Le Monde de L'Écriture

Salon littéraire => Salle de débats et réflexions sur l'écriture => Discussion démarrée par: milena-owein le 08 Juin 2017 à 18:20:56

Titre: La construction d'univers : quoi qu'est-ce ?
Posté par: milena-owein le 08 Juin 2017 à 18:20:56
Tout roman n'est pas nécessairement issu d'un univers très aboutit, tout auteur n'est pas obligatoirement un bâtisseur de monde.

Du coup qu'est ce que c'est que construire un univers ? Comment on en arrive à se dire qu'il faut un univers construit à notre histoire ? De quelle façon construit-on un univers ?

La construction d'univers doit être la chose qui me plait le plus dans l'écriture. Bien sûr ce que je préfère c'est raconter une histoire mais je ne crois pas être capable de dissocier l'histoire de l'univers dans laquelle elle se déroule.

J'avais envie d'ouvrir ce fil pour parler de la construction d'univers au sens très large. Je sais que des fils existent déjà sur des aspects plus précis mais l'idée était plutôt ici de se questionner sur : qu'est-ce que c'est ? pourquoi on le fait ? comment on fait ?
En partageant nos diverses expériences de construction ou de non construction (pourquoi on a décidé de ne pas construire d'univers à tel récit).

Voilà, c'est à vous ^^
Titre: Re : La construction d'univers : quoi qu'est-ce ?
Posté par: Nocte le 08 Juin 2017 à 18:57:46
Je préfère bichonner un petit potager plutôt que de faire dans le Haussmannien.
Titre: Re : La construction d'univers : quoi qu'est-ce ?
Posté par: Alan Tréard le 09 Juin 2017 à 03:22:45
Question intéressante ! En ce moment je travaille sur le conte féerique, et il m'est bien difficile de faire la rupture entre le "normal" et le féerique. L'une des questions qui revient souvent, c'est : quel est le rôle d'un personnage ou d'un pouvoir magique, quel est son impact sur l'histoire. Plus c'est étrange, plus c'est banal. L'univers fait aussi partie des personnages : ceux-ci trouvent absolument normal de tomber sur une fée qui leur confère quelque pouvoir ou conseil invraisemblable...

Je pense qu'il faut savoir jouer avec les attentes d'une lectrice ou d'un lecteur... ou non ! Plutôt savoir amener la lecture à prendre une chose invraisemblable comme ayant du sens. Remarque on peut faire l'inverse.
Titre: Re : La construction d'univers : quoi qu'est-ce ?
Posté par: vinzWallbreaker le 09 Juin 2017 à 14:04:40
En ce qui me concerne, construire un monde permet une totale liberté de pensée cosmique vers un nouvel âge réminiscent https://www.youtube.com/watch?v=dOJwGl3yLMU (https://www.youtube.com/watch?v=dOJwGl3yLMU)... Pardon, j'ai rematté les Inconnus il y a peu.
Bref, cela permet de s'affranchir de certaines notions ou contraintes du réel. Ou de se faire plaisir en inventant des paysages, des peuples, des animaux, des villes qui n'existent pas, n'ont jamais existé ou n'existeront probablement jamais.
L'envers du décor, c'est qu'il faut trouver une cohérence pour que tout se tienne, à moins bien sûr d'avoir une histoire qui nécessite un monde complètement "tordu" qui s'adapte au récit. Mais souvent on adapte notre récit au monde que l'on a en tête.
Sur mon texte long, je navigue entre monde créé qui me sert de cadre et lieux qui s'adaptent/apparaissent en fonction de  l'intrigue. D'où le besoin d'une cohérence pour éviter que le lecteur ne se rende compte des différentes utilisations de ce monde.
Titre: Re : La construction d'univers : quoi qu'est-ce ?
Posté par: milena-owein le 09 Juin 2017 à 14:36:17
En ce qui me concerne, construire un monde permet une totale liberté de pensée cosmique vers un nouvel âge réminiscent https://www.youtube.com/watch?v=dOJwGl3yLMU (https://www.youtube.com/watch?v=dOJwGl3yLMU) un monde Mais souvent on adapte notre récit au monde que l'on a en tête.
J'avais envie de réagir sur ça ^^
Je pense qu'en fait ici y'a vraiment 2 écoles : ceux qui construisent un univers pour ensuite raconter une des histoires qui s'y déroulent, et ceux qui ont une histoire et inventent l'univers dans laquelle elle se déroule (pour apporter des éléments de cohérence et mieux raconter).

Pour moi la question de la construction d'univers est primordiale dans la littérature SFFF. Créer un univers qui semble vivant, c'est cela qui va donner de l'enjeu au récit. Si le monde est sur le point de disparaître sous un hiver nucléaire mais qu'il n'est pas assez cohérent pour qu'on croit à la réalité de ce monde, alors globalement les lecteurs s'en foutrons de savoir s'il va disparaître ou pas. Comment peut-on avoir peur pour un monde dont on arrive pas à croire qu'il existe ?

