Le Monde de L'Écriture
Salon littéraire => L'Atelier => Cuisiner la langue : ustensiles et méthodes => Discussion démarrée par: O.J MAN le 10 Mai 2018 à 19:46:05
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Pourquoi les opposer ?
J'adore Pagnol et les auteurs qui se lisent "facilement". C'est à mes yeux un compliment. J'ai lu quelques Bussi et j'ai apprécié sa "fluidité". Un lecteur critiquait précisément ce côté "roman de gare" (SAS, etc...). un informaticien ou un mécanicien me paraissent particulièrement intelligents quand ils ont l'aptitude à me faire comprendre des choses sans utiliser un "dialecte" lié à leurs connaissances professionnelles.
Naturellement, j'essaye d'écrire "simplement". En aucun cas parce que je penserai que le lecteur serait "paresseux", mais par cette volonté d'aller "au naturel", sans fioritures excessives...
Bien entendu, je conçois que d'autres puissent considérer que l'écrivain est là pour sublimer, pour "élever" son texte. Je me souviens encore avec amusement de cette prof de 4ème qui nous (ses élèves) avait formulé une seule requête à l'énoncé de la rédaction sur la description d'un paysage enneigé : "épargnez moi svp le coup du blanc manteau qui recouvre tout" !!!.
Et vous, qu'en pensez vous ? un auteur doit-il éviter les lieux communs, les poncifs, les mots "faciles", bref tout ce qui est commun ou doit-il "étaler sa science" des mots et des formules grammaticales complexes ? Il pourrait en aller ainsi de beaucoup d'aspects de la vie : tenue vestimentaire : Pour aller à un 1er rdv amoureux, faut-il se montrer tel que l'on sera au quotidien par la suite ou sous son meilleur jour comme témoignage de la capacité à se sublimer pour les moments importants ?
Alors... vous prônez la simplicité.. ou le style ??? (à moins que vous ne vous lanciez sur une démonstration de la possibilité de marier les deux).
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Salut OJ !
Bon, personnellement je trouve la question assez curieusement posée, parce que la simplicité peut être un style. Ça peut même rapidement devenir une marque de fabrique.
J'ai toujours privilégié l'écriture simple, mais je pense que ça dépend aussi de ce qu'on veut raconter.
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Pour ma part, je trouve les mots de Chouc assez justes, oui, pour répondre à cette question.
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En effet, simplicité peut vite devenir style. Si on le maitrise.
On peut aussi avoir une écriture simple sans pour autant avoir une écriture pauvre.
Perso, je préfère une écriture fluide (simple, mais pas trop) qui permette de s'immerger sans avoir recours au dico pendant la lecture. Un bon écrivain (sic) doit pouvoir utiliser des termes peu communs sans perdre ou faire décrocher son lecteur. Il faut alors utiliser ces termes rares dans un contexte hors ambigüité. Et ça passera sans faire roman de gare.
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Je rejoins les autres. Ta question sous-entend que le style est forcément quelque chose de lourd, de rebutant. Alors que des mots choisis avec soin, des phrases construites longuement ne seront pas dénuées de style mais pourront être fluides et faciles à lire.
Pour ma part, style ou simplicité, je pense que l'important est surtout qu'on oublie que quelqu'un a écrit lorsqu'on lit un roman, que l'auteur disparaisse derrière son oeuvre.
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Pour ma part, style ou simplicité, je pense que l'important est surtout qu'on oublie que quelqu'un a écrit lorsqu'on lit un roman, que l'auteur disparaisse derrière son oeuvre.
"révéler l'art et dissimuler l'artiste, tel est le but de l'art" (wilde) 8)
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C'est bô ce que vous dites Sophie et Meilhac...
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Merci pour vos points de vue. Très cinéphile, je vais faire le parallèle entre le cinéma dit "populaire" traditionnellement opposé au cinéma "d'auteur". Peu contestent aujourd'hui les talents d'acteur d'un De Funès, d'un Belmondo, d'un Coluche qui, en leur temps, ont pu se voir affubler des qualificatifs de "facile", "simple"... D'autres s'émerveillent devant des œuvres de cinéaste Iranien ou Cambodgien (je serai bien incapable de porter un regard objectif sur l'un de ces films, n'ayant jamais poussé la porte d'une salle pour un film de ce genre...).
J'en reviens à la littérature. Proust est à mes yeux un monument "incontestable et incontesté" de la littérature. J'ai la sensation que certaines choses m'échappent car je n'ai jamais pu terminer un de ces ouvrages. Sans doute ai-je voulu le découvrir trop jeune....
Concernant la peinture, je raisonne en "j'aime" ou "j'accroche pas". J'ai adoré certaines créations de Dali (qui me parait bien "original" à bien des égards) et d'autres ne m'ont pas inspiré. Certains grands maitres ne me créent pas d'émotions et des toiles d'inconnus me laissent emplis d'admiration etc...
