Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Kythem le 03 Mai 2018 à 18:39:42

Titre: Suite de nouvelles [contenu explicite]
Posté par: Kythem le 03 Mai 2018 à 18:39:42
Bonjour à tous, tout d'abord ; un petit explicatif.

J'ai envie de me lancer dans des nouvelles. Ce n'est pas franchement mon fort, mais j'ai écrit quelques textes, et des avis extérieurs peuvent s'avérer très utiles.
Alors, c'est une histoire que j'aimerais raconter chronologiquement en ciblant certains moments, futiles comme importants, découpés en nouvelles. L'écrire sous forme de roman ne me conviendrait pas, je me lasserais vite, alors que cibler exactement ce que j'ai envie de raconter sans avoir à décorer autour, ça j'aime. Pour les titres, rien de bien glorieux, vous m'excuserez : un mot majeur.


Petit repère :
Première extrait - Chocolat
Second extrait - Menton
Troisième extrait - Couloir
(Avertissement au lecteur : le texte qui suit porte la mention “contenu explicite” car il contient des éléments susceptibles de choquer la sensibilité des plus jeunes)
Quatrième extrait - Peurs


Chocolat.


Je suis prise dans un si grand tourbillon d’émotions que je finis par ne plus penser à rien, puis je fais le vide. Cela fait du bien. Les personnes autour de moi s’agitent. J’ai comme à mon habitude mis mon sac en évidence sur le siège à ma gauche comme pour dire : « ne t’assois pas ducon, je mords. » Peut-être devrais-je investir dans une pancarte ? J’aime porter mes écouteurs et me laisser aller au rythme d’une batterie sans avoir un parfait inconnu bruyant à mes côtés. Le bus s’arrête quelques instants plus tard, ou peut-être quelques minutes. Je n’en sais rien. Mécaniquement, j’attrape mon sac puis je descends, courant presque. De l’air, super. La poche de mon jean vibre. Je déverrouille mon portable : « Je suis là dans une petite heure ». J’expire profondément. Bordel de merde. Une vielle dame me lance un regard réprobateur. J'ai certainement pensé trop fort.  Je lui souris de toutes mes dents.
Connaissez-vous ce moment où vous doutez de la réalité : « Cela se produit-il vraiment ou suis-je endormie, défoncée, ou encore morte ? »
Et bien je suis en plein dedans. Il me faut une alternative, quelque chose de simple à faire. Le premier truc me passant par la tête… Le chocolat. Rien de mieux que d’acheter du chocolat, quand bien même ce soit pour ne pas y toucher ; le geste en lui-même est un déstressant hors-pair. Alors, où pourrais-je bien aller... Jeff de Bruges ! C’est parti. Je triture mon porte-monnaie en jouant avec le bouton pression pendant que je m’approche pas à pas de la chocolaterie. J’ai moins d’une heure et pas une seule cigarette en poche. Peu après, j’entre enfin dans la boutique. Une dame me sourit,  je ne l’avais jamais vue auparavant. Mon pâle bonjour contraste avec le tintement  enthousiaste de la cloche.

" - Bienvenue ! Je peux vous aider ?

- Je vais faire un petit tour de mon côté, mais merci.  "

Que pourrait-il bien aimer ? Il faudrait être équipé d’un logiciel de probabilité lors d’achats pour quelqu’un.  « Probab’Lou » ? Pas terrible…  Tiens d’ailleurs, je m’appelle Lou-Andréa. Et non, mes parents étaient tout ce qu’il y a de moins saouls durant leur choix. Moi à la limite, je saoulerais un polonais, mais ça c’est du détail. Peut-être le lien est-il là ?
J’en oublie le chocolat. Une jolie tablette me fait de l’œil avec ses noisettes. Allez, adjugé. Le temps de régler son dû à la dame, et je suis sortie.
Il ne me reste plus qu'une vingtaine de minutes. Mon téléphone sonne. C'est lui. J'inspire un bon coup avant de décrocher.

" - Lou ?"

Bordel.



Menton.

