Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Alfred le 28 Novembre 2017 à 19:44:12
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Ils étaient couchés là, dans la boue, entre les barbelés les trous d’obus, agonisant criant, pleurant râlant ; des corps criblés de balles ou de shrapnels – de la chair encore chaude éparpillée mêlée à celle pourrissante des précédents assauts. Des bouts d’hommes partout, se perdant dans la brume de l’aube, écrasés sous les nuages sombres, le silence moribond – parvenant parfois même, au prix d’un effort surhumain voire fatal, à ramper durant de longues heures, jusqu’aux copains, qui depuis la tranchée, les trognes rongées par la faim la peur, les poils les puces et poux, sous les casques métalliques et défoncés, les yeux hagards, injectés de sang usés par la poussière, crient dans le brouillard, agitant les mains.
D’autres fois, c’est un coup de feu claquant dans le no man’s land qui vient faire taire les plaintes de l’un de ces malheureux – par la même occasion, momentanément, celles de ses compagnons d’infortune, s’agrippant alors à leurs tripes, ce qu’ils leur reste de vie, en s’enfonçant dans la terre meuble jusqu’à s’y mêler.
« Sinistre spectacle, n’est-ce pas ? ».
Descendu de la marche, j’ai tourné la tête, regardé l’officier – son regard triste, son visage buriné et sa moustache effilochée – la précieuse lettre dans la main, prêt à lui donner, levant le bras, quand un sifflement assourdissant a envahi l’espace sonore.
Une main, gigantesque, m’a poussée ; mon dos s’est écrasé sur le sol, expulsant l’air de mes poumons, me coupant la respiration ; mes yeux, l’espace d’une seconde qui en a durée milles, se sont fermés.
Puis,
j’ai ramassé mon être, serré les dents mon casque, contre ma poitrine, secouant la tête et le corps pour me débarrasser de la terre me recouvrant – la vision tremblante – me recroquevillant dans un abri rudimentaire gratté à même la paroi de la tranchée, ayant enjambé préalablement le cadavre à la face arrachée de l’officier, jeté là par le souffle de l’obus – tombé à ma droite, à cinq-six mètres, au milieu du chemin – un acouphène me crevant les tympans. Je n’ai rien dit, même pas crié – les copains, se bousculant pour évacuer les corps, chercher les blessés potentiels, n’ont vu qu’un tas informe de vêtements – attendant, trempé de larmes d’urine et de selles.
Maman, est-ce que je suis lâche ?
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– Mais non, mon petit, tu n'es pas lâche. Tu es un homme, simplement.
Voilà ce que l'on pourrait lui répondre la scène et réaliste, c'est le moins que l'on puisse dire. Mais, là aussi, comme dans un autre texte que je viens de commenter, l'on reste sur sa faim. Le style, le ton, sont juste, mais, bon, ce récit a valeur de croquis, même si l'interrogation finale lui donne tout à coup un relief intéressant.
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C'est une belle description de cette guerre des tranchées avec son lot d'horreurs.
un peu comme héllian je dirais pas lâche mais en état de choc sans doute.
j'ai bien aimé
il y a une petite faute à "même pas crier" qu'il faut mettre au participe passé.
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Merci pour vos retours, vraiment.
Oui en effet, c'est l'ébauche d'une petite idée qui me trotte en tête depuis mes dix-douze ans peut-être, depuis ma lecture de Carnets du Jour J : faire le journal d'un conscrit. Les guerres mondiales ainsi que celles de décolonisation ont ça qui me fascine, les conscrits. J'me dis souvent que des types plus jeunes que moi, me ressemblant pour certains, se sont retrouvés dans une merde que jamais je ne pourrais imaginer — pas même un millionième — et j'aimerais, par le biais de l'écriture, essayer de comprendre comment on peut surmonter ça — le pendant dans un premier temps, l'après est une autre histoire.
Le fait que vous trouviez le texte réaliste me fait du coup franchement grand plaisir. Et je suis encore plus ravi de ton commentaire Jobear car j'ai l'impression que tout le monde ne fait pas attention au style — mais ce n'est peut-être qu'une fausse impression, j'sais pas trop à vrai dire.
Et j'ai rectifié cette faute Fried, merci, elle m'était passée sous le nez cette saligote.
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J'ai lu ton texte d'un trait, sans respirer de peur d'attirer sur moi le feu adverse.
J'ai failli sursauter lorsque la lettre n'a pas atteint sa cible, mais le tir d'obus oui !
Je me suis vue dans ces tranchées, respirant la poussière et le sang.
Très bon écrit pour moi, même si parfois, il manque quelques ponctuations, d'une vérité qui atteint son but, émouvoir.
Claude :( :(