sur le fond ou sur la forme est bon à prendre pour l'avenir, simplement je ne ferais pas de grosses modifications sur ce truc (ou alors très très très grosses seulement, genre le refaire de A à Z).
Et du coup l'audio est là (https://soundcloud.com/user-166587154/tu-connais-une-histoire-qui-fait-peur). Bonne lecture/écoute !
Tu connais une histoire qui fait peur ?
Tu es parti.e une semaine avec tes amis pour l'été, dans une maison. Jusque là, tu passes un assez bon séjour et un soir vous êtes cinq à être resté pour jouer à un jeu, tranquillement, les autres sont allés se coucher. Il est environ une heure du matin et tu t'amuses avec les autres, mais vous commencez à sentir qu'il fait un petit peu froid dans la pièce. C'est un peu étrange en été, mais ça ne vous alarme pas tant que ça, pris par la folie du jeu, au pire vous pouvez mettre un petit pull. Mais il se passe quelques minutes et le froid commence à devenir de plus en plus intense. Enfin ce n'est pas un froid, vraiment, il fait frais, quoi, on se croirait plus en automne ou en début d 'hiver qu'en pleine été. Enfin ça ne vous choque toujours pas vraiment et tu tournes la tête vers la fenêtre qui est à un des bouts de la table, et tu vois que ses bords sont peu à peu recouverts de gel, que la fenêtre commence à être gagnée par le froid. Dehors ça commence à devenir vraiment inquiétant, il doit faire très très froid pour que la fenêtre gèle. Tu préviens les autres, mais ça ne semble pas les gêner plus que ça, ils sont pris par le jeu. Tu as bien une amie qui donne une explication scientifique à pourquoi il pourrait faire si froid en été, mais personne ne l'écoute vraiment ou ne s'inquiète. Toi, ça te tracasses un peu, mais finalement ça ne te choque pas tant que ça.
Il se passe dix, quinze minutes et tu tournes à nouveau la tête vers la fenêtre, parce que bon, tu veux quand même savoir où ça en est. Et là, tu ne vois plus rien du tout, la fenêtre est entièrement couverte de gel. Ce n'est pas une grosse fenêtre, mais tu sais qu'il y avait un lampadaire derrière et tu ne vois aucune lumière. Tu te retournes pour voir tes amis, il y a une grande baie vitrée de l'autre côté de la pièce, que tu vois en tournant la tête. Et elle aussi elle est complètement couverte de gel, tu ne vois plus rien du jardin qui est derrière, rien du tout. Ça t'intrigue énormément, et tu remarques qu'en fait il y a des petites craquelures qui commencent à apparaître sur la vitre, qu'elles lézardent le verre de plus en plus. La vitre ne se brise pas, mais tu sens qu'un petit coup dedans suffirait pour qu'elle se casse et que quelqu'un puisse entrer ou sortir de la pièce.
Du coup tu préviens les autres, et il fait maintenant très froid. Cette fois-ci, vous êtes trois, quatre à vous dire qu'il faudrait au moins essayer de voir ça avec les autres qui dorment en haut. Tu vas pour ouvrir la porte qui mène à l'escalier, tu poses ta main sur ta poignée et tu sens qu'elle est très froide, que le froid qui est dedans commence à t'atteindre, à passer dans ta main, à remonter dans ton bras, jusqu'à ton épaule. Tu lâches très vite la poignée, en quelques secondes, tu recules, mais tu ne veux pas te laisser faire comme ça, il faut absolument ouvrir cette porte. Tu as un ami qui est un peu un « grand gaillard musclé », grand dadais, quoi. Il s'enroule la main d'un pull et il appuie sur la poignée. Le froid ne semble pas l'atteindre, mais rien ne semble spécialement se passer. Alors il appuie, appuie... et la poignée lui reste dans les mains. La porte n'est toujours pas ouverte, et vous comprenez que la clenche est gelée. Il essaye d'enfoncer la porte, mais elle ne bronche presque pas et il se fait juste mal à l'épaule. La porte craque un peu, mais il ne se passe rien et la porte reste vraiment fermée. Vous vous dirigez vers la cuisine, qui mène aussi à l'escalier, et il se passe la même chose.
