NIS
Les deux petits robots se font face, bras écartés, prêts à en découdre. Le plus svelte, le plus beau, c’est le bleu. L’autre, c’est le méchant. Il se met à faire des moulinets avec ses gros poings rouges, puis il s’avance en penchant sa tête cornue. À genoux, Basile encourage son héros : « Vas-y, Hercule, défends l’honneur de la Fédération ! » Le robot rouge accélère et se jette en avant. Hercule fait un pas de côté, fauche les jambes du balourd de la pointe de son pied, profite de sa chute pour sauter sur son dos et d’un mouvement sec lui arrache la tête. « Oh non, Hercule ! » Le garçon prend le jouet dans sa main et s’exclame. « Tu ne dois pas gagner si vite ! Il faut du suspense ! » Le robot bleu lui répond d’une voix métallique :
— Tu m’as demandé de vaincre.
— Oui, mais pas si vite, c’est pas marrant.
— Veux-tu que l’on recommence ?
— Oui. Et tu prends ton temps.
— D’accord.
— Et tu ne lui fais pas trop mal.
— Sa tête est conçue pour être arrachée.
— Oui, mais je n’aime pas. Pense à ton NIS.
— D’accord Basile.
— Allez, on recommence.
Basile remet en place la tête du robot rouge et dispose les deux combattants face à lui, sur le parquet. Il entend un bruit et se retourne. Mamie est dans l’embrasure de la porte. Le gamin la regarde, elle n’a pas l’air contente.
— Je ne t’avais pas entendue, Mamie.
— Moi je t’ai entendu. Tu en fais du bruit !
— Pardon.
— Et tes jeux sont bien violents…
— C’est pour de faux, Mamie.
— Il n’empêche que je n’aime pas te voir faire la bagarre avec ces jouets.
— J’étais en train de dire à Hercule de faire attention à son NIS.
Basile regarde la vieille dame avec un brin de fierté. Elle se penche, elle a haussé un sourcil.
— Tu sais ce qu’est le NIS ?
— Ben oui, on en parle à l’école.
— Raconte-moi, qu’est-ce qu’on t’en a dit ?
— C’est le Niveau de je-ne-sais-plus-quoi. Ça dit si on est gentil ou pas.
Mamie ne semble pas impressionnée par les connaissances de son petit fils. Au contraire, elle a la tête de l’institutrice à la retraite qui va faire un sermon.
— C’est plus compliqué que ça, Basile. Et je trouve que tu es trop jeune pour t’y intéresser.
— Mais, à l’école, les copains en parlent tout le temps.
— Oui, on en parle beaucoup en ce moment.
— Tu m’expliqueras ?
— Oui, mais pas ce soir. Il est tard, c’est l’heure de te coucher.
— Papa et maman vont bientôt rentrer ?
— Sûrement. Il faut dormir maintenant.
Basile ordonne à ses robots d’aller se coucher et ils réintègrent la boîte à chaussure au pied du bureau. Puis le petit garçon se jette dans son lit, se glisse sous la couette et tend les bras.
— Bisous, mamie !
Sa grand-mère lui passe la main dans les cheveux, l’embrasse et s’apprête à sortir de la chambre.
— Mamie ! Tu peux laisser ouvert, un petit peu ?
— D’accord, mais tu dors.
— Promis.
— Bonne nuit.
* * *
La musique du téléphone retentit et Basile ouvre les yeux. Dans la pièce d’à côté, il entend la voix de sa maman, puis celle de Mamie. Ensuite, c’est Papa qui parle, mais Basile n’entend pas bien. Tout juste perçoit-il de la tension dans les voix, comme une urgence, comme un danger. Il se lève et se cache derrière la porte entrouverte. Mamie a baissé le son, ou elle a mis les écouteurs, le garçon n’entend plus que sa voix à elle.
— Il faut sortir de la ville !
Mamie respire fort.
— Il n’est peut-être pas trop tard… Je ne peux pas te laisser dire ça !
Basile jette un œil dans le salon. Mamie est assise, les yeux écarquillés, la tête entre les mains.
