Elle voulait juste une bite. Pas des mots d'amour, pas de sensualité. Juste une queue qui s'enfonce, qui la lime, qui la tringle, qui la défonce et lui fasse oublier la merdasse qu'était sa vie. L'orgasme comme un shoot, un instant fugace de rien, de vide neuronal, sans penser, sans angoisser. Les quelques secondes de silence pendant la jouissance.
Après... Ça dépendait. Parfois elle retombait très brusquement, l'envie de chialer et de frapper le mec qui l'avait baisée. Portes qui claquent, mots tranchants. " Ferme-la. Tire-toi."
D'autres fois, le bien-être subsistait un peu. Si le gars savait se taire ou dire des choses légères, elle pouvait repartir avec cette vague sensation de bien-être, essayer de la retenir le plus longtemps possible. Maintenir une sorte d'état second, presque méditatif, en annihilant la moindre pensée. Partir dans les limbes du bien-être postcoïtal.
Aucun ne restait. Elle ne cherchait ni amant, ni ami, pas même un régulier. Juste un plan d'un soir, quelqu'un qui ne susciterait aucune tendresse, aucune émotion particulière. Quelqu'un qui ne demanderait rien, surtout. Ni d'où elle venait, ni où elle allait, ni qui elle était. Devoir se définir, cela la terrifiait plus que tout.
Parfois elle sentait leurs regards interrogatifs, comme s'ils cherchaient à élucider le mystère. Ils tentaient quelques questions. "Je peux t'inventer de jolis mensonges si tu veux.", répondait-elle, sur la défensive. Elle poussait parfois le jeu et inventait, sur un ton sarcastique, des histoires improbables. Quinze enfants, un mari veuf, une profession trop originale. Tueuse à gage. Vendeuse de poussière d'étoile. Nonne en fugue.
Pour se justifier, elle évoquait le besoin de discrétion. Une femme se devait de faire très attention à sa réputation. Si on savait qu'elle couchait avec des inconnus, elle serait vite déconsidérée, traitée de salope, d'inconsciente, de dangereuse. En réalité, de cela, elle se fichait. Ou peut-être même qu'elle le cherchait. Se salir, s'encrasser, tomber à terre, aller enfin jusqu'au bout de sa déchéance. Mais rien n'arrivait. Pour le moment.
Non, elle cherchait juste à se fuir, ou a minima, à s'oublier. Pourtant, plus elle essayait, plus elle échouait. Atteindre le pic de jouissance, l'amnésie temporaire, s'avérait de plus en plus difficile.
Et puis il y eut lui. Lui qui avait dit non. On attend. On ne baisera pas. Avant on parle. Elle l'avait jeté une fois, deux fois, trois fois, dix fois. Elle lui disait les mots les plus triviaux, juste pour le provoquer. Il résistait. Elle détestait qu'il la voit comme un challenge, un défi à remporter. Il voulait son cœur, juste parce qu'il savait à quel point il était scellé.
Une lutte s'engagea. Qui des deux gagnerait, elle en ayant sa queue, ou lui en ayant son amour ?
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Je suis une bite. Je le sais, je le dis, je l'avoue, sans aucune retenue. Certaines femmes en rient, faute avouée, à moitié pardonnée, et souvent j'en joue. D'autres font la moue, car quand bien même je le reconnaitrais d'emblée, je reste, ennemi, un pauvre homme mû par ses pulsions bestiales.
Sans être vraiment beau, j'ai du charme, de la gouaille, et assez d'humour pour vite attirer la sympathie. Ces dames se méfient d'abord, certes, mais mon aptitude à susciter leur empathie les amènent à accepter la relation amicale. S'avouer prisonnier de ses bas instincts, verser sa petite larme, cela les désarme. Et le piège se referme doucement.
D'ailleurs, mon métier facilite les choses, je suis commercial. Beaucoup de contacts, beaucoup de voyages, ça en donne des occasions, pour ma queue perpétuellement à l'affût.
Ah, au fait, pour améliorer le tableau, je suis marié, avec deux enfants. Évidemment, officiellement, je joue le père et l'époux idéal. C'est juste que dès l'instant où je quitte le foyer, il me prend des envie de conquêtes, de baises intenses et sauvages, et cela m'occupe la tête la journée entière, jusqu'à ce que je revienne dans la douceur du cocon familial.
Pourtant j'adore mon épouse, cela n'a rien à voir, je sépare clairement mon cœur et mon sexe.
Enfin voilà, sans détour et sans prétexte, je me confesse, je suis un obsédé du cul.
