Salut salut
J'ai rangé mon bureau, tout est en ordre, ça y est ! Je quitte cette foutue capitale, son métro et tout le stress, demain le départ, je vais enfin profiter de ces vacances tant attendues.
La ponctuation me gêne ici, je trouve qu'elle ne rend pas la logique de diction de la phrase. Par exemple, dans la deuxième, tout est sur le même plan, sans vraie pause ; alors qu'il y a deux ensembles différents : la qualification de la capitale d'une part , et l'idée du départ d'autre part. Il faudrait un point virgule à stress, je pense. C'est aussi le cas pour la première phrase (à ordre), même si c'est moins marqué.
J’aime ce pays,
Deux points plutôt qu'une virgule ? Il me semble que la suite de la phrase explique en quoi elle aime cette terre.
ici, et j’y finirai ma vie pour y réaliser mon rêve le plus cher, vivre avec les chevaux en liberté totale
Pas de virgule avant "et".
Le double "y" me semble dommageable et donne un aspect bizarre à ta phrase. Le deuxième me semble dispensable.
plus solides, sans besoin de formaliser,
Pourquoi cette virgule à solides ?
Nous avons baptisé ainsi ce rocher, émergeant au dessus de la bergerie.
"qui émerge" serait plus fluide à mon avis. Dans tous les cas, c'est sans virgule.
avait été quitte pour quelques égratignures ayant atterri dans un bosquet.
là par contre il en faut une avant ayant, sinon c'est les égratignures qui ont atterri
(mais en général, les participes présents c'est plutôt le mal)
— Quelle foutaise ! tu lis encore ce genre d’ineptie ?
Qui dit en vrai foutaise et ineptie ?
L'orage menace depuis la fin de la journée, mais il est encore loin. Je connais cette région comme ma poche, mais il me faut arriver avant la pluie et j’emprunte le raccourci du bois.
La double construction identique n'est pas très heureuse. De plus, je vois pas, dans la deuxième phrase, le rapport qu'oppose le "mais" entre les deux propositions.
La forêt est silencieuse, entre chien et loup, les oiseaux du jour se sont calmés et ceux de la nuit ouvrent à peine un œil, seule une brise légère annonçant la tourmente proche, fait bruire les branches des grands arbres.
Deux soucis dans cette phrase : d'abord, comme au début du texte, le fait que tout soit sur le même plan niveau ponctuation ; ensuite à la virgule à proche qui coupe le verbe de son sujet.
— Que j’aime ce pays !
L'air est lourd, et je descends lentement, dégustant ce retour aux sources, je m’arrête pour cueillir une baie, ou humer l'air autour de moi, j’ai un peu perdu le sens de la réalité, et oublié la tourmente qui menace.
Idem qu'au-dessus
Une chauve-souris intrépide et goguenarde, fait claquer ses ailes juste au dessus de moi comme pour me saluer.
Idem pour la séparation sujet/verbe. Si tu veux garder la virgule à goguenarde, il en fait une à souris (pour faire une incise)
Mais tant pis, il est tard et j’ai dit descendre au village
Je comprends pas u_u
un éclair retenti …
Y a une espace en trop
j'arpent sentiers et corniches,
arpente il me semble
- nous aurons des nouvelles
Manque une majuscule
Je me réveille la tête en vrac, mais où suis-je ? Je porte la ma main vers mon front et retiens un hurlement de douleur, j’ai une bosse énorme, la tête me fait mal, j’ai du mal à retrouver mes esprits…
Pas mal de répétitions de sens comme de mots dans cette phrase.
j’ai du glisser
Dû
Un reguge peut-être ?
Gruge et regruge sont dans un bateau :mrgreen:
je m’y assoie
Assieds ou assois
Je me réveille un goût amer dans la bouche…
Pourquoi ces points de suspension ?
pas te détruire… …
Y en a en trop ici
Bon, je me suis fait spoiler la chute par le commentaire de Sophie.