— Non ! Non, vous allez y arriver.
Elle a crié ces derniers mots, Basile ouvre la porte, entre dans la pièce. Mamie ne l’a pas entendu.
— Oui, je le ferai. Oui, je promets, nous serons là où vous savez… Mais, si ! Vous viendrez, vous viendrez et tout ira bien.
Mamie pleure presque maintenant, elle implore.
— Tout ira bien !
Mais personne ne lui répond. Elle ôte l’écouteur de son oreille et reste un moment à fixer le sol, entre ses pieds. Puis, elle se passe la main sur les yeux, se redresse et renifle. Tournant la tête, elle aperçoit Basile, figé comme une statue. Aussitôt, elle se lève et le prend entre ses bras.
— Ça va aller Basile, ça va aller.
— Qu’est-ce qui se passe, Mamie ?
— Rien… je t’expliquerai plus tard. Va chercher Doudou, nous devons partir tout de suite.
— On doit partir ?
— Oui, vite. Va chercher Doudou et mets un pull.
— Et Papa et Maman, ils ne viennent pas ?
— Ils vont nous rejoindre. Dépêche-toi, prends Doudou et un pull, on y va.
Mamie a pris son air sérieux. Ce n’est pas le moment de discuter et Basile l’a bien compris. Il file dans sa chambre, ramasse son lapin en peluche et son sweatshirt sur la chaise. Lorsqu’il ressort de sa chambre, Mamie lui tend la main.
— Viens !
C’est presque en courant qu’ils quittent l’appartement et descendent jusqu’à la voiture. Mamie démarre aussitôt. Quelques minutes plus tard, ils sont sur la voie rapide qui sort de la ville.
* * *
Mamie garde les mains serrées sur le volant. Régulièrement, elle regarde dans le rétroviseur. Basile tient Doudou tout contre sa joue, il a passé son sweatshirt par dessus son pyjama. Il voudrait résister et ne pas sucer son pouce, mais c’est bien trop difficile ce soir. C’est même la nuit, et il ne comprend pas ce qu’ils font là. Les immeubles défilent, Mamie ne dit pas un mot. Basile a compris que ce n’est pas le moment de poser des questions et pourtant elles lui brûlent les lèvres. Alors, pour briser ce silence qui l’angoisse, il choisit de demander quelque chose d’anodin à sa mamie.
— Mamie, pourquoi est-ce que tu conduis toi-même la voiture ?
— Parce que j’ai appris comme ça.
— Tu as peur que la voiture ne conduise pas bien ?
— Non, ce n’est pas ça, c’est une question d’habitude. Et puis, ça m’occupe.
— C’est vrai que bientôt, les gens n’auront plus le droit de conduire eux-mêmes ?
— Oui.
La voix de Mamie est toute froide, comme coincée dans sa gorge. Elle ne s’est pas retournée pour lui répondre. Elle allume la radio en appuyant sur l’écran avec ses doigts, sans parler à l’ordinateur de bord.
« … a déclaré le ministre de l’information, confirmant ainsi que le dispositif NIS va être étendu à tous les enfants, à partir de 6 ans. La loi Transparence, qui sera votée la semaine prochaine au Parlement, devrait en outre autoriser la mise à disposition pour le public de nouvelles données d’implication sociétale et, pour les services de l’État, de données permettant de mieux lutter contre le terrorisme. Un amendement du Parti du Progrès propose que les entreprises aient accès aux compétences et motivations, ce qui permettrait de mieux mettre en relation les employeurs et les demandeurs d’emploi. Un groupe d’activistes a tenté de braver l’interdiction de manifester, une douzaine de ces terroristes a été arrêtée, certains seraient encore en fuite. On ne sait pas encore si… »
Mamie gémit et les muscles de sa mâchoire se contractent. Basile jurerait qu’il l’a entendue dire un gros mot. Elle a baissé le son, la musique bourdonne.
— Mamie ?
— Oui ?
— Tu m’avais dit que tu m’expliquerais, pour le NIS…
— Je ne sais pas si c’est le moment.
