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Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: kokox le 25 Février 2018 à 00:39:31

Titre: La Folle Épopée de Martin Opitz Boberfeld
Posté par: kokox le 25 Février 2018 à 00:39:31
Bonjour à tous. J'avais déjà posté ce premier chapitre il y a quelques années, mais j'avais dû abandonner la rédaction de ce roman picaresque assez long pour me consacrer à l'achèvement de mon premier roman. Ceci fait, c'est avec un certain plaisir que j'ai décidé de le reprendre ces derniers temps, en me jurant cette fois de le mener à son terme. Voici donc la troisième version de ce prologue, augmenté de plusieurs pages et embelli de personnages que j'avais un peu naguère laissé pour compte (ceux qui avaient lu les deux premières versions verront je l'espère la différence). Je fais principalement appel à la sagacité des grammairiens pour remettre d'équerre mes éventuelles fautes d'accords, comme j'ai l'impression parfois de m'être un peu égaré dans les temps. Enfin, je demande aux modérateurs la faveur de placer ce début de roman dans la section "Textes courts", sachant que je ne posterai pas les prochains chapitres, sur lesquels je retravaille actuellement, avant un certain temps. Merci d'avance. Et bonne lecture à tous !




La Folle Épopée de Martin Opitz Boberfeld


Chapitre 1


    Où il est question de flatulences océanes et de moustache à guidon.
Où l'on craint pour la vie de treize cannibales affolés.
Et où l'on apprend que Martin Opitz Boberfeld est peut-être toujours vivant.






