Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Rémi le 06 Juin 2017 à 13:40:43

Titre: Anthropyle [Blind Text]
Posté par: Rémi le 06 Juin 2017 à 13:40:43
Le thème du Blind Text était au choix "Rêves" ou "Mythologie"... j'ai mixé un peu des deux.
Y a quelques trucs qui me plaisent bien dans ce texte et des choses à améliorer, j'attends vos avis avec impatience :)




Anthropyle


πύλη, pýlê : la porte


Je suis un Dieu. Du haut de mes nuages, je zèbre le ciel d’éclairs radiculaires. Je terrorise les populations de fléaux toujours plus destructeurs et les humains m’offrent en sacrifice leurs plus beaux jeunes hommes. Je les emporte dès qu’ils enfouissent leurs yeux derrière leurs mains tremblantes. La chair fraîche me remplit de joie et je savoure chaque instant passé à jouer avec ces corps sans défense. Lorsque je suis repu de plaisir, je dévore les malheureux, laissant leurs âmes vagabonder autour de moi, silencieuses.

Je vis ainsi, entouré de milliers d’âmes muettes. Parfois, j’autorise certaines d’entre elles à répondre à mes questions. Les malléables, les soumises, celles qui me supplient en louant ma puissance ont le droit de s’exprimer et alors je jouis de leur faiblesse. Mais jamais je n’apprends de leurs réponses les choses essentielles.

*

Je n’ai pas toujours été un dieu. Hier encore j’étais une larve, un cloporte. Humain parmi les humains, je souffrais comme eux. De la faim, de la soif, de l’infini besoin de trouver un sens à mon existence. La routine quotidienne me broyait de l’intérieur. Aucune rencontre n’avait illuminé mon chemin et les lendemains se dressaient devant moi comme autant de monolithes de vacuité. Et puis un jour, en fermant les yeux, je me suis réveillé. Je me suis révélé. J’étais toujours affreusement seul, mais planté sur un nuage, la barbe au menton et le trident à la main. La toge sur mes épaules exagérément musclées, j’ai écarté les bras et découvert mes nouveaux pouvoirs : d’un simple mouvement du poignet je pouvais ravager des régions entières. Je ne m’en suis pas privé : on trompe son ennui comme on le peut.

*

Mais les siècles s’écoulent et affadissent la chair. Les rites sacrificiels perdent peu à peu de leur saveur et les peuples terrorisés ne me distraient plus. Alors un jour, au lieu de jouer avec le corps de ma victime avant de la déchiqueter et de l’avaler goulûment, je décide de lui parler. Est-ce ma lassitude ou la plastique parfaite du bel éphèbe qui induit ce choix ? Je ne saurais le dire. Ce jeune homme est un athlète exceptionnel et – chose rare – il ne se recroqueville pas sur lui-même, ne supplie pas et pose sur moi un regard plein d’un courage émouvant.

__ Petit humain, tes membres ne tremblent pas et la peur ne se lit pas dans tes yeux. Je pourrais te déchirer en deux d’un simple mouvement de la main et pourtant tu restes dressé face à moi. D’où te vient cette témérité insolente ?
__ C’est simple : je ne crois pas en toi.

Il n’a pas cillé. Le torse bombé et la voix posée, il a prononcé ces quelques mots sans frémir.

__ Tu ne crois pas en moi ? Je suis ton Dieu ! L’être le plus puissant, le Créateur de toute chose. Vois !

Je tends le bras. À trois pas du jeune homme, un rocher plus grand que lui s’extrait de la terre et se soulève du sol. D’un mouvement lent du bout de mes doigts, je le fais tourner sur lui-même. D’un coup, je ferme la main et le granit s’effrite puis s’effondre en pluie de cailloux et de poussière.

__ Alors, tu ne crois pas en ma puissance ? Dois-je t’arracher un membre pour que tu la comprennes ?
__ Je ne crois pas en toi.
__ Veux-tu que je te grille ? Est-ce que recevoir la foudre pourrait t’aider à comprendre ?
__ Je comprends ta puissance… La compréhension n’est pas la problématique. Je parle de croyance, de foi. Je ne crois pas en toi.

Je ravale ma fureur. Cet humain m’intrigue. À bien le regarder, je me demande s’il est vraiment courageux. Il ne semble même pas vouloir provoquer son Dieu ; son insolence n’est peut-être pas bravade.

__ Es-tu prêt à mourir ?
__ Depuis des années.
__ Tu t’y es préparé ?
__ Depuis ma plus tendre enfance. On m’a destiné à être ta victime.
__ Veux-tu mourir ?
__ Il n’y a pas d’autre alternative.
__ Et si je t’en offrais une ?
__ Je n’y croirais pas.

Impossible de dévorer cet humain-là. Impossible de laisser en suspend les questions qu’il a fait germer dans mon esprit. Et surtout, j’ai peut-être trouvé un moyen de me désennuyer. Alors, j’ouvre les bras et le jeune homme décolle lentement du sol en même temps que je m’élève. Il se met à bouger au ralenti, en regardant ses membres qui s’agitent puis le sol qui s’éloigne.

__ Que fais-tu ?
__ Je t’emmène avec moi.
__ Où ?
__ Tu verras.
*

Dans une autre vie, je n’étais pas un Dieu. Je vaquais au milieu de la foule, souvent occupé et pourtant désœuvré.
Et finalement, je me suis réveillé et révélé.

*

Dorénavant, mon nouveau compagnon partage mon existence, sur mes nuages. Pour qu’il résiste à mes conditions de vie particulières, je lui ai donné quelques pouvoirs basiques. Insensible aux variations de la température, il survit sans manger ni boire, et bien sûr il n’a plus besoin d’oxygéner son sang. Même s’il reste taciturne, je me sens moins seul : nos conversations se répètent, toujours similaires et pourtant animées.

__ Tu me dis ne pas croire en moi, ne pas avoir la foi. Qu’est-ce que la foi ?
__ La foi est une croyance qui dépasse l’intelligible. La foi ne se justifie pas de façon cohérente.
__ Penses-tu un jour trouver la foi ?
__ Dieu seul le sait…

Encore une fois une escapade et son sourire ironique.

__ Ne te moque pas !
__ Je ne ris pas. La foi est émanation de Dieu pour qui y croit.
__ Pourquoi refuses-tu de voir en moi le Dieu que je suis ?
__ Tu le sais. La preuve de l’existence de Dieu n’existe qu’après la mort.

Toujours la même impasse, ce paradoxe qui nous sépare. Mais cette fois, je refuse de le laisser ruminer et de couper là la conversation. Depuis quelques temps, une idée a germé en moi ; je n’ai jamais osé l’exprimer, sans savoir pourquoi. Sûrement ai-je peur de le voir me quitter, ce petit humain qui me tient si bien compagnie. Pourtant, s’il faut que notre relation dure et que je trouve quelques réponses, il est temps de lui faire ma proposition.

__ Veux-tu retourner sur Terre ? Peut-être auprès de tes proches trouveras-tu la réponse ?
__ Je ne suis plus l’homme que j’ai été. Il m’est impossible de reparaître auprès des miens.
__ Et si je te faisais rencontrer d’autres humains, d’autres civilisations ?
__ Qui croient en toi ?
__ Bien sûr.
__ J’ai côtoyé suffisamment d’humains qui croient en toi. Toute ma vie sur Terre a été conditionnée par le sacrifice que préparaient mes parents. Le village entier me considérait comme un sursitaire chargé de t’apaiser le moment venu. Peux-tu imaginer une vie sans amis, sans fiancée ? Peux-tu imaginer la souffrance de l’exclusion ? Comment se définir quand on n’a ni avenir ni sentiments à partager ?

Pour la première fois je le vois réagir avec émotion. Pour la première fois il a enchaîné plusieurs phrases et évoqué son passé. Son regard dur me scrute en attente d’une réponse.