La voiture démarre tandis qu’il pose sa main sur le bas de ma cuisse. Mon pouls s’emballe. Je suis assaillie de doutes, partagée entre la peur d’être en train de faire une belle connerie et les sensations que son toucher me procure. J’ai mal au ventre.
«  - Les fameux papillons ? L’entendais-je murmurer.
Il m’observe du coin de l’œil, l’air aussi dérouté que moi. Vous me direz, être dérouté en conduisant n’est pas forcément très judicieux.
Je grogne une vague réponse. J’ai comme l’impression d’être dans un univers parallèle ; suis-je vraiment là, avec lui et dans sa voiture ? Parfois j’aimerais avoir autant de fond que ces dindes sans cervelle que je côtoie chaque jour à contrecœur. M’enfin, on ne se refait pas.
A présent, ses doigts glissent délicatement et forment des cercles sur le tissu de mon jean. Ma peau en-dessous me picote. Et merde. J’essaie mine de rien de me concentrer sur la route, les couleurs et les piétons. La scène doit être comique d’un point de vue externe. Sauf si l’on prend en compte le fait que légalement nous n’avons, en toute logique,  pas le droit.
Je n’ai jamais été quelqu’un de raisonnable. Les minutes défilent. Je crois bien m’être excusée pour mon attitude totalement à l’ouest une bonne dizaine de fois. Ou serait-ce plus ? Après tout, qui ne serait pas à côté de la plaque dans une telle situation. Sans oublier le fait que mon ventre se transforme en lépidoptère géant ; je ne vous raconte pas, c’est un véritable bonheur. Pour en revenir à la route, on a choisi d’aller sur Menton. En toute honnêteté, il aurait très bien pu me dire qu’on partait pour la Chine, je n’aurais même pas sourcillé vu mon état. Et pour être encore plus honnête, j’aurais très bien pu sortir une connerie dans le genre : « Très jolie ville, j’adore l’architecture à la fois moderne et typique des habitations. »
On ne devrait pas tarder à arriver. Je reconnais la route. Quelques kilomètres plus tard, il bifurque à une intersection qui m’est inconnue. Ça grimpe dur. Je sens alors sa main remonter légèrement sur ma cuisse, s’attardant un instant sur l’intérieur. Mon estomac joue à présent à la corde à sauter. Je tourne la tête vers la vitre. La vue me subjugue. Il fera bientôt nuit et le ciel est rosé.

- Tu veux t’arrêter ?

- Avec grand plaisir…

Quelques mètres plus haut se trouve un endroit où il pourrait se garer. Parfait. Nous descendons peu de temps après. Je m’approche du bord, tenant toujours fermement mes mains contre mon ventre. On peut apercevoir un bout de mer et quelques lumières de la ville entre deux collines. C’est très joli. Je le sens m’attirer contre lui et m’entourer de ses bras. J’expire profondément en m’appuyant contre son torse. Mes lèvres murmurent un merci imperceptible. Il me serre davantage. Le temps passe.

- On y va ? J’aimerais beaucoup profiter de la vue avec le coucher de soleil une fois en haut, et il commence à se faire tard.

Je m’écarte doucement, prise de froid.

- Allons-y. »

Le temps de grimper à nouveau sur les sièges, et nous voilà repartis.
Je me sens nettement mieux.



Couloir.

Je sursaute lorsque l’ascenseur démarre.

«  -     Tu n’aimes vraiment pas cela ?

Je grogne un vague non en serrant la poignée de mon sac. La scène lui arrache un sourire. Il ne perd vraiment rien pour attendre. En sortant de ce cagibi infernal je vais le… Je ne vais rien faire. Je serai bien trop concentrée à mettre un pied devant l’autre sans me faire une cheville. Tout de même, je m’en sors relativement bien : je ne suis pas tombée malencontreusement dans le ravin à Menton et il ne me semble pas avoir dit les pires âneries dont je me sais capable. Les portes s’ouvrent. Il m’observe avant de me faire signe de passer devant. Ses doigts effleurent un instant mon dos. J’ai encore en tête les sensations de ses mains gelées partant de son creux et remontant le long de mes épaules. Une vague de chaleur immerge dans mon ventre. Il me faut penser à autre chose, et vite.

-   C'est par là ? demandé-je en désignant une rangée de portes.

-   C’est ce couloir ci, oui, dit-il d’une voix rauque.

J’y sens un léger quelque chose. Serait-ce de la timidité ?
Je le vois attraper ses clés tout en s’avançant vers une porte. J’en profite pour me situer. Le couloir compte une dizaine de chambres sur la gauche, il y a de la moquette au sol et une rangée de fenêtre à l’opposé. J’entends la porte s’ouvrir. Il me regarde, l’air incertain. On y est. Je me faufile devant lui en prenant toutes mes précautions pour ne pas frôler sa peau, puis j’entre dans la pièce.