Globalement j'ai eu beaucoup de mal à lire ce texte parce que j'ai trouvé la conjugaison complètement hasardeuse ; du coup je me demande vraiment comment tu l'as placée. À la lecture, ça ne correspond à rien ; les phrases sont coupées où il ne faudrait pas et on a parfois un long moment sans ponctuation alors qu'on en attend (je n'ai plus relevé vers la fin, tu t'en seras rendu compte).
À mon avis c'est là qu'est la principale voie d'amélioration.
Edit : j'ai aussi eu beaucoup de mal avec les interventions du narrateur du type :
Zut quel idiot je fais !
ça m'a souvent complètement sorti de la lecture ; et je trouve ça anti immersif au possible.
A+ !
Toutes mes excuses pour le double post, mais j'ai pris la décision de revoir tous les écrits que j'aime bien et que j'ai laissé à l'abandon depuis un certains temps.
Celui-ci me tient à cœur, il a une histoire dans l'histoire. Je l'ai modifié en suivant les conseils judicieux des lecteurs à l'époque. Je suis certaine qu'il y a encore à redire, à corriger, à revoir.
Merci à l'avance de votre aide qui me sera bien utile.
Orage
L’année a été laborieuse et je suis saturée, presque à la limite de craquer. Mais les vacances sont proches et je n'aspire qu'à une seule chose : retrouver mon coin de paradis. J’ai pris la décision de partir dès vendredi soir, j’aime rouler la nuit et les dix ou douze heures de route ne me font pas peur. D’autant que mon ami, Ed, m’accompagne et nous partagerons la conduite.
La circulation est fluide de nuit, c'est agréable et nous roulons tranquille sur l'autoroute. Je sais qu'en arrivant au pied des Pyrénées je reprendrai le volant, Ed n'aime pas conduire en montagne.
Nous arrivons enfin à destination. Je me gare et reste quelques minutes à savourer l’instant avant de réveiller mon compagnon endormi à mes côtés. La chaleur de cet été caniculaire est lourde et même la nuit n’arrive pas à rafraîchir l’atmosphère.
Sur le flanc de la montagne en pays catalan, à l’orée d'une petite clairière entourée de chênes verts et de pins, j’ai retapé la vieille bergerie de mon grand-père. Ed a été d’un grand secours, il apprécie le bricolage, comme moi. J’aime ce pays : cette terre est magique, peuplée de souvenirs d’enfance, de rires, de rêves et de chevaux. Je vis à Paris, mais je viens aussi souvent que possible me ressourcer dans cette région si verte et douce à mon cœur. Dès que je le pourrai, je m’installerai définitivement ici, j’y finirai ma vie pour réaliser mon rêve le plus cher : vivre avec les chevaux en liberté totale. Ed est parisien de pure souche et pourtant, lors de sa première visite, il a craqué : « je suis tombé amoureux de la femme, du pays et des canassons » comme il le dit souvent. Nous n’avons pas songé à nous marier, l’amour sait quels sont les liens les plus solides sans besoin de formaliser, comme le chantait si bien Brassens. Nous nous aimons passionnément et souvent cette passion fuse en éclats sur un sujet de discorde. La discussion s’envenime mais nos deux tempéraments fougueux se plaisent aux retrouvailles.
Dès notre arrivée, nous remercions vivement Miguel qui s'occupe de l’entretien du terrain en notre absence. Quelques présents pour lui et sa famille qu’il refuse à chaque fois, mais qu’il finit par accepter avec une moue de reproche. Nous rangeons la maison et nous installons après un déjeuner sur le pouce. Demain nous avons prévu d’aller faire une balade au rocher magique. Les autochtones ont baptisé ainsi cet aplomb qui émerge au-dessus de la bergerie. Quand nous étions enfants, un Anglais avait « dévissé » et malgré une chute de plus de quinze mètres il n’en avait été quitte que pour quelques égratignures : un bosquet avait amorti son atterrissage.
