Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Fourmisdefeu le 28 Avril 2018 à 20:38:59

Titre: Prométhée de papier. II
Posté par: Fourmisdefeu le 28 Avril 2018 à 20:38:59
L’homme sans racines saines en devient une et celle-ci saigne, éclaboussant ceux à sa portée. Sous la salissure la plupart s’écartent, les badauds viennent se nourrir et les plus rares l’efface. Au bout des lèvres le silencieux fait des lavages néfastes. Il est des poids que l’on ne pèse pas, il est des lois que l’on ne voit pas, les premiers sont les plus écrasants et les secondes les plus résistantes. L’être blessé balance au bout de ses pieds comme un pendu au bout d’une corde, il sait ce poids, il sent ses lois. Son ombre est rouge, son âme est sombre, ses cicatrices sont ses compagnes ensanglantées qui le confessent par effusions. Parfois une voix en lui s’affirme : « Regarde tes fantômes en face, moins tu les vois plus ils sont toi, les trainées rouges qui te révèlent remontent jusqu’à ta gorge, finiras-tu exsangue ou étranglé ? »

Alors… au plus profond de lui même voilà les pensées qui en surgissait : « Beaucoup de barrières pour un si petit esprit et trop peu de lumière pour éclairer mes pensées, toi qui m’a terrassé, sais-tu comme il est compliqué et coûteux de se relever ? J’ai bien l’envie de te surpasser et sans doute est-ce déjà fait. Mais quelque part je n’y crois pas. Ma gentillesse et ma bonté ont étés très sévèrement endommagées et je suis le seul à pouvoir réparer. Si tu étais au bout de cette mine je te ferais tourner et zigzaguer jusqu’à te rendre le tournis que tu m’as transmis, jusqu’à ce que de mon sang le stylo soit rougis. L’encre et la danse se sont mêlées, il n’y a qu’ici que je puisse me coucher, sur cette page que je laboure, que je sillonne, c’était donc elle ma terre permise.
Alors je vais m’y soulager, t’y épingler, prépare-toi à vivre notre histoire sous mon angle d’attaque, multiples seront les impacts. Tu ressentiras chaque pression du stylo, chaque mot et sa définition, du meilleur au moins bon ainsi que leurs hauteurs et leurs tréfonds, que les contrastes t’illuminent.

La messe vaudou peut commencer.

Les plus grands murs, les plus solides, c’est en moi que tu les as construit mais j’y ai vu toute ta bêtise et j’ai appris de ta bâtisse, ce ne sont plus que des ruines aujourd’hui. Toi qui aurais dû m’étreindre pourquoi m’as-tu lacéré jusqu’à presque m’éteindre. Malgré la terreur, à l’époque déjà en moi colonisait la rage, elle effaça mes larmes et les remplaça par des flammes qui brulèrent sous mon crâne. Je m’imaginais devenir géant pour faire de mes mains tes tenailles mais c’est maintenant sur papier qu’arrive mes plus belles représailles. Malheureusement mon esprit balafré et mon âme tatouée t ont lentement singé, j’avais tellement respiré dans l’atmosphère que tu m’avais laissé que partout je te voyais mais nulle part je ne t’identifiais. Avec mes haillons de lumière j’ai parcouru le labyrinthe de pierre à m’en user les pieds, sur cette terre les dents poussaient, rares furent les pas sans entailles et dans l’air les complaintes naviguaient, remuantes jusqu’à mes entrailles. J’y ai tant désespéré que mille fois je serais tombé si je n’avais eu sur la route des gens auxquels m’accrocher, cependant je ne me laisse guère approcher de peur que l’on voit en moi le sanglant va-nu-pieds. Après avoir fait tant de fois le tour de mon petit cercle dont je piétinais les miettes je me décidais à dessiner moi-même les formes de toutes tailles qui me peupleraient.

Et si je te clouais sur ses feuilles tel un Prométhée de papier, où chacun des mots que j’inscrirais t’y étais infligé, à deux mots je te transpercerais, à trois je te ferais tourbillonner, rien dans ce texte ne t’épargnerais, chaque point serait un coup et à tout caractère sa faculté. Grave ou aigu chaque accent pèserait sur toi, le pire d’entre eux serait le circonflexe qui tel un boomerang reviendrait sur ta tête aussi tranchant que le silex. Toi mon aîné tu blêmirais et te brûlerais à la noirceur de mes idées. Dans les tâches d’encre tu t'enliserais, les espaces t’écartèleraient. Je te dirais pardonné sans même le penser, en toi vient de naître l’espoir qu’ensuite j’enterre au marqueur noir, la nuit effacerait chaque lettre, tu le vivrais comme ton oubli et la place serait faite pour servir tes prochains mal-être. Tes maux recommenceraient sous les miens au petit matin, tu dégringolerais jusqu’à devenir trois petits points, je te découperais de ratures et hachures au point que l’encre deviendrait bouillie, j’appuierais fort à en graver dix pages et même cela tu le ressentirais. J’écrirais mal, j’écrirais sale, j’écrirais gros, j’écrirais trop et tu serpenterais le long des courbes jusqu’à en perdre la tête.
Titre: Re : Prométhée de papier. II
Posté par: mercurielle le 29 Avril 2018 à 10:17:23
Hello, Fourmisdefeu !