Vous vous dites qu'il ne reste qu'une seule issue pour sortir, parce qu'il commence à faire très très froid, vous avez tous mit un pull, vous vous êtes regroupé au milieu de la pièce et vous êtes d'accord pour dire qu'il faudrait vraiment essayer de sortir de là, et surtout prévenir les autres qui dorment en haut, qui pourraient geler en dormant : si vous avez froid à ce point là, eux aussi. Vous décidez de sortir par l'unique issue qu'il vous reste, en éclatant la grande baie vitrée. Mais bon, vous avez tous un peu peur, clairement, il y a quelque chose de pas naturel dans ce froid. Ton amie explique encore une fois que, bon, c'est déjà arrivé qu'il fasse aussi froid en été, subitement, qu'il y a plein d'explications scientifiques, mais ça ne vous convainc pas du tout, vous commencez vraiment à flipper. Le « grand gaillard musclé » choisit d'y aller, pas par témérité, il est pas con, enfin il est pas spécialement musclé non plus, c'est juste le plus grand et le plus courageux de la bande, c'est pas un héros, quoi. Il se jette donc contre la vitre et passe dehors. Un grand vent s'engouffre dans la pièce, vous sentez que le froid s'intensifie et qu'il vous atteint plus profondément encore. Tu entends des pas étouffés, vraiment comme si ton ami marchait dans la neige. Tu entends deux, trois pas et puis plus rien du tout, il ne se passe plus rien du tout. Tu tends l'oreille mais tu ne perçois rien à part le grand vent qui redouble de force. Toi et les autres, vous appelez votre ami, mais vous n'entendez aucune réponse. Vous vous dites que de toute façon il va falloir sortir de la pièce, il y a une voiture à l'extérieur et peut-être que si vous arrivez à l'atteindre vous pourrez vous chauffer à l'intérieur, tant pis pour les autres, il faut déjà sauver votre peau. Et puis vous arriverez peut-être à réveiller les autres, en faisant du bruit avec les phares, ou autre chose.
Vous sortez à la queue-leu-leu, toi tu n'es pas tout derrière, tu es avant dernier de la colonne. Vous avancez et vous sentez que dehors c'est vraiment de la neige, quoi. Il n'y a aucun bruit qui se fait entendre, vous marchez tant bien que mal, et tu sens que la neige te glace, comme la poignée, d'abord par les pieds, puis le froid remonte le long de tes jambes. Mais tu vois la voiture à une quinzaine de mètres, alors tu continues d'avancer. Tu entends derrière comme un bruit un peu mat, et tu vois ton amie qui est tombée dans la neige. Tu la prends, tu la portes sur tes épaules et tu continues à avancer. Tu sens qu'elle est vraiment gelée, et que ça commence à atteindre ton dos, qui gèle comme tes jambes. Tu arrives à la voiture, il y a les deux autres qui sont devant, tu essayes d'ouvrir la porte de derrière, qui cède assez facilement. Les autres ne savent pas conduire, donc tu places tes deux amis derrière, avec celle que tu as porté, en leur disant de la réchauffer. Tu montes à l'avant, tu t'assoies et par chance les clés sont restées sur le contact, donc tu les enclenches, le moteur s'allume. Tu tournes la tête par réflexe, et tu vois ton premier ami qui est là, assis, le regard dans le vide. Tu l'appelle un peu, tu le touches, mais il ne réagit pas, il reste comme ça, stoïque à regarder le pare-brise, qui est totalement gelé. Tu le secoue un peu plus, tu insistes, et là, il tourne la tête vers toi, lentement, il te regarde. Et soudainement, il te saute à la gorge et te mord le cou. Là tu sens un froid, enfin même pas un froid, un vide qui vient de ses dents, qui s'agrippe à toi, qui s'engouffre dans ton corps. Tu es déjà gelé.e du dehors, mais là tu sens que ça atteint tout ton corps, tes entrailles, mais surtout ton esprit. Tu vois comme un grand blanc qui se forme dans ton esprit, tu n'entends plus rien, tu ne vois plus rien, tu ne sens plus rien, à part ce grand blanc, vide. Tu es toujours dans la voiture, mais tu es en train de partir, dans ce grand espace blanc. Tu regardes en arrière, tu ne sens même plus ton ami qui t'agrippe le cou, qui te le déchire. Tu regardes tes trois amis qui sont derrière, mais tu ne les vois pas vraiment, seulement deux lumières rouges, orangées. Ton amie qui a été gelée, tu ne la perçois même plus, juste ces deux boules de lumières. Tu t'avances à travers les deux sièges avant et tu leur sautes dessus. Tu les déchires avec le grand qui a été transformé, une boule de lumière coule en toi, ça te fait un bien fou, une sensation bizarre, une chaleur. Mais ça s'estompe très vite, et ça te laisse là, vide.
Dans un petit coin de ton esprit, tu te rappelles que dans une maison que tu as connu, il y a très longtemps, il te semble, il y a plein d'autres petites lumières.
Tu sors de la voiture et tu avances lentement dans la neige, affamé.
#bierre