Allez, une fois n'est pas coutume, j'ai pas réussi à trouver de titre pour cette histoire.
J'ai eu l'idée... sous la douche, ce matin :mrgreen: Vous avez donc devant vous un premier jet sans doute bourré de fautes.
L'histoire... était plus comique au départ, mais elle a invariablement changé en cours de route :D
Voilà voilà. Si vous avez des idées de titre, je suis preneur ^^
Edit : V2 (http://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=2783.msg47535#msg47535) plus bas !
Un triste chant, doucement, résonna dans l’air, propagé par le vent sifflant du crépuscule. Le cavalier s’arrêta et descendit de cheval pour écouter la voix séraphine qui semblait lui murmurer les paroles à l’oreille. Il demeura un moment ainsi, puis remonta sur son fier destrier et repartit au triple galop, en direction de la source de ce torrent de pureté.
« Enfin, se disait le héros. Enfin voici mon ultime quête, que je recherche depuis maintenant plus d’un an. Enfin vais-je pouvoir, après avoir parcouru des déserts ardents et des blizzards hurlants, après avoir défait mille démons honorables, et mille hommes bien plus déloyaux, atteindre la dernière de mes épreuves, et secourir une jolie princesse retenue prisonnière par quelque vile sorcière. Car qui d’autre qu’une princesse peut ainsi chanter et émouvoir mon cœur ? De mon épée flamboyante je couperai la tête de son geôlier, et de mon bouclier d’orichalque, la protègerai de son sang impur. Puis nous nous marierons, et je deviendrai le prince de ces terres. Enfin, après toutes ces années, le repos m’est accordé. » Et sur ces bonnes pensées, le prince en devenir força encore l’allure.
La nuit était déjà tombée lorsqu’il arriva en vue du château, au beau milieu des montagnes. Il se dressait, seul et majestueux, au sommet d’une formation rocheuse isolée qui dominait tous les pics alentours, entourée de toute part d’un vaste et profond abîme. Abandonnant sa monture, le voyageur s’engagea dans un large escalier fort bien ouvragé. A chaque marche, se trouvait une nouvelle gravure, et rapidement, il apparut qu’elles racontaient, l’une après l’autre, la longue histoire tragique de cet endroit. Autrefois fort et puissant, le roi de ce pays avait décidé pour repousser une invasion ennemie de faire appel à des dragons en invoquant un pacte antique. Les créatures de feu, après avoir dévasté l’armée conquérante, s’en étaient retournées dans leurs antres où elles sont, aujourd’hui encore, endormies et à l’affût du cor qui sonnera leur éveil pour repartir en guerre. Un dragon rebelle, pourtant, s’était caché quelques années durant dans ces montagnes, et avait attendu son heure. La dernière gravure représentait le monstre qui se dirigeait vers le château par une nuit de pleine lune.
Le chevalier frissonna. Il ne restait plus que quelques marches vierges entre lui, ce château et le dragon qu’il renfermait. Il hésita un instant à avancer, puis se souvint du chant de la princesse et de son écho de tristesse, comme un appel à l’aide. Il ne pouvait l’abandonner. Mais alors qu’il se décidait enfin, un cri déchirant s’éleva. Un cri inhumain qui charriait pourtant des flots de larmes et de peines. Le guerrier sortit ses armes, et acheva son ascension. Le château, de près, était écrasant de grandeur. Ses tours penchées vers le donjon central lui donnaient un air de pyramide. La gigantesque entrée gothique laissait entrevoir, à l’intérieur, une salle démesurée, éclairée par la lumière froide et bleutée de la lune. Des milliers de statues en composaient l’intérieur, chacune aussi grande que trois hommes, voire plus encore.
Prudemment, l’étranger fit quelques pas et buta soudain contre quelque chose. En baissant les yeux, il découvrit le dragon couché en travers du chemin. Il recula vivement et l’observa, prêt à se défendre, mais il baissa bientôt sa garde : le cerbère était attaché par une puissante chaîne qui entravaient ses pattes arrières. L’animal leva vers lui des yeux dépareillés, l’un rubis et l’autre saphir. En outre, il n’était pas bien impressionnant : alors qu’il s’attendait à voir un être aussi haut qu’un arbre, le brave se trouvait face à une bête qui ne faisait qu’une fois et demie sa taille. Et puis, elle semblait lasse, seule et mélancolique, et paraissait sur le point de pleurer.