   
Le 9 février 1911, sous un ciel de trahison et une pluie hallebardesque, Sir Burnham Thorpe, un amiral anglais réputé pour s’être distingué lors de la bataille des forts de Taku en Chine - où il perdit sans gémir un œil, un bras et un bon morceau d’intestin grêle - franchit le portail du n°37 du Quai d’Orsay et demanda à être reçu prestement par Stephen Pichon, le ministre des Affaires Étrangères, afin de l’entretenir d’un sujet des plus alarmants.
   En raison du temps cyclonique, les huiles consulaires, les souverains et autres agents diplomatiques ne s'étaient pas bousculés au Palais en ce jour où le scandaleux Paul Poiret avait eu l'idée saugrenue de lancer sa jupe-culotte. De fait, arrêtées de longue date, plusieurs audiences furent annulées au tout dernier moment sous de risibles prétextes : décès tragique et si soudain d'une cuisinière modèle, bonne pâte et parfois même trop bonne pâte, reine des sauces et des frichtis improvisés, âme propice, drôle à l'envi, et morte la pauvre femme, ô oui morte pour toujours, d'une sorte de crise de tétanos physiologique ou épileptique ou hyperthermique, due probablement à une intoxication dégénérative elle-même due probablement au mercure ou à l'argent ou au plomb, alors qu'elle épluchait dès potron-minet ses oignons rouges de Toscane, égarement énigmatique d'un bouton de manchette en or rose et diamants d'une haute valeur sentimentale dû probablement à un larcin domestique ou à la prestidigitation sans queue ni tête d'une force occulte ou, nettement plus inquiétant, à une amnésie passagère, bourgeonnement intempestif d'un nid d'hémorroïdes suivi dans l'heure d'un écoulement purulent au pourtour du fondement dû sans doute à une fistule mal soignée, douloureusement récidivante, dont les élancements électrisaient les tempes, forçaient à se mordre la langue pour dévier le calvaire, empêchaient in fine de s'asseoir, de rester allongé et, bien pire, de rejoindre les commodités.
   En vérité, seuls les délégués de Haïti et du Libéria avaient osé braver la tempête parisienne, le premier enrubanné de madras aux couleurs vives et d'un chapeau tête de lézard en fibres de bananier, le second vêtu de son boubou mauve richement brodé de motifs coraniques, lesquels risquetouts avaient démontré par leur audace vestimentaire que l'on pouvait fort bien, sans chichis mais nimbés d'élégance, placer l'intérêt supérieur de leur humble pays au-dessus des cumulonimbus, du vent glacial et des grêlons belliqueux.
   Transis de froid, les deux factionnaires du Palais censés, du haut de leur béotienne condescendance, offrir leur sésame aux visiteurs, n'en avaient pas moins été poltrons. Réfugiés dans leur guérite, accolés en frères siamois, battant des quatre pieds, soufflant sur leurs quatre mains, ils avaient laissé pénétrer l'amiral sans même distinguer sa silhouette à travers l'épais rideau de pluie. Trémulant comme fauvette hors du nid - mais qui eût pu les en blâmer - ils avaient laissé s'infiltrer l'intrus dans ce haut lieu de la Troisième République où, de l'aube au crépuscule, mignotant leur altruisme, estimant toutes les races, et même de nuit, dormant d'un œil laïque quoique fidèlement chrétien, rêvant d'une paix bellissime taillée pour faire éclore des cœurs un hymne séraphique qui libérerait l’inquiétude, les effarements, les opportunismes de tous les peuples amis et même un peu moins amis, les têtes les plus débonnaires s'ingéniaient à maintenir l'entente cordiale entre les masses ignorantes et celles nettement plus civilisées, tout ce vulgum pecus cyclothymique du planisphère qui, au moindre pet de libellule, pouvait vouloir baiser le cul du diable et l’intégrité de la France.
   Passé ce volatil point de contrôle, Sir Burham Thorpe rejoignit à pas décidés le perron qui menait au vestibule d’honneur. Or, celui-ci vacillait d’étranges lueurs orangées, bien inhabituelles sous le règne d’Edison. Cette impression de début d’incendie qui en émanait et se propageait par delà certaines autres fenêtres, donna à l’amiral l’intuition que le Quai d’Orsay, échauffé de désuètes bougies, avait peut-être été transformé en chapelle ardente pour veiller la dépouille d'un illustre défunt. L’espace d’une seconde, il rejeta l’idée qu’il puisse tomber en pleine toilette funéraire d’un quelconque potentat enfermé dans un sarcophage antique, et celle plus absurde encore qu’on pût le prendre pour le thanatopracteur.
   Si la façade du Palais confinait ainsi à la veillée mortuaire, c’est que dans la matinée un grave incident était survenu à l’usine électrique de l’Ouest-Lumière qui alimentait plusieurs secteurs de la Rive Gauche. À la suite de la crue de la Seine, et après quelques infiltrations sans grande importance, un mur s’était écroulé subitement dans les caves où résidaient les transformateurs, livrant passage aux eaux du branchement d’égout de l’Hôtel de Lassay. En quelques minutes, cette dégoûtante affluence avait fini par atteindre un bon mètre cinquante de hauteur, noyant tour à tour les chaudières, les machines, les dynamos. Et cela avait été un prodige, digne de Noé se carapatant du Déluge, que les trois ouvriers s'échappassent de justesse du raz de marée pestilentiel, en évitant l’électrocution.
   Dans le vestibule, point de catafalque, point d'extrême onction, point de pleureuses ! Pourtant c'est une ambiance tout aussi morne qui réceptionna le requérant tardif, lequel allait être privé des égards qu'aurait dû nécessiter son rang.
   Cela se passa à peu près ainsi : Sir Burham Thorpe ôta son haut-de-forme noir et soie. De son unique main, il en secoua les grouillantes gouttes sur le dallage en marbre. Ceci fait, il se présenta. Et il attendit. Comme aucune réplique ne faisait écho à son introduction,  il fit « hum, hum » une première fois. Et il attendit. Bien forcé d'admettre qu'un déconcertant silence avait recouvert son « hum, hum », il fit « hum, hum » une seconde fois, de manière plus appuyée, y mettant une dose de retenue et une subtile pointe de déplaisir. Et il attendit. Puis, comme il ne se passait toujours rien, il se présenta à nouveau, faisant choix d'épeler l'entièreté de son titre, ainsi que le ferait un écolier effronté prenant son maître pour sourd. Et il attendit. Enfin, cherchant d'urgence à mettre un frein à l'immobilisme irrévérent des trois officiers ministériels, il frappa son talon sur le sol, et signala le caractère impérieux de sa visite, en répétant trois fois de suite « it's very important ». Et il attendit encore. Il attendit que les cœurs éparpillés dans le vestibule consentissent à contrecœur à traîner la semelle pour exaucer sa pressante supplique. Plusieurs raisons expliquaient fort bien cet accueil des plus sibériens qui rendit l'amiral un rien pantois, telle que le démontre, emplie d'oiseux préjugés, cette guirlande d'adverbes ordinaux :
   Primo, parce que l'heure vespérale de son arrivée s'était empalée sur ce laps où les huissiers commençaient à avoir le jarret qui picote et le bâillement pavlovien.
   Deuxio, parce qu'il était totalement inconnu du service, étranger de surcroît, et Anglais qui plus est.
   Tertio, parce qu'il avait dit s'appeler Sir, croyant en toupet ce titre honorifique inscrit sur son front, s'imaginant sans doute imposer d'emblée la déférence aux subalternes jusqu'à la génuflexion.
   Quarto, parce qu'il avait décliné ce titre, dont il était l'unique garant, avec une once de césarisme infatué, ce qui avait eu pour effet immédiat d'ensabler les oreilles des deux huissiers et du portier, par la force de ce réflexe acoustique, bien connu des otologistes, qui entraîne chez le sous-fifre la contraction de son muscle stapédien et du marteau, et freine alors considérablement son élan naturel à l'obséquiosité.
