Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Anne Cauvel le 02 Juillet 2018 à 10:56:36

Titre: Jean
Posté par: Anne Cauvel le 02 Juillet 2018 à 10:56:36
Il est fou, il lui plaît.
Il parle beaucoup, s’agite, percute les émotions liant le grave au lumineux. Elle a parfois du mal à le suivre alors elle s’accroche à ses yeux, aimantée par sa voix, ses mots. Il la surprend, la bouscule, l’embrasse. Son odeur. Sa peau. Un peu puis il s’écarte. Il donne, avec force. Elle rêve, elle cède. Et aussitôt il reprend. Elle souffre alors, un peu. Ca passe.
Son sourire la chavire. Sa sensibilité abrupte, mal taillée, qui envahit tout derrière l’esbroufe, la vulgarité, la dispersion…Elle la voit. Sa souffrance aussi, abyssale, ancienne, ancrée. Elle la sent, elle est entre eux comme une femme. Une part de lui vulnérable et aiguisée qui la bouleverse et dont elle ne sait comment l’alléger.
Sentiments en bazar, mots incapables de dire, de révéler. Elle tente de ne pas lâcher prise. Ne rien attendre de lui, ne rien attendre d’eux. Le penser vraiment. Ça lui coûte.
Une rencontre qui l’attache parce qu’elle la sait rare, exaltante, éphémère elle le craint.  Cette peur ennemie face à la possible perte déjà s’invite. Elle sait qu’elle n’est pas assez solide, pas encore, sûrement jamais assez. Parce que c’est trop dur l’attirance, retenir ses yeux, empêcher ses lèvres et contraindre ses mains.
Il la confronte à une force intime et familière. Elle n’a pas confiance en lui pourtant ils partagent le même langage. Il réveille chez elle quelque chose d’inné, d’ancestral. Une puissance qu’elle ne peut pas nommer et qui lui fait peur. Seule, elle n’ose s’en approcher et elle sait qu’il va lui lâcher la main, parce que c’est comme ça, il lâche. Puis revient. Pas toujours, sûrement.
Il est imprévisible, romanesque à la fois empathique et dur, violent. Une violence qui rebondit au tréfonds d’elle et qui la laisse fragile. Parce qu’elle fait écho à la sienne, elle ne peut pas encaisser les coups.
Pourtant avec lui elle a l’impression d’être au-dessus des gens,
ça la rend forte et légère.  Alors elle ferme les yeux et se laisse embrasser, le cœur tordu.  Et quand il cessera son étreinte ses larmes couleront.
Titre: Re : Jean
Posté par: Vilmon le 05 Juillet 2018 à 04:45:11
Envoutée par Jean et prisonnière de son charme et de son tempéramment volage.
Pourquoi vivre un amour doux et platonique lorsque l'on peut vivre un amour en montagne russe ?
Je souhaite alors qu'il y ait plus de monts que de creux et que ces derniers se déroulent au mieux...
Ah !  Que l'amour nous en fait faire des choses !  ;)
J'aime bien le style télégraphique, qui va droit à l'essentiel, des phrases courtes qui expriment et sous-entendent beaucoup en peu de mots.  On sent bien les deux contrastes de l'union et qui partgent aussi des points communs.
Titre: Re : Jean
Posté par: mercurielle le 05 Juillet 2018 à 13:33:40
Bonjour Anne,

Même sentiment que Vilmon pour ce qui est du style. Phrases courtes et hachées traduisent parfaitement l'émotion amoureuse. Quand on aime, on ne fait pas de la rhétorique, hein ?  ;)

Pour moi, un texte réussi = quand le style colle à ce que l'on veut exprimer. Donc, bravo.