Une dernière précision : Novice sur le site, j'ai essayé (pour découvrir les codes) de "lancer un sujet". Il me semble important de préciser que je suis anti-proselytisme. La "discussion" est une tradition familiale et j'aime l'argumentation. Je ne veux donc "provoquer" personne. Je pars du postulat que mes idées ne valent pas plus que celles de mon voisin. J'ai une opinion de moi suffisamment positive pour pour penser qu'elles ne valent pas moins.
J'ai pu avoir le sentiment (je n'exclue pas de me tromper) d'avoir des réactions "moralisatrices", ce qui m'a paru assez étonnant car je n'avais justement aucun esprit polémique. Je pense que l'intérêt d'une communauté est de pouvoir bénéficier de la diversité des points de vue. Il me parait vital d'éviter d'édulcorer les propos pour éviter que tout le monde n'en vienne à exprimer une "pensée unique".
Evidemment, je présente mes excuses si mes propos sont maladroits car s'il est bien une chose à laquelle je suis attaché, c'est le respect de l'attention portée à autrui. Merci à celles et ceux qui ont eu la gentillesse de rebondir sur mes propos et à l'écoute de vos points de vue... Alors simplicité, style... Cela vous inspire quoi ?
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Re bonjour OJ :)
Je ne veux pas me prononcer pour les autres, mais aucune "leçon de moral" dans ma réponse. Je trouvais simplement que la terminologie de ta question était un poil hasardeuse, parce que le style est partout, dans toutes les formes d'écritures, et ne s'oppose donc pas à la simplicité.
Mais si le propos est d'opposé le style simple, voir simpliste, à un style plus riche, voir ampoulé, alors mon camp est le premier, définitivement. :) Aussi bien en ma qualité de lectrice qu'en ma qualité d'auteure. Il peut m'arriver de donner dans un style un peu plus recherché en poésie ou très rarement en texte court, mais je suis bien plus à l'aise dans la simplicité.
Après, encore une fois, je pense que ça dépend énormément de ce qu'on cherche à raconter. J'écris de la new romance (oui je sais, je suis bonne pour le bûcher) et je ne pense pas que ce soit un genre littéraire qui se prête à une écriture riche.
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Merci Chouc,
no problemo !
Bon courage pour tes new romance et évite juste la ville de Salem dont les pratiques ont pu être parfois un peu "extrêmes" dans le passé pour celles qui sortaient des sentiers battus !
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un auteur doit-il éviter les lieux communs, les poncifs, les mots "faciles", bref tout ce qui est commun ou doit-il "étaler sa science" des mots et des formules grammaticales complexes
Excellente question. D'abord, pourquoi opposer style et simplicité ? Un style peut être simple et la simplicité un style.
Eviter les lieux communs, les poncifs, stéréotypes et banalités me paraît essentiel : on ne lit pas pour entendre un ronron abrutissant. Mais "étaler sa science" n'est valide que pour les textes scientifiques, et encore...! Ou alors pour casser la rythmique, chasser l'ennui.
Je le dis encore une fois au risque de rérécapéter : le style, le talent, n'ont pas de recette. Sinon tout le monde aurait du talent. Style et talent, qui sont grosso-modo synonymes, sont un miracle de la pensée.
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Style et talent, qui sont grosso-modo synonymes, sont un miracle de la pensée.
Et un travail, de longue haleine.
Sinon dès le début pour répondre à ta question, j'ai eu envie de répondre "Duras", style & simplicité (même si bon après on aime ou pas)
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Pourquoi les opposer ?
Qui les oppose ? :mrgreen:
En fait, j'ai l'impression à te lire, que tu penses que la euh grande littérature, ampoulée, ce que tu veux s'opposerait à une littérature "simple" en termes de bon et de mauvais.
Or, il y a du bon dans le simple et du mauvais dans le recherché, probablement à parts égales.
Pareil pour le cinéma, le ciné d'auteur peut être fort mauvais, loupé, et cinéma populaire ne signifie pas mauvais (ni même forcément simple, d'ailleurs).
C'est ce qui me pose problème dans :
J'adore Pagnol et les auteurs qui se lisent "facilement". C'est à mes yeux un compliment. J'ai lu quelques Bussi et j'ai apprécié sa "fluidité". Un lecteur critiquait précisément ce côté "roman de gare" (SAS, etc...). un informaticien ou un mécanicien me paraissent particulièrement intelligents quand ils ont l'aptitude à me faire comprendre des choses sans utiliser un "dialecte" lié à leurs connaissances professionnelles.
Kundera, c'est simple (au niveau de l'écriture, moins au niveau de l'histoire), pourtant personne le qualifiera de roman de gare je pense. Idem, à un autre niveau, pour Harry Potter ou Hunger Games (bon, que je n'ai lus qu'en versions traduites pour le moment) ; et par ailleurs le fait que l'écriture y soit simple n'empêche pas d'avoir de bonnes histoires et de poser questions et problèmes.
Et du coup :
Et vous, qu'en pensez vous ? un auteur doit-il éviter les lieux communs, les poncifs, les mots "faciles", bref tout ce qui est commun ou doit-il "étaler sa science" des mots et des formules grammaticales complexes ?
