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Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: kokox le 27 Novembre 2017 à 12:08:09

Titre: Et les chiens mangeront Jezabel... (4ème Partie)
Posté par: kokox le 27 Novembre 2017 à 12:08:09
Et les chiens mangeront Jezabel dans le champ de Jizreel


Première partie   


   
C’était un pays de fous, de fous à lier. Ces fous croyaient mordicus être les enfants préférés de Dieu, se tenaient par la main avant de déguster la dinde de Noël, invoquaient Jésus à tout bout de champ, un doux Jésus blond cendré, longiligne, portant superbement la robe sans couture, le périzonium et les sandales. Assurés de leurs vertus, ils se targuaient d’être les phares du monde, pensaient être les pionniers du droit chemin, les parangons du progrès et de la justice. Ils étaient persuadés de savoir à peu près tout sur tout : la vérité et son contraire, l’évolutionnisme et le créationnisme, comment remettre les indigènes attardés sur les rails du consumérisme et de l’économie de marché, en versant juste un peu de sang dans les rizières ou sur les dunes, un sang aussitôt pardonné bien évidemment par les Anges et par les Saints.
   Ils ignoraient une seule chose en définitive, c’est qu’ils étaient pour la plupart possédés par le diable.
   Jadis ces fous mangeaient du pop-corn, décrétaient pour le bien d’autrui que la cigarette était nocive, pariaient sur des matches de base-ball et se tombaient dans les bras l’un de l’autre, hallucinés, manifestant une débordante joie puérile, lorsque le frappeur des Tigers de Détroit exécutait un parfait home run.
   Ces fous ne s’entouraient que d’aimables voisins impeccablement coiffés. Les femmes couraient d’une porte à l’autre pour s’échanger des recettes vegan, des adresses de pédopsychiatre ou de chirurgien esthétique. Et, pendant ce temps-là, les hommes passaient la tondeuse sur les pelouses, et quand ils avaient fini, ils la rangeaient dans un coin de leur garage aussi propre qu’un nickel. Puis, tout ce joli monde s’attablait à portée de barbecue, et professaient alors à leurs enfants qu’il n’était pas bien d’être raciste, d’être trop gros ou bien trop maigre, de se moquer des extraterrestres et de voter Républicain. À la fin du repas, ils étaient généralement repus de cet orgueil de la terre et de la vie, qu’ils appelaient modestement : humilité. Ils semblaient saturés de cette grandeur qu’une existence paisible engendre chez un homme : la satisfaction de loisirs bien ménagés, la sûreté du but, l’indépendance que donne la sécurité matérielle, le confort de vivre dans un cadre familier, le sentiment de liberté qu’assure une belle maison à la pelouse royalement tondue au millimètre.
   Avant d’admettre que j’étais moi-même atteint par cette folie vaniteuse, il m’aura fallu voir de mes yeux tous ces atroces champignons qui, d’est en ouest à l’horizon, forcirent et s’étiolèrent pour irradier tout l’oxygène du vaste ciel.
   Mais que je me présente. Je m’appelle Stuart Benton.
   J’ai fêté mes 56 ans il y a trois jours, avec mon ami Pete Tricketts. Sur la route 34 entre Galesburg et Monmouth, nous avons débusqué une maison isolée, assez cossue et calfeutrée des regards, qui possédait l’avantage émotionnel de ne contenir aucun cadavre. La plupart de ses vitres étaient brisées et laissaient, à travers leurs béances, pénétrer des poussées sporadiques de blizzard. Polluée de déjections, cette demeure de notable avait bien sûr été vandalisée par ces troupes de frelons stériles, lesquels, durant les premiers mois qui suivirent la Date, s’amusaient encore à piller le miel distillé par les abeilles, alors qu’ils n’avaient déjà plus la sensation du sucre dans la bouche.
   Pour réchauffer nos carcasses transies, Pete et moi avons craqué trois allumettes et fait un feu dans le grand salon. Puis, nous avons dévoré notre dernière boîte de sardines et une acide poignée de baies sauvages que nous avions trouvées la veille en lisière d’un petit bois calciné. Là-dessus Pete Tricketts a entonné « Happy Birthday to you, Stuart ! » en versant une larme, et nous nous sommes couchés enfin dans un parfait silence, blottis l’un contre l’autre, pour nous tenir bien chaud.
   Je m’appelle Stuart Benton, ou du moins ce qu’il en reste. Vous dire ma physionomie actuelle ? Eh bien, j’ai une épaisse barbe broussailleuse, des joues émaciées, de profonds cernes noirs, tout cela noyé dans un paquet de rides à l’aspect caoutchouteux. Ma maigreur est à faire peur, c’est un vrai miracle si je me tiens encore debout. Mes yeux sont devenus vitreux, ma vision est floue. Ma peau est recouverte d’érythème. Une excroissance violacée de la taille d’un gros poing m’enlaidit le flanc droit, laquelle jusqu’à présent ne me fait pas trop souffrir. Mais par chance, je n’ai plus de diarrhées, plus de nausées, et je ne vomis plus. Je survis, je ne sais comment, ni pour combien de temps encore, dans cette latence, dite Walking Ghost Phase, d’hypothétique guérison.
Bref, je n’ai plus rien à voir avec cette carrure de footballeur américain qu’on me prêtait naguère, avant la Date, du temps béni où j’étais garagiste à Omaha, Nebraska, un affable et serviable mécano estimé de tous, qui aimait son boulot comme sa vie, qui connaissait par cœur le ronronnement singulier de chaque moteur, qui avait l’oreille absolue pour détecter en l’espace d’une seconde un problème de transmission, de différentiel, de courroie, de pompe à eau.
   Avec cette peau sur les os et ce faciès de loup famélique, je ressemble désormais à ces clochards que je toisais autrefois d’un œil un peu hautain, me demandant pourquoi ils se laissaient dégringoler ainsi, sans se révolter, rien espérer, attendant juste, l’âme en loques, le coup de sifflet final.
   Dans l’arrière-cour de mon garage, il y avait toujours une dizaines d’épaves accidentées que la police de la route venait entreposer en attendant le passage des experts en assurances. Beaucoup d’entre elles avaient été de rutilantes voitures qui avaient procuré jouissance, fierté, sentiment de toute puissance à leur heureux propriétaire. Aujourd’hui, inutile de me mentir, je ne vaux pas mieux que ces épaves. Et je sais pertinemment que les assurances ne parieront plus jamais le moindre dollar sur ma tête, qu’elles ne me donneront pas une seconde chance pour réparer mon organisme farci d’ulcères, de pustules et de gerçures. Pour la simple et bonne raison, qu’elles n’ont jamais prévu dans leurs probabilités mercantiles, le sinistre aléatoire d’une planète entière.
   J’ai 56 ans, et Pete Tricketts me dit parfois, pour me faire rire un peu, que j’en fais facilement vingt de plus.
   Pour autant, je ne pense pas être devenu un mauvais bougre. Comme la plupart des gens, je suis né avec tous les instincts et les sens de l'homme primitif, tempéré par des raisonnements et des émotions de civilisé. Comme la plupart des gens, j’ai tenté de passer entre les gouttes de la folie ambiante, afin de parvenir au bout de mon chemin sans trop de culpabilité.
   Mais dorénavant, chaque jour devient une lutte enfièvrée entre le Bien et le Mal au dedans de mon esprit. Mes envies de corrompre mon amour-propre sont nombreuses, que je dois dominer, anesthésier sans relâche. Seule la pitié que j’ai de ma personne me maintient encore un peu dans le jardin de la respectabilité, m’oblige à entretenir cette infime braise où subsistent les vestiges de ma dignité. Cet apitoiement restera jusqu’à mon dernier souffle, du moins je l’espère, mon plus sûr bouclier pour ne pas réveiller la Bête qui sommeille au fond de moi, et ne rêve que d’une chose : rajouter un monstre terrifiant à ce pandémonium.
   Depuis la Date, et toutes les horreurs qui en ont découlées, je peux dire que de l’aurore au crépuscule - insufflés par Dieu, le diable, ou la démence de l’Univers, allez savoir - je tâche du mieux que je peux de fortifier mes haillons de charité, de compassion, de mansuétude. Ce n’est pas si facile, mais je m’y dévoue corps et âme, oserais-je dire, tel le plus méticuleux des robots affligés. Ainsi, pour éviter de répondre aux provocations et autres accès homicides des Enragés, je préfère contourner un secteur de plusieurs kilomètres, ou bien me terrer dans un trou gelé durant de longues heures s’il le faut, avec cette lâcheté ou plutôt ce courage de la moule qui s’accroche coûte que coûte au rocher.
   Les Enragés, j’ai appris à les repérer de loin, à renifler leur odeur de calvaire, le soufre de leur géhenne intérieure. Même s’ils ne sont plus qu’un amas de nerfs vindicatifs et hargneux, j’ai compris, au bout du compte, qu’ils ne cherchaient pas forcément à passer leur fureur de survivre contre moi. Au fil du temps, je suis parvenu à ressentir qu’ils ne faisaient que souffrir la souffrance extérieure, qu’ils saignaient tout le sang qui coulait alentour, qu’au fond de leur regard mauvais, éperdument brouillé, ils pleuraient les pleurs de tous les yeux qu’ils croisaient au hasard. Qu’ils n’étaient plus vraiment eux-mêmes, mais autrui. Qu’autrui était devenu leur moi. J’ai compris que ce n’était pas Stuart Benton qu’ils désiraient massacrer, comme cela, gratuitement, pour rien, mais cet égoïsme rouillé d’eux-mêmes qui n’avait pas eu le cran de se faire sauter la cervelle avant l’holaucauste collectif.
   Afin de rendre un peu plus humain leur rictus de supplicié, et d’en avoir moins honte, et plus honnêtement moins peur, je me suis mis un beau jour à les nommer romantiquement « poètes de la détresse », comme m’était revenue cette phrase de Ray Bradbury, dans Fahrenheit 451, qui m’avait adolescent profondément marqué : « Je l’ai toujours dit, poésie égale larmes, poésie égale suicide, pleurs et gémissements, sentiments pénibles, poésie égale souffrance ».
   En cinq ans, j’ai tué peu de ces hommes et de ces femmes, et toujours, je le jure, uniquement pour me défendre. Pour défendre cet humanisme hésitant qui se tissait encore avant la Date, bon an mal an, autour de la Terre, cette symbiose des énergies dormantes de tous les continents, de toutes les races qui se réveillait parfois, par saccades, à la chaleur complémentaire. Je crois bien n’avoir jamais éliminé un Enragé par cruel instinct de préservation. J’ai toujours eu au moment d’appuyer sur la gâchette, ce désir d’épargner cette dérisoire graine d’amour de la vie, que je croyais sentir battre au fond de mon cœur. Même si cela peut paraître paradoxal, c’est simplement pour protéger ce peu d’humanité qu’il me reste, au nom de l’Humanité, que je me force à agir de la sorte. Je n’ai pas l’impression d’ôter la vie à ces personnes rendues, par la force des choses, psychiquement instables, mais de soulager la Terre en grande détresse de leurs insupportables douleurs. J’ai toujours enterré dignement leur dépouille, si possible au pied d’un arbre calciné, dans l’espoir qu’un jour prochain ses feuilles repoussent et apportent un abri déférent à leur dernière demeure. Et j’ai toujours psalmodié une prière sincère vers cette nue improbable, pour que leur âme puisse monter au ciel sans trop d’accroc.
   À quoi passons-nous nos journées avec Pete Tricketts ? Eh bien à marcher sans but précis, à chercher plus ou moins avidement de la nourriture, et surtout à dormir, dormir, dormir. Croyez bien que vouloir rajouter une heure de plus à nos existences précaires n’est pas de tout repos. Surtout avec le cerveau vide, les réflexes amoindris, le désespoir en bandoulière.
   

   

À suivre...

La deuxième partie se trouve un peu plus bas.
Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel dans le champ de Jizreel
Posté par: Alan Tréard le 27 Novembre 2017 à 14:47:06
Mon cher ami,

J'ai trouvé ton texte très impactant, l'émotion qu'il génère en moi m'a réellement amené à vouloir en savoir plus sur ce Stuart Benton.

Je pense que tu touches quelque chose d'entier, qui t'appartient et qu'aucun ne saurait reproduire, c'est une véritable performance et un enrichissement solide pour beaucoup d'entre nous.

Tu poses les bases d'une époque chaotique et tourmentée, tu donnes un regard inquiet sur le monde.

Ton histoire se passe aux États-Unis, on s'y trouve perdu, presque déboussolé. Cela me rappelle très directement les années de la Beat Generation, on se sent pourtant comme ailleurs. On manque parfois de repères, cela est justifié par la tourmente qu'éprouve ce personnage terrifié par la société dans laquelle il se trouve.

Je trouve ta démarche littéraire profonde et d'une grande portée.
Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel dans le champ de Jizreel
Posté par: Claudius le 27 Novembre 2017 à 15:32:20


à suivre ... donc j'attends la suite avec une certaine dose d'impatience vu la teneur de la première partie, je réserve un avis me demandant où tu vas en venir avec une curiosité aiguisée !

 :mrgreen: :mrgreen:
Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel dans le champ de Jizreel
Posté par: kokox le 27 Novembre 2017 à 16:16:48
Cher Alan,

Un grand merci pour ta lecture du prologue de ces "Chiens".
Me touche évidemment beaucoup ce que me dis là, même si sincèrement je ne pensais pas avoir décrit dans cette entame autre chose qu'une honnête ambiance post-apocalyptique. L'inspiration de ce texte ? Je me suis replongé dernièrement dans les nouvelles de jeunesse (de 19 à 25 ans environ) de ce génie visionnaire qu'était Philip K.Dick, et je me suis dit deux choses : qu'est-ce que c'était torché à la taloche (normal, en regard de ses vertes années), mais qu'est-ce qu'il s'en foutait royalement, puisque ne comptait à ses yeux que le fait d'accoucher illico presto sur papier ses inventives élucubrations, sans aucun complexe de style.
Je bûche actuellement sur la suite. J'espère qu'elle sera du même tonneau "émotionnel" que ce début et ne te décevra pas ! :)

Bien à toi !