   Quinto, parce qu'il avait décliné ce titre en restant figé dans une frange d'ombre contrebandière, laquelle frange masquait sottement son regard, sans que ce triste sire ne daigne faire un pas de côté. Or, de cette prunelle franche du solliciteur, de cette aumône d'âme qui point à travers la matière, de cette indicible lueur où commence l'amour quand la voix souvent l'achève, les huissiers en avaient un besoin d'ordre quasi charnel pour inhiber ou stimuler leur temps de réaction de galants larbins.
   Tant et si bien qu'à leurs yeux, sexto, s'amusant à singer la taupe plutôt que la sommité, ce Sir de leurs deux sœurs aurait pu tout aussi bien être n'importe qui : un désœuvré en mal de reconnaissance, un espion à la solde d'une puissance fallacieuse, voire un anarchiste en goguette, odieux rejeton de Bakounine, venu en repérage pour y placer prochainement sa petite bombe libertaire artisanale en criant : la propriété, c'est le vol !
   Partant de ces méfiances plus ou moins légitimes, Félix, le sous-chef huissier, avait pris une longue minute avant de se rappeler qu'il était quand même rétribué par l'impôt des Français pour accueillir chaleureusement les mendigots en tout genre, qu'ils soient d'ici, de Perpète-la-Galette, ou d'ailleurs, tout en mettant dans sa poche ses susceptibilités et ses mesquines inclinations à la xénophobie.
   Rejoignant en trois pas la hideuse table Napoléon chargée de cuivres dorés, thyrses et médaillon à palmettes, il était donc venu escamoter sa mignonne cocotte en papier dans le cratère du vase Ming qui constituait sa cachette d'origami. Puis il avait clampiné sa silhouette d'asperge jusqu'au pupitre pour enfin y compulser son registre, glissant un œil lambin sur ce dernier, remontant l'autre sur le sans-gêne ostrogoth.
   - You said, Sir Burham Thorpe ?
   - Yes.
   - You had a rendez-vous, mister ?
   - I cabled a message since Foreign Office, yesterday morning.
   - Yesterday morning… Yesterday morning… Are you sure ?
   - Of course I am !
   - I am very sorry, but your name is not, malheureusement, on my register.
   - Is it a joke ?
   - You think I have a head of clown, gentleman ?
   Remarquant aussitôt que son camarade commençait à s’enlaidir d’une gueule en coin de rue – camarade dont il connaissait la prédisposition à la paranoïa et l'hypertrophie du moi, cette haute estime de soi qui peut conduire le plus dévoué serviteur à se considérer comme jamais suffisamment reconnu à sa juste valeur – et qu’il pouvait sombrer d'un instant à l'autre de la crispation à l'exaspération, Prosper le portier, préposé par temps sec à la porte extérieure, vint à sa rescousse, et lui marmonna dans le creux de l'oreille :
   - Attends, Félix, c'est peut-être normal. Paulin est parti enterrer sa mère à Plougastel-Daoulas. Il n'a pas dû avoir la tête à passer  l'information.
   - Ah, je l'ignorais. On aurait pu m'avertir tout de même, rétorqua le chatouilleux en messe-basse.
   - Mais je t'avertis. Pichon lui a octroyé deux jours de deuil, exceptionnellement.
   - Hum ! Comment vais-je bien pouvoir lui dire cela, moi, à ce paltoquet ?
   - Je crois, j'ai vu ça l'autre nuit, mais je peux me tromper, que « mort » se dit « raide » ou « daide » ou quelque chose d'approchant.
   - Merci bien Prosper, je vais me débrouiller tout seul.
   - Ou sinon, tu lui mimes un pendu.
   - Comment ça, un pendu ?
   - Bah tu sais, l'espéranto des gestes… pour dire que la mère de Paulin est… enfin... que la pauvre n'est plus de ce monde et que Paulin a dû...
   - Bon écoute, c'est très gentil, mais laisse-moi faire. C'est déjà assez compliqué comme cela.
   En moins de temps qu'il faut à une pelletée de terre pour recouvrir un cercueil, Félix se composa donc une belle trogne d'endeuillé pour éclaircir la situation à l'amiral :
   - Well, well, well ! So, we are very sorry, gentleman, but our telegrapher was obliged to go out to put under the earth his poor momie, today.
   - « Momie » ? What do you mean ?
   - Euh… but, momie like… like a mother !
   - Ah, mummy !
   - Yes, mamie ! balbutia Félix, visiblement désappointé, faisant un effort pour comprendre la finesse de l'intonation, sans que cet effort n'en rajoute à sa compréhension, ni ne vienne récompenser cet effort. 
   - Not mamie !... Mummy !
   - Yes, I am not deaf : meumie !
   - No, no, no ! Not, meu-mie !... Mum-my !
   - Mum-my !
   - Right ! Excellent !
   L'amour-propre au supplice, luttant pour ne pas rougir tout en se fabriquant un sourire des plus cauteleux, Félix prit à partie Prosper, dents serrées, bouche de traviole, à la manière d'un ventriloque :
   - Tu es témoin qu’il me prend pour une crotte !
   - Mais non, voyons. Il est juste pointilleux.
   - Moi, je te dis qu'il se croit supérieur.
   - Ne te mets pas martel en tête.
   - Oui ben quand on part chercher de la laine, il peut arriver qu'on revienne tondu.
   - Avec tact, Félix, avec tact !
   - Il va voir de quel flegme je me chauffe, l'Angliche.
   - Oui, mais avec tact !
   Malheureusement le tact de Félix allait plutôt prendre l'aspect de la roue du faisan, comme il gonfla soudain plastron rouge ardent, soulevant chaque aile en bêcheuses allures, pour se dire en lui-même « Dis-toi bien, mon gaillard, que la soie hautaine fut fabriquée par un ver », et à son prétentiard vis-à-vis :
   - But, have you a very important friend who could answer of you ?
   - Of course I have !
   - Who is this personnality ?
   - George V ! George V, himself !
   - George, what ? Can you repeat, please ?
   - George V !
   - George five ?... Tu connais George Five, toi, Prosper ?
   - George Five ? Non, ça ne me dit rien.
   - Et là, il ne se fout pas de notre gueule, peut-être ? Ah, je suis à deux doigt, hein, à deux doigts...
   - Je t'en supplie, temporise une minute. Je file me rencarder auprès de Lucien, s’empressa de calmer le portier afin d’éviter l’incident diplomatique.
   Prosper rejoignit fissa l’antichambre où venait de s'éclipser lâchement son subalterne, qui avait fini par fuir ses responsabilités comme un certain Ponce Pilate, avec surtout cet irrésistible désir d'achever la lecture de son palpitant bouquin.
   À la faveur des flammes d’un mignon candélabre en bronze doré et bleu turquin, le vieux corbeau siégeait sur sa banquette en velours grenat, une guibolle croisée sur l’autre, son ouvrage chéri en mains. Nippé dans sa livrée noire, il portait binocles, barbe Van Dyke et, autour de son cou, la chaîne d'argent poli d'où pendouillait, et parfois même cliquetait lorsqu'elle accompagnait ses quintes de toux, la médaille de la République d'Adolphe Rivet. Mais quel est donc ce bouquineur semblant détaché des contingences, aurait pu se demander l’outrecuidant visiteur ? Oh, eh bien, il n’était autre que le chef-huissier, une valeureuse antiquité du Quai d’Orsay qui n’allait pas tarder à gagner la brocante.
   Prosper se posta devant lui et attendit respectueusement qu'il détecte sa présence, comme Lulu n'était plus du tout de ce monde, mais immergé jusqu'aux varices dans « Le mystère de la chambre jaune ». Ce splendide volume relié demi-percaline, avec son fleuron et double filet dorés en queue, lui avait été prêté la veille au soir par le ministre Pichon en personne, qui l'avait ainsi défié, goguenard : « Si vous me résolvez cette énigme, mon vieux Lucien, je vous offre une soirée chez madame Hortense, violons, champagne et petits fours ! ».
   - Adieu, madame Hortense ! s’exclama soudain le liseur, alors qu’il s’apprêtait à déguster incessamment sous peu l’étourdissante résolution du chef d’œuvre de Gaston Leroux.
   - Hein, quoi ? Quelle madame Hortense ? s'interloqua Prosper.
   - Ah, je me régale. Quel génie ! Non, mais quel génie !
   - Mais de qui parles-tu ?
   - De Rouletabille, voyons !
   - Désolé de t’interrompre, mon cher Lucien, mais nous avons comme qui dirait un semblant d’urgence.
   - Cinq minutes, accorde-moi cinq minutes !
   - C'est à dire que…
   - Quoi, c’est trop te demander ? asséna le liseur en relevant vers l'importun son pointu tarin.
   - Non.
   - Il y a le feu au lac ? Les Teutons nous envahissent ?
   - Non, mais...
