Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Huitieme le 07 Juin 2017 à 11:29:24
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“Fiéffés sont les faquins flagorneurs qui filoutent en fines dentelles", commença ainsi Salazar le Saragossan, farceur assigné au service de Sa Majesté le Seigneur d’Espagne. "Sous le faux-fuyant motif fallacieux de flatteries professionnelles et superficielles, ces fripons frauduleux flânent et flattent les forts, et font fi du fiel des faibles. Filles folles et faciles, méfiez-vous de ces flambards frimeurs ! Fiers et fêtards amphitryons, faites confiance au fabuleux fabuliste pour filer la farce dont la fin faramineuse frappera ces pharaons enfarinés !
- Quoi !? Comment !? Qu’entends-je !? Qu’osez-vous ainsi caqueter et casser du sucre sur la colonne des courtisans consciencieux de son Altesse, grotesque comique sans courage !? “, objecta Jacoco, un des aristocrates cajoleurs qu’attaquait le clown racoleur.
“Fi, cet affront farfelu ne fait que confirmer mes effets", persista le persifleur Salazar. “Manifestement, l’influence, sur les génuflecteurs, de chaque phrase finement chauffée au feu de mon fer incisif frise le loufoque, tant ces forbans félons vivent enfermés dans leurs faveurs comme un frelon dans une fourmilière. Ainsi frottés à vif, le nerf à fleur de peau, ils facilitent ma faconde féconde et familière. Et de leurs fausses foi et fidélité ne reste qu’un factice froissement offensé, un sifflement offusqué soufflé avec effort pour feindre une affectation forcée”.
Doucement, la respiration singulière et serpentine de Salazar s’était transformée en une danse saisissante simulant l’oiseau espiègle. Et tout ça au sein d’une salle désormais acquise à son style et ses sentiments. Il rossait avec classe ces imbéciles encenseurs sans cesse encensés suçotant çà-et-là la substance essentielle de son éminence. Mais méfiance, ainsi courroucés, les scélérats pouvaient s'avérer menaçants.
"Enfin, par la force de la farce et le savoir-faire de la formule, j'offre d'affronter pour la forme quiconque dans la foule croirait devoir se défendre de diffamation."
Plusieurs secondes de silence passèrent. La colère des complimenteurs de la cour crépitait comme un vacarme discret.
"Personne ? Alors, souffrez que je m'enfuie", finit le bouffon facétieux.
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Bonjour Huitième,
Moi, je passe également, mais j'aimerais que Cyrano de Bergerac relève le défi.
Merci pour ce texte.
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Je suis tombée en amour devant ces allitérations en -f si bien ficelées ! A croire que le personnage est né avec le -f dans la bouche.
Et même quand l'autre personnage prend la parole tu arrives à lui faire dire mille et une sonorité de -k, pareil pour le narrateur avec le -s.
Il y aurait encore tellement à relever, mais je préfère laisser sa beauté au texte. Je ne dirai qu'une dernière chose...
Nom de Zeus quelle plume, quelle parole, quelle panache !
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@Manu et @Leroca
Merci pour vos retour :)