Un grand merci également à toi pour ta lecture, Claudius !  :)
Comme dit plus haut à Allan, je fais tout pour réduire au maximum ton impatience et te servir dans les plus brefs délais la suite des aventures irradiées de Stuart Benton.

Bien à toi !
Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel dans le champ de Jizreel
Posté par: Aléa le 27 Novembre 2017 à 16:44:11
Bonjour Kokox,

Tu l'as sans doute déjà aperçu sur la plateforme, mais on évite de faire des doubles posts ici, tu peux répondre à plusieurs personnes en un seul message ou modifier tes messages ;)

A plus !
Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel dans le champ de Jizreel
Posté par: kokox le 27 Novembre 2017 à 17:17:47
Ah merci beaucoup d'avoir rectifié pour moi ce tir malheureux !  :)
Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel dans le champ de Jizreel
Posté par: Milla le 27 Novembre 2017 à 21:05:02
Salut !

au fil de la lecture...

Citer
Et le chiens mangeront Jezabel dans le champ de Jizreel
les

Citer
Et, pendant ce temps-là, les hommes passaient la tondeuse sur les pelouses, et quand ils avaient fini, ils les rangeaient dans un coin
ce les ne renvoie à rien, la pour la tondeuse ?

Citer
, cette symbiose des énergies dormantes de tous les continents, de toutes les races qui se réveillait, par saccades, à la chaleur complémentaire
réveillaient

hop là, tout lu !
C'est agréable à lire, l'écriture est prenante, fluide :) Tu poses bien le contexte, avec de gros questionnements en suspend qui sont pour le lecteur intrigants, et non pas clair, donc ça fonctionne tout à fait. Il manque un petit truc du genre un peu loin à l'horizon qui nous donne une vague idée d'où tu veux aller et nous mette vraiment en haleine, mais je pense que ça peut attendre la partie suivante que je viendrais lire avec plaisir.

Bonne écriture :)

Milla
Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel dans le champ de Jizreel
Posté par: kokox le 27 Novembre 2017 à 22:15:53
Un grand merci pour ta lecture, Milla, et tes relevés de coquilles ! :)
L'action arrive. Les chiens arrivent, ne t'inquiète pas. Puisqu'ils sont également un hommage à ce formidable livre de SF de Clifford D.Simak : "Demain les chiens".

Bien à toi !
Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel dans le champ de Jizreel
Posté par: In search of lost time le 28 Novembre 2017 à 01:25:58
Je ne suis pas trop nouvelle en provenance des Etats-Unis, surtout de Trump, mais là il y a les sentiments en plus et cela me trouble émotionnellement. Vivement la suite, qu'on en finisse avec ces culs-bénis d'Américains qui disent blanc en face et approuvent la noirceur qui les arrange.
Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel dans le champ de Jizreel
Posté par: kokox le 28 Novembre 2017 à 07:03:17
Merci beaucoup pour ta lecture In search of lost time.
L'action se passe certes aux States, mais il n'y a pas que les Américains qui trinquent ! :)

Bien à toi !
Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel dans le champ de Jizreel
Posté par: Patamodeler le 01 Décembre 2017 à 13:34:17
Bonjour Kokox,

Après ma lecture, il me reste en mémoire comme un triptyque à la manière de Géricault. Sur le premier panneau je vois l’équanimité  d’un monde pétri de certitudes  avant la Date, sur le second deux survivants de l’enfer après la Date et sur le troisième la miséricorde et l’humanité du rescapé et de l’écrivain.

Encore un texte très dense dans les réflexions que j’ai relu plusieurs fois pour en apprécier  toutes les nuances.



Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel dans le champ de Jizreel
Posté par: moyen chog le 02 Décembre 2017 à 14:38:46
Salut
Y'a pas d'intox, chez Kokox. Pas de botox non plus. Juste un peu chelou. L'héroïne , c'est de la pure. Alors, merci pour cette parenthèse inachevée.
Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel dans le champ de Jizreel
Posté par: kokox le 04 Décembre 2017 à 14:18:01

Un grand merci à toi, Patamodeler, pour ta lecture et ton "humaniste" commentaire ! :)


Un grand merci à toi également, Moyen Chog, pour ta lecture et cette opinion hautement "stupéfiante" que tu te fais de moi ! :)


Bien à vous !

Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (Deuxième Partie)
Posté par: kokox le 13 Décembre 2017 à 12:16:28
Voici la deuxième partie de la nouvelle. La troisième partie sera mise en ligne d'ici une semaine.
Merci d'avance aux lecteurs qui auront le courage d'aller au bout de ce récit. :)



Les seuls bonheurs fugaces que nous parvenons encore à grappiller dans cette vie animale, c’est quand nous découvrons, excités comme des gamins, la planque d’un garde-manger intact. Ce qui a tendance à se raréfier de plus en plus. Et puis aussi lorsque nous nous mettons à nous souvenir brutalement de nos chers disparus que nous avons été obligés d’abandonner en cours de route.
   Alors, avec Pete Tricketts, nous n’avons plus aucune honte de nos étreintes fraternelles. Pour apaiser notre chagrin, il peut même arriver que nous nous embrassions délicatement le visage, que nous nous bercions comme le ferait une mère à son enfant fiévreux. Cette chaleur humaine, pure, décomplexée entre deux hommes, nous donne la force de croire que nous existons peut-être encore un peu aux yeux du néant. Que nous importe au final le décor dévasté, l’air vicié, le manque de nourriture, pourvu que nous ayons encore à nos côtés un être humain, sa main tiède dans notre main, ses bonjours du matin et la lueur de ses yeux qui vous dit : tout n’est pas si moche, puisque je suis là !
   J’ai rencontré Pete Tricketts, il y a deux ans maintenant, dans la périphérie nord de Pittsburg. C’est un long gaillard de quarante sept ans, roux, très barbu, d’origine irlandaise.
   Avant la Date, il était webdesigner spécialisé en support mobile/tablette, avec 93.000 dollars par an, et adorait faire des treks en solitaire dans la région du Sud-lipez en Bolivie pour recharger ses batteries. Armé de son Lumix, il photographiait  du matin au soir ces terres totalement isolées et extrêmes, pays impeuplés emplis de merveilles : désert de sel blanc, lacs rouges ou verts, rochers aux formes bizarroïdes, troupeaux de lamas et placides flamands roses. Ce qui lui fait penser parfois que le dénuement de l’Altiplano et sa beauté glaciale l’ont préparé bien à l’avance à s’accoutumer à la dévastation actuelle.
   Avant la Date, Pete Tricketts était marié, selon ses dires, à une femme exceptionnelle qui lui avait donné trois filles exceptionnelles.
   Dans son maigre paquetage, il garde une photographie de ses quatre amours, à laquelle il tient comme à la prunelle de ses yeux. Un jour, il a laissé pour mort deux Enragés qui cherchaient à la lui dérober en le menaçant d’une batte et d’une hachette. In extremis, il a sorti son revolver et a tiré.
   D’après lui, du moins tente t-il de s’en convaincre, toutes quatre n’ont pas dû avoir le temps de voir leur fin arriver, comme les ondes de choc pulvérisèrent toute matière au cœur de la nuit, foudroyant la moindre respiration de San José à Sacramento. Cette nuit-là, Pete Tricketts était ailleurs, là où tout homme comblé n’aurait jamais dû être, mais il préfère ne pas en parler.
   Curieusement, la morphologie de mon compagnon d’infortune ne souffre pas trop de la malnutrition. Son secret ? Il ne mange pas plus que moi, ne me vole pas mes rations durant mon sommeil. Non ! Le truc de Pete Tricketts, c’est qu’il respire tout bêtement par la bouche. Il se fiche complètement d’être un peu plus, un peu moins irradié. De fait, il passe le plus clair de son temps à happer de l’air et dit que c’est grâce à cela qu’il parvient à stabiliser sa masse corporelle. J’ai de gros doutes à ce sujet, mais comme je n’ai rien d’un scientifique, je ne peux pas prouver le contraire, et je me contente d’acquiescer.
   Malgré l’âpreté de notre vie, Pete a su garder une certaine distanciation, une gaîté qui parvient à rendre agréable certains de nos jours cafardeux. Parfois, lorsque nous nous morfondons trop longtemps, il est capable de se lever d’un coup, de quitter net sa torpeur à la manière d’un chef indien qui se mettrait sur le pied de guerre. Secoué de meuglements rythmés, il accomplit sous mes yeux ce miracle de repétrir son visage défait, de galvaniser son corps endolori. Alors, il se met à boxer le vide devant lui, et profère ce mantra sur un ton persuasif : on a connu le pire, on a connu le pire ! Y a rien de pire, y a rien de pire ! Et cette réaction électrisante possède le pouvoir de me régénérer progressivement à mon tour.
   La force extraordinaire de cet homme réside toute entière dans son invincible optimisme. Il n’en veut absolument à personne de ce qui est arrivé, ni à Dieu, ni aux hommes. Il y a des gens qui portent la fatalité avec élégance. C’est le cas de Pete Tricketts. Son cœur, martelé d’innombrables coups durs, résonnait bien avant la Date comme un gong, un bouclier de bronze sur lequel le destin ne pouvait que se casser les dents. Un jour où j’en voulais au monde entier d’avoir détruit le monde entier, et où je n’étais pas très loin de devenir un Enragé, il m’a dit ceci : « C’est plus complexe que tu ne crois, Stuart. L’homme n’y est pour rien, ou pour si peu de chose, dans ses hoquets de décadence. En se rongeant l’âme et le corps, il n’a toujours fait que singer en tout petit les conflagrations du cosmos. Il peut vouloir pavoiser avec son flingue un jour ou l’autre, se croire être au summum de la tout-puissance en ciblant au hasard une quelconque victime. Mais cette vanité est celle d’un pur crétin qui a juste oublié que l’avis de décès de cette dernière était déjà rédigé bien avant sa naissance. Il a anéanti un mort ou des millions peut-être dans le trou de balle de l’Infini ! La belle affaire ! Il a juste ignoré qu’en droit pénal, dans certains États, ce genre d’infraction est dite impossible, et entraîne généralement un non-lieu. Si tu te dis que tout est question de rectitude et d’impartialité, alors à l’échelle du continuum Espace-Temps, personne en vérité ne tue réellement personne. Tout le monde s’attire ou se repousse, à la manière des particules chargées positivement ou négativement, puisque c’est un des fondements des lois de l’électrostatique. Que nous le voulions ou non, nous sommes constitués d’atomes très, très vieux, ceux d’étoiles qui sont nées sans savoir pourquoi et sont mortes tout aussi incultes. Ni le bien ni le mal n’y sont pour quelque chose dans tout ce fatras d’inattendus. Est-ce qu’une météorite sort un couteau de sa poche, avec ce désir farouche de trucider une planète qui obstruerait sa trajectoire ? Non, elle se laisse choir simplement dans le vide, car son heure est venue de se transformer en autre chose. Pour nous, comme pour toute poussière, c’est exactement pareil. L’apocalypse est déjà au commencement de soi, puisque la fin précède toute naissance. Alors, à quoi bon en rajouter au cynisme, à quoi bon remettre en cause l’irrévocable Principe antédiluvien qui équilibre l’Univers  d’une façon aussi prodigieuse ? Si tu veux être juste, Stuart, dis-toi que ce ne sont pas les autres qui t’ont condamné à mort, mais cette énigme éternelle qui s’appelle la Vie. Or cette Vie te permet aussi de vivre, vieux, de goûter à quelques joies éphémères, de t’imaginer tout bêtement que tu es en vie, le temps qu’il te faudra pour dire amen à un frisson qui parcoure ta peau, ou dire je t’aime à une fraise des bois. Dans ce cas, à qui pourrais-tu en vouloir ? Tout va mal, mais au fond de ce mal, et c’est là le prodige, il y a toujours quelque chose : la vie, l’espérance, l’envol inopiné d’un moineau rejoignant son nid, un haillon de ciel bleu qui perce dans un ciel anthracite, moi qui te parle et toi qui m’écoute gentiment te raconter n’importe quoi pour dévier ta douleur... »
   Sans l’exemplaire détachement de Pete Tricketts, et sans son humour réconfortant, je crois bien qu’il y a longtemps j’aurais lâché prise. Nous ne savons pas où nous allons, ni pourquoi nous y allons. Nous nous contentons juste de respirer ce qu’il nous reste à respirer, car respirer nous est déjà une aubaine assez incroyable, après avoir réchappé au plus grand feu d’artifice de tous les Temps. Nous n’avons aucune ambition. Nous laissons la vie nous mener, simplement, dans son sillage. À la manière des insectes, si nous trouvons un miette de quelque chose, nous sommes comblés. Si nous n’en trouvons pas, tant pis, nous ne cherchons pas à nous lamenter auprès du Congrès ou de Fox News.
   Il me reste encore tellement de choses à dire avant la fin du jour.
   Où en étais-je ? Ah oui, Pittsburgh ! Ma drôle de rencontre avec Pete.
   Sur les coups de minuit, alors que nous étions traqués par une horde d’Enragés, nous nous sommes retrouvés fortuitement à ramper dans la même canalisation pour sauver nos fesses rachitiques. Nous sommes restés ainsi prostrés pendant environ quatre à cinq heures, et lorsque les cris de détresse se sont tus alentour, Pete Tricketts a craqué une allumette pour se rendre compte que sa tête s’était immobilisée durant tout ce temps à moins de dix centimètres de mon derrière.
   À la seconde allumette, d’un simple regard muet, presque amusé, nous avons tout de suite compris que nous étions faits du même stoïcisme, que notre attitude morale avait su préserver une grande fermeté d’âme dans le malheur, mais aussi une bonne dose de moquerie, seule capable de faire taire notre sauvagerie dormante et nos stupides attirances pour la Loi du talion. De toute façon, les Enragés s’entre-tuaient déjà à qui mieux mieux. Il était par conséquent inutile de brûler de précieuses cartouches, pour commémorer la mémoire du mot Justice.
   J’avais dans ma besace quelques boîtes de haricots rouges. Il avait dans la sienne un kilo de sucre roux. Nous avons sucré salé notre poignée de main et, au sortir de la canalisation, Pete Tricketts m’a dit : je te préviens, je rigole pour un rien, cultiver l’absurde est devenu ma raison d’être. Je n’ai pas d’autre choix que de prendre toute cette faillite à la légère !
   Je lui ai répondu : ça me va très bien !
   Quelques jours après, c’est pourtant avec le plus grand sérieux qu’il m’apprit cette nouvelle effroyable qu’il tenait de source sûre par son beau-père, lequel était, avant la Date, gynécologue obstétricien dans l’Ohio. Est-ce que cette funeste saloperie venait de Corée du Nord, de Russie, des États-Unis, ou du Moyen-Orient ? Plus personne ne pouvait le dire. Toujours est-il qu’en pratiquant une batterie de tests de fertilité (spermogrammes, biopsies testiculaires, échographies intra-vaginale, cariotypes, examens approfondis tant bactériologiques que biochimiques) sur un panel de 300 personnes, hommes, femmes, adolescents confondus, le couperet de la science avait tranché irrémédiablement tout espoir de procréations futures.
   Aussi inimaginable que cela puisse être, le beau-père de Pete Tricketts avait certifié, la mort dans l’âme, l’atroce probité de ses résultats : 100 % des irradiés avaient été rendus stériles.
   