Je comprends que tout cela, dans le fond, ne fait pas de moi quelqu'un de bien. Je devrais lutter contre mes démons, ou au moins demander pardon. A qui ? A ma chère et tendre, bien sûr, que je trahis sans cesse. Mais alors auparavant je devrais avouer toutes mes histoires de fesses. Or je préfère la protéger de mon infidélité. M'excuser aussi auprès de toutes ces femmes que je prends, par faiblesse, comme des objets de consommation ? Pourquoi donc ? Puisqu'il y a aveu préalable, je me considère dédouané par anticipation.
Oui, je sais, mes arguments ne sont que lâcheté, je suis un sombre con, mais je dois faire avec.
On m'a parlé d'addiction, de thérapie de groupe, de séances avec un psy. Un instant, j'ai envisagé l'idée. Le truc, c'est que je veux bien me croire malade, mais je n'ai aucune envie de guérir. Guetter, cueillir et croquer dans le fruit défendu rendent ma vie si piquante, pourquoi renoncer à cela ?
Pour conclure, je dirais que je m'afflige hypocritement de ma condition tout en m'y vautrant avec satisfaction.
**********
Au début, j'avais cru reconnaître en elle mon double, tant elle demeurait secrète sur tout aspect personnel. Elle devait elle aussi avoir une vie rangée, à côté. J'aimais sa répartie, son ironie. Je voulais faire d'elle mon acolyte, celle avec qui on échangeait sur nos coups d'un soir, sans aucun tabou. Elle me racontait facilement tout, avec cette sorte de dédain pour les hommes qu'elle rencontrait. Il y en avait pas mal. Il faut dire que c'est plus facile pour les femmes, les mâles en manque ne manquent pas. Ses récits m'excitaient autant qu'ils me faisaient rire, elle savait si bien décrire les situations et leur bêtise. Elle ne m'épargnait rien, même les détails les plus crus.
Évidemment, j'espérais finir sur la liste de ses conquêtes, je comptais, grâce à ses narrations, user de ses préférences, de ce qui l'excitait, pour me sortir du lot. Cela prenait du temps, cependant. Elle me faisait attendre ou ne voyait en moi qu'une sorte de confident, celui auquel elle pouvait tout dévoiler, sans risquer l'opprobre, tout en n'envisageant pas une relation plus charnelle. Moi, je devenais oppressant, j'avais envie d'elle. Petit à petit, je brisais mes propres règles. Je lui envoyais des messages alors que j'étais en famille, mon principal interdit. Elle m'obsédait un peu. Je savais que pour me défaire de mon vice, je devais la posséder. Absolument.
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Elle pensait souvent à ses femmes trompées. Les enviait-elle, de vivre dans une autre vérité ? Se croire heureuse et bien mariée, même si cela ne reflète pas la réalité, était-ce cela la clé du bonheur ?
Elle l'aimait bien, ce type, même s'il restait hanté par le sexe. Cela le rendait tout le temps joyeux, plein d'entrain, charmeur et charmant. Est-ce que lui aussi mentait ? Se créait-il une image de don Juan totalement assumée, ou éprouvait-il parfois une réelle culpabilité ? Peu importait dans le fond.
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Je ne sais pas pourquoi elle a cédé. Je crois qu'en fait, cela s'était joué en dehors de moi. Je l'avais "travaillée" toute une journée. Ma dulcinée et ma progéniture passaient le weekend chez les beaux-parents, l'occasion rêvée. Des vannes par textos, des messages grivois. Au début, elle avait répondu sur la même tonalité, le jeu semblait bien engagé. Puis plus rien. Un long silence. Je me retrouvais bien bête, à guetter mon téléphone. En soirée, je tentais une dernière approche, avant un : " Dis-le moi si je t'ennuie."
De longues minutes. Game over. Soudain le bip révélateur. "Non j'envisageais juste de te sucer la queue ce soir."
Et c'est ainsi que nous pûmes nous ajouter sur nos listes réciproques.
Je ne vais pas m'étendre sur notre rencontre. J'étais trop excité, je me suis senti piètre. Elle souriante, et pourtant indifférente. J'aimais sa façon de jouir. Avec le plus total abandon. Ses yeux se perdaient dans le vide, au-delà de moi, de tout ce qui nous entourait.
Du souvenir qu'il me reste, je la vois, repartant dans un rire tout empreint de mélancolie. Et moi la regardant, avec un goût de regret, me trouvant plutôt minable.
Je ne m'étais pas remis pour autant. Je restais sur ma faim. Dès le lendemain, je la recontactai. En bon mâle égocentrique, je me renseignai sur mes performances. Elle demeura élusive et ironique.
