Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: mythiris le 23 Mars 2018 à 14:13:47
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Les plus petites sont sphériques, innombrables et se déplacent lentement. Entre un millimètre et un centimètre, elles deviennent ellipsoïdales et remontent en zig-zag à raison de 20 cm par seconde. Au-delà du centimètre, les bulles prennent la forme d’une calotte et leur vitesse d’ascension est proportionnelle à la racine carrée de leur diamètre. A 10 cm, elles crèvent.
Un souvenir amer se forme à l’intérieur de la bouche de Guelandu. Il laisse échapper une bulle. La bulle monte, éclate et une onde de douceur envahit Guelandu. Soulagement fugace. Le temps a creusé des vallées de larmes entre ses pommettes et son nez. Sous la pression de l’eau, les montagnes de graisse qui s’étaient affaissées se relèvent en un sourire. Guelandu poursuit sa rêverie dans une nouvelle bulle. En se les remémorant, il croit effacer les souffrances infligées aux autres. Il est déterminé à expier ses souvenirs un par un. Son passé de racaille et sa rédemption future se télescopent dans l’explosion de dizaines de bulles. Des pans entiers de sa vie dissolue se reforment sous l’eau et disparaissent à jamais.
Guelandu sait qu’il ne pourra pas les crever toutes. S’il était catholique, Guelandu vivrait ici la contrition parfaite. Une pénitence facile de faire péter les bulles pour gagner son paradis. Mais Guelandu est un mécréant au petit pied coincé par cette chaîne, deux mètres sous la surface du bassin. Toutes les grosses bulles ont déjà refait surface. Guelandu, lui, refuse de crever.
Tu vas pas partir comme ça, au milieu de l'histoire, Guelandu. Pour tromper la mort, comme on trompe la faim, Guelandu boit. Il avale le bassin à grosses goulées. Sa conscience qu'il croyait suspendue au dessus du réel, il la localise enfin, là, dans sa tête prête à exploser, entre les yeux brouillés et les oreilles qui résonnent des appels à l’aide du cœur.
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Intéressant comme texte. J'ai cru lire au début un texte surréaliste car j'ai eu du mal à accrocher au texte. J'ai interprété ça comme une noyade, j'ai bon ? Le héros vois sa vie arriver à son terme, et comme il est impuissant, il n'a rien d'autre à faire que d'observer ses bulles qui remontent à la surface et qui éclatent ?
Je n'ai pas relevé de fautes, j'ai trouvé le texte plutôt bien !
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C'est bien une noyade. J'ai changé le début pour le rendre plus lisible. Merci pour ta lecture
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Zut, j'ai fait défiler la page pour voir la longueur et mes yeux ont lu par inadvertance ton dernier post, du coup je connaissais le thème avant de lire le texte, je pense que c'est dommage !
Le temps avait creusé des vallées de larmes entre ses pommettes et son nez.
Pourquoi ce plus-que-parfait ? Il ne me semble pas coller avec un texte raconté au présent
Dans l’explosion des dizaines de bulles se télescopent son passé de racaille et sa rédemption future
Des virgules manquent dans cette phrase : sans virgule, on peut la lire de plusieurs façons. En première lecture, j'ai lu "dans l'explosion, des dizaines de bulles se télescopent, son passé..." et du coup ça n'avait pas de sens. J'ai dû relire plusieurs fois avant de comprendre la structure : "Dans l'explosion des dizaines de bulle, se télescopent son passé et sa rédemption". Du coup il faut vraiment remettre au moins une virgule, sinon ça gêne la lecture
J'aime bien le dernier paragraphe avec le jeu de mots sur crever !
Je dois dire que le texte est trop court pour que j'y adhère vraiment : il m'a manqué des éléments pour que le personnage de Guelandu se dessine. L'ambiance commence à imprégner le texte, il y a une scène un peu onirique qui s'ébauche, avec ces bulles, ce gros corps qui coule, mais... tout va trop vite, le texte est terminé avant qu'on ait pu entrer dedans. Du coup, je suis restée sur ma faim. Mais la scène a du potentiel !
Merci pour cette lecture :mafio:
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Merci beaucoup pour ce texte ! Je trouve que ton écriture retranscrit à merveille le silence qui règne dans les eaux profondes, c'est très agréable.
Je rejoins Milora sur le fait qu'on sort un peu brutalement du texte mais j'ai eu l'impression que c'était plus dû à la dernière phrase qu'à la longueur du texte. J'aurais du mal à dire exactement pourquoi. Peut-être parce qu'elle donne l'impression que l'enjeu de la scène n'est pas encore joué et qu'on a du coup envie de lire la suite...
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Merci pour tes corrections, Milora, et pour tes encouragements, Mouiselichel, à lui laisser une chance de s'en sortir. Je vais le garder en apnée jusqu'à trouver une solution.
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Salut :)
au fil du texte...
Bon en fait au début je ne comprenais pas le premier paragraphe et comme c'était court j'ai tout lu donc je reviens sur le détail mais pas au fil du texte :D
Les minuscules sont sphériques, innombrables et se déplacent lentement.
j'ai longuement buggué ici >< En l'état, je croyais que tu parlais de lettres minuscules vu que tu l'utilises en nom commun... Mais je suppose qu'il manque un mot ?
A 10 cm, elles crèvent.
ah oui ça crève sous l'eau ? pas seulement quand ça atteint la surface ??
Pour la suite je trouve qu'on nage (sans mauvais jeu de mot :D) entre une scène de règlement de compte de truands et un texte fantastique : le second ressenti étant motivé par la non mort du perso qui commence à boire l'eau, et chai pas, on se l'imagine boire toute l'eau et ressortir vivant du truc limite :D Du coup j'attendais que la fin fasse pencher la balance, mais finalement on sait pas trop.
Je trouve qu'il y a une ambiance, une idée de scène, mais qu'en tant que lecteur on ne sait pas trop quoi en faire. C'est court, aussi, donc il nous faudrait peut-être plus de matière...
Au plaisir !
Milla