   - Toute ma vie, vois-tu, j’ai été aux petits soins pour les autres. J’ai flagorné, lustré, cajolé les plus vaniteux et puants personnages, sans demander le moindre sourire en retour. Et là, je quémande juste cinq petites minutes de silence à la France. C’est un crime, dis-moi, c’est un crime ?
   - Ah mais non.
   - Merci bien !
   Né pour servir, s'adonnant depuis sa plus tendre enfance à ce goût dépravé de la soumission à ses parents, à ses maîtres, à son Dieu invisible, Lucien avait gravi vertèbre après vertèbre tous les échelons nationaux de la courbette. Doté de cette foi inébranlable en l’accortise de sa nation, il avait toujours cru en l'immutabilité de ses bonnes manières, plus encore qu'en l'avenir de ses propres enfants. Mais à un an de sa retraite, force lui avait été de digérer la déliquescence de ses valeurs d’urbanité. La locomotive zélée d’hier tirait aujourd’hui comme une vulgaire pipe froide. Et, bien qu’il s’en défendît, l'érotisation exagérée de sa servitude avait fini par élimer toute la trame de son innée courtoisie. De son dévouement au bonnet phrygien de Marianne ne restait plus qu'une maussade peluche, et encore, parce qu'il n'avait pu vendre cette peluche à l'encan. Depuis qu'il s'était vu refuser pour la septième fois le poste de chargé du protocole qui devait couronner sa longue carrière d'huissier ajusteur de manteau, secoueur de parapluie, pousseur de chaise, tourneur de pages, tamponneur de buvard, annonceur de Président du Sénat, de calife, de chambellan trucmuche machin-chose, Lucien se contrebalançait des coulisses de l'apparat, de l’accueil des manitous, de leur bien-être, de leurs lubies, de leur pressante envie de se soulager. Plus rien ne comptait dorénavant à ses yeux que son abandon à la lecture, et plus particulièrement à celle des romans policiers.
   - Excuse-moi d’insister, Lucien.
   - Misère, quoi encore ?
   - J’ai juste besoin d’un renseignement, bête comme chou.
   - Pour l'amour du ciel, viens-en au fait, quel renseignement ? se crispa le chef-huissier, l'expectative au supplice, à trois lignes maintenant de savoir qui avait assassiné Mathilde Stangerson dans l'abracadabrante chambre close.
   - Nous avons là un Anglais qui dit se réclamer d’un certain George Five. Cela te dit quelque chose ?
   - Évidemment !
   - C’est qui ? Il est quoi ? Il fait quoi ?
   - Oh, c’est juste le roi d’Angleterre, et accessoirement l’empereur des Indes.
   - Oh sainte merde !
   - Comment ça « sainte merde » ?
   - Je viens de retenir le bras de Félix. Il était limite de filer un taquet à son protégé.
   Jamais dans sa vie d'amoureux d'intrigues policières, Lucien n'avait connu contre-temps si castrateur. À une poignée de syllabes de confondre son criminel de papier, il dut cette fois corner sa page, la mort dans l'âme.
   - Et voilà, je m'absente deux minutes et tout part à vau-l'eau.
   - Je ne sais pas ce qui le tracasse ces derniers temps, mais Félix est de plus en plus à croc et à cran.
   - Ce qui le tarabuste, c'est qu'il a du mal à reconnaître que c'est une buse doublée d'un incapable.
   - Tu exagères un peu.
   - Personnellement, je trouve que tu es bien trop bon de lui rattraper toutes ses bourdes.
   - Oh, je le fais en toute amitié. Néanmoins, c'est vrai que ce n'est pas le rôle d'un portier de...
   - Imagine qu'il ne pleuve pas. Que tu sois au dehors et que tu n'interceptes pas son geste.
   - Oui, j'avoue en toute modestie que j'ai déjà évité plusieurs anicroches, et sans doute même quelques déclarations de guerre.
   - C'est rien de le dire.
   - D'autant, que tu me connais, je n'aime pas médire, mais je trouve quand même qu'il est un peu raciste sur les bords.
   - Pour le coup, ce n'est pas pour le défendre, mais tout le monde l'est plus ou moins, c'est parfaitement humain.
   - Tu n'as pas tout à fait tort.
   - Si le bon Dieu n'avait pas foutu le bordel, brouillé les cartes autour de Babel, on continuerait tous à parler le même langage. Par contre, là où je te donne raison, c'est qu'il le montre un peu trop.
   - Ah, tu me rassures un peu, je croyais être le seul à…
   - Le racisme est un poison qui envenime en premier lieu le sang de son propriétaire. Et pour être tout à fait honnête, ses crises d'hémophilie commencent à me courir sur le haricot.
   - Mais dis-moi, sans volonté aucune de lui casser du sucre sur le dos, cette énième perte de sang-froid ne mériterait-elle pas un troisième blâme ? Je me pose juste la question.
   - Pourquoi, il en a déjà deux ?
   - Oui, oui, j'ai compté.
   - Dans ce cas, je ne vois pas comment lui sauver la mise. Je vais devoir en causer à Pichon.
   - Si tu pouvais en profiter pour…
   - Pour ?
   - Eh bien pour lui parler de moi pour...
   - Pour ?
   - Eh bien, pour la place qui pourrait éventuellement se libérer.
   - C'est à dire que… Pichon t'aime bien, mais…
   - Mais ?
   - Il dit que tu es encore trop faiblard en langues étrangères.
   - Dis-lui, je te prie, que j'apprends l'anglais comme un forcené. Que j'y passe au moins trois heures par nuit. Que je suis opiniâtre, aussi flexible que résolu, et surtout que j'aime la France autant que ma mère invalide.
   - Autant ?
   - Non ! À la réflexion, plus, beaucoup plus !
   - Très bon argument. Cela risque de lui plaire. Je tâcherai de lui en toucher un mot.
   - Oh merci ! Merci, mon bon Lucien !
   C'est avec des papillons plein le coeur que Prosper rebroussa donc chemin vers le vestibule pour prévenir Félix de sa balourdise, laquelle démontrait une fois de plus sa désastreuse impéritie en matière de gotha international.
   - Ah, je l’ignorais. On aurait pu m’avertir tout de même, se renfrogna le sous-chef huissier, qui n'avait pu s'empêcher dans l'intervalle de fabriquer une nouvelle cocotte en papier sous son pupitre, afin de refroidir la température de ses nerfs.
   - Mais je t’avertis, le reprit d'un ton sec Prosper, en profitant pour sauter à pieds joints dans sa nouvelle livrée de faux-frère.
   Talonnant ce dernier, c'est avec l'esprit encore tout imbibé de la sagacité de Rouletabille que Lucien vint se répandre en plates excuses auprès de Sir Burnham Thorpe. Quoique sincère, sa courbette enflammée d'arthrose lui fit un mal de chien – ce devait être d'ailleurs sa toute dernière révérence à un hôte de marque avant qu'un mois plus tard son arrière-train ne se paralyse – si bien que lorsqu'il se redressa, il ne put s'empêcher de lancer un regard noir tant à l'amiral qu'à Félix, une de ces œillades surnaturelles autant que suspicieuses, comme si l'un ou l'autre pouvait être cet enfant de salaud qui avait occis Mathilde Stangerson dans cette satanée chambre close.
   Enfin l'amiral fut rassuré – et ce n'était point trop tôt - qu'on allait quérir « very quickly » le Ministre.
   Tandis qu'on envoyait deux jeunes appariteurs dénicher l'homme d'État dans le luxueux dédale du Palais, dédale toujours ceint de capiteuses obscurités que venait aguicher à petits coups de langue le sensuel chatoiement des bougies, Félix, pressentant sans doute sa fin prochaine, conduisit l'Homme des Mers dans le salon du Congrès, avec cette fois tous les égards que méritaient son rang. Puis, ne sachant plus trop comment racheter sa niaiserie, soufflant au même rythme que son soufflet, aspirant et chassant l'air de sa contrition, il ranima le feu dans l'âtre de la cheminée-horloge sur laquelle trônaient les allégories de l'Architecture et de la Peinture.    
   C'est alors que l'amiral fut pris d'un brusque éternuement de stentor qui emprunta, dans les aigus, au cri strident de la chouette hulotte et, dans les graves, aux reniflements du rhinocéros. Et cette expulsion quasi rugissante de l'air inspiré, par le nez et la bouche, sous l'effet du mouvement subit et convulsif des muscles respiratoires déterminé par l'irritation de la muqueuse nasale du proche ami de George Five, sonna l'heure pour Félix de rejoindre son poste de quasi répudié à petits pas penauds.


