Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Edma le 25 Août 2017 à 10:52:04

Titre: Et ça s'est fini comme ça
Posté par: Edma le 25 Août 2017 à 10:52:04
LA VERSION FINALE EST PLUS BAS !!!!!!!

Et ça s'est fini comme ça

   Une fenêtre ouverte, la radio éteinte, et ma main tendue vers toi, ta veste au bout des doigts. J’ai tenu bon, mes lèvres étaient closes et mon regard n’a pas dévié une seule fois dans ta direction. Pour une fois, j’ai été silencieuse. Tu as pris la veste, sans dire un mot, et fait demi-tour. J’ai souri et appuyé sur l’embrayage. Et ça s'est fini comme ça.

   Dans les premiers mètres me séparant de toi, j’ai tenu bon. Le sourire au coin de mes lèvres ne s’est pas immédiatement effacé. Il s’est accroché à mes lèvres pendant une bonne dizaine de minutes. Puis, soudain, il a disparu. Les larmes ont éclipsé ce sourire qui m’a valu tant de compliments. Une à une, elles ont dévalé la pente de mes joues et arrosé mon menton. Devant moi, le flou intégral. J’ai commencé à perdre le contrôle du véhicule. Et ça s'est fini comme ça.

   La tête enfoncée dans l’airbag du volant et le cœur au bord de l’explosion, j’ai pensé à ces cinq années. Six peut-être. J’ai arrêté de compter. J’ai revu nos conversations tard la nuit, les coups à boire qu’on s’était payé mutuellement et tout ce temps que j’avais gaspillé. T’as perdu la fille qui t’avais le plus aimé. Autour de la voiture, des gens se sont précipités : « elle est morte ? ». J’aurais bien voulu l’être. Juste pour t’oublier définitivement, ignorer ton existence et renaître le plus loin possible de toi. J’ai entendu qu’on appelait les secours. On m’a sortie de la voiture, en me tirant sous les aisselles. Et ça s'est fini comme ça.

   En fait, les deux derniers paragraphes sont un mensonge. Rectifions.

   Dans les premiers mètres me séparant de toi, je n’ai pas tenu bon. Effectivement, j’ai souri pendant de longues minutes. Sûrement trop longtemps. Je n’ai pas réussi à pleurer : mes larmes sont restées bloquées aux portes de mes cils. J’ai tremblé tout le long du trajet. A vrai dire, ton comportement m’a réellement déçue. Lorsque j’avais ouvert ma fenêtre, j’avais attendu que tu dises quelque chose. Un mot, même une syllabe. Pourtant, t’avais juste pris ta veste et t’étais parti. Sans m’accorder la moindre importance. J’avais vu de l’eczéma partout sur ton bras gauche. J’aurais voulu te demander si tu allais bien. Mais je n’avais pas osé. Et ça s'était fini comme ça.

   Je suis accoudée à la table d'un bar. En face de moi, deux amies. J’ai essayé de leur raconter mais les émotions sont plus fortes que tout. Pourtant, cette histoire n’a rien d’extraordinaire. Juste une fille un peu paumée qui a décidé de s’éloigner du garçon qu’elle a aimé pendant des années. Pour connaître ce qu’est vraiment l’amour et sortir d’un jeu malsain.

   Cependant, l’histoire n’est pas finie mais le personnage ne le sait pas.

   Après avoir marché pendant des heures dans les rues de ma ville, je suis entrée dans un magasin de chaussures. Espérant trouver le saint-Graal de la semelle et du cuir. J’ai pénétré dans le magasin et j’y ai attendu ma mère. Ce jour-là, je n’avais pas pensé à toi une seule seconde. Pourtant, au moment-même où j’ai été rejoindre ma mère, dans un coin de la boutique, je t’ai aperçu. J’ai senti tes yeux bleus se fixer sur moi. Tu as tiré par le bras la fille qui t’avais accompagné et tu m’as montré du doigt : « c’est elle ». Elle ? Comment ça elle ? Juste un pronom, c’est tout ? Mes joues se sont embrasées et j’ai commencé à paniquer intérieurement. J’ai pris ma mère par le bras : « je ne trouve pas ce que je cherche, on va ailleurs ? » et je me suis précipitée vers la sortie. Et ça s'est fini comme ça.

