Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Singe Volant le 31 Août 2017 à 17:07:06
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Ma copine, que j'aime, est partie au Canada 8 mois ! J'espère qu'écrire me fera un peu oublier mes angoisses pour cette année... Voici un texte que j'ai écrit pendant la nuit, c'est très court mais je tenais à savoir ce que vous en pensiez avant de le lui envoyer. Merci !
Le parquet craquait sous mes pas alors que je traversais la chambre. Partout régnait un chaos sans nom, le genre qu’on peut trouver lors du déménagement d’un étudiant désordonné et fainéant. Contre les murs, sur le lit, sous le bureau, mes possessions éclectiques créaient des montagnes bancales, hasardeuses. Le trésor pittoresque et pathétique d’un dragon-orvet thésauriseur. En enjambant une valise remplie de souvenirs de pays où je ne suis jamais allé, je glissais sur une maquette de bateau à voiles offerte par mon père, me rattrapait sur le bureau d’où tomba une tortue-cendrier remplie de mégots, et me cognait le genou contre la chaise sur laquelle pendait la raison de ma catastrophique traversée. Une minuscule pépite d’or dans le bric-à-brac du dragon. Là, presque illuminée par quelques minces rayons de soleil perçant le ciel couvert et grondeur. Une culotte en dentelle cachée par une couverture. La sienne.
J’hésitais.
En me massant lentement le genou, j’assistais impuissant à la toute nouvelle division de mon esprit en deux parties distinctes se haïssant avec passion. Le manque, terrible, qui me poussait déjà au ridicule ; j’avais pleuré la veille dans les bras de mon colocataire efféminé en serviette de bain, son crâne enduit de henné et recouvert d’une couche de cellophane. Je m’étais endormi la tête enfouie dans un pull qu’elle m’avait laissé, en partant, tremblant de peur à l'idée que chaque jour, chaque heure, un peu de son odeur en disparaîtra. D’un autre côté, ma fierté, inattendue, oubliée, m’envahissait souvent par surprise, et combattait mes sens ravagés par la mélancolie en essayant de me rappeler ce que j’avais été, il y a sûrement des siècles déjà ; seul, satisfait, entier. Parfois, quand ma gorge se serrait sans prévenir, et que ce râle étrange que je ne reconnaissais pas menaçait de s’en échapper, une explosion de vide se produisait dans un coin de mes pensées. Une onde apaisante et cathartique soufflant au loin ces sensations inconnues, laissant sur son passage une charogne acceptant pleinement sa situation de charogne. Détaché, enfin, sublimé et imperméable, je pouvais me laisser pourrir en paix.
Pourtant je restais là, fixant cette culotte du regard, à genoux devant la chaise. Elle me toisait elle aussi, essayait de me pousser à la faute, menaçait le calme de ma saine décomposition. Triomphant, le manque m’en faisait déjà imaginer l’odeur, tandis que ma fierté, paniquée, lâchait des flopées d’injures insensées. La culotte, pendant immobile sur la chaise, semblait exsuder un froid hypnotique. Faire ce que le manque voulait me pousser à faire, c'était refuser l'apaisement, le confort du vide, c'était choisir la conservation, c'était donner plus d'immortalité à quelque chose qui ne devrait être qu'une charogne comme les autres. Invoqués spontanément, les souvenirs, presque vivants, cruels, envahissaient la pièce en usurpant la forme de mon triste bric-à-brac. Une valise près de la fenêtre devenait une fumeuse accoudée à la balustrade, penchée en avant en remuant ses fesses, riant au téléphone, heureuse peut-être, perdue sans doute. La housse de la guitare posée sur le lit se métamorphosait en une Muse hésitante, grattant sur l’instrument qu’elle contenait quelques notes qui me rappelaient vaguement Bob Marley, la montagne et le goût de la bière, tout à la fois. Je voyais alors que ma main, suivant les directives de mon cerveau dévasté, avait grimpé lentement les bords de la chaise, me renvoyant, trompée et trompeuse, les sensations d’une hanche, d’une taille, d’une poitrine… Elle se posait déjà sur la culotte, l’avait déjà porté contre mon nez, qui avait déjà pris une grande inspiration...