J'avais lu et apprécié ton Prométhée I : il peut continuer à exister en tant que tel. Ici, nous avons le contexte. C'est très violent et désespéré. Il y a d'excellentes trouvailles.



Titre: Re : Prométhée de papier. II
Posté par: Fourmisdefeu le 29 Avril 2018 à 11:41:15
Il y a d'excellentes trouvailles.






Merci mercurielle, j’apprécie beaucoup même si je ne suis pas toujours sur d'identifier les excellentes trouvailles des bonnes, moins bonnes et mauvaises.
Hormis cela c'est peut être une drôle de démarche de ma part mais je m'attendais a plus de critiques en postant ceci, et j'avoue qu'elles me manquent, c'est ce qui me donne envie d'améliorer...donc s'il y a des volontaires n'hésitez pas, allez y gaiement.  ;D
Titre: Re : Prométhée de papier. II
Posté par: Claudius le 29 Avril 2018 à 14:43:22
Hello,

Pour ce qui est des retours, il faut être patient, parfois ça prend plusieurs jours. Les membres ici ne sont pas toujours pendus à internet, nous avons tous une vie qui prend le pas sur le virtuel. Je pense aussi que tu auras d'autant plus de retours que tu commenteras toi-même les autres, vases communicants alimentés par le partage    ;) ;) ;)

Pour ce qui est de ce texte, il y a de belles images, d'autres un peu sombres ou peut-être mal exprimée (à mon sens, je ne suis pas pro en la matière).

Détails au fil du texte :

 
Citer
Sous la salissure la plupart s’écarte, les badauds viennent se nourrir et les plus rares l’efface.
Le verbe qui suit "la plupart" est toujours au pluriel, sauf s'il est suivi d'un complément au singulier.(la plupart de l'assemblée est calme... la plupart des gens ont faim... la plupart ont sommeil.)
 
Donc la phrase correcte : la plupart s'écartent, les badauds viennent se nourrir et les plus rares l'effacent.

 
Citer
Au bout des lèvres le silencieux fait des lavages néfastes.

Lavages ou ravages ?

Citer
Alors…plus profond…un débat intérieur naquit, et voilà ce qui en surgit : « Beaucoup de barrières pour un si petit esprit et trop peu de lumière pour éclairer mes pensées, toi qui m’a terrassé, sais-tu comme il est compliqué et coûteux de se relever.
Décoller les point de suspension du mot suivant, un point d'interrogation à la fin de la phrase ?
Pourquoi naquit alors que le reste est au singulier : naît ?


Citer
J’ai bien l’envie de te surpasser et sans doute est-ce déjà fait. Mais quelque part je n’y crois pas. Ma gentillesse et ma bonté ont étés très sévèrement endommagées et je suis le seul à pouvoir réparer. Si tu étais au bout de cette mine je te ferais tourner et zigzaguer jusqu’à te rendre le tournis que tu m’as transmis, jusqu’à ce que de mon sang le stylo soit rougis.
Jusqu'à ce que de TON sang... si j'ai bien compris le sens de la phrase.

Citer
L’encre et la danse se sont mêlées, il n’y a qu’ici que je puisse me coucher, sur cette page que je laboure, que je sillonne, c’était donc elle ma terre permise.
J'hésite entre une affirmation et une interrogation : c'était donc elle ma terre permise. (j'aime ce jeu de mot... terre promise.)

Citer
Alors je vais m’y soulager, t’y épingler, prépare-toi à vivre notre histoire sous mon angle d’attaque, multiple seront les impacts. Tu ressentiras chaque pression du stylo, chaque mot et leurs définitions, du meilleur au moins bon ainsi que leurs hauteurs et leurs tréfonds, que les contrastes t’illuminent
.
multiples seront les impacts.
Chaque mot et sa définition.