La nuit et la journée nous ont un peu épuisés Je prépare un dîner copieux pour compenser du déjeuner frugal. J’appelle mon ami. Il est sous la tonnelle, un livre ouvert entre les mains, tellement absorbé que le son de ma voix ne le sort pas de sa lecture. Cela lui arrive souvent, il fait abstraction de tout ce qui gravite autour de lui. D’autant plus quand un sujet le passionne.
— Ed ! Tu viens dîner ? Ed ! Tu viens dîner ?
Au quatrième appel, il daigne enfin lever un œil :
— Ça va ! J’arrive ! Pas la peine de t’énerver.
— C’est chaque fois la même chose ! Mais il a quoi de si intéressant ce bouquin ?
— Tu sais bien, toujours ma passion pour la réincarnation.
— Quelle foutaise ! Tu lis encore ce genre d’ineptie ?
— Ben oui ! Que veux-tu, j’ai de l’intérêt pour autre chose que tes lectures scientifiques ou de bricolage ! De plus, je finis par réellement y croire. Il y a des études très sérieuses là-dessus, tu devrais t’y intéresser, tu changerais peut-être d’avis.
— Non mais tu rêves ! Le jour où j’ouvrirai un de tes livres, il pleuvra des limaces !
Je bouillonne à l’intérieur, et je m’assoie à table, il me rejoint en bougonnant. J’ai sûrement la tête des mauvais jours. La fatigue du voyage et de la journée y est pour beaucoup. Mais surtout nos deux tempéraments fougueux et entiers.
La discussion est aussi relevée que le plat du souper, détail sur lequel Ed ne manque pas de me rabrouer me rappelant sans cesse la fragilité de son estomac.
Je me lève pour faire la vaisselle et m’apprête à lui demander de l'aide mais il file sous la véranda, sans demander son reste, reprendre sa lecture. La moutarde me monte au nez et je lance sur un ton sec :
— Tu pourrais m'aider !
Ma phrase reçoit un silence en retour. Excédée, je rumine devant l'évier et l'envie de sortir me prend d'un coup pour calmer mes ardeurs. Je m'approche cette fois pour lui envoyer sans ménagement :
— Tu iras faire ta promenade tout seul demain, je descends au village. Je vais voir mon amie Pat !
Il me répond un « mouais » aussi distrait que distant.
Je sors de la maison la rage au cœur, la tête pleine de pensées qui s'entrechoquent : il m’énerve tant parfois ! Je me demande si je ne vais pas le renvoyer à Paris pour décompresser vraiment pendant mes congés ; un coup de tonnerre retentit au loin derrière la chaîne montagneuse. L'orage menace depuis la fin de la journée mais il est encore loin. Je connais cette région comme ma poche, je sais pourtant qu'il me faut arriver avant la pluie. J'emprunte le raccourci par le bois. Je l’ai fait des centaines de fois et chaque coin de roche, chaque détour du chemin me rappelle des éclats de joie et de rires. J’ai envie de marcher pour chasser ma mauvaise humeur. La forêt est silencieuse, entre chien et loup. Les oiseaux du jour se sont calmés et ceux de la nuit ouvrent à peine un œil, seule une brise légère prémices de la tourmente proche, fait bruire les branches des grands arbres.
— Que j’aime ce pays !
L'air est lourd, je descends lentement, dégustant ce moment de liberté totale. Je m’arrête pour cueillir une baie ou humer l'air autour de moi. J’ai un peu perdu le sens de la réalité et oublié la tourmente qui menace. Une chauve-souris intrépide et goguenarde fait claquer ses ailes juste au-dessus de moi, comme pour saluer mon retour aux sources. Une chouette hulule au loin, la lune passe juste le sommet de la montagne, je suis heureuse et ma colère est oubliée.