   A cet instant précis, le personnage espère et croit pouvoir échapper à son destin. Mais qui sait ? 
Titre: Re : Et ça c'est fini comme ça
Posté par: gage le 25 Août 2017 à 11:12:59
Bonjour Edma !

si tu me fais la plaisir de corriger ton titre en "Et ça s'est fini comme ça', promis, je viendrai te commenter.

Signé  :ned:
Titre: Re : Et ça c'est fini comme ça
Posté par: Edma le 25 Août 2017 à 11:32:14
Je viens de regarder et c'est écrit "Et ça c'est fini comme ça"??? C'est faux ?
Titre: Re : Et ça c'est fini comme ça
Posté par: Miromensil le 25 Août 2017 à 11:35:12
(Ouip c'est faux, cf. le passé composé (http://conjugaison.lemonde.fr/conjugaison/deuxieme-groupe/se%20finir/))

Titre: Re : Et ça s'est fini comme ça
Posté par: Edma le 25 Août 2017 à 11:39:10
C'est corrigé, merci beaucoup !
Titre: Re : Et ça s'est fini comme ça
Posté par: Chapart le 25 Août 2017 à 17:04:14
Salut,

Je suppose que ta remarque

Je me suis toujours demandée si le narrateur avait un réel pouvoir sur le personnage. Bonne lecture !

Se rapporte aux deux phrases à la fin de ton texte

   Cependant, l’histoire n’est pas finie mais le personnage ne le sait pas.

et

A cet instant précis, le personnage espère et croit pouvoir échapper à son destin. Mais qui sait ?

En fait, si je fais abstraction de ta remarque préliminaire, ces deux phrases sont la seule chose qui m'a réellement gêné dans ton texte que j'ai par ailleurs trouvé sympa (plus de remarques en-dessous). Je trouve le texte très bien sans elles, et je ne vois pas très bien à quoi elles servent, si ce n'est à nous indiquer "la suite au prochain épisode" (ça a un petit côté série télé du coup  :D :D) Dès le moment où une suite est écrite, il me semble qu'on n'en a plus besoin, et s'il n'y a pas de suite, je n'en vois pas l'utilité. J'ai eu l'impression que tu as voulu tester quelque chose au milieu d'un texte qui par ailleurs marche bien, et j'ai trouvé que ça se remarquait.

En dehors de cela comme je l'ai dit, j'ai bien aimé ton texte. Quelques remarques spécifiques:

Une fenêtre ouverte, la radio éteinte, et ma main tendue vers toi, ta veste au bout des doigts.

Le "et" juste après la virgule fait un peu lourd à mon goût, je pense que je l'enlèverais.

J’ai tenu bon, mes lèvres étaient closes et mon regard n’a pas dévié une seule fois dans ta direction. Pour une fois, j’ai été silencieuse. Tu as pris la veste, sans dire un mot, et fait demi-tour. J’ai souri et appuyé sur l’embrayage. Et ça s'est fini comme ça.

conversations tard la nuit, les coups à boire qu’on s’était payé mutuellement et tout ce temps que j’avais gaspillé.

qu'on s'était payés

T’as perdu la fille qui t’avais le plus aimé.

qui t'avait

   En fait, les deux derniers paragraphes sont un mensonge. Rectifions.

ça j'ai bien aimé, parce que je trouvais justement pas très réaliste la façon dont elle arrive à garder le contrôle d'elle-même aussi longtemps après être repartie.

Après avoir marché pendant des heures dans les rues de ma ville, je suis entrée dans un magasin de chaussures. Espérant trouver le saint-Graal de la semelle et du cuir.

Saint-Graal

J’ai pénétré dans le magasin et j’y ai attendu ma mère. Ce jour-là, je n’avais pas pensé à toi une seule seconde. Pourtant, au moment-même où j’ai été rejoindre ma mère,

moment même (pas de tiret)

Tu as tiré par le bras la fille qui t’avais accompagné et tu m’as montré du doigt : « c’est elle ». Elle ? Comment ça elle ? Juste un pronom, c’est tout ?

je trouve la réaction du garçon un peu étrange.

Voilà, joli texte sinon. Merci pour le partage!

Titre: Re : Et ça s'est fini comme ça
Posté par: Sophie131 le 25 Août 2017 à 17:28:27
Salut Edma

Rien de spécial à dire si ce n'est que j'ai bien aimé. Pas sûre d'avoir tout à fait compris les interventions du narrateur mais ça ne m'a pas gênée
Titre: Re : Et ça s'est fini comme ça
Posté par: gage le 25 Août 2017 à 18:55:29
Salut !
Chose promise chose due bien sûr !