   Le lendemain de mon anniversaire, il y a deux jours de ça, nous nous sommes réveillés Pete Tricketts et moi encore plus gelés que d’habitude. Le blizzard s’était calmé durant la nuit, mais la température avait cruellement chuté. Entièrement envahie par la neige, notre chambre avait été rendue toute blanche du sol au plafond. Le blanc est froid par nature. Pas seulement parce qu’il évoque un éclat hivernal, insoutenable et impersonnel. Le blanc est froid parce qu’il est dur et stérile. Parce qu’il est sans joie, antiseptique. Fascinés autant que pétrifiés par toute cette blancheur, nous ne parvenions pas à bouger le moindre orteil dans notre lit. Notre respiration commençait à devenir complexe. Non loin de l’inconscience, nos pensées aussi étaient profondément engourdies. Nos forces n’avaient plus de force. Notre abandon était proche. Si n’avait été au bout d’un long moment le vague croassement d’un corbeau dans le lointain, nous aurions pu nous croire mort dans un paradis neutre, impassible, sans le moindre saint à l’horizon, sans le moindre espoir d’absolution.
   C’est Pete qui a eu le courage de se lever en premier pour aller pisser. Trop frigorifié pour chercher les toilettes, il s’est soulagé à grand peine, dans un goutte à goutte pathétique, à l’encoignure de la commode.
   C’est alors, qu’intrigué, il a remarqué sur le plancher une carte dépliée de la région qui était émaillée de cercles rouges, et rayés de croix, à maints endroits. Juste à côté de cette carte reposait une grande pochette bleue translucide, recelant ce qui semblaient être diverses notes, adresses et autres plans sommaires de localisation. Pete Tricketts a ramassé le tout et m’a envoyé un petit sourire, l’air de dire : ça sent bon !
   À la faveur d’un nouveau feu dans le salon, nous avons étudié attentivement la soixantaine de feuillets noircis que contenait la pochette. Pete avait vu juste. Il s’agissait effectivement de relevés de positions de bunkers, d’entrepôts, de cabanons, de garages, de chambres froides, de pièces secrètes, d’abris de survivalistes, le tout minutieusement daté et classé par ordre de danger pour s’en approcher.
   En quête de vivres, ceux qui étaient passés par là avant nous avaient exploré méticuleusement tous les environs dans un rayon d’une trentaine de miles. Malheureusement, nous comprimes assez vite que tous ces endroits avaient été ratissés depuis fort longtemps.
   À part un !
   Il portait sur la carte le chiffre 41. Et c’était le seul cercle rouge qui n’avait pas été rayé. Le feuillet qui lui correspondait était daté de neuf mois. Il parlait d’un conduit souterrain dont l’entrée se trouvait dissimulée en lisière d’une exploitation agricole, à moins d’un jour de marche d’où nous étions. L’homme qui avait pris ces notes avait dessiné avec force détails l’emplacement précis de la trappe camouflée dans un taillis, censée mener à une conséquente réserve d’eau potable et de stocks alimentaires. Mais au verso de la page, quelle ne fut pas notre stupeur de découvrir cet avertissement répulsif qu’il avait annoté au marqueur et souligné trois fois :

Prenez garde aux chiens...

Quelques lignes plus bas, il continuait ainsi sa mise en garde avec cette phrase laconique, à faire froid dans le dos :
   « Après de multiples tirs, cris et aboiements terrifiants, Thom Tillis, Dan Coats et Barbara Milkuski n’en sont pas remontés. Paix à leur âme ! ».
   Pete Tricketts m’a alors regardé, avec ce mélange d’appréhension, de convoitise et d’audace qui caractérise un gamin s’apprêtant à faire une grosse bêtise. Et il m’a dit :
   - Tu as croisé des chiens, toi, avant qu’on se rencontre ?
   - Non, aucun.
   - On est bien d’accord, tous sont morts ou ont été dévorés dès la première année.
   - Pour sûr. Il m’est arrivé d’en manger un peu moi-même, et que Dieu me pardonne pour cela.
   - Qu’est-ce que tu dirais d’aller voir ça ?
   - Je dirais qu’ayant déjà mangé du chien, je leur dois bien un avant-bras ou un morceau de cuisse.
   - Il nous reste combien de chevrotines ?
   - Une vingtaine.
   - Alors, c’est parti, mon bon Stuart !
   - C’est parti ! Advienne que pourra.
   





Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (Deuxième Partie)
Posté par: Milla le 13 Décembre 2017 à 13:20:05
Salut

me revoilà pour la deuxième partie...
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toutes quatre n’ont pas dû avoir le temps de voir leur fin arriver, comme les ondes de choc qui ont suivi les explosions terrifiques étaient survenues en pleine nuit,
ça me fait bizarre le changement de temps, je mettrais tout au passé composé ou tout au + que parfait mais j'harmoniserais je pense.

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Cette nuit-là, Pete Tricketts était ailleurs, là où tout homme comblé n’aurait jamais dû être, mais il ne préfère pas en parler.
"préfère ne pas en parler" ?

Citer
D’un caractère relativement gai, Pete a su garder cet état d’esprit qui arrive même à rendre agréable certains de nos jours cafardeux.
je trouve cette phrase moins fluide que le reste, trop froide et distante, elle fait lettre de motivation  :D (le reste est tout à fait fluide et immersif, le ton que tu as choisi (un côté descriptif légèrement détaché pour raconter de loin dans mon impression) ne gêne pas, il fonctionne même bien, y a juste là que c'est too much àmha)

Citer
Il y a des gens qui portent la fatalité avec élégance.
joli  ^^

Citer
un blouclier de bronze sur lequel le destin ne pouvait que se casser les dents.

Citer
Ni le bien ni le mal n’y sont pour quelque chose dans tout ce fatras d’inattendus.
je crois que j'aurais vu un singulier

Citer
   Sur ces 300 personnes, 33 s’étaient données la mort une fois connu la conclusion des tests, 59 avaient sombré dans une sorte de démence aphasique, perdant presque instantanément toutes leurs capacités cognitives, 101 étaient devenues en moins d’une semaine des Enragés.
hmmm c'est pas rigolo d'apprendre qu'on est stérile et le contexte en rajoute, mais ça me parait gros comme réactions.

Citer
Après de multiples tirs, cris et aboyements terrifiants,
aboiements


hop là, tout lu !
Tes persos se précisent, prennent vraiment de la substance. J'aime bien leurs pensées qui dérivent et leurs dialogues, considérations auxquels la situation les amène. Y a de jolies trouvailles (comme "nos forces n'ont plus de forces", j'aime beaucoup ^^) qui font qu'au delà de la fluidité, ta plume a un petit truc en plus que j'apprécie vraiment. C'est chouette si j'ose dire vu qu'ils se trainent dans un monde en lambeau quand même  :D

merci pour cette lecture et à la revoyure pour la suite.

Milla
Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (Deuxième Partie)
Posté par: kokox le 13 Décembre 2017 à 14:11:27
Un nouveau grand merci pour ta lecture, Milla, et tes multiples repérages de maladresses.



D’un caractère relativement gai, Pete a su garder cet état d’esprit qui arrive même à rendre agréable certains de nos jours cafardeux.


Je comprends bien ton hic concernant cette phrase. Mais je ne vois pas trop par quoi la remplacer. Si tu as une idée, elle sera la bienvenue.

Ni le bien ni le mal n’y sont pour quelque chose dans tout ce fatras d’inattendus.

Inattendu(s) ? Singulier ou pluriel, j'hésite encore ! J'attends de voir ce que d'autre lecteurs en diront.

Citer
   Sur ces 300 personnes, 33 s’étaient données la mort une fois connu la conclusion des tests, 59 avaient sombré dans une sorte de démence aphasique, perdant presque instantanément toutes leurs capacités cognitives, 101 étaient devenues en moins d’une semaine des Enragés.
hmmm c'est pas rigolo d'apprendre qu'on est stérile et le contexte en rajoute, mais ça me parait gros comme réactions.


Là, j'ai peut-être mis la dose, en effet. J'ai fait un peu mon Stephen King body-buildé !  :) Si, là encore, d'autres lecteurs trouvent cela too much, j'atténuerai, voire je bifferai.

Encore merci pour tes sensibles conseils...

Et bien à toi !
Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (Deuxième Partie)
Posté par: Milla le 13 Décembre 2017 à 14:16:03
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D’un caractère relativement gai, Pete a su garder cet état d’esprit qui arrive même à rendre agréable certains de nos jours cafardeux.
c'est juste un problème de formulation. un truc genre "J'ai vite compris que Pete avait un caractère relativement gai. Il a su garder cet état d’esprit qui arrive même à rendre agréable certains de nos jours cafardeux." (mais tu dois pouvoir faire encore mieux sans doute, je pose ça là en deux secondes sans réfléchir quoi.)

avec plaisir, cool si mes remarques te sont utiles :)
Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (Deuxième Partie)
Posté par: Patamodeler le 13 Décembre 2017 à 15:27:56
Salut Kokox,

Dans cette 2ème partie une nouvelle fois je trouve ton sens de la fraternité et de l'entraide.

Ce qui a retenu le plus mon attention c'est la réflexion du sage Pete Tricketts et à fortiori celle de l’Écrivain.

Je te rejoins dans ta philosophie sur l'énigme éternelle qui s'appelle la vie : l'avis de décès est rédigé bien avant la naissance des crétins que nous sommes ; l'homme n'est que poussière et ne fait que singer les configurations du cosmos. Oui, l'homme n'est que poussière d'étoile et semble avoir une fâcheuse tendance à l'oublier.

Et finalement, quand tout va mal et c'est là le prodige, il y a toujours quelque chose pour nous faire apprécier la vie, n'est-ce pas ?  ;)

Merci beaucoup pour cette nouvelle lecture. A bientôt pour la suite.

Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (Deuxième Partie)
Posté par: kokox le 13 Décembre 2017 à 16:59:28
Grand merci pour ta fidélité à ce texte, chère Patamodeler.
Sinon, j'adore ce pseudo ! Qu'est-ce que j'ai pu en pétrir dans ma jeunesse de la pâte à modeler !  :)

Bien à toi ! 
Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (Deuxième Partie)
Posté par: Alan Tréard le 13 Décembre 2017 à 19:07:16
Ah ! Cher kokox, je me suis servi un verre de blanc, et j'ai bouquiné ce passage avec un plaisir certain.

Tu mets l'intrigue en place avec beaucoup d'aisance, sans entrave, et tes deux personnages ont une réelle profondeur. Très honnêtement, c'était pour moi un excellent moment de lecture. La dérive d'une population d'un état vers un autre, l'égarement progressif des personnages et pourtant leur capacité à rebondir face à la fatalité, tout cela me parle et suscite mon intérêt.

C'est un récit solide et qui secoue la lecture.
Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (Deuxième Partie)
Posté par: Fried le 14 Décembre 2017 à 08:31:25
Miam un récit post apocalyptique en construction,
J'ai été captivé par ton texte, les personnages deviennent attachants.
"Pete Tricketts m’a dit : je te préviens, je rigole pour un rien, cultiver l’absurde est devenu ma raison d’être. Je n’ai pas d’autre choix que de prendre toute cette faillite à la légère ! "
qu'elle bonne idée de faire survivre un optimiste bourré d'humour. Cela exite ma curiosité de voir comment ces deux là vont s'en sortir.
Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (Deuxième Partie)
Posté par: kokox le 15 Décembre 2017 à 11:38:18




Chers Tréard et Fried, je vous remercie pour vos encouragements.  :)
Je suis un tantinet à la peine en ce moment mais, croix de bois croix de fer, j'irai au bout de ces "Chiens", quoi qu'il arrive ! :)


Bien à vous !
Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (Deuxième Partie)
Posté par: Ginsoul le 17 Décembre 2017 à 20:57:52
Salut,

Merci pour ce partage, je trouve l'ambiance géniale, les personnages attachants, bref, tout est bon, digne d'un très bon livre en devenir.

"Son cœur, martelé d’innombrables coups durs, résonnait bien avant la Date comme un gong, un bouclier de bronze sur lequel le destin ne pouvait que se casser les dents. "
Je voulais juste souligner cette phrase qui m'a beaucoup plu, et qui, à mon sens, décrit le personnage mieux que n'aurait su le faire des paragraphes entier ! Je trouve que l'image qu'elle donne colle très bien au grand costaud irlandais qu'est Pete !

Que dire d'autre, si ce n'est ; vivement la suite !

Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (Deuxième Partie)
Posté par: kokox le 18 Décembre 2017 à 00:14:02
Un grand merci pour ta lecture Ginsoul ! :)
Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (Deuxième Partie)
Posté par: kokox le 21 Décembre 2017 à 17:39:35
Voici la troisième partie des "Chiens".
M'étant retrouvé embarqué dans une aventure plus longue que prévue, viendra très prochainement l'ultime partie et dénouement de cette nouvelle.