__ Les hommes ont toujours eu besoin de moi. D’une réponse face à leurs questions existentielles.
__ Pas moi. J’étais destiné à mourir, à faire partie de ta « réponse ».
__ Accepte de retourner sur Terre. Je te dois bien ça.
__ Pourquoi ?
__ Tu as redonné un intérêt à mon existence.

Le voilà qui me regarde avec un air étrange, l’air de celui qui fait une découverte mais ne semble pas y croire.

__ Bien. Puisque tu y tiens, je veux bien retourner sur Terre, mais si tu respectes deux conditions.
__ Bien sûr, lesquelles ?
__ D’abord, tu vas faire en sorte que personne ne croit en toi à l’endroit où tu me déposeras.
__ Si tu y tiens, ce n’est pas un problème.
__ Ensuite, je veux qu’une fois sur place je ne possède aucun des pouvoirs que tu m’as accordés.
__ Mais, tu vas être en danger !
__ C’est ma condition pour retourner auprès des humains.
__ Alors soit, qu’il en soit ainsi. Nous nous reverrons !

Sans tarder, je ferme les yeux, ouvre les mains et mon ami disparaît peu à peu. Tandis qu’il voyage à travers le ciel, je lui glisse à l’oreille : « désormais, ton nom est Anthropyle. Je reste auprès de toi ».
*

Dans cette autre vie, je suis un humain tombé du ciel. Fragile et innocent, j’arpente le monde en quête de réponses.

*

Anthropyle s’éveille au milieu des arbres centenaires. Allongé sur un tapis de feuilles et de mousse, il observe la canopée qui se balance, dévoilant des fractales changeantes de ciel bleu. Il place ses mains devant ses yeux et les tourne en tous sens ; elles n’ont pas changé. Au-dessus de sa tête dansent des nuées d’insectes, il n’en a jamais vu de pareils. Des chants d’oiseaux lui parviennent, puissants et colorés.
Anthropyle se lève et ses pieds nus s’enfoncent dans l’humus. À quelques pas de lui, il repère une flaque et s’en approche. Son reflet le rassure, son visage n’a pas changé.

__ Que croyais-tu ? Que je t’aurais transformé avant de te renvoyer auprès des tiens ?
__ Je me sens si différent…
__ Parcours le monde, et raconte moi.

Anthropyle se met en marche à travers la forêt, et bientôt il croise un chemin qu’il emprunte après une courte hésitation. Tout est nouveau autour de lui, de longues lianes serpentent jusqu’au ciel et il aperçoit d’étranges créatures qui sautent de branches en branches en poussant des cris stridents. Émerveillé, il s’avance. Le sentier décrit une longue courbe et débouche sur une clairière immense. En son centre se dresse une construction de pierre, épargnée par la végétation luxuriante. Haute de plusieurs dizaines de pieds, elle ne ressemble à aucune habitation qu’il ait déjà vue. Et d’ailleurs Anthropyle n’y décèle aucune ouverture. Il s’approche des premiers gradins. La roche sculptée dessine des créatures fantastiques qui semblent vouloir s’élever vers le sommet de l’édifice. Du bout des doigts, Anthropyle caresse un animal aux crocs menaçants paré d’ailes finement ciselées. Plus haut, d’autres sculptures fabuleuses attirent son regard. Hypnotisé, il commence son ascension, entre les serpents de pierre et les félins gigantesques. Peu à peu, son corps se couvre de transpiration tandis qu’il escalade le granit. Soudain, tandis que le sommet est presque à sa portée, un cri s’élève derrière lui. Un cri humain. Un cri d’horreur qui se répète puis se fait menaçant. Agrippé à la paroi abrupte, Anthropyle tourne la tête. Au pied de la construction de pierre, un homme hurle en tendant le bras vers lui. Bien vite, l’homme est rejoint par ses semblables. Anthropyle est d’abord surpris avant d’être effrayé : jamais il n’a vu d’êtres humains à la peau si cuivrée. Mais les cris redoublent et des pierres volent dans sa direction. Bien qu’il soit hors d’atteinte, il ne peut s’empêcher de fuir face à ses assaillants et leurs cris de haine. En un instant, il atteint le sommet de l’édifice et constate avec horreur que la construction de pierre est maintenant entourée de toutes parts. Heureusement pour lui, personne n’ose escalader les gradins.

__ Que me veulent ces hommes ?
__ Tu as profané leur temple.
__ Tu m’avais assuré qu’ils ne seraient pas croyants !
__ Je t’ai dit qu’ils ne croiraient pas en moi.
__ Tu m’as trahi !
__ Reviens vers moi.
__ Il n’en est pas question, je vais leur parler. Tout conflit peut être résolu par le dialogue.
__ Tu n’as aucune chance.
__ Je dois essayer.
__ Soit, je peux faire en sorte que tu parles leur langue.

Alors, Anthropyle sent un picotement derrière ses oreilles et, un instant plus tard, il comprend les cris des hommes au pied du temple. Blasphème ! Profanateur ! Serpent maléfique ! Impie ! Tout en restant hors de portée de leurs projectiles, il redescend quelques gradins.

__ Écoutez-moi. Je suis un étranger qui ne connaît pas vos coutumes.
__ Qu’on le pende !
__ Qu’on le brûle !
__ Qu’on lui arrache les tripes !

Anthropyle s’immobilise devant cette haine débordante. Devant lui, les bouches se tordent et crachent, les yeux sont injectés de sang, les poings se serrent et les hurlements ne cessent pas. Plaçant ses mains en porte-voix, Anthropyle essaie de se faire entendre.

__ Laissez-moi parler ! Je suis désolé, votre temple est magnifique. Je ne voulais pas le profaner.

Les cris s’élèvent de plus belle, jusqu’à ce qu’un ancien s’avance. Soudain, il écarte les bras et le silence se fait immédiatement.

__ Étranger, tu dois mourir. Personne ne peut monter sur le temple des dieux et en redescendre sans être sacrifié.
__ Vos dieux ne voudront pas de moi.
__ Étranger, tu blasphèmes. Et pour cette raison aussi tu devras mourir.

Le vieil homme se retourne et les hurlements redoublent. Puis, venant de la forêt, un groupe d’hommes se dirige vers le temple, trainant derrière eux une structure de bois. La foule s’écarte et les hommes installent leur machinerie. Ils déplient deux longs bras noueux reliés par une corde tressée. Anthropyle comprend qu’il s’agit là d’une arme de guerre.

__ Écoutez-moi ! La violence ne résoudra rien !

Mais personne ne l’écoute et les guerriers face à lui chargent leur engin d’une multitude de flèches acérées qu’ils trempent au préalable dans une outre de peau. Anthropyle ne peut s’éloigner sans leur tourner le dos, aussi reste-t-il sur place, tentant encore et toujours, sans succès, de les apaiser. L’arbalète géante est maintenant chargée. Quatre colosses bandent la corde en y mettant tout leur poids. D’un coup, ils la lâchent et les flèches s’envolent. Dans un réflexe dérisoire, Anthropyle se protège en ramenant ses bras sur son visage. Pendant son mouvement, des éclairs jaillissent de ses doigts et les flèches s’embrasent et se consument instantanément. La stupeur s’abat dans la clairière.

__ Qu’est-ce qui s’est passé ?
__ Je t’ai sauvé la vie.
__ …
__ Tu voulais que je laisse ces sauvages te tuer ?
__ Qui te dit que ce sont des sauvages ?
__ Mais enfin, ouvre les yeux !
__ Laisse-moi trouver les réponses. Je suis là pour ça, non ?
__ Tu es fou…
__ Peut-être, mais je ne suis pas un dieu.

Au pied du temple, les hommes se prosternent, face contre terre. Seuls l’ancien et quelques autres sont restés debout. Anthropyle descend lentement les gradins.