-   La salle de bain est sur ta droite et juste après c’est la chambre, elle donne sur un balcon.

Un petit extérieur… Qu’est-ce que je ne donnerais pas pour une cigarette, là.
Je m’arrête en voyant le lit. C’est troublant de se demander « et demain, qu’en sera-t-il ? ». Je le sens m’observer.
 
-   Tu peux poser tes affaires sur ce fauteuil si tu veux.

-   Merci…

Une bonne odeur me rappelle qu’on s’est arrêtés un peu plus tôt pour prendre de quoi grignoter. Mauvaise nouvelle, on a également croisé quelques personnes que je connais.
J’ôte mes chaussures avant d’aller les déposer à l’entrée. Il sourit. J’ai fait une bêtise ? Les siennes ne tardent pas à les rejoindre. Je le vois ensuite grimper sur le lit avec le sac de nourriture.

-   Tu as faim ?

Mon regard se porte sur le lit, le sac puis lui.


-   Bien sûr. »



Peurs.

Ce film est dépourvu de toute logique. Impossible de comprendre où cela nous mènera. La boîte de mon sandwich posée sur le lit me fait de l’œil. Je me suis battue contre ses tomates : une véritable invasion. Quelle idée d’en mettre dans un tacos ! Résultat, je n’ai pas avalé grand-chose. Je plaide coupable, sentir sa peau contre mon bras ne m’aide pas le moins du monde non plus. Inconsciemment je me concentre sur l’écran de son ordinateur pour ne pas songer au reste. Il me déstabilise tant ; j’ai beaucoup de mal à savoir si je devrais faire ceci ou bien cela.
Je sens soudain ses mains passer autour de ma taille. Ce n’est pas pour me déplaire. Ses yeux guettent ma réaction. Ils sont sublimes, d’un foncé étrange. Il a ce regard. Ce regard si spécial, teinté d’images et de souvenirs. Je ne tarde pas à finir dans ses bras. J’enfouis alors mon visage contre son cou, m’enivrant de son odeur.
Il m’attire sous lui, positionnant son corps au-dessus du mien. Puis il hisse son visage à ma hauteur. J’ai l’impression d’être minuscule, voire fragile. J’en profite pour le détailler. Son teint clair contraste légèrement avec des cernes fleurissants. La forme de son nez est à croquer et celle de sa mâchoire lui donne un air sexy et inaccessible. Si seulement il se rendait compte à quel point il est séduisant.
Son bras passant sous ma nuque me tire de mes pensées. Il me regarde intensément. Mon ventre se noue tandis que mes lèvres s’entrouvrent légèrement. Les siennes s’y déposent quelques instants plus tard. Cela me prend de court tout en me procurant un désir intense. Je lui rends des baisers moins contrôlés, plus fougueux. Il se presse davantage à moi lorsque sa langue s’insinue dans ma bouche. Elle joue alors avec la mienne.
Je détourne la tête, prise au dépourvu par de nouvelles sensations. Il en profite pour s’attaquer à mon cou. Ses baisers deviennent d’une infinie douceur. Je laisse échapper un léger soupir de plaisir en agrippant son haut. Il commence donc à mordiller ma peau. Je grogne. Dis-moi, ça t’amuse ? Je suis certaine qu’il me lancerait un regard sadique pour me rappeler mes aveux. Comme par exemple l’envie que j’aie de sentir ses dents jouer avec mon corps ! Salopard. J’en profite pour le faire glisser sur le côté avant de grimper à califourchon sur lui.
Je sens son membre dur à travers son bas. J’ai chaud. C’est un supplice pour l’intérieur de mes cuisses. Lou, ton idée n’était pas si géniale au final. Je déglutis. Est-ce moi ou je viens bel et bien de le sentir me donner un léger coup de bassin ?
Taquin, il m’attire à lui pour m’embrasser. J’essaie encore de reprendre mes esprits, en vain. Sa langue s’empare à nouveau de moi tandis que ses doigts courent sur mes cuisses.
Suis-je en train de faire une connerie ? C’est si risqué…surtout pour lui. Je m’écarte pour souffler un grand coup et prendre du recul. Je me rappelle bien de ses paroles : « Mon ange, tu me rends heureux. C’est tout sauf raisonnable, je m’en rends bien compte, mais cette fois je veux faire passer le cœur avant la raison. Sache que si tu doutes, je resterais dans l’ombre et s’il le faut, je partirais. »
Il m’observe et se met à jouer avec une mèche de mes cheveux, inquiet.

