Le Monde de L'Écriture
Salon littéraire => L'Atelier => Cuisiner la langue : ustensiles et méthodes => Discussion démarrée par: Alan Tréard le 12 Mars 2018 à 14:33:03
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Connaissez-vous un moyen de tenir en haleine une lectrice ou un lecteur ?
Je veux dire, quand on se laisse entraîner dans le récit, il y a bien des petites choses qui font que la curiosité est piquée à vif, non ?
Quels sont vos secrets pour maintenir un suspens, un désir, une terrible pulsion de lecture ?
Comment attirez-vous l'attention de vos lectrices & lecteurs sur la suite du récit ?
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A mon humble avis, il n'existe pas un moyen mais mille. S'il existait un moyen, ce serait une "technique" que chacun emploierait.
Tout doit tenir dans le style, un mot (une phrase) décalé(e) suffit parfois.
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Ah ! Tu as indéniablement un don, mon cher avisto, j'espère qu'un jour tu oseras nous confier tes impérissables secrets d'écriture.
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Je n'ai ni don ni secret, voyons...!
Je suis comme tous. Dès que tu dis : "Elle, si ponctuelle, n'est toujours pas rentrée..." tu crées le suspense. ;D
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Quel secret ! Parfois, si l'on apprend que, en plus de cela, elle a un amant secret, un abonnement à la piscine, un amour fou pour la marche à pied, et quelques aspirations pour les jeux de dés, le suspens est insoutenable... ::)
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Pour parvenir à l'insoutenable, il faut que l'enjeu (du point de vue du lecteur) soit capital. Et là, c'est le choix du sujet qui importe. Toujours pas de secret à l'horizon...
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Écoute avistodenas,
J'essaie de t'éveiller sur le fait que je ne suis pas d'accord avec toi, je ne pense pas que le suspens soit une affaire de vulgarité ou une simple histoire d'élucubrations.
Tu n'es pas ici par hasard, ouvre les yeux, c'est un sujet qui t'intéresse pour sa force et sa profondeur !!
À quoi bon poster pour dire que ce sujet n'a pas de sens ?
Allons, je m'emporte revenons-en à la base du désaccord : si je propose de questionner le suspens en littérature c'est parce que je pense que le sujet a du sens, il a son importance ! Réduire cette part du travail littéraire à une petite affaire de goût n'est selon moi absolument pas rationnel.
Je pense que le suspens est quelque chose qui se travaille et s'oriente, que de tenir une lectrice ou un lecteur en halène est un art, un quelque chose qui demande de la méticulosité et de la patience. Ce n'est pas qu'une question de « machin est sorti de mes petites habitudes ».
Et je maintiens le débat, cher ami, car je pense que ce débat a son importance, notamment lorsque l'on donne son importance au travail d'écriture !!
Comment peux-tu réduire le sujet à un simple « enjeu » ? Cela dépasse ce caractère, il faut bien s'attacher à des personnages ou à un sujet avant de chercher à comprendre ce que l'on souhaite en faire.
Ah ! Il n'y a rien à faire, nous ne sommes pas d'accord !!
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Alan, même si tu es en désaccord avec avistodenas, je trouve que sa réponse initiale est la bonne.
A mon humble avis, il n'existe pas un moyen mais mille. S'il existait un moyen, ce serait une "technique" que chacun emploierait.
Mais je trouve que tu fausses le débat dès le départ :
Quels sont vos secrets pour maintenir un suspens, un désir, une terrible pulsion de lecture ?
Il n’y a aucun secret, juste de la maîtrise de technique ou de méthodes.
On peut utiliser le suspense « que va-t-il se passer, qui est le tueur, etc… »
On peut plonger le lecteur dans l’univers du livre et rien que ce dépaysement est suffisant.
On peut utiliser les actions d’un personnage.
La manière va changer d’un auteur à l’autre, mais elles changeront d’un ouvrage à l’autre.
Je n’écrirai pas un roman policier comme j’écrirai l’Empire Gart, qui possède l’organisation suivante 1, 2, 5, 3, 4. La seule chose que je puisse faire c’est caché au lecteur qu’il a lu la fin de l’histoire au milieu de celle-ci, lors de la première lecture.
