Un bon anatomiste a toujours un miroir sous la main pour capter ses gestuelles faciales ; on me disait. J’en ai posé un immense vertical à côté de mon bureau ; je l’ai fait. Toujours cloîtré dans ma chambre étudiant, je n’ai aucun effort à retrouver ce gadget qui me renvoie à moi-même.
L’homme regarde partout sauf en lui-même ; on me disait. C’était pour me montrer que je dois me montrer à moi-même ; je l’ai fait.
Mes classeurs de cours ne traînent jamais dans mon champs de vision. Je ne supporte pas. Mon étagère en bordel les camoufle ; plus rien ne dirait que je suis étudiant, si ce n’est mon habitation elle-même, socialement dédiée à mon activité par des institutions iceberg.
Je ténèbre sur le fauteuil. Et parfois, mon regard rencontre le miroir. J’hallucine mon reflet grattant du papier de manière frénétique, ou dévorant de lecture d’ouvrages aussi studieux qu’étudiés.
Mais non, c’est un vrai miroir : à chaque fois que je me pose dessus, c’est de symétrie avec le reflet qui a abandonné son travail, l’instant réciproque d’une envie de se manifester à soi.
Il a toujours posé son stylo, ou refermé le livre, et me fixe de cette expression que je sais maintenant discerner : il veut me surpasser, et il est tendu de compétition. Son attitude est alors motivée par une haine motrice mais ravageant de rouge son regard percé de ma propre haine.
Alors je détourne les yeux, et je l’imagine reprendre son activité scrupuleusement secrète. Pendant que je pleure de rien, lui décrypte son monde pour agir sur lui.
Je ne veux pas manipuler ; je ne veux pas vérifier ; je ne veux pas aimer ; je ne veux pas brasser ; je ne veux pas essayer ; je ne veux pas.
Alors je ténèbre sur le fauteuil. Et parfois, mon regard rencontre le miroir. Un refrain de moi-même, un reflet.
Et je voudrais parfois le briser.