À suivre...
Titre: Re : La Folle Épopée de Martin Opitz Boberfeld (V.3)
Posté par: Léilwën le 25 Février 2018 à 12:21:24
Coucou Kokox !

J'ai beaucoup souri en lisant, parfois explosé de rire  :D. La situation me paraît à peine exagérée, et c'est d'autant plus hilarant !
A ton habitude, on sent une grande connaissance de la langue française dans cet écrit, certaines phrases à rallonge sont génialissimes. Le reproche général que j'aurais à formuler c'est que parfois, certaines de ces phrases longues le sont trop, justement, et que je me perds dans le propos (mais je ne suis qu'une vulgaire scientifique incapable d'écrire comme tu le fais !  :-[)

J'ai une question générale : il me semblait que les locutions latines se mettaient en italique ?

Je te fais mes remarques au fil du texte :
Citer
d’intestin grêle - franchit
=> pour harmoniser avec tes autres tirets plus bas, tu pourrais mettre un demi-quadratain ?

Citer
décès tragique et si soudain d'une cuisinière modèle, bonne pâte et parfois même trop bonne pâte, reine des sauces et des frichtis improvisés, âme propice, drôle à l'envi, et morte la pauvre femme, ô oui morte pour toujours, d'une sorte de crise de tétanos physiologique ou épileptique ou hyperthermique, due probablement à une intoxication dégénérative elle-même due probablement au mercure ou à l'argent ou au plomb, alors qu'elle épluchait dès potron-minet ses oignons rouges de Toscane, égarement énigmatique d'un bouton de manchette en or rose et diamants d'une haute valeur sentimentale dû probablement à un larcin domestique ou à la prestidigitation sans queue ni tête d'une force occulte ou, nettement plus inquiétant, à une amnésie passagère, bourgeonnement intempestif d'un nid d'hémorroïdes suivi dans l'heure d'un écoulement purulent au pourtour du fondement dû sans doute à une fistule mal soignée, douloureusement récidivante, dont les élancements électrisaient les tempes, forçaient à se mordre la langue pour dévier le calvaire, empêchaient in fine de s'asseoir, de rester allongé et, bien pire, de rejoindre les commodités.

=> elle est géniale cette phrase ! :D

Citer
par delà
=> tiret

Citer
que les trois ouvriers s’échappent
=> j'aurais mis "que les trois ouviers s'échappassent" pour coller au ton du texte ; ou "se soient échappés"

Citer
Pourtant c'est une ambiance tout aussi morne qui réceptionna le requérant tardif, sans recevoir les égards qu'auraient dû nécessiter son rang.
  => je trouve qu'il y a un problème dans cette phrase... à mon humble avis, il manque un mot parce que telle que la phrase est construite "sans recevoir les égards qu'auraient dû nécessiter son rang." est rattaché à l'ambiance... alors qu'il me semble que cela devrait être rattaché au "requérant tardif"... il faudrait rajouter quelque chose comme "infiltré sans recevoir ETC", mais je pense que tu seras bien plus à même que moi de trouver le mot convenable si tu es d'accord avec ma critique !