Citer
Les plus grands murs, les plus solides, c’est en moi que tu les as bâtis mais j’y ai vu toute ta bêtise et j’ai appris de ta bâtisse, ce ne sont plus que des ruines aujourd’hui. Toi qui aurait dû m’étreindre pourquoi m’as-tu lacéré jusqu’à presque m’éteindre
.
Bâtis, Bâtisse dans la même phrase.
Toi qui aurais dû

Citer
Malheureusement mon esprit balafré et mon âme tatouée t ont lentement singé, j’avais tellement respiré dans l’atmosphère que tu m’avais laissé que partout je te voyais mais nulle part je ne t’identifiais.

t'ont lentement... laissée.
 

Citer
Te voilà maintenant cloué sur ses feuilles tel un Prométhée de papier ou chacun des mots que j’inscrirais vont t’y être infligé, à deux mots te voilà transpercé, à trois je te ferais tourbillonner, rien dans ce texte ne t’épargneras, chaque point sera un coup et à tout caractère sa faculté.

Te voilà maintenant indique le présent, donc tu devrais conjuguer ensuite au futur et non au conditionnel : j'inscrirai, je te ferai... d'autant que épargneras est au futur.
infligés

Citer
Que les tâches d’encre te noient, que les espaces t’écartèlent. Je te dirais pardonné sans même le penser, en toi vient de naitre l’espoir qu’ensuite j’enterre au marqueur noir, la nuit effacera chaque lettre, tu le vivras comme ton oubli et la place sera faite pour servir tes prochains mal-être.
dirai...
J'ai un peu de mal avec ce paragraphe, je n'en saisis pas trop le sens surtout la deuxième phrase.

Citer
Tes maux recommenceraient sous les miens au petit matin, tu dégringolerais jusqu’à devenir trois petits points, je te découperais de ratures et hachures au point que l’encre devienne bouillie, j’appuierais fort à en graver dix pages et même cela tu le ressentirais. J’écrirais mal, j’écrirais sale, j’écrirais gros, j’écrirais trop et tu serpenterais le long des courbes jusqu’à en perdre la tête.

Là tu es passé au conditionnel, ce n'est pas bien clair ces changements de temps.

Tout au long du texte j'ai eu l'impression que tu appliquais les règles de l'orthographe réformée. Il y a des mots pour lesquels tu écris encore ancienne mode : brûler par exemple.

J'ai bien aimé cette version plus longue qui aboutit sur quasiment la même fin que le texte I. Mais parfois tes tournures de phrases sont un peu difficiles à comprendre. C'est peut-être un problème de ponctuation, là-dessus je suis très mal placée pour te conseiller.

 :mrgreen: :mrgreen: Je reviendrai te lire.
Titre: Re : Prométhée de papier. II
Posté par: Fourmisdefeu le 29 Avril 2018 à 14:55:15
Merci Claudius, je vais prendre le temps et te répondrais ultérieurement.
Titre: Re : Prométhée de papier. II
Posté par: Fourmisdefeu le 30 Avril 2018 à 17:36:12
Encore merci Claudius.

Concernant le silencieux, il fait bien des lavages, rapport à la censure parfois de nos propres douleurs et clin d’œil aussi à la censure actuelle que les gens s'imposent les uns les autres et qui me désespèrent, tant elle me semble être une marche arrière ( je n'aime pas ce que tu dis ou moi je ne ris pas des même choses que toi alors tu dois arrêter et inversement), une cannibalisation intellectuelle, un affaiblissement de chacun, une ceinture de chasteté de l’ouïe, ça m' horripile. Je suis partisan de " on doit tout pouvoir dire et être capable de tout entendre".

Le stylo qui rougit, c'est bien du sang de l'auteur qu'il s'agit, le coté acharnement à faire souffrir l’aîné sous sa plume et aussi le sacrifice pour y parvenir.

Terre permise c'est une affirmation.

L'esprit balafré et l'âme tatouée ont bien singé, l'auteur dit par là qu'il a d'abord reproduit les erreurs.

Le paragraphe avec les espaces qui écartèlent est confus, c'est vrai, c'est sorti d'un jet et pas retravaillé.

Les réformes de l’orthographe, diverses et variées j'imagine, je n'y fait pas attention mais je m'y emploierais davantage dorénavant, cependant brûler je le préfère comme ça, esthétiquement il me semble plus jolis et j'y peux rien ça compte pour moi, je doit pas être le seul.

Pour le reste des corrections, c'est plus technique et je vais en tenir compte.



Titre: Re : Re : Prométhée de papier. II
Posté par: mercurielle le 30 Avril 2018 à 19:02:46
Merci mercurielle, j’apprécie beaucoup même si je ne suis pas toujours sur d'identifier les excellentes trouvailles des bonnes, moins bonnes et mauvaises.

Les "excellentes trouvailles", pour moi, ce sont des associations de mots imprévues, inattendues, surprenantes et qui fonctionnent.