Exode.
Elle était légère, fraiche et spontané comme le printemps. Elle n’était pas belle mais jolie. D’une simplicité qui vous trouble ; même, elle vous charmait avec son teint rieur.
Elles n’étaient pas de celles, vulgaires, qui réveillent de vile pulsion en plongeant dans le fond de vos yeux. Non, elle était de celles qu’on considère comme une amie, dont on se surprend à vouloir plus. Elle exerçait sur vous une emprise dont personne n’a le nom.
Elle n’était pas douce, elle était délicate. Elle n’était pas timide, elle était attentive. Elle n’était pas naïve, elle savait. Elle savait les choses mais elle était trop polie pour en savoir plus. Il ne voulait pas en savoir davantage non plus. Elle était elle, et c’était bien.
Elle ne semblait esclave de rien : elle était vivante. C’est ce qu’il lui plaisait le plus. Lui — libre le temps d’une pensée, enchainé le temps d’une vie — avait trop d’ambition pour ce genre de légèreté. Mais il aimerait. Il aimerait embrasser l’herbe, dompter ces arbres, caresser ces routes désertes. Oui, il aimerait toucher ces montagnes, pénétrer le fond de ces terres, enlacer ce ciel.
Elle avait une odeur particulière qui la distinguait : une senteur d’herbe séché dont on ne pouvait deviner la provenance. Comme si, une fois le dos tourné, une brune venait se cons. Il le revoyait tapotant un paquet bleue avachis de sa main droite, s’en glissant une dans le coin gauche de sa bouche.
Puis il dû la quitter. Il ne comptait pas s’expliquer, c’était grave : une raison suffisante pour ne dire mots. Son choix n’aurait pas d’incidence, rien ne changerait, il le pensait. Il la concevait indifférente, certes volatile mais figée. Se trompait-il ? Personne n’aurait su le dire.
C’est ainsi qu’ils se quittèrent, sans un mot, sans une parole. Ces choses là se devinaient. En restant silencieux, ils préservaient leur simplicité.
Elle était belle, froide et brillante comme l’hiver. Elle s’efforçait méticuleusement à ce qu’on ne la cerne pas. Elle se laissait désirer par tous, tellement que chacun se l’appropriait : tous la voulaient et tous l’avaient. Un flocon au milieu de l’herbe verdoyante. Une fois dans vos mains, elle glissait entre les creux laissaient par vos doigts entremêlés ; peu importait la force que vous y mettiez, elle partait pour ne jamais revenir.
Elle n’était pas délicate, elle était franche. Elle n’était pas attentive, elle était indifférente. Elle n’était pas passive, elle osait. On ne savait pas si elle savait, elle était mystérieuse. Lui, il ne savait rien. Elle était attirante, c’est tout.
Avec elle, on s’imaginait tout. Elle lui murmurait des rêves idylliques ; qui tantôt l’emportaient, tantôt lui laissaient un soupçon amer de mirage. En elle, il puisait des élans d’inspiration. Une inspiration cynique, mélancolique, peut-être nostalgique. Inconsciemment, elle l’aidait à comprendre ce qui l’entourait et ce qui le composait. Les pensées qu’elle lui soufflait l’empêchaient de se pencher sur les choses essentielles, simples.
Il s’enracina vite. Il ne vit plus le temps passer et ferma les yeux. Trop tôt pour comprendre, trop tard pour réfléchir.
Un soir d’automne où résonnait dans la ville une mélodie calme et apaisante, il songeait. Elle lui manquait, sa campagne.
Edit : modifications apportées suite aux conseils de Dieter