« Ah, encore un noble chevalier, venu secourir la dame de ces lieux, fit-il – ou plutôt fit-elle, car sa voix fluette et gracile, bien loin de celle grondante d’un démon, suggérait une femelle. A nouveau pour la protéger, il faudrait que je te dévore, petit homme. Mais vois-tu, je suis fatiguée de cette sorcière qui par son chant envoûte les vagabonds et les amène à elle pour qu’elle s’adonne à ses pulsions. Car ce n’est pas une princesse, que tu as entendu, mais une diablesse dont je suis l’esclave et qui, si je la laisse faire, ne fera que dévorer ton âme. Elle m’a autrefois enchaînée pour que je trahisse mon pacte, et a tué tous les êtres vivants de ce château. Ne reste plus que moi dans ma solitude Alors je te conjure, ami, comme j’ai conjuré tous ceux avant toi, de me libérer de mon lien. Ainsi, je pourrais t’aider à la renvoyer dans les tréfonds de la terre, où elle ne nuira plus. »
Emu par ces paroles, et fâché de s’être ainsi laissé tromper, le paladin ne put retenir ses larmes et sa pitié. Il s’approcha des chaînes de la pauvre créature, tournant ainsi le dos à sa gueule. Alors, d’un coup de mâchoire, la dragonne lui arracha la tête, et entreprit de le dévorer. Son repas terminé, elle reposa la tête et s’endormit.
Elle ouvrit ses yeux vairons aux premières lueurs de l’aube, et fit face au soleil levant. Lorsque ses rayons la caressèrent, elle changea soudain. Ses pattes griffues devinrent des pieds souples et des mains agiles, sa gueule garnie de crocs un visage angélique à la voix ensorceleuse, son corps entier celui d’une jeune femme de petite taille, adorable comme un souffle de vent et belle comme une étoile. Les menottes, à présent trop grandes pour ses menus pieds, tombèrent au sol dans un tintement de métal.
Alors elle se leva et pénétra dans le château, déambulant parmi les innombrables statues, dragons figés dans la pierre par un pacte stupide auquel elle n’était pas tenue. Sa malédiction, qui la changeait chaque jour en femme, l’en avait protégé.
« Bientôt, bientôt, frères et sœur, disait-elle doucement. Bientôt le sang aura assez coulé, et votre serment sera levé. Je vous le promets. Bientôt. »
Et alors, comme chaque jour, elle monta jusqu’au sommet de la plus haute tour du château, où elle se mit à chanter jusqu’au coucher du soleil, pour appâter, une à une, les proies de son sacrifice.
Bon bon bon, excusez le double post.
Donc : la V2 de ce texte, avec une fin différente et, je l'espère, un changement de ton mieux amené. Voici.
Soit dit en passant, j'ai suivi la suggestion de Word pour le titre. Id est : les trois premiers mots du texte :mrgreen:
Un triste chant
Un triste chant résonna doucement dans l’air, propagé par le vent sifflant du crépuscule. Le cavalier s’arrêta et descendit de cheval pour écouter la voix séraphine qui semblait lui murmurer les paroles à l’oreille. Il demeura un moment ainsi, puis remonta sur son fier destrier et repartit au triple galop, en direction de la source de ce torrent de pureté.
« Enfin, se disait le héros. Enfin mon ultime quête touche à sa fin. Enfin vais-je pouvoir, après avoir parcouru des déserts ardents et des blizzards hurlants, après avoir défait mille démons honorables, et mille hommes bien plus déloyaux, atteindre la dernière de mes épreuves, et secourir une jolie princesse retenue prisonnière par quelque vile sorcière. Car qui d’autre qu’une princesse peut ainsi chanter et émouvoir mon cœur ? De mon épée flamboyante je couperai la tête de son geôlier, et de mon bouclier d’orichalque, la protègerai de son sang impur. Puis nous nous marierons, et je deviendrai le prince de ces terres. Enfin, après toutes ces années, le repos m’est accordé. » Et sur ces bonnes pensées, le prince en devenir força encore l’allure.
La nuit était déjà tombée lorsqu’il arriva en vue du château, retiré au beau milieu des montagnes. Il se dressait, seul et majestueux, au sommet d’une formation rocheuse isolée qui dominait tous les pics alentours, cernée d’un vaste et profond abîme. Abandonnant sa monture, le voyageur s’engagea dans un large escalier fort bien ouvragé. A chaque marche, se trouvait une nouvelle gravure, et rapidement, il apparut qu’elles racontaient, l’une après l’autre, la longue et tragique histoire de cet endroit. Autrefois fort et puissant, le roi de ce pays avait décidé, pour repousser une invasion ennemie, de faire appel à des dragons en invoquant un pacte antique. Les créatures de feu, après avoir dévasté l’armée conquérante, s’en étaient retournées dans leur antre où elles sont, aujourd’hui encore, endormies et à l’affût du cor qui sonnera leur éveil pour repartir en guerre. Un dragon rebelle, pourtant, s’était caché quelques années durant dans ces montagnes, et avait attendu son heure. La dernière gravure représentait le monstre qui se dirigeait vers le château par une nuit de pleine lune.
