Reflet.
Je ne vous aime pas. Voilà ce qui me ronge : je ne vous aime pas et cela me blesse. Personne ne m’intéresse, du moins si personne ne m’apporte un intérêt. Ma vérité est que je vis pour moi et que je me sens aimé des dieux. Pourtant je ne suis pas croyant, je trouve même ça grotesque, la religion.
Mon mal-être se confond à mon bien-être. Je suis heureux d’être moi, d’être beau, d’être intelligent ; de me rêver grand, spirituel, différent. Puis je me déteste d’être comme les autres, je déteste les autres, je déteste l’autre. Je me déteste.
Je me déteste d’avoir besoin de l’autre : je hais la solitude. Je ne comprends rien, je ne me comprends pas. Comment comprendre l’autre ? Qui est l’autre ?
Au fond, j’aime l’autre. Il me rappelle que je suis moi et qu’il est l’autre. Je l’aime pour ce qu’il m’apporte. Je me répète.
J’aimerai savoir qui je suis. Non, j’ai besoin de savoir qui je suis, mais je n’ose pas. N’avez-vous pas peur, vous ? Que le monde découvre ce que même vous vous ne vous êtes jamais avoué, comme l’Enseignant sévère qui brandit votre antisèche devant les yeux moqueurs des camarades ? Ne vous sentez-vous pas gêné qu’on puisse chatouiller, caresser le fond de vos abysses ? Ou suis-je le seul ? Il se peut que vous n’en ayez pas conscience, je vous le souhaite : naïf et heureux. Moi, je souffre.
Je souffre sournoisement. Plusieurs fois je me suis languis de mon malheur. Le bonheur m’agace, il est volatile, impuissant, frêle. Trop commode, trop accueillant, trop maladroit comme cet ami qui n’en est pas un. Tandis que lui, il est bien moins léger, bien plus profond, plus vrai, plus bavard. Encore une fois il me rappelle qui je suis : une différence, une défaillance, moi. Pourtant, je sais tellement que nous sommes tous ainsi. Je le sais tellement.
Je suis l’autre.
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Narcisse (Le Caravage).