La faim commençant à nous tenailler, nous avons éteint le feu et entrepris notre quête périlleuse sur les coups de midi. Enveloppées de laine afin de pouvoir marcher sans glisser sur le sol gelé, nos rangers ne faisaient aucun bruit. Malgré nos épaisseurs de pulls, nos parkas, nos gants chauffants, dès les premiers pas dehors, nous nous sommes sentis glacés jusqu’aux os.
   Où que nos regards portaient, ruines et paysages étaient poudrés par les frimas, de givre ruisselant. L’impression serrait le cœur : tout semblait agoniser sous l’accumulation de ces suaires de diamant. Depuis l’assaillement des dernières tempêtes, au navrement sans borne qu’inspirait l’horizon, s’ajoutait la désolation dont rien ne peut donner l’idée. Partout, l’horreur et le sublime s’enchevêtraient, le grandiose et la calamité s’accordaient à ne plus faire qu’un. Seul un peintre un peu fou aurait pu prendre encore pour trace de beauté ce tragique mirage.    
   Cheminant sans parler, aveuglés par la fumée blanche que faisaient nos haleines, c’est presque insensibles que Pete et moi assistions aux derniers soupirs de notre évolution moribonde, qui n’avait pas pu, n’avait pas su, n’en déplaise à son ingéniosité, tendre vers l’excellence.
   À mesure que nous progressions en direction de nos mystérieux cerbères, l’air devenait résistant, palpable, tant il faisait mal. Le blizzard dissipé aussi soudainement qu’il était venu, plus aucun souffle ne s’agitait. L’atmosphère à présent était figée, immobile. Parachevant son inéluctable travail de démolition, elle mordait, traversait, desséchait, tuait les globules du Temps, les promesses de bourgeons, les insectes qu’on pensait increvables. Ce que les bombes, les radiations n’étaient pas parvenues à exterminer de manière chaotique, l’extrême froidure se chargeait dorénavant de le fossiliser graduellement, atome après atome. Tout paraissait devoir expirer, tout, absolument tout, comme si l’Homme et la Terre intimement liés, à égalité d’imputabilité morale de leurs actes passés, qui, sans cesse, avaient combattu la connaissance au profit de jouissances éphémères, devaient payer le prix de leur fatidique mépris spirituel. Bêtes et choses, grains et fibres, frères et sœurs fiancés du hasard, puisque séparément nous n’avions pas compris le sens sacré de la Création dans le temps qui nous était imparti, la sentence nous était tombée dessus sans préavis, laquelle se résumait à ces deux funèbres mots : tant pis !
   En vérité, nos âmes inconséquentes n’avaient su libérer leur substance d’éternité intelligible. Par conséquent, nous étions restés seuls dans les ténèbres. Poussières d’étoiles, oui ! Matière absurde, malavisée, condamnée à plus ou moins brève échéance à se laisser absorber par le premier trou noir venu. En vérité, nous n’étions rien. Il nous avait juste fallu nous anéantir les uns les autres pour le comprendre.
   Somme toute, l’Univers était vaste, les planètes innombrables, et les démiurges impatients de fabriquer à nouveau de la Vie, ici ou ailleurs, impatients d’esquisser tel ou tel autre fantasme de civilisation, frétillant d’avance de pouvoir se tromper, pour mieux tout effacer, et tout recommencer, ad vitam aeternam.
   Marchant d’un bon pas, nous sommes parvenus sur la zone agricole à la tombée de la nuit. Trop tard pour repérer notre trappe, nous avons trouvé refuge dans une grange au toit crevé. Nous avons fait un feu avec le bois pourri ramassé alentour. Puis, nous avons sorti nos hamacs et nos sacs de couchage militaire.
   Par l’éventration des combles, nous avons regardé un long moment la lune, en grillant nos deux dernières cigarettes. À son dernier quartier, elle était penchée sur le côté, toute pâle. Elle paraissait défaillante au milieu de l'espace, et si faible qu'elle ne pouvait plus s'en aller, qu'elle restait là-haut, aussi saisie que nous, paralysée par la rigueur du ciel. Elle répandait une lumière sèche et triste sur le monde, cette lueur blafarde qu'elle nous jette chaque mois, à la fin de sa résurrection.
   - Peut-être notre dernière lune, a dit Pete, juste avant de se mettre à ronfler.
   
À l’aube, c’est un cri bizarre, un cri perdu, un cri errant, qui nous a extirpé de nos rêves en sursaut. Le cri fuyant d’une bête qui nous a semblé dans son decrescendo comme un soupir de l’âme du monde. Pete et moi en avons été sidérés. L’effroi pouvait se lire sur nos visages. Et je crois bien que si nous n’avions pas été deux, l’un ou l’autre sur l’instant aurait déguerpi à toutes jambes.
   Il y eut alors un silence d’environ une minute au bout duquel l’aboi se rapprocha, se changeant en un jappement réitéré, nettement plus lugubre et angoissant. Le doute n’était pas permis : c’était un avertissement de gorge belliqueuse et dramatique qui nous signifiait que nous n’étions pas les bienvenus. 
   Ainsi, quelques chiens indomptables, débrouillards, diablement astucieux, avaient survécu aux fringales carnassières des hommes ? Par quel prodige ? Il était certain que cette résistance représentait une sorte de premier miracle post-apocalyptique.
   Le patibulaire aboiement emplit l’espace une nouvelle fois, avec le même grondement, les mêmes inflexions qu’on aurait dit métronomiques, à l’instar d’une ritournelle d’orgue de Barbarie.
   Nous avaient-ils reniflé ?
   Avaient-il ressenti notre peur ?
   Pensaient-ils que nous venions les achever pour survivre à notre tour un jour de plus, deux jours de plus, au sein de cette sompteuse déliquescence ?
   Après avoir vérifié que nos fusils de chasse étaient correctement chargés, nous avons escaladé l’échelle d’un silo à blé sur une quinzaine de mètres afin d’avoir un panorama idéal sur le champ glacé qui nous entourait. Sur une petite plate-forme en acier ajouré, j’ai sorti mes jumelles de ma sacoche, j’ai tourné la molette de réglage pour ajuster les oculaires à ma vision floue, et j’ai balayé les perspectives de droite à gauche, devant, derrière, en attendant d’apercevoir quelque chose. Disséminés sur l’étendue, se tenaient des bouquets de taillis enneigés, d’où semblait pouvoir surgir à tout instant la bête.
   Sans faire le moindre bruit, nous avons attendu de la sorte une bonne demi-heure, avant qu’elle n’apparaisse enfin plein nord, à une distance d’à peu près cinq mètres de notre perchoir. Ombre noire lancée sur la terre immaculée, elle a fait quelques zigzags qui paraissaient vagabonds, désordonnés. Puis, elle a tourné soudain sa gueule pour venir au final se poster face à nous, et toiser notre indésirable présence, en fouettant le sol de sa queue.
   Au comble de la crainte et de l’excitation, c’est avec les mains un peu tremblantes que je suis parvenu à faire le point sur elle.
   Aussi puissant que robuste, c’était un chien magnifique de type dogue du Tibet. Avant la Date, l’un de mes oncles de Baton Rouge en avait possédé un. Il m’avait dit que cette race était employée naguère par les bergers nomades de l’Himalaya. Do-Khyi était son nom tibétain, ce qui voulait dire littéralement « chien de porte », comme il était courant de les voir servir aussi de gardien traditionnel devant les monastères. Il devait bien faire dans les 180 livres, son poil était luisant et, très curieusement, il ne semblait pas du tout affamé. Comment avait-il pu résister aussi longtemps à la disette, à la pénurie de viande, aux radiations. De quoi s’était-il nourri pour subsister ? C’était là un total mystère. Était-il la sentinelle d’une immense réserve d’aliments pour chien ? Allions-nous tuer cette bête vénérable pour nous emparer, inhumainement, d’un dépôt de croquettes et de pâtées ?
   - Penses-tu qu’il est seul, m’a demandé Pete Tricketts.
   - La note avait l’air de dire qu’ils étaient plusieurs.
   - Il garde la trappe, tu crois ?
   - Oui, certainement.
   - Comment être sûr que les autres ne rappliquent pas si on abat celui-là
   - Pour être sûr d’une chose, il faut l’essayer.
   - Groupés ou séparés ?
   - Je dirais plutôt groupés. S’il en chope un, l’autre pourra toujours l’assommer à la crosse.
   - Et sinon, tendre un piège, avec un collet et une cage ?
   - Tu as vu le morceau ? Il n’est que muscles et vigueur. Il nous faudrait des barreaux en acier. Et d’abord, avec quel appât ?
   - Je ne sais pas.
   - Tu veux qu’on se coupe une main ?
   - Non.
   - Tu sembles avoir la trouille ?
   - Bien sûr, que j’ai la trouille. Tu ne l’as pas, toi ?
   - Tu veux qu’on renonce ?
   - Et toi ?
   - La question qu’on doit se poser : est-ce que notre faim mérite de refroidir cette superbe créature ? Est-ce que notre vie vaut plus que la sienne ?
   - Non !
   - Je partage ton avis !
   - Est-ce qu’il ne serait pas temps d’abandonner la lutte, Stuart ?
   - Je te propose un pile ou face !
   - Un pile ou face ?
   - Oui !
   J’ai ôté la croix en or que je portais à mon cou, laquelle avait appartenu jadis à ma femme. D’un côté, le Christ y était crucifié.  De l’autre, j’avais fait graver son prénom : Arleen. Et j’ai dit à Pete en lui montrant les deux faces :
   - Le Christ nous offre un sursis.
   - Et verso ?
   - Je rejoins Arleen et les enfants.
   - Ça marche !
   J’ai alors envoyé la croix en l’air, mais à cause de mes mains trop engourdies je n’ai pu la rattraper à temps. Elle a rebondi et glissé entre les losanges d’acier de la plate-forme pour chuter quinze mètres plus bas dans la neige.
   Le cœur battant, nous sommes redescendus à terre. Comme la croix était ensevelie, nous avons allumé notre torche et nous nous sommes accroupis, tels deux archéologues, pour la déblayer précautionneusement de sa gangue de glace. Enfin, nous l’avons retrouvée. Nous nous sommes alors dévisagé Pete et moi, avec dans le regard une joie bien amère : le Christ nous avait octroyé une remise de peine !
   À cet instant, un énième aboiement du dogue éveilla un écho sinistre dans la pénombre de l’aube. Le soleil commençait à se lever, froid et menaçant, révélant doucement sur l’étendue le brouillard qui stagnait au ras du sol, et entre les taillis épars.
   Fusil pointé en avant, d’un pas décidé, et non moins suicidaire, nous avons progressé vers la bête aux aguets qui reposait maintenant ventre à terre, les mâchoires entrouvertes, prêtes à défendre sa pitance, et plus encore sa vie. Nos index gelés reposaient sur la gâchette brûlante de froid, parés à toute attaque, déterminés à lui envoyer deux fatales salves croisées de plombs en pleine gueule, si besoin était.
   Encore une trentaine de mètres et nous serions sur elle. Nous pouvions voir à présent que son poitrail se soulevait et s’abaissait régulièrement, aurait-on dit mécaniquement. Le givre raidissait ses poils et le souffle de sa truffe, émaillée de cristaux de glace, projetait des nuages de buée dans l’air piquant. Le sens de l’odorat est extrêmement développé chez le chien. La taille de ses cavités nasales est environ trente fois plus grande que l’homme. Possédant dix fois plus de cellules olfactives et quarante fois plus de neurones consacrés à l’odorat que l’être humain, un chien est capable de distinguer plus de cinq cent mille molécules odorantes. De fait, je me demandais ce qu’il flairait le plus en nous : l’odeur malsaine de notre faim ? Ou notre muet désir d’en finir avec notre parodie d’existence ?
   À environ dix mètres de lui, nous nous sommes arrêtés, avons abaissé nos fusils de chasse, et posé sur lui, teintées de tendresse, nos plus belles prunelles pacifistes.
   - Bon chien, lui a lancé Pete d’une voix apaisante, bon chien ! Nous ne te voulons aucun mal !
   L’espace d’un frêle instant, les poils de son dos nous ont donné l’illusion qu’ils se hérissaient sobrement. Il a alors grogné un peu, mais sans trop y croire, d’une façon presque attendrissante. Ce faisant, il a penché sa gueule sur le côté et ses yeux brillants et noirs nous ont renvoyé, contre toute attente, un regard étrangement bienveillant. On dit de certains hommes qu’ils ont du chien mais, on ne pu le jurer, il nous sembla que notre dogue avait de l’homme au fond de l’oeil. Sa queue fouettait toujours  le sol givré, ou plutôt le caressait, comme s’il n’était pas rétif à faire connaissance.
   - Voici Stuart ! Et moi, je m’appelle Pete, a continué mon ami en s’avançant posément vers lui, en marchant sur des oeufs. Tu ne te rappelles plus, mais tu as été un tout petit chiot autrefois. Et nous aussi, nous avons été des enfants qui adorions les chiens. Ceux qui ne tuent pas les bêtes étant petits, ne les tueront pas davantage en devenant grand. Tu me comprends, le chien ?



Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (Troisième Partie)
Posté par: Alan Tréard le 21 Décembre 2017 à 20:59:00
Du grand kokox !!

Je me suis complètement laissé happer par l'intrigue, c'était un grand moment de lecture.

Alors là, tu touches quelque chose, c'est vraiment très bien mené.

Une chose peut-être m'a manqué dans le dialogue, cela aurait été un quelque chose qui retranscrive plus l'émotion des personnages qu'un simple "Tu sembles avoir la trouille", je pense que j'aurais mieux aimé trouver l'état intérieur de tes personnages dans les mots qu'ils emploient.

Eh ! Cher ami, j'attends la suite avec impatience !!
Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (Troisième Partie)
Posté par: kokox le 21 Décembre 2017 à 21:35:04
Salut Alan, :)

Voici un encouragement de plus qui fait chaud au coeur et m'aidera certainement à parachever cette nouvelle en faisant fi de mon surmenage, voire de mon alanguissement. Cette année 2017 fut en effet pour moi très chargée en écriture, et je ne te cache pas que je la termine un tantinet sur les rotules, tant au niveau de l'énergie que de l'inspiration.
J'ai bien entendu ce que m'avais dit sur le dialogue entre Stuart et Pete qui te semblait peut-être un peu trop banalisé. Cependant, le texte étant déjà assez chargé en digressions métaphysiques et autres parabases, plus inhérentes à mes propres visions du moment, je ne voulais pas trop en rajouter dans l'échange entre les protagonistes, lesquels, je te le rappelle, sont aussi pétrifiés par le froid que par la peur lorsqu'ils abordent cette petite conversation. Tout autant si tu as des exemples d'idées inspirantes, un rien plus profondes, c'est avec grand plaisir que je les étudierai, à ce titre que je suis grand consommateur des critiques des piliers du MDE afin d'améliorer mes textes.

