Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Menthe le 20 Décembre 2009 à 19:26:31
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Des amis m'ont posté le sujet "Flocon de neige" sur lequel plancher...
Et comme je le trouvais (carrément) trop niais, trop facile, trop gentillet et tout ce que vous voulez, j'ai préféré, tout en restant dans le cadre du jeu, faire quelque chose de plus... Moins...
Enfin. Voilà :)
Pour le titre "Cordeline" : j'ai trouvé que ça sonnait bien. Je crois qu'il ne faut pas chercher beaucoup plus loin, parfois je ne me laisse couler que dans les sons.
"Outre Tombe" quant à soi est bien plus clair :)
Voilà !
Tombe la neige, et mon cœur s'habille de noir. Ce soyeux cortège tout de lames blanches...
Dix sept heures s'écrasent sur la pendule des heures et font chanter le sinistre clairon de Notre Dame. Les cloches battent la seconde avec leur gueule d'enterrement, une heure de plus pour l'humanité; une heure de moins.
Marie-Line quitte son travail. Les yeux pleins de ce vide qui remplit le temps, elle regarde en aveugle les sourires des enfants et les regards des amoureux. Quelque part là-haut, sur la grande façade de pierre usée par les siècles, une gargouille crache ses larmes de pluie sur la tête des passants insoucieux. Elle les avait gardées dans son ventre depuis l'autre soir mouillé, où le déluge noyait une fois encore le monde sous son chagrin.
Marie-Line avance, grise comme le pavé, incolore et minérale au milieu des couleurs et chants de Noël. La joie des hommes glisse sur elle comme un souffle trop faible sur un arbre centenaire. Marie-Line se sent vieille, elle a à peine quarante ans.
Il fait froid. Foutrement froid depuis une semaine, de ces froids qui s'insinuent de partout et font trembler jusqu'à l'os. Marie-Line n'a quand même pas mis de gants. Elle aime sentir sa chair faible sous la morsure impitoyable, céder sous cette force vorace toute-puissante, et lui voler l'unique chaleur qui la maintient en vie. Une fois, Marie-Line est entrée chez elle, les doigts si bleus qu'ils semblaient être sur le point de se briser.
Mais Marie-Line est sacrément résistante, quand même.
Le vent se lève. Il fouette les oreilles des passants, et comme un dément lâché dans les rues, fait voler les bonnets, les écharpes. Il hurle sa litanie de mort aux oreilles des hommes, mais les hommes sont sourds : ils croient percevoir le murmure d'une réjouissance à venir. Ils sourient, idiots, et se regardent l'air béat, se font des promesses pour l'année à venir, et des serments qu'ils ne tiendront pas.
Marie-Line, comme une statue funéraire, avance, imperturbable.
Les rues coulent sous elle, soumises. Parfois le chemin se fait glissant, car le verglas, tapi en traître dans un angle, guette le passant. Marie-Line pourrait être tombée. Sa cuisse pourrait s'être bleuie, et elle pourrait même avoir mal. Mais en fait elle n'en sait rien.
A vrai dire elle s'en fout.
Marie-Line avance.
Finalement la porte s'ouvre. L'immense porte qu'elle franchit chaque jour. Dans un lointain passé, elle s'était extasiée devant ses gravures savantes sur le bois dur. A présent, les visages grimaçant un vague sourire lui sont aussi indifférents que tout le reste.
Qui a dit que le temps qui passe donne leur saveur aux années ?
Marie-Line a cuisiné du riz blanc. Pour elle comme pour son chat, René.
Il est aussi mou, aussi inconsistant. Le même regard vitrifié par les années, la même démarche apathique, traînante.
Par la fenêtre, des flocons s'échouent contre la vitre.
Et petit à petit, la recouvrent.
Forment un linceul, blanc.
Effacent le monde.
Dissolvent la vie.
Et tombe de neige.
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Tombe la neige, et mon cœur s'habille de noir. Ce soyeux cortège tout de lames blanches...
je saisis pas très bien pourquoi tu mets pas lames en italique
Dix sept heures s'écrasent sur la pendule des heures
Les rues coulent sous elle, soumises.