— À la radio, ils ont dit « à partir de 6 ans », j’ai plus que 6 ans moi.
— C’est vrai.
— Alors, tu m’expliques ?
Mamie prend une grande respiration. Elle se frotte les yeux du bout des doigts puis explique.
— Aujourd’hui, à l’âge de 14 ans, tous les citoyens doivent se faire implanter une puce électronique. Elle permet à la police de vérifier les identités de chacun, de collecter des données de déplacement et d’autres informations si nécessaire.
Basile écoute attentivement, les bras appuyés sur les sièges avant de la voiture. Mamie continue, sans quitter la route des yeux.
— Depuis quelques années, le Niveau d’Implication Sociétale a été mis en place. C’est une espèce de note de bonne conduite. Et elle est disponible pour tous, à partir des ordinateurs, des téléphones…
— C’est le NIS qui dit si on est gentil ou pas ?
— Ça devrait être à peu près ça.
— Et tout le monde peut le voir ?
— Oui.
Mamie ne semble pas vouloir en dire plus. Elle serre les lèvres et fronce les sourcils. Basile ne comprend pas pourquoi.
— Mamie, ça fait mal, la puce électronique ?
— Non.
— C’est dangereux pour la santé ?
— Pour la santé, non. Mais c’est dangereux pour l’humanité.
— Pourquoi ?
Mamie met la voiture en conduite automatique. Elle fait pivoter son siège, se retourne et regarde Basile dans les yeux.
— Écoute bien Basile, ce que je vais te dire est important : le jour où tous les humains seront mis sous contrôle, leurs déplacements suivis, leur conduite analysée et notée, leurs comportements enregistrés dans des bases de données, les avis de leurs amis, de leurs voisins, de leur employeur collectés et compilés… ce jour-là, la liberté aura disparu.
Basile n’a pas exactement tout compris, mais il a tout retenu. Il sait qu’il prendra tout le temps qu’il faut pour y réfléchir, parce que Mamie a dit que c’est important. Il pose sa main sur l’épaule de la vieille dame.
— Je n’oublierai pas, Mamie.
— C’est bien. Tu devrais dormir, maintenant.
Basile ne veut pas dormir, pas tout de suite.
— Où est-ce qu’on va, Mamie ?
— À la montagne, dans un hameau.
— C’est quoi un hameau ?
— Comme un village, en plus petit.
— Papa et maman vont nous rejoindre là-bas ?
— J’espère.
Mamie ferme les yeux un moment. Il a semblé à Basile que sa voix était plus vieille que d’habitude. Le garçon se cale contre la portière, serrant Doudou entre ses bras.
— Mamie ?
— Oui ?
— Pourquoi on est parti si vite ?
— Je t’expliquerai ça plus tard. Dors maintenant.
La voix de Mamie tremble, ça fait peur. Basile plaque son lapin en peluche contre sa bouche, l’odeur douce le rassure un peu et il s’endort.
* * *
Les virages de plus en plus fréquents ballotent le corps de Basile contre la portière. Lorsqu’il ouvre les yeux et s’étire, il découvre à travers la vitre le vert sombre des épicéas qui s’élèvent vers le ciel. De l’autre côté, c’est la pente abrupte, puis, en face, les escarpements de granite surplombés de neiges éternelles. Les surfaces brillantes se teintent des couleurs de l’aube, jamais Basile n’a vu de plus beaux paysages.
— Mamie, il est encore loin le hamac ?
— Bonjour Basile.
— Bonjour Mamie. Il est encore loin, le hamac ?
— Le hameau !
— Oui, le hameau.
— Nous y serons dans quelques minutes.
La voiture escalade encore quelques lacets et puis s’approche d’un col. Juste avant de l’atteindre, Mamie bifurque vers la gauche, sur un chemin de pierres. La pente est raide et la voiture rebondit sur les cailloux entre les profondes ornières. À cette altitude, il n’y a presque plus d’arbres mais une grande prairie parsemée de rochers et de quelques buissons. Mamie conduit très lentement. Enfin, apparaît une habitation basse, à moitié enterrée dans le sol ; son toit et ses murs de granite se fondent dans l’environnement. Mamie gare le véhicule, ouvre la porte, se déplie péniblement et tend la main à Basile.