Bien à toi !

Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (Troisième Partie)
Posté par: Alan Tréard le 21 Décembre 2017 à 22:04:30
 :\? Mmh... Oui, le dialogue...

Tes personnages font de temps en temps de l'humour (je ne sais plus lequel des deux fait preuve d'un grand cynisme si je ne m'abuse), peut-être qu'une mauvaise blague de l'un et un "Arrête, c'est pas le moment de rigoler" de l'autre, à l'instant de l'action, nous ferait penser qu'il y a une rupture dans leur état d'âme.

Remarque, ma proposition n'est pas forcément la mieux adaptée, c'est un obstacle que je ne saurais surmonter.
Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (Troisième Partie)
Posté par: Milla le 21 Décembre 2017 à 22:59:56
Yop,

partie 3 donc !
Citer
Où que nos regards portaient, ruines et paysages étaient poudrés par les frimas, de givre ruisselant
tu m'as appris un mot  ^^

Citer
L’impression serrait le cœur : tout semblait agonir sous l’accumulation de ces suaires de diamant.
je pense que tu veux dire "agoniser" (être à l'agonie) et non agonir (Agonir quelqu'un d'injures, de sottises, l'en accabler. (dit le larousse))

Citer
Le blizzard reparti aussi soudainement qu’il était venu, plus aucun souffle ne s’agitait.
repartit

Citer
L’atmosphère à présent était figé, immobile.
figée

Citer
  Notre bonne vieille Terre se mourrait.
mourait (sauf si tu veux vraiment un conditionnel ?)

Citer
   Par l’éventration des combles, nous avons regardé un long moment la lune,
Lune

Citer
  - Peut-être notre dernière lune, a dit Pete, juste avant de se mettre à ronfler.
   À l’aube, c’est un cri bizarre, un cri perdu, un cri errant,
c'est du détail, mais un saut de ligne entre les deux serait pas mal je trouve.

Citer
Le cri fuyant d’une bête qui nous a semblé dans son decrescendo comme un soupir de l’âme du monde. Pete et moi en avons été sidérés. L’effroi pouvait se lire sur nos visages. Et je crois bien que si nous n’avions pas été deux, l’un ou l’autre sur l’instant aurait fui à toutes jambes.
répétition

Citer
   Ainsi, quelques chiens indomptables, débrouillards, diablement astucieux, avaient survécu aux fringales carnassières des hommes ? Par quel prodige ? Il était certain que cette résistance représentait une sorte de premier miracle post-apocalyptique.
cool, ça peut leur faire de la bouffe en plus  :mrgreen: (pardon)

Citer
   Après avoir vérifié que nos fusils de chasse étaient correctement chargés, nous avons escaladé l’échelle d’un silo à blé sur une quinzaine de mètres afin d’avoir un panorama idéal sur le vaste champ glacé qui nous entourait.
inutile et alourdissant pour rien je trouve. Parler de champ ça nous donne déjà l'impression du vaste, et tu as déjà pas mal d'adjectifs.

Citer
j’ai sorti mes jumelles de ma sacoche, j’ai tourné sa molette de réglage pour ajuster ses oculaires à ma vision floue,
leur ou la/les, mais jumelles est pluriel

Citer
Disséminés sur l’étendue, se tenaient des bouquets de taillis enneigés, d’où semblait pouvoir se terrer et surgir à tout instant la bête.
hmmm pas fluide. parce qu'on attend "où" pour "se terrer" et "d'où" pour "surgir". Peut-être à reformuler...

Citer
Au comble de la crainte et de l’excitation, c’est avec les mains un peu tremblantes que je suis parvenu à faire le point sur elle.
   Aussi puissant que robuste, c’était un chien magnifique de type dogue du Tibet.
tu reprends la même structure de phrase (une proposition sans verbe qui donne une précision sur la suite, virgule, puis sujet verbe) et je trouve que ça saccade à la lecture (la suivante aussi enchaine sur d’abord une propo sans verbe avant le sujet verbe)

Citer
   J’ai alors envoyé la croix en l’air, mais à cause de mes mains trop engourdies je n’ai pu la rattraper à temps. Elle a rebondi et glissé entre les losanges d’acier de la plate-forme pour chuter quinze mètres plus bas dans la neige.
:D  boulet

**

hop là, tout lu !
c'est pas cool de nous laisser là, ce suspense XD le chien va-t-il devenir leur fidèle allié, ou le manger tout crus ??? :aah:
Sur cette partie, je pense que tu as des longueurs sur le début, quand tu digresses sur le monde post apo. C'est pas inintéressant, mais y a quelques trucs pas mal déjà vu/entendu que tu pourrais passer plus vite, et des fois ça va un peu trop vers le jugement moral alors que ça se fait tout seul avec + de finesse si tu en restes à des constats neutres, je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire ?
Sinon c'est toujours chouette. À bientôt pour la suite !

Milla

EDIT : rapport à ce que dit Alan, moi je trouve que le ton des persos est fidèle à eux même et que ça colle bien.
Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (Troisième Partie)
Posté par: kokox le 21 Décembre 2017 à 23:25:36
Un nouveau grand merci à toi, chère Milla, pour tes pertinentes corrections et autres propositions d'amélioration que je vais corriger tempo, presto.
Je ne veux pas faire ma pleurnicheuse, mais j'ai toute la structure (prologue et chute) dans la tête depuis un mois au moins, et j'ai un mal de "chien" à la coucher sur papier, d'où mes excuses aux lecteurs d'être si limace à pondre la fin !  :)
5 plombes en moyenne sur une page (j'en suis à une vingtaine - Police Georgia - Taille 16). Il est grand temps pour moi que cette année 2017 se termine !  :)

Bien à toi !
Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (Troisième Partie)
Posté par: Fried le 22 Décembre 2017 à 10:29:09
Pour la suite je me dis mais qu'est-ce qu'il nous mijote dans sa Kokox et pourquoi à la fin de cette lecture je pense à ce livre de Simak "Demain les chiens" ?
Dans ce chapitre, le première partie est lyrique et philosophique avec en conclusion le réalisme du "Tant pis". La deuxième partie reprend la route dans un paysage glacé et radio-actif. On dit que près de Tchernobyl après l'hécatombe des premiers mois, pas mal d'animaux ont survécu et se sont multipliés dans la nature. Qu'en sera t'il de l'homme ? je me demande ce que va être la quatrième partie  :)

l'histoire est passionnante.
Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (Troisième Partie)
Posté par: kokox le 22 Décembre 2017 à 12:28:45
Salut Fried,

Un grand merci pour ta fidélité à ce texte.
Et sinon, très très très étonnante cette référence au livre génial de Simak ! :) :) :)
Je ne te dis rien de plus...
Tu verras, tu verras...

Bien à toi !
Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (Troisième Partie)
Posté par: Patamodeler le 23 Décembre 2017 à 15:39:00
Salut Kokox,

Et si en plus y'a personne (Souchon). Et si le ciel était vide ? Et qui est ce père aimant qui inflige tant de souffrances à ses enfants ? Telles sont les questions, entre autres, que tu poses à nos intelligences atrophiées.

Dans ta troisième partie je retrouve l'utopie de recréer un autre monde sur une autre planète évoquée par B. Werber dans "Le papillon des étoiles". L'humanité reproduirait les mêmes schémas et modes de vie (politique, religion...).  >:D et bien sûr ton style inimitable.

Je suis curieuse et impatiente  ;) de savoir où ton imagination fertile va nous mener.  (J'adore les chiens).

Sincères amitiés.
Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (Troisième Partie)
Posté par: avistodenas le 23 Décembre 2017 à 17:51:35
On se plaint d'avoir à attendre la suite... Mais c'est bon signe pour ton récit, non?
Excuse-moi de ne pas commenter, de ne pas pommader, ton histoire se suffit à elle-même. :mrgreen: Rien à dire, y a juste qu'à passer un bon moment.
Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (Troisième Partie)
Posté par: Claudius le 23 Décembre 2017 à 22:02:01
 partie 2 : qui parcoure ta peau,  qui parcourt ta peau me semble plus juste.

partie 3 : s’ajoutait la désolation dont rien ne peut donner l’idée.  Je ne comprends pas cette phrase.

Et bien voilà, ce soir avec un peu de temps, j'ai tout lu, d'une traite, c'est prenant, stressant, intriguant, obsédant ! Il ne me tarde que de lire la suite. Je t'avoue que prise par l'histoire je n'ai pas relevé les éventuelles fautes (sauf les deux petites remarques citées ci-dessus).

Malgré la situation dramatique, tes deux personnages sont très attachants et ces points d'humour rajoutent de la couleur à ce texte, en deux mots : j'aime !

 :mrgreen: :mrgreen:



Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (Troisième Partie)
Posté par: kokox le 24 Décembre 2017 à 12:05:30


Encore merci pour votre patiente lecture à tous trois : Patamodeler, Avistodenas, Claudius ! :)

Le dénouement ne devrait plus tarder. :)

Bien à vous !
Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (Troisième Partie)
Posté par: kokox le 07 Janvier 2018 à 04:38:51
Salut ô Champdefaye,

Tel que parlait Booz endormi :

Mais vieux, on tremble, ainsi qu'à l'hiver le bouleau;
Je suis veuf, je suis seul, et sur moi le soir tombe,
Et je courbe, ô mon Dieu ! mon âme vers la tombe,
Comme un boeuf ayant soif penche son front vers l'eau.

Cet emprunt très lyrique au dieu Hugo pour te dire que sur cette nouvelle, j'en chie des ronds de chapeaux ! Non, par manque d'inspiration, mais à cause de l'extrême lenteur de ma rédaction. Comme précisé plus haut, me semble t-il, j'étais parti pour un gentil récit hasardeux de 5/6 pages et je me retrouve à 30 et plus, chahuté par ce vilain blizzard que j'ai créé de toutes pièces. Bref, je me retrouve bien malgré moi le cul plombé entre la longue nouvelle et le court roman. Nonobstant, je m'acharne, persiste, sue ma dose journalière de sang et d'eau, et devrais signer le prologue courant de la semaine (du moins normalement, si les petits cochons ne me mangent pas :)).

Bien à toi !

Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (Troisième Partie)
Posté par: braindogs le 09 Janvier 2018 à 21:15:43
Bonjour kokox,

Merci pour ces textes. J'ai la chance d'avoir pu lire les trois d'un seul coup, et je trouve que ça fonctionne à fond ! Je me suis laissé happé par l'histoire.

Sur la 1ère partie

J'ai d'abord eu un peu peur que les premiers paragraphes soient un peu donneur de leçons, ce qui est souvent le cas quand on veut critiquer le monde moderne. Mais en termes de longueur c'est juste ce qu'il faut et surtout tu as l'intelligence d'introduire juste après ton personnage qui pour ne rien gâcher est intéressant. Par contre si la description des enragées est très belle j'avoue ne pas bien la comprendre. Mais comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, je suis un piètre lecteur : quand ça devient un peu compliqué, je suis tout perdu. :)

Sur la 2ème partie

J'ai adoré le début, la relation entre les personnages et la description de la vie d'avant de Pete qui fait qu’on s'accroche à lui. Je suis assez d'accord en revanche pour dire que le passage sur la stérilité est un peu too much.
Pour le : D’un caractère relativement gai, Pete a su garder cet état d’esprit qui arrive même à rendre agréable certains de nos jours cafardeux. Je ferais simple en supprimant d'un caractère relativement gai pour attaquer directement sur  : Pete et son humour désabusé qui arrivent même à rendre agréable certains de nos cafardeux. enfin quelque chose  chose dans le genre :)
Plus globalement, je trouve qu'avec ce passage le texte prend de l'ampleur.
Sur la 3ème partie :
L'intérêt pour le récit ne tombe pas, j'ai aimé le dialogue , mais je suis de très mauvais conseil là-dessus, car j'ai du mal à en écrire. La relation entre les héros s'affine. Le développement sur l'odorat du chien est à mon sens trop long.
Bref, comme mes autres camarades j'attends la suite = ( des robots chiens peut-être ?)
Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (Troisième Partie)
Posté par: kokox le 10 Janvier 2018 à 05:04:50
Les chiens te remercient, Braindogs (avec un pseudo tel, ils te vénèrent même), d'avoir eu la patience de lire ces trois premières parties.
Concernant ce côté "donneur de leçons" au début, sache qu'il est avant toute chose débité par un personnage, à savoir Stuart Benton, lequel est à peu près certain que c'est son propre pays qui a déclenché les hostilités. Il en veut donc considérablement à l'ensemble de ses concitoyens auxquels il reprochent justement d'avoir été naguère un peu trop donneurs de leçons. Je ne suis pas natif des USA, mais en littérature américaine, c'est vraiment chose courante de déglinguer les pseudos bonnes consciences, surtout par ces temps qui courent de dictature bien-pensante.

Bien à toi !
Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (Troisième Partie)
Posté par: braindogs le 10 Janvier 2018 à 08:10:46
Justement, je trouve que ça fonctionne et que l'écueil "donneur de leçon" est évité dans le début de ton texte ( je n'ai peut être pas été super clair  :-[)
Au plaisir de lire la suite
Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (Troisième Partie)
Posté par: avistodenas le 10 Janvier 2018 à 09:08:17
Très fortiche d'intégrer un zeste de philosophie bienvenu dans un roman. Généralement, philosophie et roman ne font pas bon ménage. Sauf sous ta plume, parce que tu le fais comme sans y penser, avec légèreté.
C'est agréable à lire en dépit de la noirceur du tableau, justement parce que tu le décris avec détachement. J'apprécie.
Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (Troisième Partie)
Posté par: kokox le 10 Janvier 2018 à 10:19:19
Très drôle ce que tu me dis là, mon cher Avistodenas. Ma père n'a t-il pas dit à ma mère en me dévisageant au-dessus de mon berceau : "Tu ne trouves pas qu'il a le front de Rousseau et les yeux de Barjavel ?".
Bon, c'est une déconnade, bien sûr ! :)
Mais sait-on jamais, sait-on jamais ?