Les jours suivants, nous poursuivîmes nos échanges sur nos aventures éphémères. Je la voulais encore. Je prétendais m'amuser de ses nouvelles baises, je crevais de ne pas prendre leur place et devenait presque harceleur, réclamant encore et toujours un autre tour. Je comprenais enfin ce que cela faisait d'être un parmi une foule d'autres.
Elle finit par se lasser de moi, ou s'était trouvé un autre complice. En tout cas, elle arrêta brusquement de me répondre, sans aucune explication. Je mentirais si je disais que je n'avais pas éprouvé de rancune. Puis la vie se poursuivit joyeusement avec la valse de mes nouvelles amantes.
En réalité, je n'avais jamais rien su d'elle. Et sans doute était-ce son aura de mystère qui avait fait ma fascination.
Bien des mois plus tard, je découvrais par hasard son identité. Un café avec un client qui faisait distraitement tourner les pages de son journal. Sa photographie, là, au milieu des avis de décès. Elle s'appelait Cécile Petruski. Elle avait 34 ans.
Salut salut
Après... Ça dépendait.
Le "ça dépendait" me gêne, mais en même temps le supprimer ne me convient pas non plus. Je sais pas ce que t'en penses du coup (non, ça ne sert pas à grand-chose cette remarque).
Parfois elle retombait très brusquement. L'envie de chialer et de frapper le mec qui l'avait baisée.
Là par contre le point me gêne carrément. Pourquoi pas "brusquement, avec l'envie, etc."
Partir dans les limbes du bien-être postcoïtal.
ça tranche avec la crudité du début et ça rend fort bien
pas même un régulier.
De trop à mon avis. Ça claque plus en finissant à ami (et on comprend l'idée.)
l'amnésie temporaire s'avérait de plus en plus difficile.
Faut une virgule à temporaire
On ne baisera pas.
En élidant la négation et au présent pour être cohérent avec la phrase d'après ?
(Je suis pas fan de l'introduction "il y eut lui")
Elle détestait qu'il la voit
voie
Certaines femmes en rient, faute avouée, à moitié pardonnée, et souvent j'en joue.
à mon avis faudrait revoir la ponctuation ici, elle correspond pas aux poses que je fait naturellement. Proposition, t'en fais ce que t'en veux : "Certaines femmes en rient : faute avouée, à moitié pardonnée. Souvent, j'en joue."
Ah, au fait, pour améliorer le tableau, je suis marié, avec deux enfants. Évidemment, officiellement, je joue le père et l'époux idéal. C'est juste que dès l'instant où je quitte le foyer, il me prend des envie de conquêtes, de baises intenses et sauvages, et cela m'occupe la tête la journée entière, jusqu'à ce que je revienne dans la douceur du cocon familial.
Premier vrai point faible dans ce texte à mon avis. Ça sonne très faux.
Puisqu'il y a aveu préalable, je me considère dédouané par anticipation.
Celle-ci j'aime bien
Oui, je sais, mes arguments ne sont que lâcheté, je suis un sombre con, mais je dois faire avec.
Borf. Des gens se disent ça, en vrai ?
Surtout que le mec se sent pas trop coupable.
Elles l'aimait bien,
Un pluriel de trop
Je ne sais pas pourquoi elle avait cédé.
au passé composé plutôt que plus que parfait, puisque savoir est au présent
Je ne m'étais pas pour autant remis.
remis pour autant
nous poursuivions nos échanges
poursuivîmes
(tu peux aussi virer le "et" en début de phrase je pense)
ses nouvelles baises, je crevais de ne pas prendre leur place
Pour bien faire le pendant entre les deux propositions, un point virgule me semblerait plus adapté.
(Plus point à place et reprendre par une nouvelle phrase)
Elle finit par se lasser de moi, ou s'était trouvé un autre complice.
"ou par se trouver"
Elle s'appelait Cécile Petruski, et avait 34 ans.
Petruski. Elle avait 34 ans ?
Petruski et elle avait 34 ans ?
(Ce sont deux propositions qui me semblent plus adaptées.)
Aaaaaaaaaalors, j'ai plutôt bien aimé. Y a de la maitrise, du rythme et j'avais vraiment envie de savoir ce qui allait en sortir.
Je trouve les passages du mec (certains, pas tous, mais la plupart) un peu en dessous, plus "faciles".
Par contre j'ai pas compris ; du coup le mec c'est pas celui qui veut prendre son coeur dont elle parle au départ, si ?
Et euh du coup je suis pas sûr de comprendre en quoi iels vivent leur addiction de manière différente, voire opposée.