Ensuite pour moi la construction d'univers permet des créer des histoires plus original : plus le monde est simpliste plus l'histoire raconté à tendance à l'être elle aussi.
Titre: Re : Re : La construction d'univers : quoi qu'est-ce ?
Posté par: Nocte le 09 Juin 2017 à 19:53:19
Comment peut-on avoir peur pour un monde dont on arrive pas à croire qu'il existe ?
Suspension d'incrédulité. Lorsque je vois une oeuvre je ne cherche pas à croire qu'elle existe, bien sûr qu'elle existe, mais dans sa propre réalité, avec ses propres codes. Avoir peur ou pas, ça dépendra si je rentre dans l'univers, mais ce n'est pas une question d'y croire, mais de le ressentir. L'esthétique, pas la cohérence.
Titre: Re : Re : Re : La construction d'univers : quoi qu'est-ce ?
Posté par: Jonque le 12 Juin 2017 à 09:49:42
L'esthétique, pas la cohérence.

Je pense que la cohérence est très importante. L'esthétique aussi certes, mais un univers qui se contredit où ne qui peut pas fournir suffisamment d'explications, bof

Un exemple d'univers qui se contredit, sans jugement sur le reste, juste parce que c'est pas cohérent: les films Twilight (au cas où quelqu'un lisant ceci aurait prévu de voir le dernier, je mets un spoiler)
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.

C'est pas du tout cohérent et c'est le genre de chose que je trouve vraiment énervante.
Titre: Re : La construction d'univers : quoi qu'est-ce ?
Posté par: mercurielle le 07 Août 2017 à 11:32:26
Chaque auteur a son univers propre qui correspond à ce qu'il est au fond de lui (je ne parle pas ici des trucs fantastiques et autres étrangetés fort à la mode).

Rien à construire donc.

De là naît le style. 
Titre: Re : La construction d'univers : quoi qu'est-ce ?
Posté par: milena-owein le 07 Août 2017 à 13:44:15
Dans ce cas on peut fermer le forum
Titre: Re : La construction d'univers : quoi qu'est-ce ?
Posté par: Alan Tréard le 07 Août 2017 à 15:31:59
 :'(
Titre: Re : La construction d'univers : quoi qu'est-ce ?
Posté par: Paloma le 12 Août 2017 à 13:02:09
Hello :)

Je pense que ça peut-être intéressant d'imaginer d'abord des personnages, puis de les placer dans ton univers. Par exemple, tu imagines Filya, jeune fille de 18 ans, à la peau mate et aux yeux verts. Où habite-t-elle? Dans la cité d'Orian. Et cette cité où se situe-t-elle? Sur le continent Haut-rivage. Ont-il un roi? Ou une démocratie? Est-ce que ç'a toujours été le cas?
Filya a-t-elle une religion? Laquelle?
Quel métier fait-elle?
Qui sont ses ancêtres?
Y-a-t-il des conflits dans son univers?

Et tu brodes l'univers autours de ce personnage dont tu veux narrer l'histoire :)

Je sais que parfois des auteurs font l'inverse : ils imaginent l'univers d'abord avant de créer l'histoire. Je pense que les deux sont possibles ^^
Titre: Re : La construction d'univers : quoi qu'est-ce ?
Posté par: milena-owein le 15 Octobre 2017 à 11:04:51
Moi mon point de vue sur la création d'univers doit beaucoup aux théories de Stanislavsky sur le théâtre.

Est-ce que j'ai déjà parlé de la chaise de Stanislavsky ? Parce que j'ai du l'expliquer à tous les gens avec qui j'ai discuter un peu de création d'univers  :mrgreen:

Pour faire simple : Stanislavasky était prof de théâtre (entre autre) et un jour il a demander à son groupe d'élève de monter sur scène et de s’asseoir sur une chaise.
Chacun leur tour, il se sont levé et sont monté sur scène pour s'asseoir sur cette fameuse chaise. Mais, en regardant l'exercice, ce que les autres élèves voyait n'était rien moins qu'une personne mal à l'aise, s’asseyant sans savoir pourquoi elle s'asseyait.
Alors Stanyslavsky, quelque peut énerver de voir qu'après autant d'année d'étude des art dramatiques aucun de ses élèves ne parvenait à faire correctement un geste aussi simple que celui de s'asseoir sur une chaise, accomplit l'exercice à son tour.
Ce que les élèves virent alors c'est un père de famille rentrer chez lui après une longue journée de travaille, s'asseoir dans un fauteuil confortable et lire un journal en fumant.
Stanislavsky n'avait pas mimer chacun que ces gestes (il n'avait pas mimer les enfants ou la fatique, ni même le fauteuil, la pipe ou le journal), il n'avait fait que rentrer sur scène en ayant en tête l'état d'esprit du personnage qu'il avait décidé d'incarner.
Stanislavsky expliquer à ces élèves l'exercice de la façon suivante : il est impossible de s'asseoir sur une chaise d'une façon juste et cohérente si on a pas d'abord créer la vie intérieur de la personne qui doit s'asseoir. Parce que s'asseoir sur une chaise est un geste trop simple, trop naturel, trop spontanné pour être fabriqué : il ne peut que venir spontannément. Et pour cela il faut créer la vie intérieur d'un personnage, car seul cette vie peut recréer la simplicité d'un homme fatigué qui s'asseoit.

