Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: moyen chog le 08 Mai 2018 à 17:26:19
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ESTOURBI. Je sais pas par quoi. Un marteau, un gourdin, une poêle à frire, un poteau téléphonique, une boule de pétanque, une matraque, un sex toy, une zapette, un pot de géraniums...
ESTOURBI. Je sais pas par qui. Un bandit de grand chemin, un détrousseur pervers, un rockeur de bac à sable, un p'tit homme vert, un âne bâté, un évêque défroqué, un flic malveillant ou tout simplement un connard.
ESTOURBI. Je sais pas pourquoi. Je suis fauch'man, raide comme la justice. J'ai plus de famille depuis que ma femme s'est barrée avec le maire. Celui la même qui nous avait mariés.
Dettes de jeux : possible.
Maris jaloux : possible.
Bref, je suis estourbi, pieds et poings liés, dans le noir, bâillonnés pour pas que j'gueule. Couché en chien de fusil, sur le coté. L'endroit est frais mais pas humide, ça pue. Une drôle d'odeur. Par contre, je suis allongé sur un truc qui me rentre dans les côtes. Inconfortable. Y'a que moi, et le silence. Pas assez d'espace pour étirer mes jambes.
Faut que je me remettre les idées en place. Trouver une solution.
Tout ce que j'me souviens c'est d'avoir trop bu. Trop fumé. Sorti pisser. Vlam. Estourbi.
Bon. Idées en place : en cours.
Mal au crâne : présent.
Mal aux côtes : présent.
Gueule dans l'cul : presque.
Mort de soif : comme d'hab.
Faut que je me mettre sur le dos. Voila. Comme ça. Les jambes pliées, genoux vers le haut. Donner des coups de pieds. Pas possible. Pas assez d'espace, pas assez d'abdos. En plus, toujours ce truc qui me rentre dans le dos. Et ça me fait mal quand je m'appuie dessus. Faut que je me retourne. Me mettre presqu'à quatres pattes. Pour voir ce que c'est. Voila. Comme ça. Effort surhumain. Sur les genoux et les avants bras, je cherche l'objet à tâtons. Je le prend entre mes mains. C'est froid, c'est du métal. C'est haut d'environ 40 cm. C'est pas lisse, y'a des creux, des bosses, des formes. C'est lourd. Un lingot, une boite à outils, un cric, une comtoise, un gourdin, ...
Alors, je me remet sur le dos. Voila. Comme ça. Les jambes pliées. Genoux vers le haut. Je tend les bras avec l'objet dans les mains. Je cherche une aspérité, comme une serrure. Et dès que j'ai trouvé ça, je tape dessus avec l'objet. Pas trop fort, car j'ai les mains attachées, mais longtemps.
J'oublie la douleur.
J'oublie les fourmis dans les jambes.
J'oublie la sueur qui me coule dans les yeux.
J'oublie le mal de crâne.
Et les muscles. Et les os.
Taper toujours au même endroit. Régulierement, 5 minutes, 10 minutes, plus encore. Et ça céde.
Et ça s'ouvre.
L'air frais rentre. Et je respire à plein nez, à en perdre la vie. La lumière de fin de journée inonde ma prison. Coffre de voiture. De vieille voiture. Je me penche, et je regarde. Je suis dans un coffre d'une voiture empilée sur d'autres voitures et sous d'autres voitures. Engoncées dans un carcan en ciment.
Alors, seulement maintenant, je regarde ce que j'ai dans les mains.
Un César, putain. J'ai un César dans les mains. Dans l'euphorie, je décide de sortir du coffre, mais j'oublie que je suis pieds et poings liés. Alors, je bascule et je tombe d' un mètre de haut. Je lâche le César, et arrivé dans l'herbe, je me fracasse l'épaule droite. Et le César, finit sa course contre mon crâne.
ESTOURBI. Je suis estourbi par un César.
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Vlam. Texte agréable à lire, il m'a fait sourire. J'espère que c'était le but ! :-¬?
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J'aime beaucoup!
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Ah ! mais oui ! C'est tout à fait plausible ! :D :D
Tu peux me dire ce que tu faisais dans le coffre de cette voiture ? et comment ce César a pu se trouver dans tes mains ?
:mrgreen: :mrgreen:
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Merci à tous les trois pour votre lecture. Si ce texte t'as fait sourire, Olik, moi,, ça me va.
Non seulement il a un César dans les mains, mais en plus il est enfermé dans un César. César a crée à Jouy en Josas dans le parc de l'ancien centre d'art contemporain Louis Vuitton, un empilement de voitures et de ciment. Et comme la rétro qui lui est dédiée à Beaubourg vient de fermer, j'ai écris ces quelques lignes. A son image. A plus.