D'abord on chipote, bien que Chapart ait déjà défriché.

Citer
et appuyé sur l’embrayage
C'est un truc bête, mais si tu "appuies" sur l'embrayage, ben il ne se passe rien, c'est à dire le contraire de ce que tu veux exprimer. Il faut trouver une autre tournure.
Citer
Il s’est accroché à mes lèvres
Je trouve dommage que tu répètes le mot "lèvres".
Citer
qu’on s’était payé
payés
Citer
la fille qui t’avais le plus aimé
qui t'avait
Citer
qui t’avais accompagné
qui t'accompagnait...

Voilà, je crois.

Je suis très client de ton procédé de narration qui consiste à changer les directions prises par la protagoniste. Mais je trouve ton texte bien court et peu ambitieux. En gardant la même idée on peut élaborer un labyrinthe d'opportunités, de choix variables.
Pas un roman, mais juste un texte un peu plus long dont chaque possibilité éclaire sur le caractère de la narratrice.
De ce fait, ton texte est trop court pour qu'une voix off (qui serait peut-être mieux en italique), le commente et indique la seconde direction, trop court pour qu'elle nous dise qu'il y a encore d'autres possibilités (un peu à la "smoking, no smoking").

Pour répondre à ton interrogation en exergue : un narrateur a vraiment beaucoup, beaucoup plus de pouvoir que cela encore.

Titre: Re : Et ça s'est fini comme ça
Posté par: Oussri le 25 Août 2017 à 20:25:12
Oh, Edma, Edma, Edma !!!!

Que ça fait longtemps !

Je suis contente de voir que tu écris toujours. Et de voir que tu as amélioré ton écriture !

Par contre, j'ai un regret... C'est trop court ! (Gaaage, les grands esprits se rencontrent !!) J'en voudrais plus. J'aime beaucoup le fait que tu t'essayes souvent à des choses nouvelles, tu prends des points de vue intéressants. C'est vraiment bien. J'aimerais lire ce texte mais avec tellement plus, plus de situations, plus de questionnements, plus de "c'est fini ou pas ?!".

Tu as une belle ébauche qui pourrait donner lieu à une nouvelle bien plus longue !

Mais je répète, j'ai beaucoup aimé. C'est bien pour ça que j'en veux davantage !

Attention, I'm back et je vais pas me gêner pour décortiquer tes nouveaux textes :noange:
Titre: Re : Et ça s'est fini comme ça
Posté par: Edma le 26 Août 2017 à 10:33:40
Merci à tous d'avoir corrigé certaines de mes fautes (certaines vraiment aberrante..). J'en ai pris compte et j'ai corrigé la version originale.
Il ne me reste plus qu'à revoir deux ou trois choses avant d'apporter la correction sur le site.

@Chapart, j'ai vraiment voulu testé quelque chose de nouveau. Je voulais y insérer une voix-off complètement omnisciente qui juge un peu le personnage. Sa naïveté...par exemple. Mais je songe à les enlever car je vois que ça perturbe plus que ça n'aide ! Merci de ton commentaire en tout cas.

@Gage, je pensais à "lâcher le frein"? C'est vrai que je n'avais pas du tout pensé à cette dimension (je suis une bien médiocre conductrice  :mrgreen:). Je suis en train de réécrire le texte, d'y rajouter des paragraphes...j'ai beaucoup de choses à dire sur ce texte.

@Oussri, aaaah Oussri, je suis ravie de te revoir sur le forum. Lorsque j'ai commencé, il y a maintenant deux ans, tu étais un peu comme un guide pour moi. J'adore tes textes et compte sur moi pour tous les lire avec application. En fait, j'ai lu beaucoup de Nouveau-Roman cette année et je pense que ça m'a un peu inspiré..(merci Duras  :coeur:). Je pense peaufiner le texte...compléter ! Merci en tout cas !

@Sophie131 merci beaucoup pour ton commentaire et d'avoir pris le temps de me lire !
Titre: Réédition et réécriture: Et ça s'est fini comme ça
Posté par: Edma le 26 Août 2017 à 12:23:51
Voilà, j'ai énormément réécrit et développé le texte publié hier. Alors je vous le partage en entier.