Le même regard vitrifié par les années,
Et tombe de neige.
j'aime ^^
une heure de plus pour l'humanité; Une heure de moins.
hum, souci de ponctuation, non ?
sur le grande façade de pierre usée par les siècles,
la
j'ai bien aimé le rythme, la façon dont tu racontes et surtout les phrases que j'ai citées, la dernière phrase est cool aussi, je trouve ça juste peut-être un peu dommage de finir comme ça en fait, mais ça va, c'est juste que je suis arrivée un peu insatisfaite à la fin du texte mais dans l'ensemble il est bien ^^
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Il y à une répétition assez récurente du prénom de ton personnage, c'est voulu ou non?
C'est la principale chose que j'ai remarqué et qui n'ait déjà été cité.
Sinon j'ai bien aimé ton texte, de très belle image, mais je suis resté sur ma faim sur la fin de ton texte.
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:) Oh, merci de vos commentaires, votre attention me fait très plaisir ! Je suis contente que vous n'ayez pas relevé la phrase que j'ai trouvée un peu longuette (finalement, peut-être qu'elle ne passe pas si mal que ça). J'ai écrit le texte un peu sur le pouce hier soir, je ne comptais pas du tout me poser pour ça et puis finalement mes doigts ont couru. J'ai juste retravaillé l'ensemble avant de vous le poster.
Et sinon, "lames" n'était pas en italique parce qu'à l'origine c'est "larmes". Je voulais déjà préparer pour le côté quasi tragique du texte.
Et puis j'suis contente que "Tombe de neige" t'ait plu, Ernya ! Cette phrase a été ma petite trouvaille du dernier moment, juste avant de publier sur le forum :) La dernière touche de spontanéité (avant, c'était "Tombe la neige", tout bête, mais je voulais garder l'image de la tombe, bref...)
Et pour les répétitions de Marie-Line, c'est fait exprès :) Tout tourne autour d'elle, et je voulais bien le marteler, quitte parfois à devenir un peu pesante. C'est vraiment l'essentiel de l'idée, insister sa non-existence et son petit monde extra fermé.
(Et puis pour la ponctuation, j'ai trouvé chouette de mettre le point virgule. Il est vraiment si mal à sa place ?)
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bah disons qu'une virgule aurait aussi bien fait l'affaire
en fait c'est surtout qu'on met pas de majuscules après un point virgule :mrgreen:
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Je comprend le principe de la répétition, mais je trouve que c'est parfois trop récurent , quelques marie-line en moins rendrait peut être le texte moins pesant de ce côté.
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Oups ! Je savais pas qu'on mettait pas de majuscule après un point virgule (ho, la honte, je sais...). Je les utilise si peu ! N'empêche que maintenant je m'en souviendrai :) Merci beaucoup ernya !
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J'aime bien ton texte. Moi j'ai bien aimé les répétition de Marie-line, je trouve que ça montre bien son importance et la "fatalité" en quelque sorte. Et puis l'univers glacé de ton texte est bien rendue et me plait.
Comme toujours, c'est pas très constructif, mais voila mon avis.
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Bah ! ça fait quand même très plaisir :) Merci de ta lecture !
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Hep,
au milieu des couleurs et chants de Noël.
ça fait un peu bizarre, je verrais bien un "des" devant "chants".
céder sous cette force vorace toute puissante
toute-puissante
j'ai bien aimé, c'est concis le texte se referme bien sur lui-même, arrivé à la fin j'ai eu l'impression que c'était tout ce qu'il y avait à dire. Et puis j'aime bien comment tout est "dit".
Voilà, pas grand-chose à dire en fait, c'est bien comme texte (très) court ^^
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En fait, à l'origine j'avais mis "des" devant "chants de Noël", mais j'ai trouvé que ça cassait l'harmonie de la phrase. Il y a quelque chose d'un peu brutal dans le "des" qui saccage la musique de l'ensemble. Enfin, c'est ma conception de la chose, mais j'y avais déjà pensé avant :)
Merci de ta lecture ! Contente que le texte t'ait plu à toi aussi !
(Et sinon j'vais faire une petite mise à jour avec vos petites corrections)
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sur le grande façade de pierre usée
"sur la grande façade..."