Là je suis pas d'accord avec ton présupposé de départ ; il y a d'une part les lieux communs, poncifs, mots faciles et ensuite des mots simples. Les premiers sont à éviter parce que tous faits, ne voulant rien dire, vus et revus. Les deuxième peuvent justement, bien choisis, permettre de faire passer des émotions, son texte, ce que l'on a envie de raconter, de façon efficace et plaisante. Milora parle souvent d'un style "qui s'efface derrière l'histoire", qu'on ne remarque pas. Et ça, c'est bien. Mais ça suppose justement d'éviter les "blancs manteaux qui recouvrent la campagne" qui se voient, font buter, tellement on l'a lu partout et que ça n'a pas de sens.
Du coup je plussoie tou-te-s celleux qui disent que la simplicité est un style, si elle est maitrisée, et Merlin sait que c'pas évident.
Et que d'ailleurs, une écriture simple peut (doit) être recherchée, comme l'a écrit Sophie, choisir ses mots pour qu'ils racontent l'histoire sans accrocher dessus, c'est pas facile.
J'ajoute pas grand-chose par rapport à mes prédecesseurses du coup :mrgreen:
Mais vivent Kundera et Damasio, Kenneth Cook et Pratchett (bon, eux, ils sont morts, mais bon).
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Qui les oppose ? :mrgreen:
Le titre : Simplicité ou style ? Fromage ou dessert ?
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Avistodenas et Loic, Merci pour le temps pris pour apporter votre point de vue... Ca me donne envie de lire Kundera. (Le cinéma via Binoche m'a plutôt laissé un bon souvenir). Récemment, je suis tombé sur une émission qui relatait les frustrations de Conan Doyle (quand même anobli, le garçon !) qui se sentait coincé avec son personnage. (j'ai été quelque peu compulsif à l'époque où je l'avais découvert - autour de mes 17 ans - enchainant ensuite avec les Arsène Lupin). Conan Doyle se voyait en romancier historique, mais le public voulait "du Sherlock" lui amenant des offres toujours plus alléchantes de son éditeur....
Maurice Leblanc, Conan Doyle, Agatha Christie semblent (le temps aidant ?) être devenus de "grands auteurs" (Si la reconnaissance me semble être un mauvais but à poursuivre, je pense qu'elle peut apporter du positif à son bénéficiaire), des "classiques" tout en étant éminemment "populaire".
Celui (auteur) qui parvient à concilier les 2 mondes doit avoir moins de "blessure d'orgueil" que celui qui s'attire les faveurs d'une seule sorte de "public" (le "grand" ou "les intellos" !).
Mais ce ne sont là que de pures spéculations. Je pense que l'on effleure à peine le sujet et qu'il serait possible d'en faire un roman. A bien y penser, quel livre aborderait ce sujet. A l'écoute de vos titres et regards sur les romans concernés ?
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Loïc, Chouc,
Il faudra que j'arrive à faire ce machin "citer" en reprenant une phrase extraite du texte afin d'y apporter une réponse. Cela éclaircit vraiment la réponse en la structurant. Merci de me fournir les explications pour parvenir à ce "copier-coller" ! (en MP pour pas saouler tous ceux qui connaissent déjà !!!).
5 U
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Je te fais un MP de suite ;)
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hello
A bien y penser, quel livre aborderait ce sujet. A l'écoute de vos titres et regards sur les romans concernés ?
si je comprends O.J tu suggères qu'on cite des livres qui parlent de style ? y en a, certes (et souvent ils ne posent pas la question de la même manière que dans ce fil de discussion, parce qu'opposer style et simplicité, c'est comme opposer omelette et champignons : on peut faire des omelettes sans champignons, des champignons sans omelettes, des omelettes aux champignons, eton peut aussi ne faire ni omelettes ni champignons :--))
bon sur le thème de l'art et du style, c'est pas ça qui manque les romans, de proust à zola (l'oeuvre), huysmans, et dix mille autres.
dans le film de pialat, "van gogh", y a la fameuse phrase "c'est si difficile de faire simple", prononcée par le docteur gachet 8)
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C'est du ciné, mais le temps scellé de Tarkovsky parle incroyablement bien du style et de la narration, bien sûr faut pas perdre de vue que c'est l'avis de quelqu'un qui se voue à l'expérimentation, mais y'a matière à réflexion intéressante
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Oui pour Tarkovsky, c'est un très chouette bouquin ^^
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Merci Meilhac, je suis grand amateur de citations. J'aime la façon dont certains parviennent à en dire "autant" en "si peu de mots". J'apprécie dans le même esprit Voutch qui sur une seule page, avec un seul dessin et un texte souvent ultra réduit parvient à décrire une situation, des personnages, "une vie entière" là où j'aurai l'impression qu'il me faudrait un roman entier pour y parvenir.
Merci BEN G et WEG ! Je ne connais pas Tarkowsky mais mon conjoint (qui doit lire environ 10 à 15 livres par mois) connaît bien mes goûts et va probablement me servir de cobaye dans la découverte de cet auteur (son enthousiasme est contagieux et à l'origine de certaines de mes lectures, moins fréquentes !).