__ Relevez-vous. Je ne vous veux aucun mal.

Anthropyle descend encore, il est à présent à un jet de pierre des hommes courbés jusqu’au sol.

__ Relevez-vous. Je ne suis pas un dieu, je suis un humain, comme vous. Apprenons à nous connaître.

Anthropyle pose maintenant le pied sur l’herbe tendre, à quelques pas des hommes toujours en dévotion.

__ Relevez-vous mes amis, je ne suis pas un dieu. Je suis inoffensif.

Anthropyle s’avance au milieu de la foule qui murmure. Certains lèvent la tête, certains se redressent enfin. Armé d’une flèche empoisonnée serrée dans son poing, l’ancien s’avance prudemment, en éructant.

__ Tu n’es pas un Dieu. Tu ne peux être un Dieu, les Dieux n’ont pas de forme humaine !
__ Je ne suis pas un dieu, c’est vrai.
__ Tu es un profanateur et tu vas mourir !
__ Je ne suis pas un profanateur, mais je vais mourir.

Alors, l’ancien se jette sur Anthropyle qui n’esquisse pas un geste et lui plante la flèche dans la cuisse. Très vite, les muscles d’Anthropyle se tétanisent et il prononce difficilement « je ne suis pas un dieu ». Puis il s’effondre, inconscient.

*

__ Tu es mort Anthropyle.
__ Je le sais.
__ Pourquoi t’être laissé tuer sans te protéger ?
__ Parce que je ne suis pas un dieu.
__ Tu es mort et nous conversons ensemble. Crois-tu en moi maintenant ?
__ Non. Je crois aux délires de mon imagination. Et je sais que l’on m’a programmé pour mourir sacrifié.

*

Je n’ai pas toujours été un dieu. Hier encore j’étais une larve, un cloporte. Humain parmi les humains, je souffrais comme eux de l’infini besoin de trouver un sens à mon existence. La routine quotidienne me broyait de l’intérieur.

Mais une rencontre a illuminé mon chemin. Enfin révélé, je me suis réveillé.
Titre: Re : Anthropyle [Blind Text]
Posté par: Chouc le 06 Juin 2017 à 13:44:14
Salut Rémi !
Bon, je l'ai dit dans mes suppositions (et d'ailleurs, je l'avais attribué à Gage à ce moment-là), j'ai adoré ton texte  :coeur:.
Il est doux, fluide, très poétique. Je me suis laissée embarquer en un rien de temps. Je n'ai pas grand chose de constructif à ajouter, c'est une réussite pour moi.

Merci pour le partage !

A bientôt !
Titre: Re : Anthropyle [Blind Text]
Posté par: kokox le 06 Juin 2017 à 15:52:24
Salut Rémi,  :)

Un construction magnifique, harmonieuse, des plus délicates, et qui va crescendo à pas de velours. Le temps de la lecture, l'on croit flotter hors du temps, dans un ailleurs. Es-tu toi-même un ange déchu ? Tu sembles connaître diablement bien la vie secrète autant que sacrée des dieux et des hommes ! Je rejoins Choucroute, ce texte est à mes yeux un petit bijou du continuum espace-temps !

Bien à toi !
Titre: Re : Re : Anthropyle [Blind Text]
Posté par: Rémi le 06 Juin 2017 à 19:11:22
@ Chouc'
Merci, ça fait plaisir (et penser que ce texte vienne de gage, ça fait plaisir itou :) )
Je suis content que tu y voies de la poésie, j'avais peur que ce soit trop intellectualisé.

@ kokox
Je sais pas trop quoi dire  :-[
Un grand merci, je suis content que la construction te plaise.
Titre: Re : Anthropyle [Blind Text]
Posté par: kokox le 06 Juin 2017 à 19:48:24
Ah, mais c'était on ne peut plus sincère !
Le rôle d'une dithyrambe est d'être justement dithyrambique ! Là on est dans la démesure métaphysique, on frôle pratiquement la Sainte Écriture. J'ai par conséquent dû puiser dans ce que j'avais de mieux en panégyrique ! :) 
Titre: Re : Anthropyle [Blind Text]
Posté par: Edel Weiss le 06 Juin 2017 à 21:16:00
Salut !

Un beau texte qui m'a surprise et fait réfléchir ! Bravo à toi !
Titre: Re : Anthropyle [Blind Text]
Posté par: Rémi le 07 Juin 2017 à 16:00:06
Merci metaphores :)
Titre: Re : Anthropyle [Blind Text]
Posté par: Edel Weiss le 07 Juin 2017 à 21:15:06
Bon. Je m'y attelle. Peut-être pas aussi rigoureuse que toi dans ton commentaire, je vais tout de même tout faire pour prendre mes lunettes de prof et ne rien laisser passer sous ma lentille !

J'ai fait beaucoup de remarques, de suggestions ou d'interrogations car j'ai apprécié ton texte et que je le trouve de qualité. Le nombre de mes remarques ou chipotages découlent donc directement de mon engouement pour ton texte !


Anthropyle


πύλη, pýlê : la porte


Je suis un Dieu. Du haut de mes nuages, je zèbre le ciel d’éclairs radiculaires. Je terrorise les populations de fléaux toujours plus destructeurs (Pourquoi ? - mais ce pourquoi-là peut rester sans réponse pour le mystère du texte et des intentions du dieu) et les humains m’offrent en sacrifice leurs plus beaux jeunes hommes (Dans quel but? pourquoi des jeunes hommes ? pour apaiser la colère du dieu ?). Je les emporte dès qu’ils enfouissent leurs yeux derrière leurs mains tremblantes. La chair fraiche (fraîche) me remplit de joie et je savoure chaque instant passé à jouer avec ces corps sans défense. Lorsque je suis repu de plaisir, je dévore les malheureux, laissant leurs âmes vagabonder autour de moi, silencieuses. (j'aime beaucoup cette phrase et cette idée du dieu qui dévore les corps et des âmes qui restent, mais vagues)

Je vis ainsi (Selon moi, un dieu ne vit pas, il existe, je suggérerais donc pour ma part la phrase "J'existe ainsi, entouré de milliers ...), entouré de milliers d’âmes muettes. Parfois, j’autorise certaines d’entre elles à répondre à mes questions (Pour moi, cette phrase doit venir après la suivante : d'abord, tu expliques que les âmes faibles le supplient et qu'il s'amuse de leur faiblesse, ensuite qu'il leur pose parfois des questions, la première autorisation du dieu est de simplement les laisser "parler " car tu disais dans le paragraphe précédent que les âmes étaient silencieuses ! Il faut donc expliquer que les âmes faibles supplient, elles, avant d'entrer dans le sujet des questions du dieu). Les malléables, les soumises, celles qui me supplient en louant ma puissance ont le droit de s’exprimer et alors je jouis de leur faiblesse. Mais jamais je n’apprends de leurs réponses les choses essentielles.

*

Je n’ai pas toujours été un dieu. Hier encore j’étais une larve, un cloporte. Humain parmi les humains, je souffrais comme eux. De la faim, de la soif, de l’infini besoin de trouver un sens à mon existence. La routine quotidienne me broyait de l’intérieur. Aucune rencontre n’avait illuminé mon chemin et les lendemains se dressaient devant moi comme autant de monolithes de vacuité. Et puis un jour, en fermant les yeux, je me suis réveillé. Je me suis révélé. J’étais toujours affreusement seul, mais planté sur un nuage, la barbe au menton et le trident à la main. La toge sur mes épaules exagérément musclées (ouh ! ça j'aime pas !
 je comprends le côté burlesque ici pour désacraliser le dieu, mais c'est vraiment pas beau cette expression !)
, j’ai écarté les bras et découvert mes nouveaux pouvoirs : d’un simple mouvement du poignet je pouvais ravager des régions entières. Je ne m’en suis pas privé : on trompe son ennui comme on le peut. (J'adore adore adore adore ce passage ! Pourtant, je te suggérerai de le mettre en début de ton texte car il me semble un peu perdu à cet endroit du récit, je trouve ce passage très accrocheur pour un incipit de nouvelle et plus logique car tu clos ton texte sur le retour à ce passage, donc la boucle est ici imparfaite ! Pour moi, ce passage doit absolument ouvrir ton texte. Mais cela est mon ressenti - peut-être aussi car ce passage est d'une beauté infinie et qu'il doit faire seuil à ton texte ! -enfin enfin toujours d'après moi ! je m'emballe !) 