En plus de la trame principale télégraphiée, où ils finirent heureux et eurent beaucoup d’enfants après avoir fait des milliards de mort. Quoi qu’à la réflexion à la clôture du 5 tous les personnages auxquels le lecteur pourrait s’attacher sont mort d’une manière ou d’une autre.
Et peut-être est-ce là le secret ou la magie de l’écriture. Écrire une histoire pour ses lecteurs, mais ce qui nous pousse à le faire c’est de la découvrir comme eux.
Pour les trames secondaires, j’utilise plusieurs méthodes :
Celle des jeux de rôles : amorce, déclencheur, action, conclusion. Une suite de petites histoires autosuffisantes qui sont disséminés çà et là.
Roman policier : L’histoire ne répond pas à des questions importantes que se posent les protagonistes principaux ou le lecteur. C’est au lecteur de jouer les détectives dans les tomes pour trouver les indices qui le conduiront à la réponse.
Codification : La codifications de certaines choses me permette d’écrire une histoire comprise d’une manière. Au fur et à mesure de la lecture le lecteur apprend les codes et leurs significations. Dès lors l’histoire change à la relecture.
Détourner l’attention : Dans le cas où le déroulement de l’histoire passe à un faux suspense, c-à-d que la chute est télégraphiée. Je mets en avant un autre sujet.
Voilà en gros les techniques que j’utilise.
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Ah mais enfin, Kanimp, tu joues sur les mots !
Un secret, c'est un truc bien à soi, comme ces vieux illusionnistes qui font monter la magie avec une petite touche d'imprévisible.
Je pense tout à fait que tes méthodes à toi peuvent servir à d'autres et, ne nous mentons pas, certaines auteures & auteurs ont des petites bottes secrètes qu'ils se refusent de divulguer.
Non, je pense que l'on doit pouvoir envisager, comme tu m'as semblé le démontrer, que certaines méthodes ont un quelque chose de déjà vu, comme des petits secrets qu'on s'échange entre nous, et qui font effet depuis des siècles !!
Je n’écrirai pas un roman policier comme j’écrirai l’Empire Gart, qui possède l’organisation suivante 1, 2, 5, 3, 4. La seule chose que je puisse faire c’est caché au lecteur qu’il a lu la fin de l’histoire au milieu de celle-ci, lors de la première lecture.
Là-dessus je trouve ta précision intéressante.
Quelque part, on pourrait imaginer que les attentes des lectrices & lecteurs ne sont pas les mêmes selon les genres, et c'est bien vu !
Créer l'attente, répondre à l'attente, n'est-ce pas justement ce qui fait le cœur de ce petit grain d'inattendu ?
Moi, je peux bien révéler un quelque chose d'utile ; par exemple : je m'informe, et c'est là tout le secret. Eh ! Oui, je m'informe, rien de plus banal... Il est tellement plus simple de partir des préjugés habituels des lectrices & lecteurs, et d'avancer une petite goûte de révélation, un quelque chose qui étourdisse la lecture, et provoque une curiosité inconditionnelle...
Tout part de ce que l'on ne sait pas encore, n'est-ce pas ?
Non ?
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Ah mais enfin, Kanimp, tu joues sur les mots !
Un secret, c'est un truc bien à soi, comme ces vieux illusionnistes qui font monter la magie avec une petite touche d'imprévisible.
Je ne trouve pas que je joue sur les mots.
Car si un illusionniste subjugue son public, c’est que ce dernier ne connais pas la manière qu’il a utilisé.
Un auteur doit subjuguer ses lecteurs alors que ces derniers connaissent les techniques que l’auteur utilise.
Il n’y a pas de secret, c’est juste de la maîtrise de connaissances acquises.
Quelque part, on pourrait imaginer que les attentes des lectrices & lecteurs ne sont pas les mêmes selon les genres, et c'est bien vu !
Je trouve que de temps à autre tu considères des choses comme très importantes alors qu’elles ne le sont pas et inversément.