Le chevalier frissonna. Il ne restait plus que quelques marches vierges de tout dessin entre lui, ce château et le dragon qu’il renfermait. Il hésita un instant à avancer, puis se souvint du chant de la princesse et de son écho de tristesse, comme un appel à l’aide. Il ne pouvait l’abandonner. Mais alors qu’il se décidait enfin, un cri déchirant s’éleva. Un cri inhumain qui charriait pourtant des flots de larmes et de peines. Le guerrier sortit ses armes et acheva son ascension. Il leva son regard vers le château, présence écrasante de beauté et chargée de menaces. Pour la première fois, le brave se sentait insignifiant. Ses tours, penchées vers le donjon central, lui donnaient des airs de pyramide. L’arche brisée qui marquait l’entrée laissait entrevoir une salle démesurée, éclairée par la lumière froide et bleutée de la lune. En son centre, sur une estrade de pierre, se dressait un trône au velours gris entouré de quatre colonnes dont les sommets se perdaient dans l’obscurité. Dans les yeux du champion s’allumèrent une flamme. « Un jour il sera mien, se disait-il, oh oui, un jour il sera mien. »
Ce n’est qu’après quelques instants qu’il aperçut, en s’éveillant de ses songes, les dizaines de dragons immobiles qui peuplaient les lieux, chacun d’eux plus grand que trois hommes. En se rapprochant prudemment, il découvrit qu’il s’agissait de statues figées dans d’innombrables position : ici l’une des bêtes semblait hurler à la lune ; là, deux d’entre elles se battaient, ou peut-être qu’elles jouaient. Emerveillé, il les observa longuement, jusqu’à rencontrer les yeux dépareillés, l’un vif et rubis, l’autre terne et saphir, d’un être bien vivant – le dragon qu’il redoutait, couché sur le pas de la porte. Il recula vivement, prêt à se défendre, mais il baissa bientôt sa garde : le cerbère aux écailles grises était attaché par une puissante chaîne qui entravait ses pattes arrières. En outre, il n’était pas bien impressionnant : alors qu’il s’attendait à voir un démon aussi haut qu’un arbre, il se trouvait face à une créature qui ne faisait qu’une fois et demie sa taille. Et puis, elle semblait lasse, seule et sur le point de pleurer.
« Ah, encore un noble chevalier, venu secourir la dame de ces lieux, fit-il – ou plutôt fit-elle, car sa voix fluette et gracile, bien loin de celle grondante d’un démon, suggérait une femelle. A nouveau, pour la protéger, il faudrait que je te dévore, petit homme. Mais vois-tu, je suis fatiguée de cette sorcière qui par son chant envoûte les vagabonds et les amène à elle pour qu’elle s’adonne à ses pulsions. Car ce n’est pas une princesse que tu as entendue, mais une diablesse dont je suis l’esclave et qui, si je la laisse faire, ne fera que dévorer ton âme. Elle m’a autrefois enchaînée pour que je trahisse mon pacte et a tué tous les êtres vivants de ce château. Ne reste plus que moi dans ma solitude. Alors je te conjure, ami, comme j’ai conjuré tous ceux avant toi, de me libérer de mon lien. Ainsi, je pourrai t’aider à la renvoyer dans les tréfonds de la terre, où elle ne nuira plus. »
Emu par ces paroles, et fâché de s’être ainsi laissé tromper, le paladin ne put retenir ses larmes et sa pitié. Il s’approcha des chaînes de la pauvre créature, tournant ainsi le dos à sa gueule. Alors, d’un coup de mâchoire, la dragonne lui arracha la tête, la déposa délicatement non loin de là, et entreprit de dévorer le corps. Son repas terminé, elle s’endormit.
Aux premières lueurs de l’aube, elle ouvrit ses yeux vairons et fit face au soleil levant. Lorsque ses rayons la caressèrent, elle changea soudain. Son œil azuré prit vie tandis que son œil vermeil s’obscurcissait. Ses pattes griffues devinrent des pieds souples et des mains agiles, sa crête une magnifique chevelure du gris de la pluie, sa gueule garnie de crocs un visage angélique à la voix ensorceleuse, son corps entier celui d’une petite fille, adorable comme un souffle de vent et belle comme une étoile. Les menottes, à présent trop grandes pour ses menus pieds, tombèrent au sol dans un tintement de métal.
L’enfant se leva et adressa un grand sourire au soleil. Elle dansa un moment au bord des marches, se riant du vide. Elle se sentait plus heureuse que jamais, et l’écho de son rire vola de statue en statue. De son pas léger, elle parcourut la grande salle du château, jusqu’au trône derrière lequel se trouvait son père. Il était bien plus grand que tous les autres, et prenait une pose menaçante. Figé sur ses pattes arrières, les ailes déployées et le visage sévère, il intimidait un peu la fillette. Mais elle savait que de cette manière, il protégeait sa bien-aimée, qu’il serrait jalousement contre lui. La petite était fière de sa mère. Celle-ci était la fille d’un roi, après tout. Elle la regarda tendrement, lui déposa un baiser sur le front, et lui tendit son trophée. Mais la cruelle, quoique souriant de toutes ses dents, ne fit rien pour s’en saisir. Cette fois encore, penaude, sa fille s’en repartit offrir son cadeau à l’un de ses frères de pierre, sous le regard vide de la blanche princesse.
Rejoignant la plus haute tour du château, l’orpheline chanta tout le jour durant. Le vent prit soin de sa tristesse, qu’il emporta au loin, aux oreilles d’un homme naïf qui saurait, la nuit venue, la consoler.