Foutrement froid
Mouais, j'aime pas trop.
Marie-Line pourrait être tombée. Sa cuisse pourrait s'être bleuie, et elle pourrait même avoir mal.
Je ne comprends pas bien pourquoi c'est "être tombée" au lieu de "pourrait tomber", idem avec la suite.
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Voilà, sinon le texte est bien écrit, est assez bien. J'aime surtout les répétitions que tu utilises pour "Marie-Line", pour enchaîner avec quelques descriptions. (même s'il y en un peu trop, mais bon, ça ne gêne pas à la lecture) ^^
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Ha ! C'était la fameuse faute que je n'avais pas réussi à filtrer ("le grande façade"). On m'avait déjà fait la remarque sans la relever précisément, et même en me relisant je n'avais pas été capable de la trouver. Merci de l'avoir fait !
Sinon, concernant le passage "Marie-Line pourrait être tombée. Sa cuisse pourrait s'être bleuie, et elle pourrait même avoir mal.", c'est pour accentuer une fois encore la façon dont elle traverse le monde et la vie : indifférente. Elle aurait pu tomber, et ça se trouve elle l'a fait. Mais elle est tellement neutre qu'elle ne s'en rend pas compte. Du coup on ne sait plus si c'est vrai ou non : est-elle vraiment tombée ? Ou bien le fait qu'elle ait occulté ce fait dans sa conscience l'efface-t-il ? C'est pourquoi j'ai utilisé ce temps incertain. J'espère que c'est plus clair.
Au sujet des répétitions, je suis contente qu'elles soient relativement bien passées en général. C'est un peu le pari à tenir quand on écrit un texte pareil : bien insister sur les points à mettre en avant sans pour autant être trop lourd.
Chouette ! Merci de votre lecture à tous !
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Quelque part là-haut, sur la grande façade de pierre usée par les siècles, une gargouille crache ses larmes de pluie sur la tête des passants insoucieux. Elle les avait gardées dans son ventre depuis l'autre soir mouillé, où le déluge noyait une fois encore le monde sous son chagrin.
Pur détail, mais vu que c'est le chagrin "du déluge", ça me dérange que la gargouille crache "ses larmes de pluies" plutôt que des larmes de pluie.
Marie-Line n'a quand même pas mis de gants.
Même si la formulation familière est voulue, j'ai buté sur cette phrase un peu trop rugueuse à mon goût.
Sinon j'ai bien aimé ce petit texte qui se suffit à lui-même, et tout particulièrement le dernier paragraphe.
Malgré sa sentencieuse conclusion et sa duveteuse ambiance de Noël, il conserve une sorte de mélancolie difficile à décrire mais très appréciable. ^^
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Dix sept heures s'écrasent sur la pendule des heures
Yuk dommage. (parce que je suis un peu obsédée des répétitions. Mais j'aimais bien que les heures s'écrasent.)
C'est tout ce que j'ai relevé ; j'ai beaucoup aimé, pourtant j'accroche pas aux textes courts habituellement, mais là je le trouve juste bien équilibré entre le léger et le poétique. C'est assez triste mais assez aéré pour ne pas faire lourdement plaintif. Franchement, il est très sympathique à lire : D j'aime bien aussi l'orthographe de Marie-Line, la résonance avec Cordeline, et le jeu de mots de la fin, voilà ^ ^
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Lu !
Et apprécié ^^
Pour ce qui est de la répétition du prénom du personnage, elle ne m'a pas dérangée, bien au contraire. Je trouve qu'elle contribue à donner son rythme et son unité au texte, un peu comme un refrain. Ça rajoute de la poésie et aide à renforcer ce côté mélancolique d'une vie insignifiante. De plus, ça ne fait que renforcer à chaque fois à quel point cette Marie-Line est différente de la Marilyn si universellement connue...
C'est vrai que la brièveté du texte pourrait laisser le lecteur sur sa faim, mais je suis assez d'accord avec Loredan : tout semble dit, j'ai du mal à voir ce qu'on pourrait ajouter sans que ça paraisse superflu dans ce tableau simple.