Année 1

J’ai traversé la cours de récréation le plus vite possible. Mes amies n’ont pas compris pourquoi j’avais pris la fuite de cette façon. J’ai toujours été lâche lorsqu’il s’agissait de toi. J’ai éteint mon portable pour ne pas voir tes messages : « je suis devant, on se voit ? ». J’avais toujours préféré te parler via les réseaux sociaux. Pas évident d’aller à ta rencontre quand le moindre de tes regards en ma direction me pétrifie. Donc, j’ai passé la grille principale du collège et t’ai aperçu quelques mètres plus loin, entouré d’autres garçons. A cet instant précis, j’ai commencé à marcher le plus vite possible : « pourvu qu’il ne me voit pas ».

 Soudain, alors que j’ai presque réussi à te dépasser sans que tu t’en rendes compte, j’ai entendu une amie de ma classe m’interpeller : « Eh, Katharina ! ». Du coin de l’œil, je t’ai vu commencer à chercher partout autour de toi. Puis, j’ai senti tes yeux bleus dans mon dos. Foutue. Je me suis retournée pour rattraper le coche, pas le choix.  Mais tu as pris la fuite, énervé de m’avoir attendue pour rien. Humilié. Et ça s’est fini comme ça.

Année 2


J’ai allumé mon ordinateur et voulu me connecter sur un célèbre réseau social. Mais l’écran n’a pas arrêté de m’indiquer que le mot de passe avait été changé. J’ai essayé pendant de longues minutes. Rien à faire, il a bien été modifié. Je me suis posée dans mon immense fauteuil rose et me suis mise à réfléchir. J’ai reçu un message de ta part : « je t’aime ». Et là, j’ai compris. J’ai respiré un grand coup et décidé de t’appeler. Comme d’habitude, tu t’es énervé. Tu as haussé le ton. Ta si belle voix m’a mitraillée de mots tous plus blessants les uns que les autres. Tu m’as traitée de folle, de menteuse ou encore de psychopathe. Puis, tu m’as raccroché au nez. Coupable. Déjà au tout début, t'étais odieux ; je t’avais confié un mot de passe naïvement et t’avais juste tout détruit.

Voyant les publications parues subitement sur mon compte, toutes très étranges, mes parents m’ont obligée à m’éloigner des réseaux sociaux. On m’a demandé qui avait fait ça : j’ai menti et dit que je ne savais pas. J’ai supprimé ton numéro. Et ça s’est fini comme ça.

Année 3

Grand soleil sur la cité messine, j’ai quitté mon stage avec empressement. J’ai glissé dans les escaliers de l’immeuble à cause de mes talons. Je suis sortie à toute vitesse, les joues rouges et mon chemisier tentant de s’échapper de mon pantalon. Tu t’es avancé vers moi et ,doucement, on a commencé à marcher vers la place centrale de la ville. Trop heureuse que tu m’écoutes, j’ai raconté ma vie. Nos bras se sont presque touchés quand on a remonté la rue. Tu m’as dit que j’étais toute petite et tu m’as payé un verre.

Je me suis sentie unique. Quelques heures plus tard, tu m’as accompagnée jusqu’à la gare. Le trajet m’a paru si court. T’as égayé ma journée et notre passif était désormais trop loin pour que j’y pense. Arrivés au bout de notre chemin, tu m’as souri et fait la bise. Je me suis contentée de ça : c’était déjà bien. Et ça s’est fini comme ça.

Cependant, rien ne s’est passé comme prévu.

L’automne a complètement recouvert les rues de feuilles mortes. J’ai passé la journée à faire du shopping avec ma mère et ma sœur. J’ai tenté de trouver la tenue adéquate pour le soir : une grosse soirée de prévu. Je n’ai plus pensé à toi depuis le mois de septembre. T’avais encore menti, tu t'étais pris une copine beaucoup plus jeune et je t’avais chassé de mes pensées. Ce soir, j’ai envie de m’amuser.

Assise à côté de ma meilleure amie, j’ai bu sans compter le nombre de verres qui touchaient mes lèvres. On a dansé, on a rigolé et chanté. Les voisins se sont plaints ; on a profité de la nuit. Plus mon estomac s’est rempli de liqueur, plus t’as commencé à apparaître dans un coin de ma tête. Alors, j’ai pris une bouteille et je l’ai finie. Au bout d’un moment, j’ai levé la tête et je t’ai vu, adossé à un arbre et tenant une canette de bière. J’ai cligné des yeux et me suis pincée l’avant-bras. Rien à faire, mon inconscient n’a rien inventé. Tu m’as prise à part et tu m’as embrassée.

