C'était au cours d'une de mes nombreuses balades sylvestres (non, il n'y avait pas de chat cette fois-là... ni de canari).
Pour une fois, je n'avais rencontré personne : ni fée, ni lutin, ni druide – autre créature à laquelle les humains sont désespérément aveugles. La déception s’était emparée de ma balade elfique en solitaire.
Je rebroussais chemin à regret, quand un parchemin un peu trop bourru me gifla. (Oui, j'ai oublié de vous dire qu'il y avait un vent à décorner les bœufs, ce jour-là.). Il était arrivé en trombe, roussi aux encoignures, sauvé des flammes par une sylphide qui arriva toute essoufflée quelques instants après. Elle n'avait pas le temps, passait en coup de vent, pfioupfioufi, pfioupfioufa. Je compris vaguement entre deux bourrasques… Non, en fait je n’avais rien compris.
Un ange gardien descendu majestueusement des nuées peu après (décidément, la forêt était finalement très agitée ce jour-là !), en habits d’apparat comme pour aller voir la reine d’Angleterre, compléta cette histoire :
« Salut à toi, Léilwën, Dame de ces bois. Tu tiens entre tes mains le contre-sort que je n’osais plus espérer pour l’âme que je protège. Un contre-sort créé à contre-cœur et qui faillit périr au bûcher sitôt qu’il fut créé. »
Devant la solennité qui émanait de l’ange, je ne sus quelle attitude adopter. Le tutoiement serait sûrement malvenu… aussi choisis-je le vouvoiement déférent. Craignant que mon immobilité ne soit également insultante, je pris le risque de le saluer d’une révérence :
« Je vous suis tout ouïe, cher Ange. Prononçai-je d’une voix chevrotante.
– Te voici actrice du dénouement d’une histoire millénaire. Celle de deux âmes, {P#} et {#P}, destinées lors de leur création à s’aimer plusieurs vies durant, avant d’être vouées à d’autres étoiles. Commença l’ange d’une voix tonitruante (les anges sont beaucoup moins discrets qu’on ne le croit).
« Mais au terme de leurs vies communes, ces deux âmes sentirent leur lien se distendre. Ne voulant pas renoncer à leur amour, elles décidèrent d’aller à l’encontre de ce qui avait été prévu pour elles : elles puisèrent dans les Ressources Sombres pour sceller leur union par-delà les vies futures. L’âme à polarité femelle abandonna son pouvoir et sa volonté à son alter ego afin que celui-ci puisse créer un mur d’obscurité autour d’eux, les isolant du reste du monde. Ils devinrent les amants maudits, enchâssés dans leur ombre, refusant toute séparation.
« Et bien que cette magie noire d’aliénation ait été consentie des deux parties, elles avaient fait fi du mouvement permanent des âmes et de leur remaniement entre deux vies ; tant et si bien que ce lien créé dans un élan d’amour brûlant se transforma en malédiction pour ces êtres devenus progressivement étrangers à travers leurs incarnations successives.
« Puis, au cours d’une vie, l’âme à polarité femelle – ma protégée – réussit finalement à lever le voile de l’oubli. Elle explora alors le livre de ses vies révolues, à la recherche de réponses sur un amour trop lourd et incompréhensible qu’elle portait à un étranger qui, en dépit de sentiments forts et sincères, n’avait réussi ni à l’aimer pour ce qu’elle était, ni à rester. Elle recouvra la mémoire des événements passés, et du pacte. Ce pacte dont seule une fraction de son être restait l’instigatrice, résultat inexorable de la mutation incessante des âmes.
« Ma protégée décida alors de couper sa part du lien, pour pouvoir enfin déployer ses ailes. Elle écrivit les mots que tu tiens dans ta main et que je t’enjoins à lire, avant de les rendre à l’oubli. »
L’ange disparut instantanément, me laissant seule face à cet écrit libératoire. Enfin, libératoire, c’était vite dit ! Je sentais presque le poids des millénaires au bout de mon poignet. Quelle histoire ubuesque allais-je encore trouver ?