*

Mais les siècles s’écoulent et affadissent la chair. Les rites sacrificiels perdent peu à peu de leur saveur et les peuples terrorisés ne me distraient plus. Alors un jour, au lieu de jouer avec le corps de ma victime avant de la déchiqueter et de l’avaler goulument (goulûment), je décide de lui parler (En quoi parler avec sa victime ici l'amuserait plus que lorsqu'il interroge les âmes mortes?Je trouve ici l'argument faible après ce que tu as déjà expliqué des questions du dieu aux âmes; il faudrait justifier je pense l'argument en développant ici le fait de ne pas simplement parler avec lui mais de le garder pour faire la conversation ou bien supprimer plus haut l'idée des questions - dire simplement qu'il se délecte des suppliques des morts - et la garder comme élément déclencheur à ce moment de ton texte)  . Est-ce ma lassitude ou la plastique parfaite du bel éphèbe qui induit ce choix ? Je ne saurais le dire. Ce jeune homme est un athlète exceptionnel et – chose rare – il ne se recroqueville pas sur lui-même, ne supplie pas et pose sur moi un regard plein d’un courage émouvant. (présentation excellente je trouve du personnage)

__ Petit humain, tes membres ne tremblent pas et la peur ne se lit pas dans tes yeux. Je pourrais te déchirer en deux d’un simple mouvement de la main et pourtant tu restes dressé face à moi. D’où te vient cette témérité insolente ?
__ C’est simple : je ne crois pas en toi.

Il n’a pas cillé. Le torse bombé et la voix posée, il a prononcé ces quelques mots sans frémir.

__ Tu ne crois pas en moi ? Je suis ton Dieu ! L’être le plus puissant, le Créateur de toute chose. Vois !

Je tends le bras. À trois pas du jeune homme, un rocher plus grand que lui s’extrait de la terre et se soulève du sol. D’un mouvement lent du bout de mes doigts, je le fais tourner sur lui-même. D’un coup, je ferme la main et le granit s’effrite puis s’effondre en pluie de cailloux et de poussière.

__ Alors, tu ne crois pas en ma puissance ? Dois-je t’arracher un membre pour que tu la comprennes ?
__ Je ne crois pas en toi.
__ Veux-tu que je te grille ? Est-ce que recevoir la foudre pourrait t’aider à comprendre ?
__ Je comprends ta puissance… La compréhension n’est pas la problématique. Je parle de croyance, de foi. Je ne crois pas en toi. (ici, étrangement, j'aurais trouvé plus fort d'inverser les deux réponses, d'abord celle logique et attendue, "je comprends ta puissance", puis en dernière réponse, celle qui semble illogique ou irrationnelle "Je ne crois pas en toi". Mais ce n'est qu'un ressenti personnel sur l'intensité ici des réponses)

Je ravale ma fureur. Cet humain m’intrigue. À bien le regarder, je me demande s’il est vraiment courageux. Il ne semble même pas vouloir provoquer son Dieu ; son insolence n’est peut-être pas bravade.

__ Es-tu prêt à mourir ?
__ Depuis des années.
__ Tu t’y es préparé ?
__ Depuis ma plus tendre enfance. On m’a destiné à être ta victime.
__ Veux-tu mourir ?
__ Il n’y a pas d’autre alternative.
__ Et si je t’en offrais une ?
__ Je n’y croirais pas.

Impossible de dévorer cet humain-là. Impossible de laisser en suspend les questions qu’il a fait germer dans mon esprit. Et surtout, j’ai peut-être trouvé un moyen de me désennuyer. Alors, j’ouvre les bras et le jeune homme décolle lentement du sol en même temps que je m’élève. Il se met à bouger au ralenti, en regardant ses membres qui s’agitent puis le sol qui s’éloigne.

__ Que fais-tu ?
__ Je t’emmène avec moi.
__ Où ?
__ Tu verras.
*

Dans une autre vie, je n’étais pas un Dieu. Je vaquais au milieu de la foule, souvent occupé et pourtant désœuvré.
Et finalement, je me suis réveillé et révélé. (Je m'interroge : est-il vraiment utile d’insérer ici ce passage ? Ne vaudrait-il pas mieux le garder en révélation pour la fin - le je me suis réveillé et révélé, j'entends ? Car en le mettant déjà, et en le répétant à la fin, tu en diminues un peu la force : à réfléchir)

*

Dorénavant, mon nouveau compagnon partage mon existence, sur mes nuages. Pour qu’il résiste à mes conditions de vie particulières, je lui ai donné quelques pouvoirs basiques. Insensible aux variations de la température, il survit sans manger ni boire, et bien sûr il n’a plus besoin d’oxygéner son sang. Même s’il reste taciturne, je me sens moins seul : nos conversations se répètent, toujours similaires et pourtant animées.

__ Tu me dis ne pas croire en moi, ne pas avoir la foi. Qu’est-ce que la foi ?
__ La foi est une croyance qui dépasse l’intelligible. La foi ne se justifie pas de façon cohérente.
__ Penses-tu un jour trouver la foi ?
__ Dieu seul le sait…

Encore une fois une escapade et son sourire ironique.

__ Ne te moque pas !
__ Je ne ris pas. La foi est émanation de Dieu pour qui y croit.
__ Pourquoi refuses-tu de voir en moi le Dieu que je suis ?
__ Tu le sais. La preuve de l’existence de Dieu n’existe qu’après la mort.

Toujours la même impasse, ce paradoxe qui nous sépare. Mais cette fois, je refuse de le laisser ruminer et de couper là la conversation. Depuis quelques temps, une idée a germé en moi ; je n’ai jamais osé l’exprimer, sans savoir pourquoi. Sûrement ai-je peur de le voir me quitter, ce petit humain qui me tient si bien compagnie. Pourtant, s’il faut que notre relation dure et que je trouve quelques réponses, il est temps de lui faire ma proposition. (J'adore l'idée !)

__ Veux-tu retourner sur Terre ? Peut-être auprès de tes proches trouveras-tu la réponse ?
__ Je ne suis plus l’homme que j’ai été. Il m’est impossible de reparaître auprès des miens. (petit détail : attention car ici, les siens pourraient être compris comme ses proches alors que tu dis plus bas qu'il a été exclu et seul)
__ Et si je te faisais rencontrer d’autres humains, d’autres civilisations ?
__ Qui croient en toi ?
__ Bien sûr.
__ J’ai côtoyé suffisamment d’humains qui croient en toi. Toute ma vie sur Terre a été conditionnée par le sacrifice que préparaient mes parents. Le village entier me considérait comme un sursitaire chargé de t’apaiser le moment venu. Peux-tu imaginer une vie sans amis, sans fiancée ? Peux-tu imaginer la souffrance de l’exclusion ? Comment se définir quand on n’a ni avenir ni sentiments à partager ?

Pour la première fois je le vois réagir avec émotion. Pour la première fois il a enchaîné plusieurs phrases et évoqué son passé. Son regard dur me scrute en attente d’une réponse.

