Bonjour Alela, :)
En vrac !
Première impression : du vocabulaire tenu, de la phrase soignée, une imagination galopante, mais dont le cavalier aurait perdu crescendo les rênes. Il te faut maîtriser ta monture si tu veux que ton lecteur subisse moins les ruades de ton cheval fou. Bref, tout est là, mais il y en a, à mon goût, un peu trop. Cela déborde sur les côtés et freine considérablement l'intérêt suscité par ton récit, alors qu'il possède intrinsèquement tous les arguments pour devenir aussi vif qu'attrayant.
Le premier paragraphe très écrit, très bien écrit, devrait être ton maître-étalon, si j'ose dire.
Personnellement, j'aime beaucoup les contes fantastiques, mais je les ai toujours préférés lorsqu'ils étaient situés dans un temps révolu, à la manière d'Edgar Allan Poe ou de Maupassant. Si je te dis cela, c'est que je pensais que ce premier paragraphe de par son style allait justement me plonger dans un 18/19 ème siècle aussi étrange qu'inconnu.
Ceci étant dit, le second paragraphe me semble déjà superfétatoire. Reste, si tu le veux bien, sur l'établi. Restons au plus proche de Charles. Ne t'égare pas avec Basile, le Poulailler, les Cormorans, les cancers de ses amis.
Le troisième paragraphe est à mon sens la bonne transition. On découvre sa mélancolie. Que sa femme est morte.
Le quatrième paragraphe tient aussi la route. On découvre qu'il a une fille, mais qu'elle réside au Japon. Là, on comprend vraiment qu'affectivement il est bien seul.
Ses fenêtres donnaient sur le Jardin botanique dont il empruntait les allées chaque jour. Un immense triangle de verdure au cœur de la cité. L'extrême Ouest du jardin débouchait sur le port de plaisance où se trouvait le bar « le poulailler ». Il emprunta l'étroit chemin bitumé qui serpentaient entre les gunéras, les rhododendrons et les fougères arborescentes. L'air charriait des nuées de pappus, de ces aigrettes blanches de pissenlits, virevoltant dans les rais de lumière qui illuminaient les remous d'un petit ruisseau. Le printemps, déjà bien avancé, parait les buissons de rhododendrons de mille nuances de roses et d'orangé. Tandis qu'un érable aux minuscules feuilles rouges enflammait les abords d'une retenue d'eau. Assise sur un banc, au bord de l' étang, Léone, sa voisine, nourrissait les canards. Ils se saluèrent poliment et échangèrent quelques banalités. Il lui souhaita une excellente journée et reprit sa route. À peine trois pas et déjà il se morfondait de ne pas avoir su trouver les bons mots. Toujours des commentaires sur la météo ou le gardien de l'immeuble, rien de plus, jamais. Elle devait le prendre pour un raseur, un fâcheux assommant de platitude, bref, un personnage insipide. Il aurait pu engager la conversation sur son chat, la prochaine rencontre du syndic ou la mort de Johnny Cash pour changer... mais non même pas. Mais quel stupide individu il faisait ! Ancienne agrégée d'histoire de l'art et d'histoire tout court, elle devait en avoir sous le chapeau! Comme il lui proposerait bien de vagabonder dans les dunes au crépuscule ! À moins qu'elle ne préfère une partie de pêche sur le bateau de Fernand ? Et qu'est ce qu'elle pense des propos de Jean Ziegler, Michel Serres ou même Pierre Rhabhi ? C'est quoi son plat préféré ? Est-ce qu'elle sait danser ? Elle était si belle, si féminine, ce matin avec ces reflets dorés dans les cheveux qui se confondaient avec le soleil...
Dans ce paragraphe-ci, très bien écrit au demeurant, se chevauchent mille détails, qui retardent là encore à mon avis le début de ton intrigue. On était sur l'établi. Et puis, tu nous présentes à brûle-pourpoint et dans l'ordre ses amis, sa femme, sa fille, les senteurs parnassiennes d'un jardin botanique et enfin sa voisine. Je pense que cela fait un peu trop. Mais cela reste uniquement mon ressenti.
Je te propose donc d'effacer (la mort sans doute dans l'âme), le personnage de Léone afin d'en venir plus rapidement à l'achat du chronographe.
Mon désir n'étant pas absolument pas de t'assommer, mais de t'offrir une jolie paire de ciseaux pour booster ton propos, dis-moi si ce que j'ai soulevé te parle. Auquel cas, je te ferai prochainement d'autres propositions pour la suite !
Bien à toi !