Bon, ce texte répond à plusieurs défis qui traînent depuis treize mots. Enfin, à un défi à demi.
J'avais des tas de contraintes rassemblées aléatoirement en deux défis :
- répondre à un sujet de Krap
- écrire un texte avec que des verbes du 2ème groupe
- écrire un texte sans S
- écrire un texte sans verbes
J'ai choisi de répondre ici aux contraintes 1, 3 et 4 :mrgreen:
Pour la 3, c'était déjà ardu parce que mon héros devait être une mangouSte. Le titre étant considéré comme un paratexte, il contient un S.
Pour la 4, j'ai considéré que ça voulait dire "sans verbes conjugués", donc y a des participes.
Morphosyntaxiquement, il existe dans le texte deux occurrences problématiques :mrgreen: il s'agit 1° de l'emploi de l'expression "en veux-tu en voilà", dans laquelle le verbe vouloir est considéré comme lexicalisé et comme ayant perdu sa nature verbale. Il s'agit 2° de l'emploi de la locution "faire-caca", qui est considéré comme un substantif, sur le modèle de locutions préexistantes telles que "le vivre-ensemble".
Ce texte est bien entendu le témoin de l'ambiance heureuse et pacifique qui imprègne le forum depuis quelque temps.
Le défi de Krap :
Lo, je te défie d'écrire un texte dont le héros est une mangouste cannibale, rejetée sur une plage de sable noir et dont le seul ami est un goéland satanique...
C'est une histoire d'amitié. C'est, peut-être, une histoire d'amour.
Parabole du saint goéland
“Ô cruel océan de mort ! Agrégat de matière ennemie, eau maligne et félonne ! Ô dieux ! Moi, frêle et cannibale, rejetée en cette plage de poudre noire… en grande ire jetée, par ce grand vice projetée, gravement atteinte au maxillaire, ayant perdu une part de mon ocre pelage en l’onde tourmentée, me voilà à l’abord de cette grève tenue à l’écart du monde, toute de noir et de givre… ô Neptune ! ô divinité de Cythère et maux de Charybde, et toute nymphe et tout précieux corail dentelé, algue verte et brun varech, myriade ichthyque, ô peuple aquatique, pour quel odieux péché…
« Hiiiârh. »
Que… Par quel curieux trouble…
« Ârh. Ârh. Hiiiârh. »
Ô doux criaillement perçu par mon ouïe défaillante, égaré à mon image ? Et en provenance d’un cadavre ou, rêve pareil au miel pour mon intellect meurtri, de quelque être bel et bien vivant ? Faim ! Faim ! Mon abdomen vide et béant, temporalité infinie en regard de la dernière ingurgitation… Chair de ma race, chair de toute gémelle à portée de croc, ma dent jaune et pointue, apraxique de toute provende… Faim d’une viande féliforme !
« Ârh. Ârh. Lucifer ? »
Profération d’un bruit cornu et rougeoyant, contemplation rude par contre-plongée de l’étendue noire et de l’être menu et ocre.
Créature aimée ! En cet exil labourant mon cœur, un réconfort en l’armature plumée de ton âme ! Cependant pour l’énonciation polie de mon être, comment…
« Ârh. Fragonârh moi moi Fragonârh d’Arymathiii –iârh moioi. Omnivârh. Charognârh. Taille moyenne, blanc malpropre moioi, avec du noir contre la tête et l’aile, hihi – hihiârh ! Bec long et de la palme nichée à l’a–aâhr–vant du pied, toioi non ââârh ! Patte d’un vert affadihiâhr ! Hihiâhr ! Hihiâhr ! Hobby : Lucifer ! Lucifer ! D’une prononciâhrtion paâhr!âhr!ticulièrement commode, grand bonhomme de corne et d’hémoglobine en veux-tu en voilà ! Infernal, infernal, infernal !»
Cicéron en cette ère corinthienne et patricienne : « ex virtute rien de mieux que l’amitié », De Amicitia, p. 123, Budé poche, éd. bilingue, oct. 2007, voici pourquoi, tout imbibé de ton dit fendant le cœur du brave, déclamation de ma famille. Pour mon congénère, une face allongée et une apparence freluquette, l’oreille petite et ronde, la jambe courte, la queue longue et effilée. Moucheture générale pour mon congénère, voire une fourrure bien marquée, et ne point négliger la non-rétractibilité de la griffe, employée à l’excavation d’une infime quantité de terre meuble.
Goéland ! Imploration d’une rééducation de mon entendement parcouru d’une large plaie d’exil et de mer !
« Au 666ème jour, arrivée du Mâlin et du Dire Rouge : Meurtre de mouette et courroux de bec ! Décortication de la tripe morte et extermination du ver rampant ! Rite de purification marine et jeûne à la Friture-Vénérable, à mer tout crucifix et parole du faux prophète ! Récitation liturgique de l’Albatro Biblica ! Devoir du faire-caca dans la mer ! »
Fin du dogme, ârh âhr hiiiârh-cifer Cifer Lucifer ! La parabole du Goéland et de la Mangou’te !“
La griffe affleurant le roc rincé d’océan. Chaque fidèle priant et communiant, prenant et mangeant, partageant l’algue et le ver, perché çà ou là, Alleluia, hihiârh, âhr.