À l’insu de mon plein gré, j’entrepris tout de même la lecture de ce parchemin :
"{P#}, mon Amour,
Te rappelles-tu du jour où nous avons été créés ? Du chaudron des âmes, de sa chaleur ? Des réminiscences mosaïquent ma mémoire… Je me souviens.
Des balbutiements de l’humanité au Moyen-Âge, en passant par les révolutions d’Orient. Toutes ces vies… et puis l’Art, l’Art en trait d’union. C’était avant que nous ne nous maudissions. Avant que nous ne refusions l’inévitable partition – et je ne parle plus d’Art. Nous avons conjuré l’Ombre de nous cimenter… {P#}, quelle folie ! Pourquoi ? Nous étions fous. Inconséquents et fous.
Je t’ai aimé des vies durant et j’étais toute aussi triste que toi de voir venir note fin. Deux âmes comme les nôtres ne pouvaient être séparées, pas vrai ? C’est bien ce que tu m’avais juré ? {P#}… j’étais si triste. Et ta désespérance… y avait-il plus inacceptable que cela ? Alors je t’ai donné mon foutu consentement, mon satané pouvoir et les plus beaux instants de moi. C’était pour notre bien, non ? Pour que je n’aime jamais plus que toi et pour que tu n’en désires aucune autre. Foutaises. Bien sûr, nous étions enfin accrochés, imbriqués. Nous étions si naïfs ! Oh non, {#P}, nous n’étions pas naïfs, nous étions juste sots, et détestablement égoïstes. Pour qui nous prenions-nous ? Seules les âmes dynastiques unies par-delà les siècles auraient pu y prétendre ; mais nous, qui étions-nous ? Deux petites âmelettes, ayant tout juste appris à vibrer à l’unisson après une infinité d'incarnations solitaires. Non, vraiment, qu’avions-nous ? Aucun bagage, vraiment rien… tout juste la fougue et l’inconscience de la jeunesse.
Je suis reconnaissante au Grand Écrivain de ne pas nous avoir désintégrés. D’avoir fermé les yeux, comme une parenthèse autour de notre "amour" monstrueux. Quelle erreur. Mon Dieu, quelle erreur…
{P#}, ne te méprends pas : je n’ai aucune vie à raconter qui soit aussi belle que celles que j’ai vécues à tes côtés. Mais elles ont aussi été les plus violentes. Que dois-je en retenir ? Dis-moi ? Et toi, qu’en retiendras-tu ? Ces nuits de spectacles mêlant ton piano et ma voix ? Ou les nuits désespérantes à hurler du fond de nous ? À nous détestaimer ? Mes larmes te fissuraient autant que ta colère me détruisait. {P#}, dis-moi, vraiment, nous sommes-nous aimés ? Qui avons-nous aimé ? Et cet enfant inconcevable… Heureusement qu’il n’est jamais né : nous n’aurions pas su l’aimer.
Si seulement nos vies avaient été écrites à la craie… mais non. Comment les oublier maintenant ? Je t’aime tellement parfois encore…
Nous avions oublié que nous n’étions rien. Les ombres n’ont pas de substance. Nous avons contrecarré les plans divins, détourné les lois karmiques, mais les lois cosmiques, elles, sont implacables. Que veux-tu ? Évidemment que nos âmes ont transmuté ! C’est ainsi : nous ne sommes plus qu’une étincelle de jadis. Tu imagines {P#}, deux étincelles d’ombres ? Je ne veux pas m’éteindre, je veux vivre. Comment peux-tu encore me refuser de vivre ? C’est injuste.
{P#}, nous avons tellement changé… Ce pacte d’amour (Oui, je le sais, ne t’en fais pas, je sais ce que nous étions) a empoisonné nos vies, emprisonné nos âmes mutantes. Seule une parcelle de moi-même désire ce lien, et j’en suis prisonnière ! Sa puissance résonne dans tout mon univers. Réalises-tu cette violence ? Je ne peux pas poser les yeux sur toi sans ressentir l’élan, l’envie de réduire à néant tout ce qui te refuse en moi. Et toi ? Par-dessous ta raison dominante, je sais ; je vois cette ombre de manque en toi : ce trou à présent minuscule, mais béant, celui que personne d’autre que moi ne peut combler.