Bien à toi !
Titre: Re : Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (Deuxième Partie)
Posté par: Milla le 10 Janvier 2018 à 20:06:27
Yop,
tu m'avais demandé de te souligner dans le texte par rapport à ça :
Citer
Sur cette partie, je pense que tu as des longueurs sur le début, quand tu digresses sur le monde post apo. C'est pas inintéressant, mais y a quelques trucs pas mal déjà vu/entendu que tu pourrais passer plus vite, et des fois ça va un peu trop vers le jugement moral alors que ça se fait tout seul avec + de finesse si tu en restes à des constats neutres, je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire ?
j'ai complétement zappé et en faisant le vide dans mes mps je suis retombée dessus ! donc désolée du délai et je m'y colle ;)

Voici la troisième partie des "Chiens".
M'étant retrouvé embarqué dans une aventure plus longue que prévue, viendra très prochainement l'ultime partie et dénouement de cette nouvelle.


La faim commençant à nous tenailler, nous avons éteint le feu et entrepris notre quête périlleuse sur les coups de midi. Enveloppées de laine afin de pouvoir marcher sans glisser sur le sol gelé, nos rangers ne faisaient aucun bruit. Malgré nos épaisseurs de pulls, nos parkas, nos gants chauffants, dès les premiers pas dehors, nous nous sommes sentis glacés jusqu’aux os.
   Où que nos regards portaient, ruines et paysages étaient poudrés par les frimas, de givre ruisselant. L’impression serrait le cœur : tout semblait agoniser sous l’accumulation de ces suaires de diamant. Depuis l’assaillement des dernières tempêtes, au navrement sans borne qu’inspirait l’horizon, s’ajoutait la désolation dont rien ne peut donner l’idée. Partout, l’horreur et le sublime s’enchevêtraient, le grandiose et la calamité s’accordaient à ne plus faire qu’un. Seul un peintre un peu fou aurait pu prendre encore pour trace de beauté ce tragique mirage.    
   Cheminant sans parler, aveuglés par la fumée blanche que faisaient nos haleines, c’est presque insensibles que Pete et moi assistions aux derniers soupirs de notre évolution moribonde, qui n’avait pas pu, n’avait pas su, n’en déplaise à son ingéniosité, tendre vers l’excellence.
   À mesure que nous progressions en direction de nos mystérieux cerbères, l’air devenait résistant, palpable, tant il faisait mal. Le blizzard dissipé aussi soudainement qu’il était venu, plus aucun souffle ne s’agitait. L’atmosphère à présent était figée, immobile. Parachevant son inéluctable travail de démolition, elle mordait, traversait, desséchait, tuait les globules du Temps, les promesses de bourgeons, les insectes qu’on pensait increvables. Ce que les bombes, les radiations n’étaient pas parvenues à exterminer de manière chaotique, l’extrême froidure se chargeait dorénavant de le fossiliser graduellement, atome après atome. Tout paraissait devoir expirer, tout, absolument tout, comme si l’Homme et la Terre intimement liés, à égalité d’imputabilité morale de leurs actes passés, qui, sans cesse, avaient combattu la connaissance au profit de jouissances éphémères, devaient payer le prix de leur fatidique mépris spirituel. Bêtes et choses, grains et fibres, frères et sœurs fiancés du hasard, puisque séparément nous n’avions pas compris le sens sacré de la Création dans le temps qui nous était imparti, la sentence nous était tombée dessus sans préavis, laquelle se résumait à ces deux funèbres mots : tant pis !
   Notre bonne vieille Terre se mourait. Ce point invisible à l’échelle du cosmos s’éteignait lentement mais sûrement. Qui s’en soucierait ? Qui étions-nous pour nous être cru tout à la fois les maîtres du matérialisme le plus dégradant et les maîtres serviles de nos dieux inventés ? Yahvé, Jésus, Mahomet, Bouddha, doux rêves d’orphelins, naïfs rêves d’enfants ! Flots de prières, de ferveurs, de superstitions, pour qui, pour quoi ? Est-ce qu’un père aimant, digne de ce nom, demanderait à ses enfants de se prosterner devant lui ? Est-ce qu’un père aimant, digne de ce nom, épierait ses enfants du moindre de ses faits et gestes ? Est-ce qu’un père aimant, digne de ce nom, dirait à ses enfants insolents : « Vous méritez l’enfer ? ». Honnêtement ? Ah, comme ils avaient dû rire pour ne pas pleurer les dévots qui avaient vu de près l’au-delà.
   En vérité, nos âmes inconséquentes n’avaient su libérer leur substance d’éternité intelligible. Par conséquent, nous étions restés seuls dans les ténèbres. Poussières d’étoiles, oui ! Matière absurde, malavisée, condamnée à plus ou moins brève échéance à se laisser absorber par le premier trou noir venu. En vérité, nous n’étions rien. Il nous avait juste fallu nous anéantir les uns les autres pour le comprendre.
   Somme toute, l’Univers était vaste, les planètes innombrables, et les démiurges impatients de fabriquer à nouveau de la Vie, ici ou ailleurs, impatients d’esquisser tel ou tel autre fantasme de civilisation, frétillant d’avance de pouvoir se tromper, pour mieux tout effacer, et tout recommencer, ad vitam aeternam.
   Marchant d’un bon pas, nous sommes parvenus sur la zone agricole à la tombée de la nuit. Trop tard pour repérer notre trappe, nous avons trouvé refuge dans une grange au toit crevé. Nous avons fait un feu avec le bois pourri ramassé alentour. Puis, nous avons sorti nos hamacs et nos sacs de couchage militaire.
   Par l’éventration des combles, nous avons regardé un long moment la lune, en grillant nos deux dernières cigarettes. À son dernier quartier, elle était penchée sur le côté, toute pâle. Elle paraissait défaillante au milieu de l'espace, et si faible qu'elle ne pouvait plus s'en aller, qu'elle restait là-haut, aussi saisie que nous, paralysée par la rigueur du ciel. Elle répandait une lumière sèche et triste sur le monde, cette lueur blafarde qu'elle nous jette chaque mois, à la fin de sa résurrection.
   - Peut-être notre dernière lune, a dit Pete, juste avant de se mettre à ronfler.
   (...)
Je t'ai souligné le passage dont je te parlais.  :)
Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (Troisième Partie)
Posté par: kokox le 10 Janvier 2018 à 21:21:36
Ah, un grand merci Milla ! :)
Je m'attendais à pire !  :)

Je suis tout à fait d'accord sur cette partie que je vais biffer tempo :

Notre bonne vieille Terre se mourait. Ce point invisible à l’échelle du cosmos s’éteignait lentement mais sûrement. Qui s’en soucierait ? Qui étions-nous pour nous être cru tout à la fois les maîtres du matérialisme le plus dégradant et les maîtres serviles de nos dieux inventés ? Yahvé, Jésus, Mahomet, Bouddha, doux rêves d’orphelins, naïfs rêves d’enfants ! Flots de prières, de ferveurs, de superstitions, pour qui, pour quoi ? Est-ce qu’un père aimant, digne de ce nom, demanderait à ses enfants de se prosterner devant lui ? Est-ce qu’un père aimant, digne de ce nom, épierait ses enfants du moindre de ses faits et gestes ? Est-ce qu’un père aimant, digne de ce nom, dirait à ses enfants insolents : « Vous méritez l’enfer ? ». Honnêtement ? Ah, comme ils avaient dû rire pour ne pas pleurer les dévots qui avaient vu de près l’au-delà.

Et je vais me tâter encore un peu sur celle-ci :

Tout paraissait devoir expirer, tout, absolument tout, comme si l’Homme et la Terre intimement liés, à égalité d’imputabilité morale de leurs actes passés, qui, sans cesse, avaient combattu la connaissance au profit de jouissances éphémères, devaient payer le prix de leur fatidique mépris spirituel. Bêtes et choses, grains et fibres, frères et sœurs fiancés du hasard, puisque séparément nous n’avions pas compris le sens sacré de la Création dans le temps qui nous était imparti, la sentence nous était tombée dessus sans préavis, laquelle se résumait à ces deux funèbres mots : tant pis !

Elle est en effet un peu lourde, je peux l'alléger aisément.  :)

Je poste dès demain la quatrième et, promis juré, avant-dernière partie des "Chiens" !
Je ne suis plus très loin de la fin mais, comme précisé dans mes derniers posts, je suis des plus poussifs sur ce sujet, j'écris vraiment à l'arrache (cela m'arrive rarement, mais c'est ainsi).

Bien à toi !

Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (Troisième Partie)
Posté par: Milla le 10 Janvier 2018 à 21:58:28
cool pour la suite qui arrive !

pour les parties soulignées, c'est clair que c'est pas tout à jeter ! Juste un peu de tri et d'allègement si tu le sens ;)

à très vite pour la fin donc !  :)
Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (1- 2 - 3 - et 4ème partie)
Posté par: kokox le 13 Janvier 2018 à 09:36:18
Voici, amis lecteurs, la quatrième et avant-dernière partie des "Chiens"...


- Tu as la même sensation que moi ?
   - Oui, on dirait qu’il lit en nous.
   En effet, ce chien avait l’air de terriblement bien nous comprendre. Et sans doute plus que de raison. Il ne lui manquait que la parole pour nous dire qu’il acceptait notre offre de pacification et d’amitié.
   N’étant plus qu’à un mètre de lui, Pete posa en douceur son arme sur le sol, s’agenouilla et tendit une main fraternelle vers sa tête. À peine craintif, l’animal donna alors plusieurs coups de museau dans le vide, tout en esquivant ludiquement la promesse de caresse de Pete. Puis, il adopta la position du sphinx, plaquant ses membres antérieurs dans la neige tandis qu’il soulevait son arrière-train. Cette posture était d’évidence une invitation au jeu, mais aussi une façon de nous dire que nous faisions peut-être partie à présent de la même espèce : à savoir, celle des survivants à l’horreur suprême, qui devaient réapprendre à pactiser, à rattraper le temps perdu, à retrouver le miraculeux goût de vivre. Nous en fûmes si chavirés que nous en oubliâmes presque notre faim et la raison vulgaire qui nous avait poussé à rejoindre cette contrée macabre où des hommes étaient morts pour tenter de subsister coûte que coûte.
   - Bon chien, bon chien ! répéta Pete avec, cette fois, un révérencieux sanglot dans la voix.
   Notre allégresse pourtant n’allait pas tarder à s’amplifier, comme le chien, répondant bientôt à nos sourires affectueux, nous sourit à son tour, en retroussant ses babines jusqu’aux oreilles et en pointant sa truffe vers le ciel. Là encore, nous fûmes ébahis de voir que son expression ne ressemblait pas au bestial sourire d’une bête. La manifestation de sa joie n’était pas une grimace aléatoire, un tic grossier, accidentel. Non ! À s’y méprendre, c’était un sourire d’homme, d’homme honnête, lumineux, empli d’indulgence et de générosité. Nous nous étions attendus au pire en venant jusqu’ici, à être probablement réduits en charpie, et nous avions reçu à la place ce cadeau de la nature : la preuve éclatante que notre court passage sur Terre n’avait pas été vain.
   C’est alors que nous fûmes les témoins sidérés d’un premier prodige qui dépassa de plusieurs décades notre indigente imagination. La scène se passa exactement ainsi : comme fixé sur ressort, le chien se remit d’un coup debout et s’ébroua de la fine pellicule de neige qui ornait son pelage. Puis, il sembla réfléchir un instant aux conséquences de ce qu’il projetait de faire. Au fin fond de sa caboche, il pesa le pour et le contre de l’initiative qu’il souhaitait prendre.
   Enfin, ayant pris sa décision, en trois courtes foulées il s’approcha de Pete Tricketts, la tête basse, mimant pour ainsi dire la révérence. Et alors, d’un geste gracieux à faire fondre le cœur, il souleva doucement sa patte droite pour la lui tendre, en manière de salutation.
   Sur l’instant, nous lançant un regard interdit, Pete et moi en fûmes si saisis que nous restâmes sans voix.
   Ébranlé comme je ne l’avais jamais vu auparavant, mon camarade tendit son bras et ne put réprimer ses larmes lorsqu’il répondit à cette stupéfiante « poignée de main » proposée. Et je subis le même bouleversement lacrymal lorsque l’animal reproduisit sa politesse avec moi.
   Était-ce un chien dompté ? Une bête de cirque ? Ou bien une nouvelle race de canidés ayant appris, assimilé par mimétisme, le respect des convenances qui régissent la vie en société ? Par delà notre vive émotion, toutes ces questions nous chamboulaient. Était-il possible qu’un mystérieux changement de paradigme se soit opéré depuis la Date, sans que nous n’ayons rien vu venir ? Toujours est-il qu’ontologiquement parlant, les rôles étaient peut-être en train de s’inverser sous nos yeux : ce n’était plus l’homme, imbu de son intelligence, qui quémandait sa patte au chien, pour mieux le soumettre, le dominer, mais c’était le chien dorénavant qui invitait l’homme et sa civilité toute pavlovienne, à s’animaliser.
   Cette urbanité échangée, le temps sembla se suspendre, avec ce sentiment que toutes les noires vibrations s’attendrissaient autour de nous, dans l’éther. Une sensation de béatitude, un parfum d’infini nous enveloppa alors tout entier. Profitant de notre félicité passagère, le dogue du Tibet nous regarda l’un après l’autre droit dans les yeux, intensément, devrais-je dire profondément, comme pour mieux nous signaler qu’il allait se passer quelque chose d’inattendu, et que nous ne devions pas nous en effrayer outre mesure.
   On situe souvent la différence entre l’homme et l’animal au niveau de la parole. Bien-sûr, tout le monde pressent dès son plus jeune âge qu’il existe un « langage animal », mais personne n’a jamais osé proclamer que les animaux parlaient, sauf dans les contes de fée. On dit que les animaux s’expriment, qu’ils envoient des signaux à leurs congénères ou aux hommes, mais personne ne saurait soutenir qu’ils parlent sans passer pour farfelu.
   Pourtant, plus les minutes s’écoulaient en sa compagnie, plus nous en étions convaincus : notre dogue cherchait à dialoguer, à nous transmettre subtilement sa linguistique d’avant-garde.
   L’écho de ses pensées nous était presque palpable. Dans un premier temps, il parlementait avec ses yeux éminemment suggestifs, avec ses mimiques gorgées de nuances, d’éloquentes subjectivités. Puis, glissant inopinément du dicible vers l’indicible, il semblait émettre des arpèges d’ultra-sons, faits de soupirs, de contretemps, de syncopes, évocateurs de sentimentalité bien plus que de phonèmes, qui nous plongeaient délicieusement, quasi jusqu’au vertige, dans un état ouaté d’hypersensibilité. Cette troublante télépathie ne pouvait être le fruit de notre imagination, puisqu’elle s’adressait directement, de la tête à nos pieds, à tous les récepteurs sensitifs de notre peau, et finissait par pénétrer le diamant de notre cœur.
   Ce n’était pas qu’un chien intelligent. C’était un chien avisé, pénétrant, sagace, un chien hors du commun, qui était en train de nous démontrer notre ignorance totale du monde suprasensible. Non, ce n’était vraiment pas un chien ordinaire. C’était un oracle en train de nous enseigner que la sélection naturelle de la théorie de Darwin était encore loin d’être parachevée.
   Comme c’était aussi un chien prévenant, il nous fit donc deviner, je ne sais comment, le second prodige qui allait suivre, sans doute pour éviter un potentiel effarement qui aurait pu entraîner chez l’un ou l’autre un malaise cardiaque. De fait, nous fûmes bien moins éberlués lorsqu’il souleva de nouveau sa patte et commença devant lui à tracer des lettres majuscules sur la fine couche de poudreuse. Après chaque lettre majestueusement formée, la bête calligraphe relevait son museau vers nos yeux ébaubis, y fouissant une quelconque forme de gratitude. Bientôt, son succinct message nous apparu. Aussi poignant que déconcertant, il avait écrit ces deux mots :