Elle était propre. Sans odeur. Fantomatique. Quelque part, ma fierté se moquait de moi allègrement.
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Bonjour Singe Volant ! (<-- une phrase que je ne pensais pas écrire un jour :kei: )
je glissais sur une maquette de bateau à voiles offerte par mon père, me rattrapait sur le bureau d’où tomba une tortue-cendrier remplie de mégots, et me cognait le genou contre la chaise
glissai
rattrapai
cognai
(c'est du passé-simple 1ère personne, pas de l'imparfait ^^ Y a le même souci temporel plus bas, avec d'autres verbes)
tremblant de peur à l'idée que chaque jour, chaque heure, un peu de son odeur en disparaîtra.
Tu es dans un récit au passé, du coup quand tu parles d'événements qui auront lieu dans le futur, le temps à utiliser est le conditionnel, pas le futur (donc c'est "en disparaîtrait")
je pouvais me laisser pourrir en paix.
J'aime bien la tournure
Je ne sais pas trop quoi dire pour commenter le texte, vu que c'est une petite tranche de vie et que c'est personnel. À part le souci de concordance des temps relevé plus haut, il se lit bien, n'est pas trop long pour ce qu'il raconte, a bien une chute... Je suis pas sûre que tu cherches des avis de lecteurs en tant que tels puisque c'est pour l'envoyer à quelqu'un (à tout hasard, je le donne : personnellement, j'ai pas accroché plus que ça, parce que ça m'a laissé une impression de "oui, et ?", mais ça c'est uniquement en prenant le texte hors de son contexte, c'est pas pareil pour toi ou pour sa destinataire, et c'est normal :) ).
Courage pour les 8 mois de séparation !
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Merci, c'est exactement ce que j'attendais ;D
Je corrige ça et j'envoie, y'a pas mal de private-jokes ce genre de choses, je tenais plutôt à savoir si c'était confus ou non. J'ai une petite dyslexie qui quelquefois me fait écrire des choses un peu insensées sans concordance (temporelle ou autre!). Me pire c'est que je ne peux pas le savoir tant que quelqu'un ne me dit pas "je comprends rien !". Tant que ça se comprend, ça ira.
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Salut,
Aaaahhhhh, la petite culotte oubliée... j'ai beaucoup souri en lisant ton texte. Je l'ai trouvé très bien écrit et il m'a parlé (certainement parce que comme beaucoup de mecs, ça m'est déjà arrivé de faire ça :noange: ). Le vocabulaire est très riche, c'est bien mené, bref un très joli texte!
Deux ou trois petits trucs relevés au passage
Une onde apaisante et cathartique soufflant au loin ces sensations inconnues, laissant sur son passage une charogne acceptant pleinement sa situation de charogne. Détaché, enfin, sublimé et imperméable, je pouvais me laisser pourrir en paix.
C'est la seule phrase que j'ai trouvée un peu confuse. A quoi se rapporte ce "râle"?
Faire ce que le manque voulait me pousser à faire, c'était refuser l'apaisement, le confort du vide, c'était choisir la conservation, c'était donner plus d'immortalité à quelque chose qui ne devrait être qu'une charogne comme les autres.
"apaisante" est déjà apparu plus haut (ici on a apaisement) et "charogne" aussi. C'est pas dramatique, mais comme dans tout le texte le vocabulaire est très riche et très fourni ce serait mieux à mon sens si on pouvait éviter la répétition ici.
Elle était propre. Sans odeur. Fantomatique. Quelque part, ma fierté se moquait de moi allègrement.
La chute est parfaite :D
Merci pour le partage !
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Merci pour ta réponse, et pour le compliment ! Le râle c'est quelque chose qu'elle comprendra, elle, par rapport à nos discussions. Je prend note des répétitions, la formule semble lourde maintenant que je la relis à la lueur de ta remarque.