Bonjour à tous ! On s'y remet, en commençant par une forme habituelle pour relancer la machine. J'ai été très occupé, et j'espère que je vais enfin arriver à dégager du temps pour écrire : ça me manque.
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La vérité est un masque car le monde ne s'arrête jamais. Le flux ne se laisse border dans son lit qu'un bref instant, il coule inlassablement, il reprend toujours sa liberté. C'est pourquoi la vérité, derrière l'apparence d'une force tranquille, n'est en réalité que le résultat d'un pouvoir artiste, d'une pulsion créatrice, impérieuse et opprimante. La vérité est une œuvre, et si l’œuvre semble rigoureuse et froide, son avènement et son principe s'inscrivent dans la moiteur intestine des affects. La nécessité logique n'a d'autre origine que l'impératif passionnel ; et de cette origine colorée, tropicale, elle tire son caractère d'obligation morale.
Car le monde ne s'arrête certes pas mais nos vies disparaissent. Il a fallu que l'humanité conjugue ces deux faits : tout change en effet, pourtant la conscience rencontre une fin radicale. Rien ne se laisse délimiter bien longtemps et pourtant, l'instrument intime de mon être-au-monde, le « je », voit l'irremplaçable disparaître. Cette expérience de la mort est l'origine même de la vérité. C'est là, devant l'anéantissement, que s'est formulé le vœu de tout retenir. Suspendre, paralyser ce qui de droit se métamorphose pour confectionner l'éternel ; contenir, étouffer les vapeurs dansantes de la mutation pour ne plus avoir à pleurer l'irremplaçable. La vérité prend naissance dans des sanglots et le sérieux tire sa froideur d'une détresse qui a baissé les bras, résignée devant ce seul fait. La mort est le prototype de la factualité ; elle seule possède cette sorte de fatalité, cette fermeture infinie d'où rien ne peut plus s'échapper.
C'est dire que le monde d'aujourd'hui, technique et scientifique, s'est littéralement développé sur les cadavres des êtres qui nous sont chers. C'est dire, aussi, que tous nos concepts les plus insensés, comme l'éternité, le vide, le rien, la vérité, sont les rejetons de nos regards angoissés sur le réel. Une éternité qui serait une stase immobile, un vide, un rien qui ne seraient relatifs à aucune plénitude ou aucune existence n'ont pas de signification. Ce ne sont en réalité que des dents et des poings qui se serrent, comme si hurler de toutes nos forces nous donnait raison. La vérité n'exprime donc pas la rigueur ou la neutralité, pas plus qu'elle n'ouvre sur l'objectivité : elle véhicule, au contraire, la lourde voix de ceux qui ont survécu, avec l'impératif que ce ne soit pas en vain, qu'il y ait là quelque chose à créer – des arrières-mondes.
Toutefois, l'humanité ne s'est pas simplement arrêtée sur une erreur, il n'y a rien dans nos expériences qui n'ait la même brutalité factuelle, qui ne soit l'exemplification parfaite d'une délimitation infinie : mon corps ne possède pas le même destin et trouve une place, même mort, dans l'économie du tout, cependant, ce à quoi je me réfère lorsque j'envisage mon existence se heurte à un « nulle part » qui semble bien réel. C'est pourquoi la vérité est avant tout un sentiment religieux : le fétichisme s'en est emparé pour composer un quelque chose. Ainsi, l'homme conçoit et reconnaît la finitude puis confectionne, de rage, des simulacres d'infini - puisque la vérité et la divinité ne disparaissent jamais. Mais ce ne sont là que des histoires, n'est-ce pas ?