Citer
Plusieurs raisons expliquent fort bien cet accueil des plus sibériens qui rendit l'amiral un rien pantois, telle que le démontre, emplie d'oiseux préjugés, cette guirlande d'adverbes ordinaux.
=> "expliquaient" ? Je trouve qu'il manque un lien avec le primo et le deuxio... peut-être mettre deux points ? et remettre les 6 points dans un même paragraphe en mettant les adverbes ordinaux en italique pour les faire ressortir ? (mais ça casserait sûrement ton effet)

Citer
s'était empalée sur ce laps
=> pour moi on dit un laps de quelque chose, du coup j'ai l'impression qu'il manque un bout dans la phrase

Citer
Deuxio, parce qu'il était totalement inconnu du service, étranger de surcroît, et Anglais qui plus est.
  => :D

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ses muscles stapédien et marteau
=> "et DU marteau" ? (le muscle marteau n'existe pas, c'est le muscle du marteau)

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leur temps de réaction de galant larbin
=> galantS larbinS ? (on parle des huissiers ?)

Citer
Or, de cette prunelle franche du solliciteur, de cette aumône d'âme qui point à travers la matière, de cette indicible lueur où commence l'amour quand la voix souvent l'achève, les huissiers en avaient un besoin d'ordre quasi charnel pour inhiber ou stimuler leur temps de réaction de galant larbin.
=> je ne suis pas sûre de bien comprendre la phrase... :-[

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ce Sir de leurs deux sœurs
=> :D

Citer
en criant : la propriété, c'est le vol !
=> guillemets ?

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qu'ils soient d'ici, de Perpète-la-Galette ou d'ailleurs
=> virgule après "Galette" ?

Pour la partie en anglais, je pars du principe que le Français le parle mal ; mais pour Sir Burham Thorpe, ça me gêne...
Citer
I cabled since Foreign Office, yesterday morning.
=> to cable est transitif... "I cabled A MESSAGE since etc" et pas de virgule après "Office"
Citer
Of course !
=> "Of course I am" (c'est un noble, il parle bien ;))
Citer
It's a joke ?
=> "Is it a joke ?"

Citer
à passer  l'information
=> double espace

Citer
Je crois, j'ai vu ça l'autre nuit, mais je peux me tromper, que « mort » se dit « raide » ou « daide » ou quelque chose d'approchant.
=> :viviane:

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What does it mean « momie » ?
=> ""momie" ? What do you mean ?"

Citer
Il va voir de quel flegme je me chauffe, l'Angliche.
=> :D

Citer
Of course !
=> "Of course I have !"

Citer
comme Lulu n'était plus du tout de ce monde, mais immergé jusqu'aux varices dans « Le mystère de la chambre jaune »
=> :D

Citer
demi percaline
=> tiret

Citer
mais avons
=> "NOUS avons" ?

Citer
, et encore parce qu'il n'avait
=> virgule après "encore" ?

Citer
chef-huissier
=> je n'aurais pas mis de tiret

Citer
tout part à veau l'eau
=> "vau-l'eau"

Citer
ses crises d'hémophilie commence
=> +nt

Citer
que j'aime la France autant que ma mère invalide.
=> :D

Merci beaucoup pour la marrade et le bon moment de lecture !

A plus tard ! :)
Titre: Re : La Folle Épopée de Martin Opitz Boberfeld (V.3)
Posté par: kokox le 25 Février 2018 à 12:56:43
Un grand merci à toi Léilwën pour ta lecture, pour tes relevés de coquilles et autres propositions d'amélioration, que je m'en vais corriger tempo. :)
Le fait est que je me suis laissé carte blanche concernant ces fameuses phrases à rallonge avec, je dois l'avouer, une certaine jubilation. Entraîné dès l'entame du roman par cette rythmique singulière, relativement désuète mais riche de surprises, j'ai dû dès lors me cravacher les méninges pour soutenir l'allure de mon fougueux cheval. :)
Tout autant, par delà le style "grand siècle" auquel je m'essayais pour la toute première fois, mon ambition première était de tendre vers la comédie, de faire sourire, voire rire le lecteur, genre que l'on rencontre rarement dans un roman historique. Visiblement ce capital sympathie a fonctionné sur toi et, en cela, mon défi littéraire est déjà au trois quart rempli. Me reste donc un quart à peaufiner, à ciseler, afin que le "bidule" rebute le moins de gens possible.
PS : j'avais écrit veau l'eau ! Il ne manquait pas seulement le tiret. Cela s'écrit "vau-l'eau" ! :)
PS 2 : Effectivement,  on trouve rarement le mot laps employé isolément ou suivi d'un mot n'évoquant pas l'idée de temps. Mais je me suis autorisé à suivre l'exemple de mes pairs qui ont pris la liberté de l'utiliser d'orpheline manière :
"Pendant ce laps de vertu, le baron était allé trois fois rue du Dauphin, et il n'y avait jamais eu soixante-dix ans. (Balzac, dans "La cousine Bette). Quand nous arrivez-vous pour passer un laps dans la capitale ? (Flaubert) :)


Bien à toi !

Titre: Re : La Folle Épopée de Martin Opitz Boberfeld
Posté par: Manu le 27 Février 2018 à 13:10:53
.
Titre: Re : La Folle Épopée de Martin Opitz Boberfeld
Posté par: kokox le 27 Février 2018 à 14:23:38
Un grand merci Manu pour ta lecture et ton commentaire !  :)
C'est qui Tom Sharpe ? Un plombier ? :)
J'ai une fuite sévère dans mes gogues, si tu pouvais me filer son phone, ça m'arrangerait bien !

Bien à toi !

