Bonjour !
Un deuxième petit texte, toujours dans la série des récits d'un toubib (enfin, stagiaire ici, en l'occurrence).
Tout(e) commentaire/conseil/critique est bienvenu(e) ! Comme je n'ai encore montré ces textes qu'à une seule personne de mon entourage, je n'ai aucune idée de l'effet qu'ils produisent…
Bonne lecture !
Le Syndrome de l’Infarctus
7ème année de médecine - Janvier
Stage de cardiologie.
Je viens enfin de trouver ce que je cherchais. Je l’ai découvert, là, devant moi. Cela fait des mois que je le croise, que je le devine, que je cherche à mettre le doigt dessus mais qu’il m’échappe sans que je ne parvienne à le définir.
Il m’est soudain apparu comme une évidence.
Et, vous apprécierez ma modestie, je ne le nommerai même pas d’après mon patronyme. Non, dorénavant, je l’appellerai : le Syndrome de l’Infarctus (à ne pas confondre avec l’infarctus tout bête). Notez, j’aurais aussi bien pu l’appeler le syndrome du Pneumothorax Compressif ou le syndrome de la Péritonite sur Perforation, mais pour une raison obscure, le Syndrome de l’Infarctus semble plus parler aux gens.
Qu’est-ce donc qui vous vaut cette grande tirade ? L’infarctus, un syndrome ? Mais depuis quand ?
Le Syndrome de l’Infarctus peut par exemple toucher l’homme d’affaire brillantissime de cinquante-cinq ans, amateur de bonne chère, de bon vin, et beaucoup moins d’exercice, qui bosse comme un fou toute la journée (et une grande partie de la nuit) pour sa grande entreprise très-très-im-por-tan-te.
Un jour, bardaf ! Il fait un infarctus massif, et on le retrouve inconscient dans son bureau. On appelle évidemment les secours. On commence une réanimation sur place, mais le cœur est déjà faible. On le transporte aux urgences toutes sirènes hurlantes, et il y rentre en grandes pompes sur son grand brancard bringuebalant tandis qu’autour de lui, ça s’époumone : « AMI ! AMI ! On a besoin d’aide ici, et que quelqu’un prévienne les soins ! ».
ECG : plat. Piqure, massage cardiaque, intubation, ballon, air. Re-piqure, re-massage. Air… Air… Air… Air. ECG : toujours rien. Massage… On a un pouls ! On appelle l’anesthésie, qu’ils se tiennent près tout de suite, on va avoir besoin d’une angioplastie en urgence !
Sur le chemin de la salle d’op’, nouvel arrêt cardiaque. Massage, massage, massage. Ça ne sert plus à rien, il est m… Non, on a de nouveau le pouls ! On arrive en salle de chirurgie, on procède à l’angioplastie. Ça passe très très juste. Mais ça passe : le pouls est toujours là.
Le patient est stable… Pour le moment. On le surveille quelques jours aux soins intensifs, piqué, intubé, monitoré de partout. Plusieurs fois, on s’alarme, plusieurs fois on se dit que ça y est, c’est la fin. Mais le pouls reste fidèle au poste - en sourdine, parfois presque imperceptible, mais présent.
Finalement, le patient se réveille. Il est considéré comme hors de danger immédiat, donc apte à être transféré au service de cardiologie pour faire son bilan complémentaire. C’est là que je travaille.
Le lendemain de son arrivée, je viens lui rendre visite dans sa chambre. Je dis bonjour, toutes dents découvertes, heureuse à l’idée que la Médecine a accompli un exploit de plus, a encore sauvé une vie, une vraie, vraiment, une qui ne serait plus là sans elle. Quand je vois cet homme en face de moi, que je pense à tout ce qu’il a fallu d’avancées technologiques et de pugnacité humaine pour le tirer des griffes d’une mort jalouse de ses proies… Et quand je pense que je fais partie (à ma modeste manière) de ce bel ouvrage, que je participe à un ensemble qui vient de lui donner une seconde chance, que je suis un petit engrenage dans le grand…
- Quand est-ce que je sors ?
- Pardon, Monsieur ?
- Je veux sortir, je suis déjà resté suffisamment longtemps dans cet hôpital, j’ai du boulot qui m’attend.
- Oui mais, euh, il faut d’abord faire encore quelques tests, pour s’assurer que tout va bien, que vous n’avez pas de séquelles de v…
- Quoi, vraiment ?
- Oui, oui, c’était quand même un gros infarctus, on vous a ramené de loin ! Vous devrez éviter le surmenage pendant un bon moment, vous sav…
- Mais je dois reprendre le travail, moi ! Et en plus, mon voisin ronfle, le lit est dur, je dors vraiment mal ici, c’est insupportable. Non, c’est décidé, demain, je sors.
- Mais, euh…
- Oh, ça va ! J’ai survécu à cette crise, je survivrai bien à la suivante, pas besoin de vos tests ni de vos pilules !
Voilà. C’est ça, le Syndrome de l’Infarctus.
Edit : légères modifications suite aux commentaires. Merci !
Génial :D :D !
Franchement c'est prenant.
Je trouve que tu arrives bien à nous emmener dans ton univers (réaliste bien sûr) sans nous bassiner de mots trop techniques que seuls les gens qui appartiennent à "ce bel ouvrage" peuvent comprendre.
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
C'est d'un tout autre acabit que ton précédent texte. Là on finit en souriant et en se disant qu'il y a beaucoup de gens irrécupérables...
Bref tu as un fan.
Franchement j'ai adoré, j'attends les autres avec impatience ! (parce qu'il y en aura d'autres hein ? hein ? :noange:)
Salut !
À force de te croiser sur les textes du Mout je me suis dit que j'allais passer par ici.
mort jalouse de ses proies… Et quand je pense que je fais partie (à ma modeste manière) de ce bel ouvrage, que je participe à un ensemble qui vient de lui donner une seconde chance, que je suis un petit engrenage dans le grand…
Ces points de suspension ne me paraissent pas nécessaires.
Je suis pas sûr de vraiment comprendre ce qu'est le syndrome du coup.
Sur la partie narration, j'ai plutôt bien apprécié. Un peu moins les à côté (laissez-mois vous conter ; c'est ça le syndrome de l'infarctus).
Une petite lecture agréable, merci pour le partage.
Pour les points de suspension :
Effectivement, les premiers j'ai dû buguer. Sur les seconds, effectivement, avec ton explication ils sont tout à fait justifiés. Merci de ta réponse et désolé pour ça.
Pour le syndrome, zut, je me demandais si ce serait clair ! Tu confirmes une de mes craintes. En fait, j'ai volontairement laissé un peu de flou, parce que ça englobe une large définition. Globalement, il s'agit des gens qui passent par un épisode médicalement très grave (voire qui met leur vie en danger), sans vraiment s'en rendre compte, et qui par la suite considèrent que la médecine se doit de leur rendre immédiatement la santé d'un coup de baguette magique pour qu'ils puissent reprendre le mode de vie qui "les a mis dedans" aussi vite que possible…
C'est (peut-être) un peu confondu avec l'idée que le mec est un patron pur jus. Ça n'est pas non plus dérangeant outre mesure.
Merci encore en tout cas pour ton retour, ça m'aide, et désolée que tu aies un avis mitigé. C'est vrai que j'ai un style d'écriture plus adapté à un "blog" qu'à un recueil de nouvelles, parfois ><. C'est en partie voulu, mais j'essayerai de faire mieux pour une prochaine fois ;)
Après si le recueil de nouvelles est construit autour de ça ça peut passer aussi. Avec une nouvelle finale où c'est le "super narrateur" qui est héros sans ces artifices.