Je vois la création d'univers de la même façon : il faut que des personnages nous semble vrai, pour que nous lecteur nous ayons peur de les perdre. Et s'ils ont peur de perdre ce qu'ils aiment, cela doit nous sembler aussi réel et palpable que notre monde, pour que nous puissions avoir peur que cela soit détruit.

Mais surtout, là où la chaise de Stanislavsky me fascine c'est que cet exercice dit surtout : si vous avez une vie intérieur cohérente et construite, elle transparaît sur scène dans chacun des actes, elle apparaît cohérente et construite au spectateur, quelque soit l'incohérence des gestes effectués ou de la situation raconté. Stanislavsky n'a pas eu besoin de monter sur scène et de dire "A lala, qu'est ce que je suis fatigué, vivement que je m'instale dans ce fauteuil, ah qu'il est confortable, et une bouffé de bon tabac, en lisant ce journal, délasse mieux que tout !". De même un univers construit, complexe, travaillé, n'a pas besoin d’assommer son lecteur de détail.

Quand vous connaissez intimement votre univers, dans son sens et dans sa cohérence, je pense qu'il n'est plus alors besoin de le décrire en détail. Ce que vous savez de votre univers, marque votre façon de raconter l'histoire qui s'y déroule, d'une façon à la fois aussi subtile et pourtant aussi nette, que la vie intérieur de Stanislavsky marque la façon dont il s'assoit sur une chaise.

Pour finir, il n'y a pour moi aucune limite à la création d'univers, aucun superflu, aucun inutile. Il peut y en avoir dans la narration (une description trop lourde qui casse le rythme d'une scène, une profusion de détail qui rend incompréhensible une description). Mais dans la construction d'univers, jamais, depuis l'architecture d'une ville, aux dessins gravé au couteau sur une table d'auberge, en passant par la couleur des oiseaux ; tout participe à la construction de la vie intérieur de l'univers. Tout transparaît à chaque instant dans la narration.
Titre: Re : La construction d'univers : quoi qu'est-ce ?
Posté par: Ari le 15 Octobre 2017 à 18:28:25
Merci pour toute cette réflexion que tu nous proposes. J'aime beaucoup.

Citer
Pour faire simple : Stanislavasky était prof de théâtre (entre autre) et un jour il a demander à son groupe d'élève de monter sur scène et de s’asseoir sur une chaise. (...) Et pour cela il faut créer la vie intérieur d'un personnage, car seul cette vie peut recréer la simplicité d'un homme fatigué qui s'asseoit.
Mon prof de théâtre aurait adoré ^^ !

Citer
Mais surtout, là où la chaise de Stanislavsky me fascine c'est que cet exercice dit surtout : si vous avez une vie intérieur cohérente et construite, elle transparaît sur scène dans chacun des actes, elle apparaît cohérente et construite au spectateur, quelque soit l'incohérence des gestes effectués ou de la situation raconté. Stanislavsky n'a pas eu besoin de monter sur scène et de dire "A lala, qu'est ce que je suis fatigué, vivement que je m'instale dans ce fauteuil, ah qu'il est confortable, et une bouffé de bon tabac, en lisant ce journal, délasse mieux que tout !". De même un univers construit, complexe, travaillé, n'a pas besoin d’assommer son lecteur de détail.

Quand vous connaissez intimement votre univers, dans son sens et dans sa cohérence, je pense qu'il n'est plus alors besoin de le décrire en détail. Ce que vous savez de votre univers, marque votre façon de raconter l'histoire qui s'y déroule, d'une façon à la fois aussi subtile et pourtant aussi nette, que la vie intérieur de Stanislavsky marque la façon dont il s'assoit sur une chaise.
J'avais compris cette idée déjà bien illustrée par toutes les remarques que tu m'avais faites sur mon propre roman ;) J'avais déjà bien aimé cette réflexion distillée par petites gouttes ; là c'est top d'en avoir toute une explication.