Tandis que j’avance, la nuit se fait plus noire et l'astre, si luisant il y a quelques instants, se cache derrière de lourds nuages chargés de pluie. Je pense à Ed, je regrette une fois de plus ma réaction impulsive, nous sommes idiots tous les deux de nous chamailler ainsi mais notre couple fonctionne comme ça, il faut se rendre à l'évidence. Je me suis vite lassée de tous les hommes qui ont croisé ma vie, la seule pensée de le retrouver après nos échanges quelque peu musclés, me met les sens à vif. Tant pis, il est tard je ne vais pas rebrousser chemin, j’ai dit que je descendais au village, il marinera jusqu’à demain.
Le vent commence à souffler entre les rochers, son sifflement féroce devient presque assourdissant. Je presse le pas, l’obscurité se fait plus dense et les orages peuvent être violents dans cette région.
Alors que je traverse le vieux pont, les premières gouttes frappent violemment les planches mal jointoyées. Je souris, j’en ai vu d’autres ! Les lumières du hameau un peu plus loin en contrebas se détachent dans la pénombre.
La pluie est tiède et bienvenue, cela rafraîchira l'atmosphère étouffante de ces jours derniers. Le tonnerre gronde, les éclairs zèbrent la nuit noire, j’avance encore, l'orage est juste au-dessus, il va me falloir m’abriter quelques instants. J’arrive à proximité d’une anfractuosité que je connais bien, sous une roche surplombant le précipice. Je m’y réfugie attendant une accalmie.
Mais ce soir c’est différent : le ciel est devenu fou. Les rais de lumières embrasent la montagne, le ciel déverse un déluge d'eau, la rivière vrombit, le flux déferle à toute allure, les oiseaux de nuit se sont tus, les arbres frissonnent aux coups de vent : un temps d’apocalypse. Soudain, au-dessus de ma tête un fracas de roches se fait entendre : la paroi ravinée par les eaux laisse échapper une grêle de pierres. Protégée par l’aplomb, j’attends avec anxiété l'arrêt de l'avalanche. Le temps me semble interminable, la montagne rongée par les eaux, battue par les vents semble exploser de toute part. Enfin la grêle cesse et j’ose une sortie. Il pleut toujours intensément mais mon refuge est précaire, il me faut trouver un abri plus sûr. Un éclair retentit…
***
Fin.
— Il était super ce bouquin ! Espé ? Espé, tu es là ? Espé... quel idiot je fais ! Elle est descendue au village, tant pis, quel caractère de cochon elle a !
Parfois je me demande pourquoi je la supporte encore ! L’amour sûrement… et je souris à cette idée saugrenue, je n'imagine même pas vivre sans elle. Moi - Ed, l’endurci anti-amour - j’étais tombé fou amoureux d’elle, de cette nana sentant bon la montagne, passionnée et fragile à la fois. Je peste contre le caractère impétueux de mon amie, mais surtout contre mon habitude de l'asticoter jusqu'à ce qu'elle finisse par exploser de rage.
Je me prépare à me coucher, quelque peu « électrique », c’est chaque fois la même chose, l’orage me rend nerveux. L’orage ? Pétard ! L’orage ! Mais elle est folle ! Partir à travers les bois par ce temps. Je prends, fébrile, mon mobile et compose son numéro, mais la sonnerie de son portable me perce le tympan : cette idiote elle l’a encore oublié.
— Allo ? Pat ? Tu peux me passer Espé s’il te plaît ? Pas là ? Comment ça ? Elle est descendue chez toi il y a au moins une heure ! Merci, tiens-moi au courant dès qu'elle arrive.
L’inquiétude fait vite des ravages dans les esprits, je me sens mal. Il y a trop longtemps qu’elle est partie, il lui est sûrement arrivé quelque chose. J’enfile ma veste, je me munis de mon portable et d’une lampe de poche et je pars à sa recherche. Je prendrai le chemin du bois, par expérience je sais qu’elle passe toujours par là. J’avance à pas rapides criant son nom dans la nuit grondante et sous la pluie, appelant sans cesse. Seul le bruit du torrent et les éclairs me répondent comme un écho.
