Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Fried le 12 Décembre 2017 à 12:36:52

Titre: L'ombre des fourmis.
Posté par: Fried le 12 Décembre 2017 à 12:36:52
(écrit sur un titre imposé, genre: Horreur)

Les fourmis percent et creusent la terre, édifient des villes souterraines. Dans le jardin à l’angle de ma maison, elles se rassemblent et s’engouffrent dans un trou, un effondrement de terrain à la base de mes fondations. Au printemps elles passent sur le muret du côté sud devant ma fenêtre et leur ombre se détache dans mon salon.
Les abeilles construisent une société complexe dévouée à sa reine. Le nectar des fleurs devient miel et à quoi je pense quand je croque ma tartine qui en est recouverte ?
Je pense à l'inconscience des animaux. 
Les oiseaux savent construire des nids et leur fabrication est très élaborée. La base est faite de branches, brindilles de plus en plus fines pour finir par un petit coussin de plume et duvet moelleux. Bandes de petits inconscients.

Les loups aiment vivre en groupes organisés, ils forment une bande. Les soirs de pleine lune, ils chantent en harmonie avec l'astre et le lendemain ils suivent l'Alpha qui les emmène à la chasse. Petits inconscients ! Le berger qui ne supporte plus leurs prélèvements sur son troupeau a chargé son fusil.

Mais moi qui serais plutôt loup solitaire, je pense aux fourmis, elles se font de plus en plus nombreuses.

L’ombre d’une cohorte se profile sur le salon et voilà que ressurgit de ma mémoire cette période honteuse du passé ou je prenais un malin plaisir à écraser les fourmis. C’est fini, plus jamais je ne leur porterai atteinte, elles entrent librement dans la maison, se promènent dans l’évier, explorent les meubles de la cuisine et repartent avec des miettes de pain et grains de sucre. Mon goût pour la cruauté est passé à autre chose.

La maison travaille et craque un peu quand le vent se lève, d’ailleurs elle craque de plus en plus et le trou de fourmis aux fondations me semble bien plus gros.
 Il y a trois ans mes voisins qui faisaient construire leur maison ont aussi découvert un trou en faisant leurs fondations. Ils y ont fait déverser du béton, puis une toupie de béton, puis des mètres cubes en quantité. Quand le camion a été vide, le trou n’était toujours pas rempli. Ils se sont aperçu que sous terre il y avait une salle avec une infirmerie qui datait de la première guerre mondiale. Maintenant je sais où vont les fourmis et ce qu’elles font. Près du trou j’ai sondé mon jardin et j’y ai découvert un caveau, il était quasiment vide hormis les fourmis, une moisissure verte et quelques os disséminés au sol.

Pour moi certaines femmes sont comme de petits animaux inconscients, je ne sais ce qui les attire le plus, mes beaux yeux sombres ou cette ombre de mystère qui m’accompagne. Elles ne me révèlent plus rien quand au matin après une nuit d'horreur je les dépose nues et pantelantes au caveau.
Titre: Re : L'ombre des fourmis.
Posté par: Fried le 12 Décembre 2017 à 18:53:55
Oups désolé Lila, j'en écrirais d'autres plus sympathique  :D
Titre: Re : L'ombre des fourmis.
Posté par: Alan Tréard le 12 Décembre 2017 à 20:51:24
Ouch ! Je n'aimerais pas être l'une des femmes de cet affreux personnage...

Tu cultives le contraste entre sérénité et mystère, c'est très évocateur tout au long du texte.

J'ai cru voir passer quelque part La Charogne de Baudelaire, avec peut-être un quelque chose de moins amoureux.
Titre: Re : L'ombre des fourmis.
Posté par: Claudius le 12 Décembre 2017 à 21:01:48


Cette vie animale, décrite avec une certaine conscience, pour prouver leur inconscience. C'est écrit comme un mini roman  On lit avec intérêt se demandant où tu vas arriver, et là, on prend un coup derrière la tête et on se retrouve au caveau !

Joliment mené, on ne se doute de rien jusqu'au bout !   :mrgreen: :mrgreen:

Titre: Re : L'ombre des fourmis.
Posté par: moyen chog le 12 Décembre 2017 à 21:47:47
Un gout de trop peu. Très, très belle fin. Comme j'aime. Merci Claudius.

Milles excuses, Fried.
Titre: Re : L'ombre des fourmis.
Posté par: Fried le 12 Décembre 2017 à 23:41:13
Merci Alan, Claudius et moyen chog pour vos lectures et commentaires.
Alan je ne connais  pas ce texte de Baudelaire il faudra que je le lise. Je suis  heureux de ce que tu as ressentie claudius, c'est ce que je voulais mais désolé pour le coup derrière la tête  :D
Je voulais ce mélange de sucré salé ou douceur horreur.
Titre: Re : L'ombre des fourmis.
Posté par: Verasoie le 14 Décembre 2017 à 16:42:24
Citer
Mais moi qui serai plutôt loup solitaire, je pense aux fourmis, elles se font de plus en plus nombreuses.

serais ?



Je confirme, lis Une Charogne !

Sinon j'ai rien relevé au fil de ma lecture, je trouve ton texte simple et efficace ^ ^ bien joué !
Titre: Re : L'ombre des fourmis.
Posté par: Fried le 14 Décembre 2017 à 22:30:24
Merci Verasoie pour ta lecture et l'appréciation de mon texte. J'ai lu le poème "une charogne", c'est assez surprenant pour un poème et jamais je n'oserai écrire ça à une femme.
"Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j'ai gardé la forme et l'essence divine
De mes amours décomposés !"
Mais oui, j'aurai pu le citer en épilogue. :-)
Titre: Re : L'ombre des fourmis.
Posté par: Anouchka le 01 Janvier 2018 à 18:04:21
Cher Fried
j'ai lu "l'ombre des fourmis". C'est très bien, fluide, fluide, ça se lit vite, avec plaisir et envie...Ca s'avale tout seul avec une belle satisfaction inattendue pour la fin... j'ai été bluffé! je ne pensais que ça m'amènerait là: au fond du caveau!! je m'attendais à un introspection juste dans le monde des fourmis!
merci
Anouchka
Titre: Re : L'ombre des fourmis.
Posté par: Fried le 02 Janvier 2018 à 07:14:15
Merci Anouchkaïa,
Pour ta lecture et ce sympathique commentaire :-)