Bien que je sois d'accord avec toi et très intéressée par ce point de vue, j'y apporterais quand même une nuance (sûrement évidente) : lorsqu'il s'agit d'un univers SFFF, il faut quand même faire attention à ce que tout soit bien clair du point de vue du lecteur ; si on reste soi-même trop immergé dans une logique nouvelle, on peut se laisser prendre au jeu et oublier les réflexes de manière de pensée des personnes qui n'ont pas encore découvert notre monde.

Citer
Pour finir, il n'y a pour moi aucune limite à la création d'univers, aucun superflu, aucun inutile. Il peut y en avoir dans la narration (une description trop lourde qui casse le rythme d'une scène, une profusion de détail qui rend incompréhensible une description). Mais dans la construction d'univers, jamais, depuis l'architecture d'une ville, aux dessins gravé au couteau sur une table d'auberge, en passant par la couleur des oiseaux ; tout participe à la construction de la vie intérieur de l'univers. Tout transparaît à chaque instant dans la narration.
Tu as sûrement raison sur la théorie. En pratique, je trouve ça difficile pourtant d'écrire des choses et de ne pas les partager avec le lecteur. J'adore peaufiner de petits détails sur un autre monde mais j'ai aussi très très envie de les distiller au fil de la lecture. Cela dit j'espère le faire en touches suffisamment subtiles (mais c'est parfois une gymnastique compliquée).

Pour la question : est-ce les personnages qui créent l'univers ou bien l'inverse ? J'aurais beaucoup de mal à me situer. Je pense que je fais un mélange des deux, ça se fait naturellement pour moi. Tout vient ensemble.

Citer
qu'est-ce que c'est ? pourquoi on le fait ? comment on fait ?
Je réponds en ce qui me concerne :

Pourquoi on le fait ?
=> pour le plaisir, il faut bien le dire :) . Pour l'évasion. Pour le besoin d'air et de nature, de grands paysages extrêmement variés. Pour se confronter virtuellement à des situations qu'on a peu de chances d'affronter dans le monde réel. Pour la souplesse et la liberté qu'un univers imaginaire nous offre pour la création de toute histoire.
=> par manque de confiance en moi pour réussir à créer une belle intrigue cohérente dans le monde réel. La peur de ne pas m'y connaître assez en géopolitique, la peur de ne pas pouvoir me mettre à la place de qqn qui exercerait un métier différent du mien (alors que paradoxalement, je n'ai aucun scrupule à me mettre à la place d'une princesse ou d'un tueur à gages  :D ).

Comment on fait ? = comment on fait pour l'inventer
=> C'est tellement naturel... J'imagine, j'imagine, j'imagine. Après, je sais ce qui peut m'inspirer tout particulièrement : Pour les décors, ce serait des photos de paysages incroyables. Sur terre, il y en a certes peu qui correspondent à ce dont je rêve, mais il y en a quand même tellement, tellement de merveilles, auxquelles il n'est pas nécessaire d'ajouter grand chose pour construire un superbe décor. Pour les enjeux politiques, les peuples etc,... C'est parfois visuel : je visualise un personnage et l'atmosphère de tout son peuple me vient en même temps, le type de caractère, les contraintes de cette société, etc. C'est parfois + intuitif. Parfois je pense plutôt à une ambiance, une émotion. Et puis après, une fois qu'on a le décor, les peuples, les personnages... Un peu d'histoire vient compléter le tout (pour expliquer les enjeux actuels) et les détails viennent se greffer naturellement.
=> Oui bon au total je n'ai pas vraiment de mode d'emploi  :D

Comment on fait ? = comment on fait pour le raconter
=> Distiller le plus possible (je ne dis pas que j'y arrive toujours). Quand il y a un peu d'histoire à expliquer, ça ne me dérange pas de faire un bon paragraphe car c'est une histoire dans une histoire, ça raconte déjà quelque chose. Quand ce sont les coutumes d'un peuple, ses particularités, etc... Je ne le mets que quand ça tombe au bon moment : montrer plutôt que raconter. Et quand il s'agit des descriptions, c'est parfois difficile car j'adore décrire, mais j'essaye de saisir assez rapidement les couleurs et les grandes lignes du paysage, en laissant le soin au lecteur d'imaginer les détails.

Qu'est-ce que c'est ?
=> C'est la question qui me trouble le plus. Qu'entends-tu par là, Milena ?