HELP ME

   - Comment pouvons-nous t’aider ? lui a demandé tout de go Pete Tricketts, oubliant, tel un enfant, qu’il s’adressait à une bestiole à quatre pattes.
   Pour réponse, le chien a tourné les talons et s’est mis à trottiner à une allure décente afin que nous puissions le suivre. Ses pas nous menèrent jusqu’à cet épais taillis où il se tenait aux aguets quelques minutes auparavant. Nous le vîmes bientôt s’engouffrer ventre à terre à travers un entrelacs de branchages carbonisés, dans une forêt d’écorces mortes qui paraissaient aussi dures que de la pierre, et nous dûmes dès lors sortir une machette pour pouvoir nous frayer un passage à hauteur d’homme. Le temps que nous accomplissions cette tâche éprouvante, notre chien s’était évaporé et ce n’est que quelques mètres plus loin que nous comprîmes qu’il s’était enfourné dans une ouverture pratiquée dans le sol. D’environ un mètre cinquante de coté, celle-ci avait l’aspect d’une écoutille, laquelle, dotée d’une redoutable charnière, soutenait une lourde trappe en tôle qui était rabattue sur le sol. À son extrêmité, deux massifs cadenas en titane étaient encore accrochés à de complexes rivets. Ceux qui avait conçu cette entrée souterraine avaient vraiment voulu faire preuve d’une précaution absolue. Somme toute, il leur avait bien fallu pénétrer et ressortir de ce lieu, et ces irrésistibles allers et venues avaient fini un beau jour par trahir l’accès de leur ingénieuse tanière.
   La béance donnait directement sur les premières marches d’un étroit escalier en colimaçon, tout piqué de rouille, et plongé dans les ténèbres.
   Harnachant nos têtes de lampe frontale, nous le descendîmes à tâtons jusqu’à atteindre six à sept mètres plus bas la perspective d’un large couloir bétonné, percé de chaque côté d’une enfilade d’épaisses portes blindées, dont la plupart étaient entrebâillées ou grande ouverte.
   Dehors, le blizzard s’était remis à siffler, rendant plus lugubre et oppressante l’atmosphère qui régnait au sein de ces secrètes cavernes érigées par la main de l’homme pour se protéger de tous les dangers. Mais l’homme n’étant plus là, le danger indolore, inodore, semblait avoir repris ses titres de propriété. On dit que la crainte du danger est mille fois plus terrifiante que le danger lui-même. C’est dans cet état d’anxiété grandissant que nous avons commencé peu à peu à ralentir nos pas, à nous remettre en mode défensif, et à braquer de nouveau le canon de nos fusils droit devant nous.
   - Le chien ! Tu es là, le chien ? s’est mis à héler Pete, d’une voix un rien plus phobique que téméraire.
   Toujours à l’affût du moindre mouvement, dans la première salle sur notre droite, qui était aussi vaste que haute de plafond, nous sommes tombés sur un monumental empilement de cartons éventrés et de caisses vides. Pete a dirigé le faisceau de sa lampe sur le couvercle de l’une d’elles. Peinte au pochoir, elle portait l’appellation « US ARMY ». Le sol était jonché de détritus, de cadavres de conserves, de dizaines de bouteilles en plastique, de sacs de jute désemplis qui avaient dû sans doute contenir une masse incroyable d’aliments de première nécessité.
   La salle suivante, plus considérable encore, recelait le même fatras indescriptible de cartons et de caisses dépouillés. Le constat était amer. En retournant ici et là un paquet de riz, un canette de soda, force nous était de constater que tout avait été bu, grignoté, englouti, jusqu’à la moindre miette. Mais notre désillusion ne dura qu’une poignée de secondes, comme toutes nos pensées n’étaient plus obnubilées que par le dépistage de notre dogue du Tibet, devenu bien plus précieux à nos yeux que nos appétences barbares.
   - Le chien ?... Le chien ?... Où te caches-tu ?  interpella mon ami une fois de plus. Et, me tournant vers lui à cet instant, je pus voir alors perler sur sa tempe quelques gouttes de sueur froide.
   Au fond de la réserve, nos regards furent attirés par des étagères métalliques sur lesquelles résidait une pyramide de grosses malles en acier. Poussés par notre curiosité de « seuls au monde », et nous en approchant, notre intuition allait s’avérer juste. Elles étaient encore pleines à craquer d’armes de guerre : fusils d’assaut M16, fusils à pompe Winchester, fusils sniper Remington, mitrailleuses M60, lance-roquettes, lance- grenades et lance-flammes.
   S’emparant alors d’un pistolet-mitrailleur Walther dernier cri qu’il a pointé devant lui pour en estimer la visée, Pete Tricketts m’a demandé :
   - On prend ?
   - C’est tentant, mais moi je ne prends pas. Et à ta place, je ne prendrais pas non plus.
   - Tu as raison. Inutile d’effaroucher notre ami devin. Notre ami qui s’amuse ouvertement à jouer à chat avec nos nerfs.
   - Il est chez lui, Pete. C’est déjà un honneur qu’il nous fait de nous accueillir dans sa demeure.
   - Il faut être réaliste, Stuart. On a fait chou blanc. Y a plus rien à becqueter. Moi, je suis d’avis de nous tirer, et vite.
   - Tu ne veux pas savoir ?
   - Savoir quoi ? De quoi, il se nourrit ?
   - Par exemple !
   - Je vais te le dire, moi, de quoi il se nourrit. Il va se nourrir de nous. « HELP ME » ! Tu parles ! Aidez-moi, les gars ! Aidez-moi à perpétuer mon espèce de clébard 2.0, puisque vous êtes condamnés de toute évidence à l’extinction.
   - Je ne le ressens pas comme ça ! Pas du tout. Ce chien nous a ému aux larmes. Nous avons tous deux été secoués de frissons qui dépassaient l’entendement. T’étais-tu déjà mis à nu comme cela devant un animal ? Ou même un être humain ?
   - Pour sûr, il a su nous charmer. Mais pour mieux se tapir dans l’ombre, nous diviser, et nous égorger à l’improviste.
   - Non ! Je lui fais confiance.
   - Plus qu’à moi, je vois ça !
   - Non, autant qu’à toi ! Où est passé ton bel optimisme, Pete ?
   - Mon optimisme ? Mais tu ne vois pas que tout ça n’est qu’un jeu, Stuart.
   - Un jeu ?
   - Qu’est-ce que tu crois ? Depuis le tout début, je joue à n’être qu’un stupide avatar dans un jeu vidéo. Je me suis insensibilisé à tout. Je me persuade que je peux crever à chaque instant et ressusciter par enchantement au premier portail de téléportation venu. Je suis devenu fou, Stuart, complètement cinglé, à l’instant même où j’ai vu au loin le premier champignon vénéneux s’étendre à perdre de vue. C’est la folie seule qui me tient encore debout. Tu ne t’en étais jamais rendu compte ?
   - Fou, mais pas au point de tendre ta main vers l’Inconnu.
   - Disons, fou de la Vie, mon vieux !
   - Alors, tu refuses de croire aux miracles ?
   - Les chiens deviendraient les maîtres de la Terre ? Et alors, qu’est-ce que cela changerait à ma folie ?
   - Il nous a choisi pour être les témoins d’une chose inouïe, inconcevable. Et on décamperait d’un claquement de doigts, comme des sauvages ?
   - Tu es mon ami, Stuart. Mais j’ai un meilleur ami que toi, et c’est mon instinct.
   - Nous n’avons jamais été des sauvages, toi et moi. C’est ce qui a toujours fait notre force.
   - Force pour qui ? Pour quoi ? Pour être les empereurs du gâchis ?
   - Pour apprendre ce que nous ne connaissons pas encore. Pour nous sentir utiles encore un peu.
   - Notre seule utilité est de jouir et de nous détruire, mon pauvre vieux. À l’image des dinosaures, nous avons seulement eu la prétention de naître dans un monde qui ne méritait pas d’être connu.
   - Tu ne peux pas dire ça. Nous avons toujours espéré quelque chose, un rayon de quelque chose, une vague promesse de quelque chose, et cette chose est venue. Nous n’avons pas le droit de nous en détourner aussi lâchement. Je suis certain que nous n’avons survécu que pour nous retrouver dans ce lieu précis, à cet instant précis. Pour le rencontrer. Crois-moi, Pete ! Crois-moi !
   - Je n’en suis absolument pas convaincu. Mais…
   - Mais ?
   - Au bénéfice du doute, je t’accorde dix minutes, montre en main.
   Stuart Tricketts n’avait pas tort, mais je crois bien que j’avais raison aussi. Je lui savais gré de m’avoir autorisé cette faveur, de ces faveurs qu’on vous octroie dans un geste magnanime, mais qui vous font douter après coup de vos bonnes intentions.
   Nous avons synchronisé nos montres et continué notre progression dans le corridor en renforçant plus que jamais notre vigilance.
   À la troisième minute de notre compte à rebours, dans une salle plus modeste qui contenait plusieurs écrans de vidéo-surveillance, nous avons discerné dans un recoin les troncs congelés de Thom Tillis, de Dan Coats et de Barbara Milkuski, les trois pauvres bougres faméliques dont parlait la note 41. Leurs jambes et leurs bras avaient été sectionnés net et reposaient juste au-dessus de leur tête, impeccablement disposés en forme de crucifix. Un frisson d’épouvante nous a aussitôt parcouru l’échine. Cependant, cette sinistre découverte nous renseignait d’une précision plutôt rassurante : si les chiens s’attaquaient à l’homme pour se protéger, au moins ne s’en rassasiaient-ils pas. J’ai alors regardé Pete pour savoir s’il désirait toujours continuer. Il m’a fait oui de la tête.
    Après un signe de croix, nous avons quitté la répugnante nécropole, tandis que nos lampes frontales commençaient à donner de sérieux signes d’épuisement. Quelques pas plus loin, nous avons poussé face à nous une énième porte blindée sur laquelle était écrite « Zone dangereuse » en gros caractères rouges.
   Derrière celle-ci se prolongeait un nouveau couloir, long d’une cinquantaine de mètres. À la septième minute de notre compte à rebours, nous avons fini par atteindre, la boule au ventre, le bout de ce couloir, et nous avons enfin franchi le seuil d’une double porte qui semblait être la dernière de l’hermétique labyrinthe. C’est à cet instant fatidique que, de concert, nos lampes frontales nous ont lâché d’un coup.
   Dans le noir total, les mains un peu tremblantes, j’ai craqué une allumette. Et Pete Tricketts à fait de même. De plus en plus apeurés, nous avons eu juste le temps d’aviser nos montres pour voir qu’il nous restait une bonne minute avant de déguerpir de ce cul-de-sac menaçant.
   Nos allumettes se sont éteintes.
   Au nom de la raison, nous étions sur le point de rebrousser chemin, lorsque nous avons enfin débusqué notre chien. Où plutôt le regard qu’il braquait magnétiquement vers nous. C’était deux pâles lueurs dans l’obscurité qui nous épiaient en silence, à une distance d’environ dix mètres.
   Et puis, soudain, les choses sont allées très vite. Beaucoup trop vite. Pete, par hasard, a trouvé l’interrupteur et aussitôt au plafond des rangées de néons se sont éclairés crescendo, nous laissant découvrir violemment ce qui ressemblait à un immense atelier d’ingénierie.
   Surpris par cette secousse intempestive de lumière crue, notre dogue s’est mis à grogner d’un coup, et à nous toiser d’un mauvais œil. Puis, il a commencé à tourner d’une manière  frénétique autour d’une caisse en bois volumineuse, tout en continuant à nous aboyer méchamment dessus.
   Pris d’un début de panique, Pete Tricketts s’est alors agenouillé derrière un comptoir. Il a armé son fusil de chasse et m’a crié :
   - Qu’est-ce qu’il veut nous dire, putain !
   Je me suis ratatiné à mon tour au pied d’une armoire, et je lui ai répondu :
   - Il y a quelque chose dans cette caisse à laquelle il semble tenir.
   - Non, c’est un piège, Stuart, une saloperie de guêpier. Il est en train d’appeler les autres. Il faut le tuer ! Absolument !
   - Non, je t’en prie, ne fais pas ça !
   - Apprête-toi à tirer ! Si tu ne le fais pas, je le fais.
   Sentant notre extrême nervosité, le chien a commencé à faire des allers-retours désespérés entre notre position, s’arrêtant néanmoins à une distance respectueuse de nous, et sa caisse mystérieuse. Voyant alors que nous ne parvenions pas à interpréter sa fougueuse chorégraphie, il s’est figé brusquement sur place pour hurler à la mort, d’un cri si déchirant que nous en fûmes tétanisés, sur l'instant.
   Lorsque cessa enfin sa dramatique plainte, on eut pu jurer que son cri se muait en geignements, ou peut-être bien en sanglots. Ce faisant, il se raidit subitement, simulant dans son regard la hargne d’une bête incomprise prête à bondir. Enfin, à pleines forces, il se propulsa de toute sa masse musculeuse en direction de Pete, lequel lui tira instantanément et froidement une salve de plombs en pleine gueule, à moins de trois mètres de lui.
   Foudroyée en plein élan, la bête retomba raide morte sur le sol.
   Mais, chose hallucinante, dans un temps quasi synchrone, ahuri, le souffle coupé net, Pete Tricketts s’est écroulé lui aussi. Et instantanément, se tenant le visage à deux mains, il a hurlé de douleur.
   - PETE, NON !
   J’ai accouru vers lui, je l’ai redressé, tenu fort dans mes bras.
   J'ai retiré doucement ses mains. Sa pauvre figure était toute rougie. De ses paupières scellées dégoulinait un sang inarrêtable. Incompréhensiblement, ses yeux avaient été perforés par l'effet boomerang des plombs dont il venait d'asperger l'animal.
   Il m’a grimacé un sourire moutarde, des plus douloureux, et m’a gémi :
   - Regarde-moi ce travail ! Tu m’as mis dans une sacrée merde, Stuart.
   - Je suis désolé, vieux, tellement désolé.
   - C’est un… un peu tard pour ça, tu crois pas.
   - Ne bouge pas. Je vais te nettoyer.
   - Y a plus rien à nettoyer. Tout a été nettoyé. Je… je vois plus rien.
   - C’est pas possible ! Qu’est-ce qui s’est passé, putain ?
   - Il s’est passé qu’on… qu’on s’est fait baiser en beauté.
   - Par qui ?
   - Ton cabot est une... une somptueuse machine... avec un joli squelette en titane, ou je… je ne sais quoi.
   - Alors, ils y sont arrivés !
   - Oui, on dirait. Et ils sont même parvenus à… à te foutre une âme là-dedans... Pour attirer… pour attirer...
   - Qui ?
   - Les gogos comme toi ! J’aimerais savoir un truc avant de crever… Et ne me dis surtout pas que je ne vais pas crever...
   - Qu'est-ce que tu aimerais savoir ?
   - Ce qu’il y avait dans… dans... dans cette putain de caisse...