Ce soir-là, l’alcool a parlé à ma place. D’après les témoignages que j’ai récoltés après la soirée, je t’aurais supplié de m’aimer. Tu m’as repoussée si fort et si bien que mon cœur a cédé. De cette soirée, je n’ai gardé qu’un seul souvenir. Le plus douloureux de tous. Toi, toujours toi évidemment, me prenant dans tes bras et disant : « merci, grâce à toi j’ai compris que j’aimais vraiment ma copine ».  Et ça s’est fini comme ça.

Par la suite, elle a essayé de le contacter pour lui demander des explications. Il n’a jamais répondu. Sa copine l’a appelée, elles se sont s’est expliquées : elle ne l’a pas crue.

Année 4

 Tous assis autour d’une table, on a commandé quelques bouteilles. La boîte a ouvert ses portes aux mineurs le temps d’une soirée et on s’est dit que c’était une bonne idée de sortie. On s’est déguisé en adulte, belles robes et chemises blanches. Sauf que je n’avais pas prévu de te voir. Cela fait un an que tu m’avais embrassée et j’avais préféré t’éviter tout ce temps.

Pourtant, t’as fait une apparition. Un ami t’a fait signe et tu as pris place en face de moi. Comme d’habitude, tu n’as pas pu t’empêcher de déverser toute ta haine. Des mots horribles sont sortis de ta bouche.  J’ai baissé la tête et serré les poings. Un sceau de glaçon devant moi. Je l’ai pris et jeté sur toi. Et ça s’est fini comme ça.
   
Année 5

Les multiples feux rouges que j’ai croisés m’ont ralentie. Je n’ai pas supporté tous ces piétons qui ont traversé à des endroits incongrus, sans prêter attention aux automobilistes. Puis je suis arrivée devant chez toi. T’avais laissé la porte ouverte. J’ai enlevé mes chaussures et je t’ai rejoint dehors. On a parlé sereinement alors que mon coeur tremblait comme jamais.

On est montés dans ta chambre. Tapisserie d’enfant, draps jaunes et trois écrans d’ordinateur. J’ai choisi un film et on s’est allongé l’un à côté de l’autre. Puis, au fur et à mesure, ta jambe sur la mienne, ma main dans la tienne et ton souffle dans mon cou. Tu n’as même pas été doux.

Je suis repartie, le cœur désormais vide et les cheveux en bataille. Je n’ai plus envie de te parler. J’ai l’impression que ce n’est pas moi que tu voulais. T’avais juste besoin d’un corps. Rien de plus. Je suis encore tombée dans le piège. Je me suis garée beaucoup plus loin que d’habitude. Trop loin. J’ai couru jusqu’au lycée. Et ça s’est fini comme ça.

En plein mois de juin

Tu m’as appelée et on s’est rejoint dans le centre-ville à une heure du matin. On a voulu boire un verre : bars fermés. Alors, on est retournés au parking et on est partis à l’aventure. C’était un des plus beaux moments de ma vie. On s’est baladé au hasard, prenant chacune des rues qui se présentaient à nous comme une possibilité de changer de vie. Je t’ai laissé le volant alors que tu n’avais pas encore passé le permis. J’ai eu peur mais je t’ai fait confiance. En fait, tu t’es bien débrouillé.

On s’est arrêté dans un endroit sympa. La lune brillait fort et t’as même coupé la musique. Tu t’es mis à raconter ta vie et tout ce que j’ai toujours voulu savoir. Sauf qu’à ce moment-là, j’ai compris que l’occasion était parfaite. Je t’ai pris par les épaules et je t’ai dit tout ce que j’avais envie de te dire depuis si longtemps. Tu m’as écoutée calmement ; j’ai même vu un sourire illuminer ton visage lorsque j’ai raconté quelques-unes de nos histoires. Une fois l’histoire finie, tu m’as prise dans tes bras. J’ai redémarré et à quatre heures du matin, je t’ai déposé chez toi. Et ça s’est fini comme ça.

Le deuxième paragraphe n’est qu’un fantasme. Corrigeons.