Citer
L'envers du décor, c'est qu'il faut trouver une cohérence pour que tout se tienne, à moins bien sûr d'avoir une histoire qui nécessite un monde complètement "tordu" qui s'adapte au récit. Mais souvent on adapte notre récit au monde que l'on a en tête.
Euh...  :-[ Pour mon roman actuel, je crois que j'ai choisi l'option d'un monde complètement "tordu" qui s'adapte au récit !
Il s'agit d'une fiction dans une fiction. Du coup, tout en me faisant plaisir sur tout ce que j'ai envie d'inventer, je cultive un certain flou pour pas mal de choses ; notamment un flou spatial et temporel : pas de date, pas de carte ; pour des raisons qui sont présentées comme logique (absence de cartographes... unités de mesures trop disparates... calendriers différents si bien que les héros s'y perdent) mais dont le vrai but est de retrouver l'intemporalité d'un conte.
Titre: Re : La construction d'univers : quoi qu'est-ce ?
Posté par: vinzWallbreaker le 17 Octobre 2017 à 13:51:11
Exactement ce que je disais. Si c'est volontaire et assumé. ::)

Pour le reste, je trouve l'intervention de Miléna très forte et très "vraie". Si l'on n'arrive pas à s'immerger dans soin monde, alors impossible au lecteur de le faire. Maintenant, ne pas y être trop profondément immergé non plus au risque de larguer le lecteur sur les rivages de l'incompréhension.
Titre: Re : La construction d'univers : quoi qu'est-ce ?
Posté par: milena-owein le 17 Octobre 2017 à 14:12:20
Maintenant, ne pas y être trop profondément immergé non plus au risque de larguer le lecteur sur les rivages de l'incompréhension.
Bin justement je suis pas du tout sûr de ça.
Je l'entend toujours dire et pourtant plus j'avance moins j'y crois.

Cette idée de "il faut créer un monde mais pas trop", "pas avoir trop de détail", "pas un truc trop différent de ce qu'on connait", "il faut pas perdre son lecteur", je la trouve vachement stéréotypé et dans la pratique assez fausse.
Je compare à ce que je disais des films chinois ou japonnais que je regarde parfois. Il m'est arriver de regarder des films historique chinois ou japonnais et de ne rien comprendre car le film - puisqu'il évoque des choses très claire et connu pour son public visé - ne s'embarasse pas de décrire le contexte, le pourquoi du comment, comme nos films américain le font pour être sûr que tout le monde suivent. Et pourtant ça ne m'empêche pas d'être saisit par ce genre de film, car je peux sentir l'aspect iconique de tel ou tel détail rien qu'à la façon qu'a le film de le présenter (sans mettre des gros néon autour en mode "t'as vue ? hein, t'as vu ?" comme les films américain).

Par exemple de le film Détective Dee, lorsque Dee obtient son arme Dragon Docile, un baton (arme que le héros connait déjà puis que le film raconte une de ses aventures et pas son origine storie), le film dit peu de chose de cette arme, et pourtant dès le premier visionnage j'ai perçut la puissance de ce détaille. A la façon qu'avait le personnage de la toucher, de murmurer son nom, je sentais que j'étais face à quelque chose faisant écho à un grand nombre d'histoire, de légende.

Les films américain me donnent souvent l'impression de parler pour combler les vides.
Les films japonnais ou chinois me donne au contraire l'impression de se taire pour exister d'avantage.

Ma dernière claque visuel du genre c'était The Tigger and the old man tale.

Il ne faut pas être trop bavard sur son univers, mais nul ne devrait être avare de la création de détail.
Titre: Re : La construction d'univers : quoi qu'est-ce ?
Posté par: Ari le 17 Octobre 2017 à 18:20:41
Citer
Cette idée de "il faut créer un monde mais pas trop", "pas avoir trop de détail", "pas un truc trop différent de ce qu'on connait", "il faut pas perdre son lecteur", je la trouve vachement stéréotypé et dans la pratique assez fausse.
Ah non ce n'était pas du tout ça que je voulais dire.
Je voulais dire qu'il ne faut pas oublier ce que le lecteur ignore, en ce qui concerne les choses nécessaires à comprendre l'histoire. J'ai du mal à trouver un exemple là tout de suite donc je vais prendre un truc tout pourri : s'il y a une créature que seul un personnage peut voir, il faut peut-être le préciser à un moment, sinon le lecteur va se demander pourquoi tout le monde s'en fiche de la créature. Ce que je voulais dire c'est que parfois des choses coulent de source pour l'auteur, au point d'oublier d'expliquer certaines choses, qui auraient besoin d'être précisées pour le lecteur. Ce qui n'empêche pas du tout de détailler son univers à mort et de le faire très différent de ce qu'on connait etc etc.
Titre: Re : La construction d'univers : quoi qu'est-ce ?
Posté par: milena-owein le 17 Octobre 2017 à 18:32:26
Oui tout à fait d'accord : d'où l'intérêt d'avoir des relecture et des beta lecteur.
Mais pour moi il faut bien faire la différence entre un défaut de narration et un défaut de construction.
Là ce que tu me décris, pour moi c'est un défaut de narration (ce que l'auteur veut raconter n'est pas compréhensible pour le lecteur) mais la construction d'univers n'en est pas la cause (ce n'est pas parce que l'univers serait "trop complexe"). Au mieux se serait une cause indirecte : l'auteur, trop immergé dans son univers, n'arrive plus à se mettre à la place d'un lecteur n'en connaissant rien. Mais ce n'est pas un défaut de la pratique de la construction d'univers, ni un défaut de la construction elle-même.