__ Les hommes ont toujours eu besoin de moi. D’une réponse face à leurs questions existentielles.
__ Pas moi. J’étais destiné à mourir, à faire partie de ta « réponse ». Très intéressant ! J'adore cette idée de retournement, peut-être aurais-tu pu la développer et révéler encore ? Cette idée de dieu qui se questionne et dont l'homme est la réponse - qui est le message final de ton texte, si j'ai bien compris, mériterait parfois au fil du texte de revenir comme un fil conducteur car par moment le texte semble évacuer complètement cette problématique, j'ai l'impression)
__ Accepte de retourner sur Terre. Je te dois bien ça.
__ Pourquoi ?
__ Tu as redonné un intérêt à mon existence.

Le voilà qui me regarde avec un air étrange, l’air de celui qui fait une découverte mais ne semble pas y croire.

__ Bien. Puisque tu y tiens, je veux bien retourner sur Terre, mais si tu respectes deux conditions.
__ Bien sûr, lesquelles ?
__ D’abord, tu vas faire en sorte que personne ne croit en toi à l’endroit où tu me déposeras.
__ Si tu y tiens, ce n’est pas un problème.
__ Ensuite, je veux qu’une fois sur place je ne possède aucun des pouvoirs que tu m’as accordés.
__ Mais, tu vas être en danger !
__ C’est ma condition pour retourner auprès des humains.
__ Alors soit, qu’il en soit ainsi. Nous nous reverrons !

Sans tarder, je ferme les yeux, ouvre les mains et mon ami disparaît peu à peu. Tandis qu’il voyage à travers le ciel, je lui glisse à l’oreille : « désormais, ton nom est Anthropyle. Je reste auprès de toi ».
*

Dans cette autre vie, je suis un humain tombé du ciel. Fragile et innocent, j’arpente le monde en quête de réponses. (Là, j'avoue que je m'égare un peu : de qui parle-t-on? Ce je, est-ce Anthropyle ? Car l'humain tombé du ciel semble être Anthropyle, mais jusqu'à présent en lisant, je pensais que c'était le dieu qui parlait à travers tous les "JE" ! Je te pose donc la question, car pour moi, ce passage-là introduit une ambiguïté sur l'identité du "JE" et je ne parviens pas à y répondre seule !
 Je pense que cela mériterait une touche de clarté ! Afin de bien comprendre le message de ton texte : faut-il comprendre qu'Anthropyle est l'autre vie humaine du dieu de l'histoire - comme ce passage semble le suggérer - ou qu'Anthropyle est la réponse aux questions du dieu - comme semble le suggèrer l'histoire et la fin ?)


*

Anthropyle s’éveille au milieu des arbres centenaires. Allongé sur un tapis de feuilles et de mousse, il observe la canopée qui se balance, dévoilant des fractales changeantes de ciel bleu. Il place ses mains devant ses yeux et les tourne en tous sens ; elles n’ont pas changé. Au-dessus de sa tête dansent des nuées d’insectes, il n’en a jamais vu de pareils. Des chants d’oiseaux lui parviennent, puissants et colorés.
Anthropyle se lève et ses pieds nus s’enfoncent dans l’humus. À quelques pas de lui, il repère une flaque et s’en approche. Son reflet le rassure, son visage n’a pas changé.

__ Que croyais-tu ? Que je t’aurais transformé avant de te renvoyer auprès des tiens ?
__ Je me sens si différent…
__ Parcours le monde, et raconte moi.

Anthropyle se met en marche à travers la forêt, et bientôt il croise un chemin qu’il emprunte après une courte hésitation. Tout est nouveau autour de lui, de longues lianes serpentent jusqu’au ciel et il aperçoit d’étranges créatures qui sautent de branches en branches en poussant des cris stridents. Émerveillé, il s’avance. Le sentier décrit une longue courbe et débouche sur une clairière immense. En son centre se dresse une construction de pierre, épargnée par la végétation luxuriante. Haute de plusieurs dizaines de pieds, elle ne ressemble à aucune habitation qu’il ait déjà vue. Et d’ailleurs Anthropyle n’y décèle aucune ouverture. Il s’approche des premiers gradins. La roche sculptée dessine des créatures fantastiques qui semblent vouloir s’élever vers le sommet de l’édifice. Du bout des doigts, Anthropyle caresse un animal aux crocs menaçants paré d’ailes finement ciselées. Plus haut, d’autres sculptures fabuleuses attirent son regard. Hypnotisé, il commence son ascension, entre les serpents de pierre et les félins gigantesques. Peu à peu, son corps se couvre de transpiration tandis qu’il escalade le granit. Soudain, tandis que le sommet est presque à sa portée, un cri s’élève derrière lui. Un cri humain. Un cri d’horreur qui se répète puis se fait menaçant. Agrippé à la paroi abrupte, Anthropyle tourne la tête. Au pied de la construction de pierre, un homme hurle en tendant le bras vers lui. Bien vite, l’homme est rejoint par ses semblables. Anthropyle est d’abord surpris avant d’être effrayé : jamais il n’a vu d’êtres humains à la peau si cuivrée. Mais les cris redoublent et des pierres volent dans sa direction. Bien qu’il soit hors d’atteinte, il ne peut s’empêcher de fuir face à ses assaillants et leurs cris de haine. En un instant (,)il atteint le sommet de l’édifice et constate avec horreur que la construction de pierre est maintenant entourée de toutes parts. Heureusement pour lui, personne n’ose escalader les gradins. (Ce passage m'a paru un peu long pour son caractère assez secondaire en comparaison du questionnement existentiel de tout le texte )

__ Que me veulent ces hommes ?
__ Tu as profané leur temple.
__ Tu m’avais assuré qu’ils ne seraient pas croyants !
__ Je t’ai dit qu’ils ne croiraient pas en moi.
__ Tu m’as trahi !
__ Reviens vers moi.
__ Il n’en est pas question, je vais leur parler. Tout conflit peut être résolu par le dialogue.
__ Tu n’as aucune chance.
__ Je dois essayer.
__ Soit, je peux faire en sorte que tu parles leur langue.

Alors, Anthropyle sent un picotement derrière ses oreilles et, un instant plus tard, il comprend les cris des hommes au pied du temple. Blasphème ! Profanateur ! Serpent maléfique ! Impie ! Tout en restant hors de portée de leurs projectiles, il redescend quelques gradins.

__ Écoutez-moi. Je suis un étranger qui ne connaît pas vos coutumes.
__ Qu’on le pende !
__ Qu’on le brûle !
__ Qu’on lui arrache les tripes !

Anthropyle s’immobilise devant cette haine débordante. Devant lui, les bouches se tordent et crachent, les yeux sont injectés de sang, les poings se serrent et les hurlements ne cessent pas. Plaçant ses mains en porte-voix, Anthropyle essaie de se faire entendre.

__ Laissez-moi parler ! Je suis désolé, votre temple est magnifique. Je ne voulais pas le profaner.

Les cris s’élèvent de plus belle, jusqu’à ce qu’un ancien s’avance. Soudain, il écarte les bras et le silence se fait immédiatement.

__ Étranger, tu dois mourir. Personne ne peut monter sur le temple des dieux et en redescendre sans être sacrifié.
__ Vos dieux ne voudront pas de moi.
__ Étranger, tu blasphèmes. Et pour cette raison aussi tu devras mourir.

Le vieil homme se retourne et les hurlements redoublent. Puis, venant de la forêt, un groupe d’hommes se dirige vers le temple, trainant derrière eux une structure de bois. La foule s’écarte et les hommes installent leur machinerie. Ils déplient deux long bras (longs) noueux reliés par une corde tressée. Anthropyle comprend qu’il s’agit là d’une arme de guerre.