 C'est vrai, on s’est vraiment arrêté dans un endroit sympa. T’as baissé ton siège et tu t’es mis à parler sans t’arrêter. Tout ce que j’avais voulu savoir tu me l’as dit. Ton enfance, tes problèmes, tes conneries. Tu m’as semblé humain ce soir-là. J’ai eu envie de te prendre dans mes bras mais je n’ai rien fait. Je t’ai écouté parler encore et encore. Entre toi et moi, ça a toujours été le même schéma. J’ai longtemps cru que j’arriverais à passer au-dessus de l’amour que je te portais. A quatre heures du matin, je t’ai déposé chez toi. T’as oublié ta veste dans le coffre. Et ça s’est fini comme ça.

Deux mois plus tard…


Une fenêtre ouverte, la radio éteinte et ma main tendue vers toi, ta veste au bout des doigts. J’ai tenu bon, mes lèvres étaient closes et mon regard n’a pas dévié une seule fois dans ta direction. Pour une fois, j’ai été silencieuse. Tu as pris la veste, sans dire un mot et fait demi-tour. J’ai souri et lâché le frein. Et ça s’est fini comme ça.

Dans les premiers mètres me séparant de toi, j’ai tenu bon. Le sourire au coin de mes lèvres ne s’est pas immédiatement effacé. Il n’a pas voulu quitter mon visage pâle pendant une bonne dizaine de minutes. Puis, soudain, il a disparu. Les larmes ont éclipsé ce sourire qui m’a valu tant de compliments. Une à une, elles ont dévalé la pente de mes joues et arrosé mon menton. Devant moi, le flou intégral. J’ai commencé à perdre le contrôle du véhicule. Et ça c’est fini comme ça.

La tête enfoncée dans l’airbag du volant et le cœur au bord de l’explosion, j’ai pensé à ces cinq années. Six peut-être. J’ai arrêté de compter. J’ai revu nos conversations tard la nuit, les coups à boire qu’on s’était payés mutuellement et tout ce temps que j’avais gaspillé. T’as perdu la fille qui t’avait le plus aimé. Autour de la voiture, des gens se sont précipités : « elle est morte ? ». J’aurais bien voulu l’être. Juste pour t’oublier définitivement, ignorer ton existence et renaître le plus loin possible de toi. J’ai entendu qu’on appelait les secours. On m’a sortie de la voiture, en me tirant sous les aisselles. Et ça c’est fini comme ça.

En fait, les deux derniers paragraphes sont un mensonge. Rectifions.

Dans les premiers mètres me séparant de toi, je n’ai pas tenu bon. Effectivement, j’ai souri pendant de longues minutes. Sûrement trop longtemps. Je n’ai pas réussi à pleurer : mes larmes sont restées bloquées aux portes de mes cils. J’ai tremblé tout le long du trajet. A vrai dire, ton comportement m’a réellement déçue. Lorsque j’avais ouvert ma fenêtre, j’avais attendu que tu dises quelque chose. Un mot, même une syllabe. Pourtant, t’avais juste pris ta veste et t’étais parti. Sans m’accorder la moindre importance. J’avais vu de l’eczéma partout sur ton bras gauche. J’aurais voulu te demander si tu allais bien. Mais je n’avais pas osé. Et ça c’était fini comme ça.

Je suis accoudée sur la table du bar. En face de moi, deux de mes amies. J’ai essayé de leur raconter mais les émotions sont plus fortes que tout. Pourtant, cette histoire n’a rien d’extraordinaire. Juste une fille un peu paumée qui a décidé de s’éloigner du garçon qu’elle a aimé pendant des années. Pour connaître ce qu’est vraiment l’amour et sortir d’un jeu malsain.
   
Quelques jours plus tard…
   
Après avoir marché pendant des heures dans les rues de ma ville, je suis entrée dans un magasin de chaussures. Espérant trouver le Saint-Graal de la semelle et du cuir. J’ai pénétré dans le magasin et j’y ai attendu ma mère. Ce jour-là, je n’avais pas pensé à toi une seule seconde. Pourtant, au moment même où j’ai été rejoindre ma mère, dans un coin de la boutique, je t’ai aperçu. J’ai senti tes yeux bleus se fixer sur moi. Tu as tiré par le bras la fille qui t’avait accompagné et tu m’as montré du doigt : « c’est elle ». Elle ? Comment ça elle ? Juste un pronom, c’est tout ? Mes joues se sont embrasées et j’ai commencé à paniquer intérieurement. J’ai pris ma mère par le bras : « je ne trouve pas ce que je cherche, on va ailleurs ? » et je me suis précipitée vers la sortie. Et ça c’est fini comme ça.