Ma recherche est vaine, le temps passe, j'arpente sentiers et corniches, m'arrêtant chaque fois qu'un endroit semble à l’abri, je cherche et appelle, mon angoisse est à son paroxysme. La tourmente se calme un peu, j’essaie à nouveau de téléphoner à Pat. La même réponse négative ne fait qu'augmenter mon anxiété, mais où donc est-elle ? Pat me rassure, vantant l’expérience de ma compagne et le nombre de refuges qu’il y a sur le sentier.
— Nous aurons des nouvelles demain matin, ne t’inquiète pas ! me dit-elle.
Sans relâche j’ai cherché une grande partie de la nuit, appelant à m’en casser la voix, les heures passent, j’ai parcouru, en long, en large et en travers chaque recoin du versant descendant au village. La pluie a cessé, je suis épuisé, seul l'espoir de la retrouver me pousse encore à avancer. Je traverse le pont qui enjambe la rivière et remarque des rochers encombrant le chemin, un éboulement suite au ravinement. Fébrilement j’inspecte un à un les décombres, elle est peut-être là, blessée ou pire encore.
Je ne trouve rien. Quelque peu rassuré je continue ma route quand dans le faisceau de ma lampe brille un objet au bord du torrent : la montre, sa montre ! Elle est passée par là. L’espoir mais aussi l'angoisse renaissent et je crie à nouveau son prénom…
***
Je me réveille la tête en vrac, mais où suis-je ? Je porte ma main vers mon front et retiens un hurlement de douleur, j’ai une bosse énorme, j'ai mal au crâne, j’essaie de rassembler mes esprits… Tout me revient d’un coup : la pluie, la tempête, l'éclair, la chute des pierres…
Je suis couverte de boue, tout mon corps est douloureux. J’ai dû glisser, recevoir une pierre sur la tête et je me suis évanouie. Combien de temps suis-je restée ainsi, je ne le sais pas, il fait encore très sombre. La bourrasque a cessé, la terre est détrempée, je m’en sors bien : je n'ai que quelques égratignures. Je m’ébroue et décide de reprendre ma route. Je me relève péniblement et cherche des yeux les lumières en direction du village, rien ; il s’agit sûrement d’une panne due à l'orage. Je me sens mal à l’aise. Tout est étrange autour de moi, la végétation a changé, tout me paraît hors du temps. Les arbres sont immenses, l'herbe est touffue et haute, je ne reconnais rien ! Plus j’avance et plus je doute de ma raison, aurais-je été emportée par la rivière ? Je me retrouve dans un lieu inconnu. Chaque pierre, chaque rocher de la montagne je les connais normalement et là ! Plus rien ne m'est familier. Je marche au hasard cherchant un point de repère, toujours rien ! Vraiment rien ! Mais où suis-je ?
Essayant de me raisonner, je décide d’aller vers le village, en direction du sud, j’y arriverai bien ! Mais la nuit est toujours aussi noire et je n’arrive pas à me situer.
— Tu es bel et bien perdue, il faut te rendre à l’évidence ma vieille ! Toi qui vantais ta connaissance parfaite de ta montagne, tu as belle mine maintenant !
Je réfléchis un instant, découragée… Mais ! Comment n’y ai-je pas pensé plus tôt ! Je pense à mon téléphone portable ! Mais quelle idiote, mon départ précipité de la maison me revient en mémoire, je l'ai laissé sur la table, comme souvent d'ailleurs. Désespérée, regrettant amèrement ce coup de colère qui me coûte cette aventure, je ne sais plus que faire, quand j’aperçois une rivière en contrebas. En suivant son cours cela me conduira inévitablement vers la vallée et le village. Je retrouve mon courage et je longe la rive. Le temps me parait si long, j’ai perdu aussi ma montre dans l’histoire, je n'ai aucune idée de l'heure qu'il est. La fatigue m’envahit de plus en plus, mon mal de tête ne passe pas, il me faut trouver refuge ! Mais plus j’avance et plus le paysage me paraît étranger, gigantesque. Je suis découragée, affaiblie par mes contusions, la douleur est lancinante. Il me semble distinguer une falaise abrupte, un mur tout droit supportant sur un côté une forme en pente douce. Je ne reconnais toujours pas l'endroit, mais cela semble être une grande bâtisse. Un refuge peut-être ?
