Bonjour à tous. On continue la reconquête de l'écriture avec, je l'espère, un texte qui n'est pas trop hermétique, qui est court mais qui m'a demandé quand même pas mal de temps. :mrgreen:
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Il y a un voile, épais et lourd, sur la figure de l'être, une ombre massive, un fantôme accablant qui s'étend sans partage et sans condition ; lancinant, absolu, il s'invétère à l'infinitif mais se formule avec la sévérité de l'impératif ; il n'a ni nom ni forme et pourtant dit et déforme, il n'a ni raison ni sens et pourtant déraisonne et encense. Il n'est rien mais le voilà partout qui déploie l'envergure de l'absurde, qui masque les cendres du monde qu'il a calciné, de fond en comble, pour sanctifier l'immensité des semblances, pour célébrer les hurlements de surfaces qui demeurent insipides. Il n'est rien, il n'y a pas d'intériorité à ce dehors infaillible, pas de chair à ce lisse épiderme – il n'y a que des silhouettes infinies.
Ce n'est qu'un monstre qui n'a d'amour que pour l'énorme, qui n'a pour profondeur que la pléthore, qui s'étend, qui remue son corps mais n'effleure plus le sol qu'il a désormais rongé ; il est en exil, perché sur sa solitude, comme il a troqué la musique pour l'éternité et chassé toute substance pour cette unique tonalité. C'est une imperfection qui ne sera jamais comblée, un miroir qui a gardé l'empreinte de ce qui a disparu, qui retient l'illusion et l'allure sans qu'existe encore avec le contenant le moindre contenu. Seules ses absences, ses manques et ses vides ont une matérialité. Il n'y a en lui que des écarts et ses interstices n'ont d'affinité qu'avec l'abîme et l'ineffable : les mots peuvent nous mystifier, pourtant face à la mythologie des façades, tout dire se tait et se retire en silence.
Ce monstre est le nôtre, partout et fuyant, démesuré et impalpable, là, invisible, tant au bout des lèvres qu'il s'échappe au-delà, d'une palette qui repousse toujours les couleurs, d'une musique qui n'est finalement toujours qu'un bruit, qu'un unique bruit solitaire, vrombissant et indistinct. Car il n'y a d'être que pour des apparences fatiguées, et si ce monde ne se laisse jamais saisir, c'est qu'il respire d'un souffle infini.