D'où mon idée que selon moi dire "il ne faut pas trop construire un univers sinon tu n'arrives pas à le rendre accessible au lecteur" est une idée reçut assez fausse.
Titre: Re : La construction d'univers : quoi qu'est-ce ?
Posté par: Ari le 17 Octobre 2017 à 18:52:15
Citer
Au mieux se serait une cause indirecte : l'auteur, trop immergé dans son univers, n'arrive plus à se mettre à la place d'un lecteur n'en connaissant rien
Voilà, c'est exactement ça que je voulais dire :) .

Citer
D'où mon idée que selon moi dire "il ne faut pas trop construire un univers sinon tu n'arrives pas à le rendre accessible au lecteur" est une idée reçut assez fausse.
Je suis totalement d'accord avec toi :) .
Titre: Re : La construction d'univers : quoi qu'est-ce ?
Posté par: vinzWallbreaker le 18 Octobre 2017 à 10:15:25
J'ai pas dis qu'il ne fallait pas avoir un truc trop "riche". Juste penser de temps à autre qu'une personne étrangère peut décrocher si on omet certains détails. Ce que j'entendais par "être trop immergé dans son monde".
Titre: Re : La construction d'univers : quoi qu'est-ce ?
Posté par: Nocte le 18 Octobre 2017 à 10:50:05
Mais quel genre de détails ?
Titre: Re : La construction d'univers : quoi qu'est-ce ?
Posté par: vinzWallbreaker le 18 Octobre 2017 à 11:32:48
Détails d'ordre géopolitiques par exemple... En tant qu'auteur j'ai une idée plus ou moins précise des relation entre peuple et pourquoi... Si j'oublie de préciser certaines choses, on peut passer à côté de la compréhension d'une action ou de la pensée d'un personnage, par exemple.
Titre: Re : La construction d'univers : quoi qu'est-ce ?
Posté par: Shaike le 18 Juillet 2018 à 22:11:27
Dans mon cas, j'ai commencer à écrire autour de mes personnages. Puis mes personnages ont changés. Le monde aussi.

Maintenant, le monde que j'ai créer a ses propre règles, ses nations, sa physique propre, sa logique, et même une part de sociologie. J'ai mis des années à créer cette univers. J'ai même dû me créer à titre personnel un lexique en trois langues différentes pour ne pas faire de fautes d'orthographes ou de vocabulaires quand mon personnage voyage. Et j'ai toujours sous le coude mon "carnet de voyage" qui retrace l'histoire de chaque pays/ville, de toutes les cartes dessinées de mes mains, les croquis de mes objets, et créations.

En soit, ce monde s'est créer un peu tout seul, il s'est imposé, et à évoluer dans le temps, comme le nôtres. Je pense pas que l'on puisse réellement parler de créer un univers. Je pense plutôt qu'il s'agit d'une sorte de créature qui se fait elle-même, au gré des expériences des personnages de l'histoire. Après x années à travailler dans ce monde, il a fini par devenir plus vivant que si je m'était réveillé le matin en me disant: je vais créer un monde. Littéralement, on pourrai parler de Big-Bang, mais après, tout ce fait un peu tout seul, avec le temps.

Après, quand un monde devient (trop) complexe vient un autre problème: comment expliquer a un invité comme le lecteur la logique du monde? Le problème est encore plus vrai dans une scène d'action. y'a a mon sens deux solutions. L'expliquer dans le texte au risque de cassé l'action/ l'ambiance, ou même un astérisque, qui vous renvois au choix en bas de page, ou a la fin du livre (c'est souvent mon cas). Mais il faut toujours que l'explication soit cohérente. On ne peu pas faire demander au valet du roi qui est son seigneur. Ce serait étrange...