__ Écoutez-moi ! La violence ne résoudra rien !

Mais personne ne l’écoute et les guerriers face à lui chargent leur engin d’une multitude de flèches acérées qu’ils trempent au préalable dans une outre de peau. Anthropyle ne peut s’éloigner sans leur tourner le dos, aussi reste-t-il sur place, tentant encore et toujours, sans succès, de les apaiser. L’arbalète géante est maintenant chargée. Quatre colosses bandent la corde en y mettant tout leur poids. D’un coup, ils la lâchent et les flèches s’envolent. Dans un réflexe dérisoire, Anthropyle se protège en ramenant ses bras sur son visage. Pendant son mouvement, des éclairs jaillissent de ses doigts et les flèches s’embrasent et se consument instantanément. La stupeur s’abat dans la clairière.

__ Qu’est-ce qui s’est passé ?
__ Je t’ai sauvé la vie.
__ … (Je n'aime pas ce genre de suspension sous forme dialoguée, autant écrire au sein de la narration qu'il ne répond pas.)
__ Tu voulais que je laisse ces sauvages te tuer ?
__ Qui te dit que ce sont des sauvages ?
__ Mais enfin, ouvre les yeux !
__ Laisse-moi trouver les réponses. Je suis là pour ça, non ?
__ Tu es fou…
__ Peut-être, mais je ne suis pas un dieu.

Au pied du temple, les hommes se prosternent, face contre terre. Seuls (seul) l’ancien et quelques autres sont restés debout. Anthropyle descend lentement les gradins.

__ Relevez-vous. Je ne vous veux aucun mal.

Anthropyle descend encore, il est à présent à un jet de pierre des hommes courbés jusqu’au sol.

__ Relevez-vous. Je ne suis pas un dieu, je suis un humain, comme vous. Apprenons à nous connaître.

Anthropyle pose maintenant le pied sur l’herbe tendre, à quelques pas des hommes toujours en dévotion.

__ Relevez-vous mes amis, je ne suis pas un dieu. Je suis inoffensif.

Anthropyle s’avance au milieu de la foule qui murmure. Certains lèvent la tête, certains se redressent enfin. Armé d’une flèche empoisonnée serrée dans son poing, l’ancien s’avance prudemment, en éructant.

__ Tu n’es pas un Dieu. Tu ne peux être un Dieu, les Dieux n’ont pas de forme humaine !
__ Je ne suis pas un dieu, c’est vrai.
__ Tu es un profanateur et tu vas mourir !
__ Je ne suis pas un profanateur, mais je vais mourir.

Alors, l’ancien se jette sur Anthropyle qui n’esquisse pas un geste et lui plante la flèche dans la cuisse. Très vite, les muscles d’Anthropyle se tétanisent et il prononce difficilement « je ne suis pas un dieu ». Puis il s’effondre, inconscient.

*

__ Tu es mort Anthropyle.
__ Je le sais.
__ Pourquoi t’être laissé tuer sans te protéger ?
__ Parce que je ne suis pas un dieu.
__ Tu es mort et nous conversons ensemble. Crois-tu en moi maintenant ?
__ Non. Je crois aux délires de mon imagination. Et je sais que l’on m’a programmé pour mourir sacrifié.

*

Je n’ai pas toujours été un dieu. Hier encore j’étais une larve, un cloporte. Humain parmi les humains, je souffrais comme eux de l’infini besoin de trouver un sens à mon existence. La routine quotidienne me broyait de l’intérieur.

Mais une rencontre a illuminé mon chemin. Enfin révélé, je me suis réveillé.


(J'adore cette fin, même si je me demande si le fin mot est bien cette idée de rencontre ou plutôt les deux phrases précédentes qui nous apprennent ce qu'est un dieu  ?

Dans l'espoir que mes remarques te soient utiles !

Titre: Re : Anthropyle [Blind Text]
Posté par: tim gab le 08 Juin 2017 à 09:46:46
Salut Remy,

mon commentaire risque de n'être guère constructif, mais bravo.
Tu nous livre là un texte, fluide et agréable qui se laisse lire sans aucun problème.
J'ai beaucoup aimé ton traitement du thème.
Bref merci pour ce texte, merci d'avoir participé au blind text et au plaisir de te lire encore.
Titre: Re : Anthropyle [Blind Text]
Posté par: JigoKu Kokoro le 08 Juin 2017 à 15:28:45
Je suis assez partagé sur ce texte vois tu...  :\?

D'un coté, j'aime le style et l'idée de ce dieu qui cherche à tout pris à ce qu'une créature ait foi en lui  :coeur:, de l'autre j'aime un peu moins le devenir d'Anthropyle.  :/

Je dirais que la descente d'Anthropyle sur terre et sa confrontation avec les hommes du temple ne pas autant embarqué que les dialogues et idées suggérées avant quand le dieu essaye par tous les moyens de convaincre ce dernier.

Pour moi c'est la seule chose qui me gène un peu dans ce texte. Peut-être qu'au final, au fil de ma lecture, je m'étais projeté autre chose concernant Anthropyle. La mort je l'avais imaginé, le sacrifice à la stupidité humaine et ses croyance absurdes aussi. Le déroulement de la scène moins.

Enfin voilà il y a des choses que j'aime beaucoup et d'autres moins  :)
Titre: Re : Anthropyle [Blind Text]
Posté par: Edel Weiss le 08 Juin 2017 à 18:35:59
Citer
Je dirais que la descente d'Anthropyle sur terre et sa confrontation avec les hommes du temple ne pas autant embarqué que les dialogues et idées suggérées avant quand le dieu essaye par tous les moyens de convaincre ce dernier.

Je suis parfaitement d'accord avec ton ressenti : le début est mille fois meilleur que cette fin, il me semble. Les dialogues et la découverte de ce dieu anormal m'ont tout comme toi embarqué et passionné, j'étais dévorée par l'envie de lire, alors que la descente sur terre (déjà trop longue selon moi) m'a paru bien moins poignante. Les motivations du dieu à ce moment-là ne sont finalement plus si claires : envoie-t-il Anthropyle pour mourir et le convaincre de son existence ? Il me semblait que c'était cela. Mais il me semble qu'il y aurait eu d'autres manières bien plus originales et intrigantes de traiter cela , comme l'est le début de ce texte qui nous jette face au grand tourment du sens de l'existence.

En un mot, dans le passage de la descente sur terre, "l’infini besoin de trouver un sens à [l'] existence" n'est plus, de manière évidente en tout cas, l'enjeu. L'aventure du personnage occulte le questionnement, je pense.

Avec un texte aussi intéressant et prometteur, on ne pardonne aucune faiblesse ;)
Titre: Re : Anthropyle [Blind Text]
Posté par: Rémi le 08 Juin 2017 à 21:39:01
Salut les commentateurs,
Merci pour votre implication, ça fait plaiz'

@ metaphores
Merci pour les coquilles, corrigées.

Je réponds point par point (en gras les trucs sur lesquels je reviendrai à tête reposée) :

Citer
Du haut de mes nuages, je zèbre le ciel d’éclairs radiculaires. Je terrorise les populations de fléaux toujours plus destructeurs
Citer
(Pourquoi ? - mais ce pourquoi-là peut rester sans réponse pour le mystère du texte et des intentions du dieu)
ce pourquoi-là restera donc sans réponse  :mrgreen:
ainsi que les questions qui suivent

Citer
(Selon moi, un dieu ne vit pas, il existe, je suggérerais donc pour ma part la phrase "J'existe ainsi, entouré de milliers ...)
Bonne remarque, mais dans ce texte, je voulais un dieu qui se pose des questions humaines, donc, il vit

Citer
Citer
Parfois, j’autorise certaines d’entre elles à répondre à mes questions
(Pour moi, cette phrase doit venir après la suivante : d'abord, tu expliques que les âmes faibles le supplient et qu'il s'amuse de leur faiblesse, ensuite qu'il leur pose parfois des questions, la première autorisation du dieu est de simplement les laisser "parler " car tu disais dans le paragraphe précédent que les âmes étaient silencieuses ! Il faut donc expliquer que les âmes faibles supplient, elles, avant d'entrer dans le sujet des questions du dieu).
j'aime bien dire qu'elles sont silencieuses et expliquer ensuite pourquoi (parce qu'il ne les laisse pas parler)

Citer
Citer
mais planté sur un nuage, la barbe au menton et le trident à la main. La toge sur mes épaules exagérément musclées
(ouh ! ça j'aime pas ! je comprends le côté burlesque ici pour désacraliser le dieu, mais c'est vraiment pas beau cette expression !)
clairement pas beau, on est d'accord, mais c'est pour souligner que barbe et trident sont "dérisoires"
Peut-être "merveilleusement musclées" ?