Il est clair pour moi qu’un livre doit attirer ses lecteurs. Mais les méthodes d’écriture vont dépendre du genre du livre et de l’histoire que veut raconter l’auteur, pas des lecteurs.
Car tout axer sur les lecteurs et les satisfaire on arrive trop à ce que je voie et lis aujourd’hui des trucs insipides créer pour faire du fric dans la lecture de masse. Et te connaissant je suis certain que par « les attentes des lectrices & lecteurs ». Tu me fais comprendre exactement l’inverse de la position que tu défends.
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Hm, c'est moi ou la conversation a totalement dérivé de la question initiale ? Vous voulez que je scinde le fil pour discuter de l'engagement en littérature (ou autre titre que vous jugerez plus pertinent ?)
Pour en revenir au sujet initial, créer la tension dans un récit, je trouve que la question est vachement intéressante (même si bien sûr, comme vous disiez, y a pas du tout une recette toute prête).
J'avais lu une interview de Hitchcook qui considérait qu'il y avait deux façons de créer le suspense :
- ou bien on sait que quelque chose va arriver, mais on ne sait pas quand ni comment (je trouve que ça recoupe l'idée d'injecter un enjeu dans le texte, un effet d'attente),
- ou bien on sait que quelque chose va arriver là tout de suite maintenant, mais on sait pas quoi.
J'ai toujours bien aimé cette vision des choses, mais c'est plutôt du côté de la structure d'une histoire que de celui de la narration en soi...
Bon ceci dit le fil est en train de dériver tellement que je sais pas si on continue de parler de ça ou pas :D
Sinon, pour le débat sur les messages dans les textes, je rejoins Aube : Même le plus médiocre des romans adolescents véhicule des représentations sociales, des modèles ou des archétypes qui sont connotés politiquement.
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J'avais lu une interview de Hitchcook qui considérait qu'il y avait deux façons de créer le suspense :
- ou bien on sait que quelque chose va arriver, mais on ne sait pas quand ni comment (je trouve que ça recoupe l'idée d'injecter un enjeu dans le texte, un effet d'attente),
- ou bien on sait que quelque chose va arriver là tout de suite maintenant, mais on sait pas quoi.
J'adore cette schématisation :) merci pour ça !
(Et pour le reste, je plussoie Milora dans ses deux plussoiements ciblés de Aube. Intéressant débat mais sans définition commune des termes vous aurez du mal à conclure.)
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Une des meilleurs techniques (ou recettes) consiste à lancer une action plus ou moins importante et la briser dans son élan. Chose que maîtrise Maxime Chattam dans ses thriller. Il va jusqu'à le faire en fin de chapitre pour nous emmener ensuite sur un autre événement qui se déroule au même moment ou un peu avant, de fait, non seulement, on a envie de lire pour avoir le fin mot du suspens créé, mais en plus il en profite pour brouiller ce que l'on croyait deviner. Moralité, tu te retrouves à lire jusqu'à pas d'heure car tenu en haleine comme c'est pas permis.
Mais cela dit, il y a aussi la façon de faire. Il faut que ce soit subtilement amené sinon ça fait justement recette. Une montée en tension et paf !!! On coupe l'herbe sous le pied. Efficace, imparable.
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Ah oui ! Pour moi ça rejoint l'idée de l'enjeu, qu'avait évoquée Kanimp : on donne un horizon d'attente au lecteur (ex : le personnage principal cherche à atteindre un but, ou alors on sait qu'un événement important va arriver sous peu, etc.)
Dans la même veine mais un peu différent, il y a le fait de commencer par annoncer le résultat d'une action, et raconter ensuite comment on en arrive là (ce qui ne veut pas forcément dire commencer par une scène entière racontant la fin, ça peut être juste une phrase ou des tournures de phrases, style, je sais pas, "je ne me doutais pas que cette réponse allait avoir de telles conséquences par la suite").
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L'enjeu... L'attente.... Peut-on réellement trouver une recette ? La littérature n'est pas vraiment affaire de cuisine ! ;D
Cependant, il est légitime de se poser la question....en attendant.
C'est une question de talent, mais mieux encore : de grâce. La grâce ne s'explique pas.