« -    Julien. J’ai peur.

Il m’attrape brusquement. Ses bras me serrent contre son torse. Je noue les miens dans son dos, soulagée par sa chaleur. Puis j’expire mes tourments.

-   Hé, je suis là. Tout va bien. »

Je sais. Merci.

Titre: Re : Suite de nouvelles
Posté par: Loïc le 07 Mai 2018 à 00:14:59
Salut salut

Chocolat

Citer
Toutes nos actions commencent par amour ou rancœur

D'une part, ça n'est pas vrai ; d'autre part, c'est fort lourd comme début

Citer
Nous voilà à présent quelques mois plus tard, le 9 novembre.

quelques mois plus tard que quoi ?

Citer
J’ai moins d’une heure et pas une seule cigarette en poche, génial.

Tu vires le géniale et je kiffe cette phrase. Le génial lui enlève toute sa force et son aigreur.

Citer
je ne l’avais jamais vu auparavant

vue

Citer
Mon pâle bonjour contraste avec le tintement de la cloche enthousiaste.

C'est le tintement qui est enthousiaste, non ? Dans ce cas il faut remonter enthousiaste pour l'accoler

Citer
Tiens d’ailleurs, je m’appelle Lou-Andréa. Et non, mes parents étaient tout ce qu’il y a de moins saouls durant leur choix. Moi à la limite, je saoulerais un polonais, mais ça c’est du détail. Peut-être le lien est-il là ?

Bof ? J'aime bien le Probab'Lou, qui fonctionnerait bien si l'information sur son prénom arrivait un peu avant

Je suis un peu mitigé. Il y a de très bonnes choses, surtout à partir du moment du bus. Mais tout ce qu'il y a avant, perso ça m'a pas intéressé. T'es dans le démonstratif, à nous dire les choses, sans qu'on soit vraiment dans l'histoire, avec plein de généralités. C'est dommage, parce que tu arrives à bien planter ton perso un peu blasé.

Menton

Citer
Je suis en proie à des piques de chaleur.

pics
Tu peux mieux dire ça je pense

Citer
Hormis si l’on prend en compte le fait que légalement nous n’avons, en toute logique,  pas le droit.

Hormis, c'est un peu lourd
pas le droit de quoi ?

Citer
Vous ciblez mieux le personnage ? Tant mieux.

Borf

J'aime bien, belle ambiance.

Couloir

Citer
Une vague de chaleur immerge dans mon ventre

émerge, non ?

Citer
-   Est-ce par-là ? demandais-je en désignant une rangée de portes.

"C'est par là" serait plus naturel
demandé-je, puisqu'on est au présent

Citer
-   C’est ce couloir ci, oui. dit-il d’une voix rauque.

Une virgule à oui

Citer
J’hôte mes chaussures avant d’aller les déposer à l’entrée.

j'ôte

Citer
J’hôte mes chaussures avant d’aller les déposer à l’entrée. Il sourit. J’ai fait une bêtise ? Les siennes ne tardent pas à les rejoindre. Je le vois ensuite grimper sur le lit avec le sac de nourriture.

-   Tu as faim ?

Mon regard se porte sur le lit, le sac puis lui.


-   Bien sûr. »

Chouette fin.
Et chouette texte.

J'aime bien ces tranches de vie qui cependant se suivent, racontent une histoire. C'est globalement bien fait ; à part le tout début donc. J'imagine qu'il y a une raison, mais je pense pas que tu en aies besoin. De la subtilité, surtout sur du court !

À bientôt.
Titre: Re : Suite de nouvelles
Posté par: Kythem le 08 Mai 2018 à 14:33:33
Hey,
merci pour le commentaire !

J'ai fait les modifications neccessaires, hum sauf pour quelques trucs comme "pas le droit de quoi ?" ; j'évite de bombarder d'infos afin de garder un peu de "suspens" pour la suite. Mais cela me semble relativement transparent.

Du coup, pour le début très lourd. Je n'ai pas cherché à le rendre moins chiant. J'aimais bien, mais je l'ai enlevé suite à tes conseils, je ne m'attendais pas non plus à une impression aussi mauvaise ^^ !

Du coup, merci pour ton passage et également pour avoir détaillé autant ton commentaire, cela m'aide beaucoup, et c'est sympa.

A + !