— Voici la maison, viens !
Mamie ouvre les volets et les deux petites fenêtres de la pièce principale. Ça sent le bois et la poussière. Une porte donne sur une petite chambre à deux lits, une autre sur une réserve, enterrée dans la montagne, la roche y est apparente au fond. Mamie en ressort avec une boîte métallique. Basile l’observe tandis qu’elle remplit une casserole avec la bouteille d’eau de la voiture. Elle la pose sur le poêle en fonte dans lequel elle a jeté une poignée de petit bois. Basile obtient le droit de frotter l’allumette et de la poser contre un morceau de papier froissé, il regarde les flammes qui grandissent. Mamie verse une poignée de flocons d’avoine dans l’eau, puis trois cuillères de sucre.
— Cet après-midi, il faudra monter au lac pour préparer une réserve d’eau.
— Il est loin, le lac ?
— Pas tellement.
— On peut se baigner dedans ?
— Oui, mais l’eau est très froide ! Tu verras... En attendant que ça chauffe, viens, tu vas m’aider à sortir les panneaux solaires. Ensuite, on sortira les outils.
— Des outils pour quoi faire ?
— Pour mettre en place notre jardin. Viens voir.
Mamie emmène Basile dans la remise et lui désigne deux caisses en bois.
— Prends la plus petite, je m’occupe de l’autre.
Basile s’active puis ouvre le couvercle. À l’intérieur, des enveloppes et des boîtes. Basile en ouvre une, elle contient des petits pois tout durs.
— C’est pour manger ?
— Non, pour planter. Et nous avons aussi des haricots verts, des fèves, du blé, du maïs, des graines de navet, de carotte, de courgette, de potimarrons…
— On va planter tout ça ?
— Oui. Le plus vite possible, la saison est déjà avancée. Et regarde, la grande caisse est remplie de bocaux et de bouteilles.
Basile ne s’y connaît pas bien en jardinage, mais il se doute bien qu’il faudra des semaines avant que tout cela pousse. Il n’ose rien dire et pense à Papa et Maman. Quand viendront-ils les rejoindre ?
* * *
Enfin les premiers légumes, Basile n’en pouvait plus de manger des céréales. Bientôt, les haricots pourront être récoltés. Mamie a mal au dos, le bronzage fait ressortir ses rides et ses cheveux blancs. Ils ont fait tellement d’efforts pour parvenir à faire pousser les premiers radis et quelques salades.
Heureusement, Mamie a sorti une malle dans laquelle étaient rangés des jouets de quand elle était petite – un yoyo, des cartes avec des bestioles qui se transforment, des bonhommes en plastiques… – et une machine pour écouter de la musique sur des galettes en plastique. Elle appelle ça des CD, elle en a plein de vieux groupes du siècle dernier. Basile aime beaucoup la voix de Bashung et les chansons rigolotes de Thomas Fersen. Et puis, ils ont des livres aussi, une caisse entière de romans.
Ils n’ont vu personne depuis des semaines, à part un vieux monsieur qui habite plus loin dans la montagne et qui n’est pas très causant. Il leur a quand même donné trois poules et Basile a eu pour mission de leur faire un enclos avec des pierres et des branches. Ça l’a occupé plusieurs jours, elles réussissaient toujours à s’enfuir et voulaient manger les salades.
Basile n’ose plus parler à Mamie de ses parents. Ils lui manquent mais il voit bien que Mamie a de la peine quand il en parle et elle ne veut rien dire d’autre que « je ne sais pas » lorsqu’il demande quand est-ce qu’il vont venir.
* * *
L’hiver est venu. La provision de bois est suffisante, Mamie a fait des dizaines de bocaux de légumes, une pleine caisse de haricots secs, de pois cassés, de blé… et des bouteilles de jus de myrtille – elle dit que c’est pour les vitamines. Les poules ont un abri et du maïs pour longtemps. Basile n’a jamais vu autant de neige ; tellement qu’ils ne sortent plus beaucoup. Comme tous les soirs, ils veillent près du poêle à bois.