Nous avons eu trop de chance, trop de répit. On nous a laissé créer cette éternité que nous n’aurions jamais dû partager.
{P#}, l’humaine que je suis à présent réclame sa liberté. Et je la lui rendrai, quel qu’en soit le prix. Je reprends ma volonté, tout ce que j’ai donné de moi pour cette alliance surannée. Je veux aimer hors de toute entrave. Je veux choisir.
{P#}, ne m’en veux pas mais on m’appellera Liberté. Et plus jamais, ô grand jamais, je ne serai enchaînée.
{P#}, mon désAmour, je t’aime. Et je m'en vais.
{#P}."
Une autre rafale emmena le parchemin au loin, et mon âme s’apaisa. Les mots étaient trop lourds, la peine trop grande. Je souhaitais à {#P} de pouvoir vivre la vie à laquelle elle aspirait.
Je suis rentrée chez moi pensive cet après-midi-là et j’ai dit à ceux que j’aimais que je craignais de les perdre mais qu’ils étaient libres.
« Si vous partez, je serai triste et je pleurerai. Mais je ne vous retiendrai pas. »
Hello Léilwën (ouii du premier coup à la frappe :D !! Pardon, je m'égare... :huhu: )
Je lirais ton premier texte. Comme je l'ai dit, si celui-ci fait suite un ensemble de texte, c'est mieux de l'appréhender en globalité. Ainsi la forme que tu proposes passes mieux à la lecture. ^^
Mieux pour les dialogues ;) Cela dit j'aurais plus vu cela comme ça :
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
ça fait pavé j'en conviens, mais dans une tirade de dialogue, y pas retour à la ligne, sinon ça deviens de la narration :)
Petit truc que je viens de voir :
Mais au terme de leurs vies commune...
Et bien que cette magie noire d’aliénation ait été consentie des deux parties...
Et puis au cours d’une vie, l’âme à polarité femelle...
Tant et si bien que ce lien créé dans un élan d’amour...
On ne peut pas vraiment commencer ces phrases par ces mots-ci. Ils interviennent principalement en milieu de phrase avec une virgule pour le "mais" : gnagngna, mais blablabla / gnagnagna tant et si bien que blablabla / gnagnagna et puis blablabla, etc...
Le "mais" et le "tant et si bien", il te faut l'oublier en début de phrase. Pour les autres, il te faudrait enlever le "Et"
Voilà ce que je peux te dire à la seconde lecture du dialogue. ^^
Une quiche reste une quiche, qu'elle soit fourrée au flood, à la construction de dialogue foireuse ou même au sacro saint "Mais" que je plaçait avant 1000 fois par dialogues >< :mrgreen:
Bref fondons donc le "Quiche club of nawak" qu'en penses-tu ? :\?
Salut à tous les 2 (oui, Ariane et JKK - tu m'excuseras ? :P )
J'ai fait un mix de vos propositions pour les dialogues... j'espère que ça tient la route !
@ Ariane : on a toujours besoin d'un peu de fraîcheur et d'insouciance pour diluer les cris du coeur :)
@ JKKokoro :
- je pense du "Quiche club of nawak" que ça me va très bien d'être une quiche, mais je me fous beaucoup moins de savoir comment je vais être fourrée... (breeeef)
- je lis la critique et j'en prends note (au passage, je te suis vraiment reconnaissante d'avoir passé du temps sur mes petits textes :-[). D'ailleurs, j'ai relu le texte et supprimé les "et" et "mais" de début de phrase là où ils n'étaient pas "parlants". MAIS ( ;D ) sache que j'aime mettre les mots en dehors de leur place "classique" - et je comprends que ça puisse gêner. Je vais donc te mettre en spoiler (comme ça, si ça ne t'intéresse pas, tu ne lis pas) ce que représentent pour moi les "et" et "mais" de début de phrase:
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