Titre: Re : La Folle Épopée de Martin Opitz Boberfeld
Posté par: Manu le 27 Février 2018 à 14:52:18
.
Titre: Re : La Folle Épopée de Martin Opitz Boberfeld
Posté par: kokox le 27 Février 2018 à 16:51:15
Oh mince de mince, Manu !
Je pensais mordicus que tu comprendrais ma pointe d'humour, même tarabiscotée !
Je suis un adorateur de Tom Sharpe, of course !
Et tu me vois rougir des pieds à la tête, d'un tel compliment ! :)
Titre: Re : La Folle Épopée de Martin Opitz Boberfeld
Posté par: avistodenas le 27 Février 2018 à 17:58:09
J'adore ces phrasés interminables à la Proust. Du moment que c'est maîtrisé.

Pour accentuer le côté Grand Siècle, il faudrait rétablir quelques subjonctifs négligés (par exemple ... "sans que cet effort n'en rajoutât... ni ne vînt... "

L'écriture est délicieusement surannée, affectée, et le comique de l'expression renforce le cocasse de la situation. Ne manque que la cup of tea avec petit doigt en l'air.

Bon hé bien, à suivre, donc ... ;D ;D
Titre: Re : La Folle Épopée de Martin Opitz Boberfeld
Posté par: kokox le 27 Février 2018 à 19:37:17
Merci pour ta lecture, Avistodenas ! :)

Pour accentuer le côté Grand Siècle, il faudrait rétablir quelques subjonctifs négligés (par exemple ... "sans que cet effort n'en rajoutât... ni ne vînt... "

Oui, oui, c'est tout à fait cela qu'il me manque ! Je suis nul en subjonctif !  :) Si quelqu'un pouvait améliorer mes lacunes, je lui en serais reconnaissant !

Toi, peut-être ? Si tu as un peu de temps !


Bien à toi !
Titre: Re : La Folle Épopée de Martin Opitz Boberfeld
Posté par: Léilwën le 27 Février 2018 à 19:40:09
Coucou Kokox !

Je t'avais proposé celui-là :

Citer
Citer
que les trois ouvriers s’échappent
=> j'aurais mis "que les trois ouvriers s'échappassent" (etc)

C'est déjà un début ! ;)
Titre: Re : La Folle Épopée de Martin Opitz Boberfeld
Posté par: kokox le 27 Février 2018 à 20:08:10
Je t'ai écouté, mais j'ai pris ta seconde formule !  :)
Je vais changer !
Si tu en as d'autres, je suis preneur ! :)
Titre: Re : La Folle Épopée de Martin Opitz Boberfeld
Posté par: avistodenas le 27 Février 2018 à 20:17:43
Je vais tâcher de m'en occuper, je suis un amoureux des subjonctifs (lis "La légende de la nonne" chantée par Georges Brassens, paroles de Victor Hugo pour te convaincre), et d'autre part, l'Occitan en use abondamment, le peuple ne s'exprime qu'au subjonctif  ;D  Rigolo, non ?

(Bon, on n'est pas obligés non plus d'être des intégristes du subjonctif, seulement ceux qui  pimentent un peu quoi ).
Titre: Re : La Folle Épopée de Martin Opitz Boberfeld
Posté par: kokox le 27 Février 2018 à 20:41:21
Un grand merci à vous deux ! C'est mon talon d'Achille, le subjonctif. Ce n'est pas que je ne sais pas le conjuguer, mais j'hésite toujours à le placer à point nommé ! :)
Titre: Re : La Folle Épopée de Martin Opitz Boberfeld
Posté par: avistodenas le 28 Février 2018 à 01:28:27
Voila ! j'ai relevé les subjonctifs à reprendre, ceux qui restent sont tout à fait supportables :

-Bien qu'il s'en défendît...

-que les coeurs éparpillés consentissent...

- qu'on pût le prendre...

J'ai noté aussi :

- mettre un frein à l'immobilisme... Excellent !

§ 2 :   deux fois "probablement" . Dans tous les cas, éviter les adverbes qui alourdissent le style.
     
           Remplacer "avaient été annulés" par "furent" pour éviter trop d'auxiliaires à la queue-leu-leu.

J'ai perdu le § , mais : tandis qu'on "envoyait", au lieu d'"envoya". (Car l'action d'aller chercher dure dans le temps)


Je pense que tout le reste est bon. Que dis-je : excellent.

Oh j'oubliais : peut-être "volatil" (qui s'évapore"), plutôt que "volatile", qui fait penser à un canard.


Titre: Re : La Folle Épopée de Martin Opitz Boberfeld
Posté par: kokox le 28 Février 2018 à 12:08:11
Je n'ai qu'un mot à te dire : Serviteur !
Mais je ne pourrais pas descendre plus bas, car j'ai les reins en capilotade en ce moment, à l'instar du vieux Lucien dont je me moque allègrement ! :)
Bref, toutes tes propositions m'aident à enjoliver mon texte.
Je ne reprendrais probablement pas par contre les répétitions de "probablement" que j'ai enchaîné délibérément, en manière de gentille moquerie des fabricants de prétextes.

Bien à toi !
Titre: Re : La Folle Épopée de Martin Opitz Boberfeld
Posté par: avistodenas le 28 Février 2018 à 13:38:44
A  ton service, mon poteau.

Corriger autrui est un truc que je n'aime pas faire. En l'espèce, j'ai une circonstance atténuante : tu me l'as demandé. Mais cela dit,  ton texte reste un modèle du genre, redisons-le encore au risque d'une répétition.
Et nous attendons la suite avec délectation.... ;D
Titre: Re : La Folle Épopée de Martin Opitz Boberfeld
Posté par: kokox le 28 Février 2018 à 19:42:13
Je posterai la suite très bientôt !
Encore merci à toi !  :)
Titre: Re : La Folle Épopée de Martin Opitz Boberfeld
Posté par: Kathya le 28 Février 2018 à 21:28:03
Bonjour !