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Wow, merci de vos petits mots gentils :) Ce texte est un peu un éclair dans un ciel sans nuage, c'est à se demander comment j'ai pu l'écrire... Qu'il soit aussi bien accueilli me rassure quand même !
Et puis je suis contente que le titre soit bien passé ! La musique l'a suivi, chouette !
Encore merci à tous :)
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(Déterrage... attention à la pelle en entrant...)
J'ai bien aimé aussi ! Je trouve le titre mignon, au fait.
J'ai pas trop compris pourquoi "lames" était pas en italique pour la première phrase ; par contre j'aime beaucoup ce que rend la dernière phrase.
Un petit texte tout simple, avec de jolies images, tout froid mais entraînant :)
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:) Oh, c'est gentil de sortir mon texte de son sarcophage de neige !
Pour les deux citations au début et à la fin, il y a en effet une partie en italique, et une partie normale. De fait, c'est bien l'italique qui justifie la citation. La police habituelle est là pour faire ressortir un mot.
"Tout de lames blanches" : dans la chanson d'Adamo, ce sont des "larmes". Or mon texte ne porte pas sur la tristesse (enfin, pas tout à fait), mais plutôt sur cette sorte d'amertume, qui parfois peut donner le sentiment d'avoir des lames glacées qui tranchent la chair de l'intérieur, sans faire vraiment mal, mais désagréables quand même (chacun son vécu, pour sûr, mais moi ça me fait vivre ça).
Et puis "tombe de neige" : normalement, le titre de la chanson, c'est "tombe la neige". Là encore, j'ai modifié pour revenir sur le côté quasi mortuaire, et c'est "tombe" qui est mis en valeur...
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C'est un joli texte et agréable à suivre. j'ai aimé l'expression imagée " des larmes des gargouilles". Il y dans le style toute la monotonie et l'inquiétude du temps qui passe... bravo!
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Tombe la neige, et mon cœur s'habille de noir. Ce soyeux cortège tout de lames blanches...
Dix sept heures s'écrasent sur la pendule des heures et font chanter le sinistre clairon de Notre Dame. Les cloches battent la seconde avec leur gueule d'enterrement, une heure de plus pour l'humanité; une heure de moins.
J’aime beaucoup le ton, je trouve ça plutôt bien écrit !
une gargouille crache ses larmes de pluie sur la tête des passants insoucieux.
J’ai pas compris le néologisme, la différence avec « insouciant » (je pense pas que ce soit une faute ?)
La joie des hommes glisse sur elle comme un souffle trop faible sur un arbre centenaire.
Une brise, plutôt qu’un souffle ? Je trouve le mot pas assez propre à l’image ici., je veux dire, « brise » me semble plus adapté.
A vrai dire elle s'en fout.
Ici je reprend le mot « foutrement » utilisé plus haut pour parler du froid, je le trouvais pas trop trop adapté à la narration. Et puis comme il est utilisé ici aussi, on le remarque d’autant plus… Enfin, c’est mon avis.
C’est pas très gai dis donc ! C’est bien écrit, dans l’ensemble, mais qu’est-ce que c’est déprimant ! Et puis… Avec une fin aussi terne, je m’attendais à un petit rebondissement à la fin. On dirait le préambule à une histoire plus longue en fait.
Bref, j’mattendais à une autre fin, mais côté plume, ca se tient là.
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Merci pour le commentaire Jezy :) Oui, c'est vrai que ce n'était pas joyeux, mais je n'avais pas trop poussé sur le macabre non plus, je pense... En tout cas, ça me fait plaisir que tu aies trouvé l'écriture agréable de lecture ! Je suis tellement rouillée de la plume ces derniers temps...
;) Et pardon de t'avoir peut-être déprimé/e
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j'aime bien ce petit texte, tu instaures un rythme très bien ficelé, l'ambiance est palpable.
Etrangement j'ai pas trouvé ça si triste que ça. Je m'y suis peut-être un peu identifiée, je sais pas. Quand il fait super froid, en, hiver, que c'est gris, que les jours sont trop courts et pas assez ensoleillés, je me sentirais bien dans cette humeur-là, d'indifférence totale.
J'ai bien aimé, quoi.