Titre: Re : La construction d'univers : quoi qu'est-ce ?
Posté par: emma le 04 Octobre 2018 à 22:32:51
un univers en tout cas ce n'est pas nécessairement à comprendre dans le sens "monde parallèle"genre fantasy ou science fiction, on peut construire un univers à partir de chose à priori existantes, mais simplement en les présentant selon une logique absurde et poétique. Jacques Tati faisait çà très bien.
Titre: Re : La construction d'univers : quoi qu'est-ce ?
Posté par: Mutgnan - Lip le 06 Octobre 2018 à 16:25:56
Je me trouve en ce moment même au prise avec la création de l'univers de mon roman. Je parlais au tout début du diable mais je me suis rendue compte que ce terme ne colle pas avec ce que je veux développer dans mon histoire, qu'il est trop connu et a donc déjà tout un bagage avec lui. J'ai donc créé deux divinités qui correspondent mieux. Ce qui me semble complexe est d'amener leur ''définition'' dans le cours de l'histoire. Idem lorsque je veux définir la ''carte'' de mon monde, mais j'espère quand écrivant la suite je trouverais le bon moment pour l'aborder.
Titre: Re : La construction d'univers : quoi qu'est-ce ?
Posté par: Karas le 15 Octobre 2018 à 12:44:00
Pour moi, la construction d'univers est quelque chose qui doit être stable et organisé pour l'auteur, mais qui n'a pas forcément à être expliqué intégralement et immédiatement au lecteur/public. En ce moment, j'ai l'impression que beaucoup de gens se questionnent et bloquent dès que quelque chose n'est pas parfaitement et immédiatement clair dans les oeuvres de fiction, plutôt que de juste se faire leurs propres hypothèses ou d'accepter que c'est quelque chose qui fonctionne et qu'ils auront peut-être des explications plus tard, ou se dire qu'ils ont tout simplement raté des indices qui étaient venus avant.

Bon, parfois c'est parce que l'histoire ne donne réellement pas assez d'éléments pour qu'on comprenne sa logique, donc va savoir si c'est la fiction qui s'attend trop à ce que l'audience remplisse les trous, ou si l'audience est trop paresseuse pour les remplir, ou trop impatiente pour attendre les explications. Mais bon, ça c'est un autre débat.

Avec tous les mondes fictifs qui ont été créés, il y a forcément des points communs entre chaque, donc à moins de faire quelque chose de complètement original et qui s'éloigne de tout ce qui est connu, dès que l'univers qu'on crée rentre dans une catégorie bien déterminée (fantasy, SF, polar, horreur etc.), on y retrouvera probablement des éléments présents dans d'autres oeuvres du même type, donc quand on crée un univers de SF, pas besoin d'expliquer une fois de plus au lecteur ce qu'est un pistolet laser ou un téléporteur, à moins encore une fois que leur fonctionnement soit différent de ce qu'on connait et/ou très important pour le récit. Pas besoin d'expliquer dans un monde de fantasy que les gens peuvent tirer des boules de feu avec les mains, ou de faire un aparté sur les vampires dans un récit d'horreur.

Donc, quand on construit un monde, mais qu'on le base sur une catégorie précise, on se doit de mettre ses éléments uniques en avant, et garder les trucs plus habituels, généraux et répandus plus vagues, parce que les lecteurs les ont déjà probablement vu des tas de fois auparavant, et n'ont pas besoin qu'on leur réexplique les bases. Et d'un autre côté, vu que d'après moi, la plupart des histoires se déroulent au-travers du point de vue d'un personnage vivant dans un univers, le texte se doit de nous montrer le monde comme s'il était normal et habituel aux yeux du protagoniste, qui n'a lui non plus pas besoin qu'on lui explique tout vu qu'il est né et vit dans le monde où se déroule l'histoire.

Du coup, à moins de raconter un récit d'un point de vue externe, avec un narrateur omniscient ou en tout cas qui décrit tout ce qui se passe de manière objective, un univers peut se permettre de garder des parts d'ombre aux yeux du lecteur, de cacher des éléments qui sont pourtant censés être connus de certains personnages, voire de tout le monde, mais qui n'ont pas à être mis en avant tout de suite.

Dans mon texte actuel, l'histoire est vue au-travers de l'héroïne, qui connaît déjà bien le monde dans lequel elle vit, et même si elle est "suivie" par un narrateur qui décrit l'action autour d'elle et fait des petits apartés réguliers pour clarifier des détails qui sont justement originaux à cet univers et/ou importants pour le déroulement du scénario, beaucoup de choses sont livrées de but en blanc comme si elles n'avaient rien de spécial alors qu'elles pourraient faire lever quelques sourcils.

Du coup, c'est là que la frontière devient floue, entre l'auteur qui s'attend un peu trop à ce que les lecteurs soient capables de faire leurs propres interprétations, et les lecteurs qui veulent des explications immédiates. Parce que d'un côté j'ai des lecteurs qui saisissent vite la nature des humains artificiels présents dans mon récit ainsi que de leurs super-pouvoirs à la limite entre la magie, les pouvoirs de X-Men et le Ki à la Dragon Ball. Et j'en ai d'autres qui n'arrivent toujours pas à déterminer si ce sont des êtres organiques ou robotiques, ou ce que leurs pouvoirs de manipulation énergétique sont censés être, même au bout de plusieurs chapitres où on les voit utiliser leurs compétences sous diverses formes qui auraient sans doute plus leur place dans un roman de fantasy ou un manga shonen.