***
À une centaine de mètres je distingue alors la cabane servant de refuge aux bergers lors des orages et je me souviens des mots de réconfort de Pat. Elle est peut-être là, je cours dans un dernier sursaut d’espoir et, criant son nom de toutes mes forces, j’essaie de pousser la porte du bâtiment. Elle résiste : fermée à clef ! À quoi sert donc un refuge s’il est clos ? Je suis harassé de fatigue et d’angoisse, une couverture est étalée sur un banc sous l’avant-toit, je m’y assieds pour reprendre mon souffle et la force de continuer. La nuit rude a raison de mes dernières réserves d’énergie, je sombre d’épuisement dans un sommeil agité.
***
Je m’approche avec précaution, il fait plus doux et je ressens une sensation étrange sous mes pieds, un tapis de mousse pareil à de la moquette. Je suis éreintée, incapable de réfléchir et je profite d'un recoin douillet contre la falaise, je m’effondre d’épuisement. En un éclair bref me vient une pensée pour Ed qui doit dormir comme un loir à l’abri dans la bergerie. Je m’endors serrant dans ma main la médaille qu’il m’a offerte. Cette sensation de chaleur me semble providentielle.
***
Une brise fraîche de lendemain d’orage souffle sur la montagne, la pluie a réveillé les odeurs des conifères, la terre fume sa rosée matinale et le ciel est d’un bleu pur et intense. Le torrent a calmé sa fureur de vivre et les aigles blancs dansent leur ronde à l’affût d'un gibier qui servira de repas pour leur progéniture.
Les écureuils sautent de branches en branches, les garennes bravent l’œil perçant des rapaces et grignotent les baies que la pluie a détachées des arbrisseaux. Les palombes roucoulent dans la chênaie. La journée sera belle.
***
Je me réveille, un goût amer dans la bouche. Le ciel au-dessus de ma couche me ramène à la réalité, Espé ! Je hurle son prénom plus par désespoir que par certitude : où es-tu ma belle, où es-tu ? La montagne ne peut avoir raison de toi ! Tu l’aimes trop ! Elle ne peut pas t'avoir détruite !
Je tente de me lever quand je sens une présence ! Au creux de mon bras, bien lovée au chaud, une petite souris blanche dort calmement. Intrigué, je la prends dans une main, « Que fais-tu là petite ? Tu es perdue toi aussi ? »
La souris se réveille et, contrairement à toute réaction logique d'un animal supposé sauvage, elle n’essaie pas de s’enfuir. Elle me regarde et dans ses yeux je lis un appel à l’aide. Je me redresse et la pose sur mes genoux, elle a une grosse bosse sur le dessus du crâne. Elle tient entre ses pattes un genre de collier avec une toute petite médaille, confusément j’ai l’impression de connaître ce bijou, je le prends dans ma main...
Une petite inscription est gravée au dos : E+E=E
Je ne sais combien de temps je suis resté assis sur ce banc, les yeux dans les yeux de cette souris blanche. Je ne sais combien de temps j’ai mis à réaliser qu’elle était ELLE, je ne sais combien de temps elle m’a regardé de ses grands yeux humides chargés d’incrédulité, je ne sais…
***
Je ne sais combien de temps je suis restée sur ses genoux, mes yeux dans ses yeux.
Je ne sais combien de temps j’ai mis à réaliser que j’étais réincarnée en souris blanche, je ne sais combien de temps il m’a regardée de ses grands yeux humides chargés d’incompréhension, je ne sais...
***