Citer
Pourtant, je te suggérerai de le mettre en début de ton texte car il me semble un peu perdu à cet endroit du récit, je trouve ce passage très accrocheur pour un incipit de nouvelle et plus logique car tu clos ton texte sur le retour à ce passage, donc la boucle est ici imparfaite !
moui... mais en fait, je préfère qu'on démarre sur un dieu terrible avant de dire qu'il fut humain...
Quand à l'argument : c'est super chouette donc faut démarrer par ça, je suis pas trop d'accord. (le premier paragraphe doit faire une centaine de mots, il fait lever le sourcil avant celui-ci)
Enfin, la boucle n'a pas besoin de symétrie parfaite, enfin, c'est mon avis. Sur la construction, on en recause avec le temps "faible" de la descente sur terre.

Citer
En quoi parler avec sa victime ici l'amuserait plus que lorsqu'il interroge les âmes mortes?
comme ci-dessus, l'explication vient après :
Est-ce ma lassitude ou la plastique parfaite du bel éphèbe qui induit ce choix ? Je ne saurais le dire. Ce jeune homme est un athlète exceptionnel et – chose rare – il ne se recroqueville pas sur lui-même, ne supplie pas et pose sur moi un regard plein d’un courage émouvant.

Citer
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__ Je comprends ta puissance… La compréhension n’est pas la problématique. Je parle de croyance, de foi. Je ne crois pas en toi.
(ici, étrangement, j'aurais trouvé plus fort d'inverser les deux réponses, d'abord celle logique et attendue, "je comprends ta puissance", puis en dernière réponse, celle qui semble illogique ou irrationnelle "Je ne crois pas en toi". Mais ce n'est qu'un ressenti personnel sur l'intensité ici des réponses)
heuuuuu, c'est ce que j'ai fait, non ?

Citer
Citer
Dans une autre vie, je n’étais pas un Dieu. Je vaquais au milieu de la foule, souvent occupé et pourtant désœuvré.
Et finalement, je me suis réveillé et révélé.
(Je m'interroge : est-il vraiment utile d’insérer ici ce passage ? Ne vaudrait-il pas mieux le garder en révélation pour la fin - le je me suis réveillé et révélé, j'entends ? Car en le mettant déjà, et en le répétant à la fin, tu en diminues un peu la force : à réfléchir)
Très pertinent, et je me suis posé la question un moment avant de choisir de laisser :
J'insère ce passage d'abord pour créer une rupture de rythme (un paragraphe de quelques mots), ensuite pour créer une résonance avec le début et la fin. Et bien sûr, pour que le lecteur s'interroge. (donc résonance et spirale plus que boucle en fait)

Citer
Citer
__ Veux-tu retourner sur Terre ? Peut-être auprès de tes proches trouveras-tu la réponse ?
__ Je ne suis plus l’homme que j’ai été. Il m’est impossible de reparaître auprès des miens.
(petit détail : attention car ici, les siens pourraient être compris comme ses proches alors que tu dis plus bas qu'il a été exclu et seul)
Oui, les siens sont bien ses proches. Certes il était "un sursitaire chargé de l’apaiser le moment venu" mais il vivait dans un village. Et il n'est plus l'homme qu'il a été (il ne se considère plus comme sursitaire)
Cela dit, la formulation pourrait être reformulée pour clarifier cette nuance.

Citer
Citer
__ Les hommes ont toujours eu besoin de moi. D’une réponse face à leurs questions existentielles.
__ Pas moi. J’étais destiné à mourir, à faire partie de ta « réponse ».
Très intéressant ! J'adore cette idée de retournement, peut-être aurais-tu pu la développer et révéler encore ? Cette idée de dieu qui se questionne et dont l'homme est la réponse - qui est le message final de ton texte, si j'ai bien compris, mériterait parfois au fil du texte de revenir comme un fil conducteur car par moment le texte semble évacuer complètement cette problématique, j'ai l'impression)
Chouette analyse, ça fait plaiz'
J'aime bien les textes qui posent des questions, et j'essaie autant que je peux de garder une certaine "légèreté", de faire en sorte que tout ne soit pas trop "évident". Je préfère que le lecteur trouve la question plutôt que la poser moi-même. C'est pas simple, parce que certains lecteurs ne verront pas dans le texte ce que je tente d'y mettre. Dosage donc, mais tu as raison sur la question posée.
Citer
Cette idée de dieu qui se questionne et dont l'homme est la réponse - qui est le message final de ton texte, si j'ai bien compris
Y a pas de message direct, plus un questionnement, un thème dont on exploite les facettes.

Citer
Citer
Dans cette autre vie, je suis un humain tombé du ciel. Fragile et innocent, j’arpente le monde en quête de réponses.
(Là, j'avoue que je m'égare un peu : de qui parle-t-on? Ce je, est-ce Anthropyle ? Car l'humain tombé du ciel semble être Anthropyle, mais jusqu'à présent en lisant, je pensais que c'était le dieu qui parlait à travers tous les "JE" ! Je te pose donc la question, car pour moi, ce passage-là introduit une ambiguïté sur l'identité du "JE" et je ne parviens pas à y répondre seule !
c'est bien le but  :mrgreen:

Citer
Je pense que cela mériterait une touche de clarté ! Afin de bien comprendre le message de ton texte : faut-il comprendre qu'Anthropyle est l'autre vie humaine du dieu de l'histoire - comme ce passage semble le suggérer - ou qu'Anthropyle est la réponse aux questions du dieu - comme semble le suggèrer l'histoire et la fin ?)
je répète : j'aime bien que le lecteur se pose les questions. Non pas sur la compréhension du texte, mais des questions sur le thème : ici, "qu'est-ce qui différencie l'homme du dieu ?" ; "si dieu est une réponse pour l'homme, l'homme est-il une réponse pour dieu ?" (mais je n'aime pas donner les questions, je préfère que le lecteur les trouve)

Citer
(Ce passage m'a paru un peu long pour son caractère assez secondaire en comparaison du questionnement existentiel de tout le texte )
Oui, je suis d'accord. Ce passage a plusieurs intérêts :
1/ rupture de narration : on a une description un peu longue d'une série d'actions. On sort de l'abstrait.
2/ on se centre sur le personnage
3/ rupture de rythme effectivement, le but est qu'en arrière plan le lecteur se demande ce qui va arriver (en se doutant qu'il va se faire buter, évidemment). Sans cette rupture de rythme, le "sacrifice" viendrait trop vite et ce serait lourdaud je pense

Citer
(Je n'aime pas ce genre de suspension sous forme dialoguée, autant écrire au sein de la narration qu'il ne répond pas.)
carrément d'accord ! J'ai eu la flemme, à quelques heures de la fin du blind test.
à corriger.


Citer
J'adore cette fin, même si je me demande si le fin mot est bien cette idée de rencontre ou plutôt les deux phrases précédentes qui nous apprennent ce qu'est un dieu  ?
les deux mon général ! (ou plus ;) )

Merci beaucoup pour ce commentaire vachement bien argumenté. Tu as mis en avant des trucs que je changerais peut-être pas mais qui me font réfléchir, c'est cool.

@ Tim
Merci :) C'est cool !

@ JKK
Citer
j'aime un peu moins le devenir d'Anthropyle.
Anthropyle n'est pas vraiment un personnage...