   Suite et fin dans la dernière partie...




Enfin, ce petit lien hyper mignon, afin de faire flancher certains sceptiques :

https://www.facebook.com/lifewithpetsshow/videos/198418514026979/

 :) :) :) :) :)



Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (1 - 2 - 3 - et 4ème Partie)
Posté par: Claudius le 13 Janvier 2018 à 12:18:31

Ah oui ? Ah ! OUI ! trop de suspens !  J'attends la suite avec impatience hein !

Suis triste, le chien snifff ! mais bon...

Un truc j'ai du relire deux fois après le coup de fusil dans la gueule du chien, j'ai compris après "boomerang" !

Quant à la vidéo c'est génial, super cool les toutous et super cabot le dernier !

 :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen:
Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (1 - 2 - 3 - et 4ème Partie)
Posté par: kokox le 13 Janvier 2018 à 12:45:09
Merci bien Claudius pour ton retour à la "niche" ! :)
Moi aussi, j'attends la suite avec impatience, figure-toi !
J'ai trois quatre fins possibles ! :)
Je tirerais bien à pile ou face, mais y a que deux faces sur une pièce !
Suis un peu dans la caca ! :)
Mais bon, pour l'heure, t'inquiète, je sais ce qu'il y a dans cette "putain de caisse" !

Bien à toi !
Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (1 - 2 - 3 - et 4ème Partie)
Posté par: Claudius le 13 Janvier 2018 à 13:37:48

Tire à la courte paille !

Ah bon tu sais ce qu'il y a dans la caisse ?  :jubile: :jubile: :jubile: dis-y dis-y !

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (1 - 2 - 3 - et 4ème Partie)
Posté par: Milla le 13 Janvier 2018 à 17:49:31
Yop !

au fil du texte...
Citer
Nous avons synchronisé nos montres
parker lewis   :D :D

Citer
les troncs congelés de Thom Tillis, de Dan Coats et de Barbara Milkuski, les trois pauvres bougres faméliques dont parlait la note 41. Leurs jambes et leurs bras avaient été sectionnés net et reposaient juste au-dessus de leur tête, impeccablement disposés en forme de crucifix.
:o woputain ça craint par ici

Citer
Il m’a grimacé un sourire moutarde, des plus douloureux, et m’a gémi :
a gémi plutôt que m'a gémi je pense

Citer
- Il s’est passé qu’on… qu’on s’est fait baiser en beauté.
   - Par qui ?
   - Ton cabot est une... une somptueuse machine... avec un joli squelette en titane, ou je… je ne sais quoi.
   - Alors, ils y sont arrivés !
   - Oui, on dirait. Et ils sont même parvenus à… à te foutre une âme là-dedans... Pour attirer… pour attirer...
   - Qui ?
   - Les gogos comme toi ! J’aimerais savoir un truc avant de crever… Et ne me dis surtout pas que je ne vais pas crever...
   - Qu'est-ce que tu aimerais savoir ?
   - Ce qu’il y avait dans… dans... dans cette putain de caisse...
wouuuuh cette fin de partie !!! et tu nous laisse là comme ça ?? mais euuuh !

hop là, tout lu donc !

Pas grand chose à redire sur fond et forme, tout fonctionne à merveille, la surprise, la tension, je veux savoir la fiiiin ! Pour le chien, je pensait à une expérience qui avait transformé un mec en chien, mais pas mal trouvé ton truc, et ça ouvre pleins de possibilités pour la fin.
Hâte d'ouvrir la caisse donc  ^^

au plaisir
Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (1 - 2 - 3 - et 4ème Partie)
Posté par: kokox le 13 Janvier 2018 à 19:21:10
Champdefaye

Le jour, je m'accroche comme une tique ! :)
Mais mes nuits sont terribles. J'en fais des cauchemars dans lesquels me reviennent en boucle les déclinaisons du mot "BOUT".
- Tu les as bien mené par le bout du nez, et après ? Tu ne verras jamais le bout du tunnel !
- Pourquoi ?
- Parce que t'es à bout de nerfs, à bout de forces. T'es au bout du rouleau. Au bout du compte, tu devrais mettre les bouts.
- Mais non, je tiens le bon bout.
- Laisse-moi rire du bout des lèvres.
- Je vais appeler Chantal Goya, elle va m'aider à aller au bout du processus.
- Pourquoi Chantal Goya ?
- Histoire de joindre les Debout ! :)


Milla


- T'as pas l'impression d'en faire des caisses ?
- La caisse ? Quelle caisse ? J'ai jamais braqué de caisse !
- On t'as vu acheté une nouvelle caisse ?
- Mais non ! Caisse que c'est que ces conneries ?
- Si t'avais la caisse claire, tu pigerais.
- Je pigerais quoi ?
- Que tu annonces ta chute à la grosse caisse ! :)



Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (1 - 2 - 3 - et 4ème Partie)
Posté par: Patamodeler le 16 Janvier 2018 à 15:02:38
Salut Kokox,

J'aime beaucoup tes descriptions minutieuses et tout particulièrement celles du brave toutou. En te lisant, je me crois bien installée dans un fauteuil de ciné tout en me rongeant les ongles. Ton histoire a du chien, vraiment !  Trêve de balivernes, j'adhère à tes réflexions sur notre condition de pauvre poussière d'étoile. Merci pour cette histoire post-apocalyptique qui, au-delà de l'aventure, nous invite à réfléchir sur de nombreux sujets. Bon courage à toi pour la fin.  ;)   
Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (1 - 2 - 3 - et 4ème Partie)
Posté par: kokox le 16 Janvier 2018 à 15:59:35
Un grand merci à toi Patamodeler pour ta fidélité à cette nouvelle d'anticipation, dont je peine un poil il est vrai à anticiper la fin ! :)
Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (1 - 2 - 3 - et 4ème Partie)
Posté par: Alan Tréard le 18 Janvier 2018 à 15:40:29
Bonjour kokox,

Je viens de lire cette nouvelle partie, et je la trouve tout simplement géniale !!

Il y a une espèce de confrontation psychologique entre la certitude d'être complètement bouffé par l'angoisse et la magie du mythe auquel nous ne saurions pas trouver un sens.

Cette fois-ci, j'ai trouvé le dialogue entre les deux personnages absolument mémorable !! Un mélange de propos obscurs et confus, et d'instinct de survie qui alimente le mystère comme il faut pour une juste mesure.

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Un délicieux merci pour ce moment fort en émotions.
Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (1 - 2 - 3 - et 4ème Partie)
Posté par: avistodenas le 18 Janvier 2018 à 17:42:41
Après avoir relu l'ensemble afin de rester dans l"unité de ton, je conclus que tu as tout d'un grand : le talent bien sûr, mais aussi (surtout prends-le bien comme un compliment) tu es pervers et sadique, au sens littéraire du terme, tout ce qu'il faut pour tenir son lecteur en haleine, ne lui lâchant que ce qui convient pour le maintenir affamé de la suite.
J'ai bien une idée derrière la tête sur le dénouement mais au cas où je tomberais pile, je m'en voudrais de gâcher tes effets. Motus et bouche cousue. Et si je me trompe, alors c'est encore plus fort !
Mais de toute façon ça ne change rien à la qualité intrinsèque du texte. Allez, encore un effort de parturition, et tu es au bout de tes peines, tu pourras te taper un whisky, ou un cognac ou les deux, c'est moi qui offre ! ;D

 >:D Diabolique !!!  Hé hé !
Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (1 - 2 - 3 - et 4ème Partie)
Posté par: Brieuc Tulou le 19 Janvier 2018 à 17:42:16
Salut kokox,

L’atmosphère de ce texte m’intrigue beaucoup. Déjà prenons la forme du texte, qui, dans sa première partie notamment est décrite de manière plus familière sans que ça ne gâche le texte, ce qui est une qualité vraiment exemplaire quand on voit ce qui se fait dans le même style aujourd’hui.

Je suis plus attaché à la lecture de textes classiques en philosophie et en littérature et il y’a toute une psychologie chez tes personnages, dans le ton et le dialogue qui est vraiment très prenante. J’ai perçu aussi divers références qui pourraient se référer à une forme théologique et j’ai trouvé ça génial !!

Au plaisir de lire d’autres de tes écrits
Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (1 - 2 - 3 - et 4ème Partie)
Posté par: kokox le 25 Janvier 2018 à 12:47:18
Messieurs Tréard, Avistodenas, et Tulou, je vous remercie tous trois pour votre lecture et vos aimables commentaires ! :)
Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (1 - 2 - 3 - et 4ème Partie)
Posté par: Milla le 25 Mai 2018 à 12:02:40
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
[/spoiler]
Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (1 - 2 - 3 - et 4ème Partie)
Posté par: kokox le 25 Mai 2018 à 13:53:26
Salut Milla,

Je te livre ci-après la réponse que je viens de faire à Champdefaye qui me demandait également des nouvelles de la fin :

Oui, de retour ! Mais disons, sur la pointe des orteils.  :)
Voilà bien cinq mois que je n'ai pas touché un stylo et moins encore un clavier. C'est qu'après presque six ans d'écriture forcenée, je me suis retrouvé comme on dit en surchauffe, et que la fumée a commencé à me sortir sévèrement du capot en grisâtres volutes.  :)
Break donc, lequel j'espère me sera salvateur pour achever la vingtaine de nouvelles que j'ai toujours en cours, et plus ou moins abouties.
Enfin, concernant les "Chiens", pour tout t'avouer, il me restait à tout casser une dizaine de lignes à rédiger quand mon mental m'a susurré : "Assez ! Coupure, NOW !". Cela dit, si je retrouve un peu de charbon, je ne désespère pas de parachever le texte avant les vacances !


Bien à toi !

PS : Bon, comme vous êtes deux à présent à me demander cette fuyante suite, je vais tâcher de faire un suprême effort et de me pencher sur la conclusion de ces étranges toutous ! :)
Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (1 - 2 - 3 - et 4ème Partie)
Posté par: JMLC le 25 Mai 2018 à 17:56:28
Bonjour Kokox,

J’ai lu les quatre premiers chapitres des Chiens… Le contexte post-apocalyptique est classique, mais l’ambiance est bien décrite et le style ne manque pas d’humour. Le froid et la référence aux Enragés m’a rappelé le film La Route.

La seule chose qui m’ait gêné est l’emploi du terme Date pour évoquer une catastrophe (nucléaire ?) Une « date » est un rendez-vous romantique (au moins aux États-Unis). L’emploi de ce terme est-il ironique ? Si oui, peut-être pourrais-tu le préciser dans le texte ?

Je suis curieux de lire la fin.

Bonne continuation,
JM
Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (1 - 2 - 3 - et 4ème Partie)
Posté par: kokox le 28 Mai 2018 à 19:21:04
Encore une fois, merci pour ta lecture JMLC !  :)
Sinon, rien d'ironique dans le mot "date" ! Le fait est que je pourrais peut-être trouver une autre formulation afin d'éviter la confusion avec un RDV romantique.

Titre: Re : Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (1 - 2 - 3 - et 4ème Partie)
Posté par: JMLC le 28 Mai 2018 à 19:47:35
Salut Kokox,
Citer
Le fait est que je pourrais peut-être trouver une autre formulation afin d'éviter la confusion avec un RDV romantique.
C’est le contexte qui m’y fait penser, comme les personnages sont Américains, l’histoire se passe aux États-Unis et qu’il y a plein d’autres références à la culture américaine. Peut-être que Apo (abréviation d’Apocalypse) pourrait faire l’affaire à la place ? Ou Doomsday si tu veux un mot anglais ?
Bonne continuation,
JM
Titre: Re : Et les chiens mangeront Jezabel... (4ème Partie)
Posté par: kokox le 28 Mai 2018 à 21:15:52
Merci pour "Doomsday" (Jour du Jugement Dernier) !  :) Je ne connaissais pas ! Je changerai très prochainement !