Titre: Re : Réédition et réécriture: Et ça s'est fini comme ça
Posté par: Miromensil le 26 Août 2017 à 12:25:44
Comme c'est une V2, et dans un souci de visibilité, tu comprends que je fusionne ce fil avec le fil originaire ? ^^
Titre: Re : Réédition et réécriture: Et ça s'est fini comme ça
Posté par: Edma le 26 Août 2017 à 12:34:36
Oui sans soucis !
Titre: Re : Réédition et réécriture: Et ça s'est fini comme ça
Posté par: Chapart le 26 Août 2017 à 22:20:59
Salut salut,

J'aime beaucoup ta nouvelle version! Elle se lit très bien. Il y a une sobriété et une simplicité dans l'écriture qui rend encore plus forte cette description de quelques morceaux intenses d'une histoire d'amour.

Je trouve que les passages en italique s'intègrent désormais très bien au texte.

Quelques détails

« pourvu qu’il ne me voit pas ».

voie



J’ai allumé mon ordinateur et voulu me connecter sur un célèbre réseau social.

J'ai un peu tiqué sur le "célèbre réseau social". En principe on voit ce genre de formulation dans les journaux ou des critiques où ils ont pas le droit de citer le nom pour cause soit de publicité soit de diffamation.


essayé pendant de longues minutes. Rien à faire, il a bien été modifié. Je me suis

avait été modifié?

les joues rouges et mon chemisier tentant de s’échapper de mon pantalon. Tu t’es

Le "et" avant "mon chemisier" m'a paru curieux

Ce soir-là, l’alcool a parlé à ma place. D’après les témoignages que j’ai récoltés après la soirée, je t’aurais supplié de m’aimer. Tu m’as repoussée si fort et si bien

Il l'a "bien" repoussée? J'aurais peut-être utilisé un autre terme.

que je n’avais pas prévu de te voir. Cela fait un an que tu m’avais embrassée et j’avais préféré t’éviter tout ce temps.

Cela faisait un an?

On s’est baladé au hasard, prenant chacune des rues qui se présentaient à nous comme une possibilité de changer de vie.

Superbe phrase !

Tu as pris la veste, sans dire un mot et fait demi-tour.

Je me demande si la virgule n'est pas de trop  :???:
Titre: Re : Et ça s'est fini comme ça
Posté par: Edma le 27 Août 2017 à 11:57:27
@Chapart, je ne voulais pas citer le nom du réseau social, peut-être que j'aurai dû ?  A méditer !
Ensuite, merci beaucoup pour ton commentaire. Je suis vraiment contente que ça te plaise !
Je voulais vraiment donner cette impression d'une histoire en pointillé mais dont chaque point est intense.

Merci encore !  :coeur:
Titre: Re : Et ça s'est fini comme ça
Posté par: Chapart le 27 Août 2017 à 11:59:31
Non, pas forcément le citer, je pense que c'est juste le "célèbre" qui m'a fait un peu tiquer, après c'est personnel  ;D
Titre: Re : Et ça s'est fini comme ça
Posté par: Oussri le 27 Août 2017 à 23:16:15
Re Edma !

Ah ! J'aime la nouvelle version !

Par contre, je me suis perdue plusieurs fois dans le récit : les informations sont floues quant à son âge. Elle porte des talons, elle conduit mais elle est toujours au lycée... Un peu plus de mal à suivre que la première fois, il faudrait retravailler certains points pour mieux situer les évènements.

Quelques coquilles, mais je te laisse te relire, je suis sûre que tu sauras trouver les quelques petites fautes toute seule !

J'adore cependant la manière dont tu as écrit ce texte, cette suite d'évènements, et cet amour délétère qu'elle ressent pour ce garçon ignoble... On sent bien qu'elle sait au fond d'elle qu'il ne changera pas mais elle continue d'espérer vainement. La pauvre.

Il méritait vraiment cette longueur qui lui sied bien davantage.

J'aurais aimé une fin plus tranchée. Du genre, elle parvient à surmonter cet amour à sens unique, ou du moins qu'on voit poindre une étincelle de détachement ; ou alors que cette blessure qu'il a ouverte en elle la suive toute sa vie.