— Mamie, ça fait des mois que je ne t’en ai plus parlé… quand est-ce que Papa et Maman vont venir ?
Mamie regarde Basile dans les yeux et il devine qu’elle attendait que la question revienne. Elle grimace avant de répondre, comme si elle s’était cognée, une grande douleur au fond des yeux.
— S’ils étaient libres, ils seraient déjà venus.
— Tu crois qu’ils sont en prison ?
Mamie baisse les yeux.
— Je ne sais pas. C’est possible.
— Je veux savoir, je veux aller les voir.
— Si on découvre que tu n’as pas de puce électronique, on t’arrêtera, on t’en implantera une et tu seras placé en centre de rééducation.
— Mais Mamie, je n’ai rien fait !
— Je sais bien Basile.
— Et si on y allait ensemble ?
— Ce n’est pas possible.
Basile regarde Mamie, sans comprendre.
— Pourquoi c’est pas possible ?
— Parce que moi non plus, je n’ai pas de puce électronique.
— Mais c’est pas obligatoire ?
— Si. J’en ai eu une, que j’ai faite enlever et placer dans un collier. Pour ne pas me faire repérer. J’ai jeté le collier sur la route qui nous a menés ici.
— Ça veut dire que toi aussi, tu pourrais être arrêtée ?
— Oui, sans aucun doute.
— Qu’est-ce qu’ils ont fait, Papa et Maman ?
— Ils ont voulu défendre la liberté, lutter contre ceux qui nous gouvernent.
— Et on ne peut rien faire ?
— Je suis trop vieille et toi trop jeune. Ici, on ne risque rien, il ne reste que de vieilles personnes dans cette montagne. On n’est dangereux pour personne, c’est pour ça qu’ils nous laissent tranquilles.
Un nœud s’est formé dans la gorge de Basile, néanmoins, il réfléchit un moment puis demande :
— On ne peut rien faire ?
— Il n’y a que deux options : attendre ou agir. Tu choisiras quand tu seras plus grand.
Au fond de lui, Basile comprend que Mamie a raison.
* * *
Cinq hivers ont passé. Basile a bien grandi, il connaît son coin de montagne comme sa poche. Ce matin, il est parti tôt relever les nasses en bois tressé qu’il a posées au fond du lac. Mamie sera contente de manger du poisson ce midi. Alors qu’il redescend vers la maison, il aperçoit au loin sa grand-mère, dans le potager. À bien y regarder, elle semble allongée, immobile en tout cas. Il ne la quitte pas des yeux et poursuit sa descente en accélérant, Mamie ne bouge pas. Pendant quelques secondes, la maison n’est plus visible et Basile sent la peur grandir en lui. Il lâche ses nasses, ses poissons et se met à courir. Il dépasse l’amas de rocher qui lui masquait la vue, la maison est à trois cents mètres et Mamie gît au milieu des haricots. Les larmes coulent sur le visage de Basile, il appelle, il crie, il hurle en dévalant la pente. Mamie ne réagit pas. Lorsqu’enfin il arrive au potager, il prend Mamie dans ses bras. Elle ne respire plus, il est trop tard pour tenter quoi que ce soit. Longtemps, il reste assis, caressant ses cheveux, lui parlant une dernière fois, lui disant tout son amour.
* * *
Basile a enterré Mamie au pied d’un énorme rocher, sur lequel il a gravé profondément son prénom, une date et les ailes d’un oiseau. Pendant quelques semaines, il a continué à entretenir la maison et le jardin. Mamie lui a tout appris, il pourrait s’en sortir seul. Il passe ses nuits à y réfléchir : attendre ou agir ?
Un matin, sa décision est prise. Il n’a rien à cacher, il n’a rien fait de mal. Il ouvre l’enclos des poules, leur souhaite bonne chance, jette son baluchon sur son épaule et commence à descendre vers la route, vers la ville.