Mais justement, là-aussi ça rentre dans la construction d'univers à partir de modèles et d'éléments déjà connus, parce que d'après moi il ne s'agit que d'un mélange de trucs qui existent déjà dans d'autres œuvres, même si elles ne sont pas du même style. D'un côté je lis un récit de fantasy qui possède quand même quelques éléments de technologie alimentée à la magie, et qui ne prend pas spécialement la peine d'expliquer comment ça marche, mais qui l'introduit comme si c'était parfaitement naturel dans cet univers. Un peu comme dans la réalité, où la plupart des gens n'ont aucune idée de comment fonctionnent les appareils qu'ils utilisent tous les jours au delà de "je branche la prise et j'appuie sur l'bouton", mais vivent avec sans se poser de questions.

Du coup c'est quelque chose que j'apprécie, que j'essaie d'appliquer et que j'aime voir dans d'autres œuvres. Pour moi un univers est bien construit quand il est naturel pour les personnages qui y vivent, et que ses concepts uniques ne sont pas trop gros ou mis en avant trop vite pour déstabiliser un lecteur qui vient d'arriver et qui découvre. Quand j'ai joué à Skyrim, Fallout 4 ou Dragon Age Inquisition sans avoir touché aux volets précédents, j'étais content de voir que les concepts généraux déjà vu des milliards de fois tels que la magie, les démons, les robots ou les mutants étaient présents très vite sans avoir besoin qu'on s'arrête dessus en mode "Mais dis-moi Jamy", parce que ça fait partie intégrante du paysage quotidien dans ces mondes. Mais dès qu'on tombait sur des trucs plus importants et uniques à ces mondes tels que le conflit entre l'Empire et les Nordiques, les Super Mutants ou le Lyrium, le scénario ou les personnages prenaient toujours un temps (ou nous proposaient une option) pour nous renseigner sur leur nature et leur signification.

Donc voilà, je sais pas trop où j'essaie d'en venir, vu que j'ai encore une fois réussi à me perdre dans mes radotages, mais pour moi la construction d'univers doit être bien soudée dans l'esprit de l'auteur, mais ne doit pas tout donner tout de suite au lecteur, à la fois pour garder la surprise sur certains éléments de l'histoire, mais aussi pour ne pas le prendre pour un imbécile en lui réexpliquant des trucs qu'il aurait pu comprendre tout seul avec juste quelques indices et termes bien placés.

Et c'est en partie là-dessus que je dois bosser dans mon propre récit, afin de combler les vides que le lecteur ne peut pas remplir, et éviter de lui expliquer ce qui coule de source, parce que justement j'arrive encore à dire des évidences et à omettre de partager des infos qui sont claires pour moi, mais qui sont sans doute floues voire imperceptibles pour d'autres.
Titre: Re : La construction d'univers : quoi qu'est-ce ?
Posté par: vinzWallbreaker le 17 Octobre 2018 à 14:43:56
Donc, quand on construit un monde, mais qu'on le base sur une catégorie précise, on se doit de mettre ses éléments uniques en avant, et garder les trucs plus habituels, généraux et répandus plus vagues, parce que les lecteurs les ont déjà probablement vu des tas de fois auparavant, et n'ont pas besoin qu'on leur réexplique les bases. Et d'un autre côté, vu que d'après moi, la plupart des histoires se déroulent au-travers du point de vue d'un personnage vivant dans un univers, le texte se doit de nous montrer le monde comme s'il était normal et habituel aux yeux du protagoniste, qui n'a lui non plus pas besoin qu'on lui explique tout vu qu'il est né et vit dans le monde où se déroule l'histoire.
Ça dépend de certains facteurs. Si on se base sur un monde "primitif" (fantasy ou post apocalyptique) il est fort à parier qu'un type ne connaisse que ce qui se situe à une centaine de kilomètres alentours et que le reste ne soit que très fragmentaire ou légendaire. Dans ce cas, il faut alors expliquer ce qui nous semble à nous logique. Mais le faire dans la narration, dans l'optique d'une découverte pour l'un des protagonistes. Je pense qu'un viking de base ne connaissait rien à la mythologie celtique ou gréco-romaine, alors qu'à nous cela semble le B-A BA.


Par contre je suis d'accord pour ne pas tout dévoiler mais surtout savoir le faire sans donner l'impression de donner un cour ou de faire digression sur digressions. Comme tu en donnes l'exemple par rapport à ton texte.

Par contre, pour l'histoire de la magie, j'ai beaucoup aimé la vision de Javier Negrete sur le concept de magie développé dans ses romans Zémal et Syfron.
Titre: Re : La construction d'univers : quoi qu'est-ce ?
Posté par: Dot Quote le 19 Décembre 2020 à 03:11:21
un complexe de dieu
mais j'pense que non
Titre: Re : La construction d'univers : quoi qu'est-ce ?
Posté par: vinzWallbreaker le 19 Décembre 2020 à 15:37:03
Non. Un refus du monde tel qu'il est.