Citer
Je dirais que la descente d'Anthropyle sur terre et sa confrontation avec les hommes du temple ne pas autant embarqué que les dialogues et idées suggérées avant quand le dieu essaye par tous les moyens de convaincre ce dernier.
normal, c'est du trivial, c'est du pur "humain"
(voir ma réponse à meta ci-dessus sur ce paragraphe)

Citer
La mort je l'avais imaginé, le sacrifice à la stupidité humaine et ses croyance absurdes aussi. Le déroulement de la scène moins.
ben ouais, j'ai fait stupide :D

merci pour ton commentaire !



A+ les copains et les copines,

Rémi
Titre: Re : Anthropyle [Blind Text]
Posté par: Edel Weiss le 08 Juin 2017 à 22:03:29
Je comprends toutes tes réponses et je me suis doutée que tu avais volontairement brouillé les cartes pour que le sens nous échappe et soit même pluriel. J'adore cela et j'adhère. Je le fais très souvent.

Mais je persiste dans ce cas sur un point : tu mets soit pas assez, soit trop d'hésitation sur cette ambiguïté unité du dieu et d'Anthropyle ou dualité.

Si tu veux qu'il y ait ambiguïté, ce simple petit passage que j'avais relevé est bien trop bref et laisse le lecteur incertain (sans parler de tous ceux qui n'auront même pas relevé cette ambiguïté le temps de 1 ligne) ! Je te conseille véritablement de rajouter d'autres moments d'hésitation ! (pas forcément cinquante, peut-être juste un mot à la fin?)

Car voici mon problème : début verrouillé sans ambiguïté sur le sens, milieu ambiguïté et ouverture du sens, fin verrouillage du sens pas ta phrase finale sur la rencontre qui donne raison au sens de départ. Ainsi, le lecteur n'erre entre les sens que le temps de 1ligne ! Vraiment trop peu, il me semble. Et si tu veux que le sens soit ouvert, alors ne le ferme pas à la fin !

Citer
Mais une rencontre a illuminé mon chemin. Enfin révélé, je me suis réveillé.

Cette phrase veut dire : Anthropyle n'était pas le dieu. Et tu le dis deux fois.

Voilà, excuse-moi d'insister, mais j'adore véritablement ton texte et j'aimerais tant que l'ambiguïté soit plus certaine : je n'aurais jamais dû me dire en lisant ta ligne : ai-je mal lu? Cette ambiguïté était-elle voulu? Je ne comprends pas. J'aurais dû me dire : il brouille le sens. Et je pense, mais je peux me tromper, que cela vient de la manière et de l'endroit où tu fais entrer pour la première fois cette ambiguïté. Après cette ambiguïté, d'autres choses devraient faire écho à ce doute que tu as fait naître.

Encore une fois, ceci n'est que l'analyse que je fais de ton texte qui me tient à cœur !
Titre: Re : Anthropyle [Blind Text]
Posté par: Rémi le 08 Juin 2017 à 22:06:23
Bon, allez, je le dis : le thème du blind test était aussi le rêve... d'où le "réveillé".

Maintenant, je comprends parfaitement que l'ambiguïté soit foireuse, je vais sûrement y réfléchir du coup.
(et je mets en gras pour relecture d'ici quelques temps)

Merci pour cette implication, c'est vraiment super !

Tchuss !
Titre: Re : Anthropyle [Blind Text]
Posté par: gage le 09 Juin 2017 à 18:55:42
Salut mon grand !

texte hyper-riche, et pour moi difficile de passer derrière Métaphores qui t'a  fait effectivement un commentaire de rêve.
Je suis nul en philosophie et en métaphysique donc mon commentaire ne s'élèvera pas plus haut que les pâquerettes dans les vertes prairies et tu m'en vois désolé, ton texte méritant beaucoup mieux !

Puisqu'il s'agit de rêve, il m'est plaisant d'imaginer un Dieu rêvant qu'il est homme.... Un Dieu qui s'ennuie.
Mais on peut imaginer un créateur envoyant son Golem explorer le monde et vivre des expériences à sa place...

Ton Dieu est bien désabusé, n'empêche, de la déité et finalement de l'humanité aussi. Je ne suis pas sûr que le sens de ta parabole soit tout à fait optimiste, même si la toute dernière phrase peut faire penser le contraire.

Bref, on pourrait en parler des heures, et donc merci pour tout ça Rémi !

Titre: Re : Anthropyle [Blind Text]
Posté par: Rémi le 09 Juin 2017 à 19:52:42
Salut mon petit  :mrgreen:

Ouaip, bien vu le côté optimiste de la dernière phrase :)
Effectivement, le texte n'est pas super funky, faudra qu'un jour je m'essaie à des chose plus joyeuse.

Merci de ton passage,

A+
Rémi
Titre: Re : Anthropyle [Blind Text]
Posté par: Manu le 10 Juin 2017 à 13:33:19
.



Titre: Re : Anthropyle [Blind Text]
Posté par: Rémi le 15 Juin 2017 à 18:05:19
Salut Manu,
C'est sympa d'avoir relevé ce passage :)
Merci pour l'appréciation.

Au plaisir,
Rémi
Titre: Re : Anthropyle [Blind Text]
Posté par: MonsieurDuctor le 21 Juillet 2017 à 00:38:12
Salut Rémi !

J'ai beaucoup aimé ce texte qui me touche d'un point de vue personnel tant j'ai imaginé (du haut de mon ego :P) une discussion avec Dieu auquel justement je ne crois pas. Donc cette idée du dialogue entre le mortel et le divin me parle bien :)
C'est en fait le parti pris de ton texte qui m'intéresse ; tu prends deux points de vue, celui du dieu qui s'ennuie de son caractère suprême, à la recherche justement d'une forme de simplicité ou en tout cas d'un moyen de s'extirper de sa condition, et ce jeune sacrifié, déterminé dans son idée de ne pas croire en ce dieu qu'il ne reconnait tout simplement pas. Pour moi c'est ce dernier qui est particulièrement réussi, on suit le cours de ses pensées et on les vois évoluer, se heurter à la bêtise de la pensée religieuse (pas en général hein ^^ mais dans certaines de ses extravagances) et y répondre par une attitude résignée, une attitude qui accepte et qui fait le procès de cette pensée, de cette bêtise du sacrifice, du meurtre pas même au nom d'un dieu mais simplement d'un lieu sacré... Bref à vrai dire je me perds un peu dans mon commentaire et je n'ai pas le quart du talent, de l'expérience requise pour te faire une analyse constructive de ton texte que je trouve très agréable à lire.

En revanche (allez il faut bien baver un peu :D) je suis assez d'accord avec certaines remarques qu'a pu soulever metaphores concernant le choix de certains mots, le parti pris narratif de certains passages. Je vais pas paraphraser non plus (cf le com' de metaphores ^^)

Voilà ! Bravo pour ton taf' :)
Titre: Re : Anthropyle [Blind Text]
Posté par: Rémi le 22 Juillet 2017 à 15:33:17
Salut MD,
merci pour ton appréciation.

Citer
En revanche (allez il faut bien baver un peu :D) je suis assez d'accord avec certaines remarques qu'a pu soulever metaphores concernant le choix de certains mots, le parti pris narratif de certains passages.
Ouaip, j'ai prévu une relecture et corection à froid, peut-être d'ici la fin de l'été

Au plaisir de te lire,

Rémi
Titre: Re : Anthropyle [Blind Text]
Posté par: Georges Beckett le 23 Juillet 2017 à 15:50:03
Salut Rémi,

Il est chouette, ce texte. Sa poésie et sa simplicité en font un conte mythologique hors du temps. Sans prétention. Quelque chose qui me rappelle le Siddharta de Hesse et mes cours de mythologie Latine.

Bravo et merci, l'ami.

 :)