Les phrases interminables du début m'ont un peu perdue mais je pense que c'est moi qui suis hermétique aux descriptions interminables...  :mrgreen:
Les échanges entre les personnages sont savoureux. ^^

Citer
les trois ouvriers s'échapassent de justesse du raz de marée pestilentiel,
échappassent

Citer
lequel allait être privé des égards qu'auraient dû nécessiter son rang.
aurait

Citer
la contraction de ses muscles stapédien
stapédiens

Bonne chance pour la suite ! ^^
Titre: Re : La Folle Épopée de Martin Opitz Boberfeld
Posté par: Claudius le 28 Février 2018 à 22:20:25


J'ai eu un peu de mal au début, cette phrase interminable, ça a normalement le don de me faire fuir. Mais j'ai résisté, je suis allée jusqu'au bout, et j'ai bien ri moi aussi ! C'est vivant, agréable, imagé, tonitruant, empesé (euh pas le texte, juste Lucien) ... bref j'ai bien aimé.

Mais en diagonale, j'y reviendrai à une heure moins tardive et je relirai plus posément !

 :D :D :mrgreen: :mrgreen:
Titre: Re : La Folle Épopée de Martin Opitz Boberfeld
Posté par: kokox le 28 Février 2018 à 23:57:41
Les phrases interminables du début m'ont un peu perdue mais je pense que c'est moi qui suis hermétique aux descriptions interminables...

Un grand merci, Kathya, pour ta lecture accrocheuse !  :)
C'est, je l'avoue, ma toute première tentative de phrases à rallonge. C'est un peu comme pour Proust (auquel, grand Dieu, je ne me compare absolument pas), soit on rentre dedans, soit on n'y rentre pas. Perso, j'ai mis 20 ans pour y rentrer, et encore je ne suis pas certain d'avoir pu y loger tout à fait mes deux pieds ! :)
Merci également pour tes retouches de coquilles ! :)

Bien à toi !



Un grand merci à toi aussi, Claudius, pour ta lecture, même en diagonale ! J'espère que la suite te plaira tout autant ! En tout cas, je me régale comme un gamin à l'écrire !  :)

Bien à toi !





 
Titre: Re : La Folle Épopée de Martin Opitz Boberfeld
Posté par: Theo68 le 02 Mars 2018 à 11:35:06
Comme les précédents commentaires, je trouve ta maîtrise de la langue française assez incroyable. On n'a plus tellement l'habitude de lire des textes de ce genre et ça change agréablement, c'est très agréable à lire. En plus, il y a plein de références, c'est très riche.
Cependant, "le mieux est parfois l'ennemi du bien" et je trouve que tu en fais parfois un peu trop. Dans le deuxième paragraphe, tu as une phrase qui fait 11 lignes et qui m'a vraiment perdu. En plus, cela arrive dès le début du texte, je trouve cela un peu dur à digérer...
Mon autre remarque concerne le fond de l'histoire. Personnellement, je trouve qu'il ne se passe pas suffisamment de choses, on n'avance que très peu dans l'intrigue. Je me suis plu à lire ton écriture, mais au bout du texte je me suis demandé "est-ce que j'ai vraiment envie de lire les chapitres suivants ?". Ton écriture est une vraie distraction en tant que telle mais ça ne dure qu'un temps, il ne faut pas en oublier l'histoire. Pour moi, il y a un juste milieu à trouver et pour l'instant, je trouve que tu as privilégié le style d'écriture à l'intrigue. Mais ce n'est que mon avis de lecteur amateur !
Titre: Re : La Folle Épopée de Martin Opitz Boberfeld
Posté par: kokox le 02 Mars 2018 à 12:07:30
Un grand merci Theohetsh pour ta lecture et ton commentaire.
Je partage assez ton avis sur le fait que l'histoire tarde un peu à démarrer.  :)
Tout autant cela ne saurait piétiner plus longtemps. Avec l'arrivée du Ministre, nous entrerons bientôt dans le vif du sujet. Ayant travailler durant 20 ans en tant que scénariste, je pense savoir, en toute modestie, générer une histoire qui part d'un point A jusqu'à un point Z, grâce à cette formidable palette qui imprime le rythme à la narration cinématographique, à savoir les ellipses !
Sur ce roman précis, j'ai choisi délibérément de m'extraire de ce principe de propulsion, de privilégier plutôt le temps qui passe ou ne passe pas, de m'accrocher aux détails, à la température de la lumière, aux sensations. Dans cette époque devenu ultra-vitaminée et si friande d'accélérations, j'ai fort conscience que cela ne pourra pas plaire à tout le monde. Pour l'heure, je suis encore en Terra Incognita. Ce n'est qu'un premier jet. Rien n'est figé. Tout reste donc perfectible !

Bien à toi !

Titre: Re : La Folle Épopée de Martin Opitz Boberfeld
Posté par: avistodenas le 02 Mars 2018 à 14:00:54
Je ne suis pas de l'avis de Théo sur deux registres .

Concernant les phrases de 11 lignes (et plus), à la condition de ne pas en faire un système mais d'en user à bon escient, elles sont utiles et précieuses lorsqu'on désire installer ou faire perdurer une ambiance, une atmosphère. Certains auteurs et non des moindres ont besoin des cent premières pages d'un roman pour façonner l'esprit du lecteur à leur univers mental.
 Passons sur les moyens du style, synecdoques, métonymies, hypallages (je me la pète honteusement), et autres aposiopèses, ce sont ces figures qui donnent toute sa subtilité à la langue française.

Etant pour ma part de nature toute brutassière, j'aime à me racheter une âme de fleuriste en cultivant (en cachette) ces préciosités dont je ne me lasse pas.

Pour ce qui est de l'histoire, des histoires il y en a plein, et la nature est bien plus inventive que nous ne le serons jamais. Donc ce qui importe, c'est le style : des styles, on en compte au mieux quatre ou cinq par siècle. Des histoires, on en invente tous les jours.

Aussi, vas-y Kokox, ne lâche rien, fais-toi plaisir.
Titre: Re : La Folle Épopée de Martin Opitz Boberfeld
Posté par: kokox le 03 Mars 2018 à 15:51:45
Merci Avistodenas !  :)

Je tiendrai bon la rampe, promis ! :)