Le Monde de L'Écriture

Salon littéraire => L'Atelier => Cuisiner la langue : ustensiles et méthodes => Discussion démarrée par: okho le 22 Mai 2017 à 13:03:35

Titre: Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: okho le 22 Mai 2017 à 13:03:35
J'ai un peu fouillé le forum mais n'ai a priori pas trouvé un sujet ressemblant (et j'espère que je le poste au bon endroit).

J'ai eu envie d'ouvrir ce fil suite à la lecture de cet article : Bannissez ces 7 mots de votre écriture (http://www.aproposdecriture.com/bannissez-ces-7-mots-de-votre-ecriture#comment-100757). L'introduction est trop orienté coatching et "calcul" d'auteur à mon goût mais j'ai apprécié la réflexion sur la précision et sur les 7 mots :

Citer
- un/une des
- certain (certaine, certains, certaines)
- chose
- les verbes "pauvres" : être et avoir
- très
- les adverbes
- les principaux mots : donc, la plupart du temps, pour, souvent [là je n'ai pas trop compris ce que l'auteure entendait par "mots principaux"]

Sur le mot "très", par exemple, l'auteure écrit :

Citer
Mark Twain disait : « Chaque fois que vous serez tenté d’écrire le mot très, remplacez-le »
Pourquoi ? Parce que le mot « très » est paresseux.
Un homme n’est pas très fatigué, il est épuisé.
Edmond n’est pas très triste. Il est morose.
« Très » est le mot le plus inutile de la langue française et peut toujours se remplacer. Non seulement il est inutile, mais il est traître parce qu’il affaiblit toujours ce qu’il devait renforcer.

Je n'y avais jamais pensé et je trouve ça pertinent.

Personnellement, j'ai aussi un problème avec le mot "comme" lorsqu'il introduit une comparaison, particulièrement en poésie : lorsque je le vois, j'ai l'impression que l'auteur me crie "attention, métaphore". Surtout, je trouve que ce mot affaiblit l'implication du lecteur, met une distance trop rationnelle entre le texte et moi, lectrice.

Par exemple, si je lis :
- "Je suis comme un oiseau" -> j'imagine l'auteur qui se sent comme un oiseau, je suis spectatrice, je ne ressens pas grand chose, l'auteur me laisse de côté.
- "Je suis un oiseau" -> je m'imagine être un oiseau, je suis actrice, je ressens ce que ressentirais un oiseau, l'auteur m'embarque.
Même chose pour "je me sens heureux" / "je suis heureux".

Est-ce que vous avez une autre perception du mot "comme" ? Est-ce qu'au contraire vous le trouvez intéressant ?
Avez-vous d'autres mots qui vous "embêtent" ?
Titre: Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: Nocte le 22 Mai 2017 à 13:23:39
C'est un peu réducteur de faire la chasse à des mots en particulier, car chaque texte possède sa propre vérité. Très peut parfaitement fonctionner pour un truc oral sans prise de tête, les machins "paresseux" en somme. Un bon texte ce n'est pas forcément du vocabulaire tape-à-l'oeil, ça peut être juste quelque chose de sincère dit avec des mots banals, mais surtout des mots justes. Se sentir comme un oiseau ce n'est pas du tout être un oiseau, faudrait pas arriver à un point où le besoin d'accomodation fait perdre son sens à une phrase. Quand l'auteur utilise comme oui y'a ce gros panneau métaphore, mais il sert surtout à créer ce détachement entre ce qui est réel et ce qui ne l'est pas, qu'on puisse différencier les deux sans se demander s'il faut prendre les choses au sens littéral, et surtout pour faire vivre une image saugrenue dans un cadre réaliste (on sait qu'elle est fausse, mais c'est au lecteur d'essayer de faire le jeu de substitution pour voir la réalité du regard fantasmé de l'auteur). Bref chaque mot existe pour une raison bien précise, et j'aime pas ces "conseils" qui font généralement dans la facilité et le conformisme.
Sinon j'aime pas le mot bidet, c'est moche.
Titre: Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: Eveil le 22 Mai 2017 à 14:09:27
J'ai eu une réaction assez vive quand j'ai lu ton message, et quand j'ai lu le titre de l'article (pas besoin d'en lire plus). Un titre navrant, et qui m'attriste. Il n'y a rien à bannir, encore moins à ordonner quand il s'agit d'écriture. Je trouve ça ridicule, idem avec la réflexion de Twain. J'utilise "très", sciemment, alors que j'aurais cinq synonymes à portée de main. La pauvreté c'est quand il manque de l'intention, je crois, pas parce qu'on utilise être et avoir, ou des adv, ou très etc, ça n'a aucun sens. J'utilise le verbe "dire" plutôt que mille autres, parce que ça ne prend pas de détours, que ça tient en une syllabe ou deux. J'utilise "comme", beaucoup, parce que j'aime forcer la comparaison, la souligner. "Chose" est un des plus jolis mots que je connaisse, c'est un vase vide qui n'attend que l'intention, c'est un mot qui n'existe que par elle. Et alors donc c'est un indice pertinent, je trouve, de la force d'un auteur. Celui qui arrive à "posséder" les mots les plus "désémantisés", par nature ici, ou par l'usage pour d'autres.

Je croyais que c'était pour parler des mots qu'on n'aime pas et c'est ok, c'est subjectif, mais les citations tombent dans des platitudes épouvantables -et fausses, qui nuisent, je le crois, à la création, et au plaisir DU mot. Moi je trouve ça dangereux et ça m'embête qu'on relaye ce genre de conseils à la mords moi le noeud sous couvert d'une pseudo autorité littéraire (Twain en l'occurrence, qui prouve qu'il ne connaissait pas véritablement la langue dont il parle).

Bref il faut se méfier de ces conseils, à mon sens, qui désagrègent petit à petit la richesse et la créativité d'une langue. Et surtout parce qu'ils oublient que la littérarité dépend principalement de ce qu'on fait des mots, et pas des mots en eux-mêmes. C'est un média. 
Titre: Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: gage le 22 Mai 2017 à 14:38:44
À ma connaissance, le conseil de Mark Twain n'était pas de remplacer le mot "très", mais de le supprimer carrément.
Son conseil exact était de remplacer le mot "très" à chaque fois qu'on aurait eu envie de l''écrire, par un gros mot que l'éditeur se chargerait de supprimer, et du coup le texte serait juste comme il doit être.

Je me permets du coup de considérer que son conseil d'abord concerne la langue anglaise et qu'il est extrêmement difficile de savoir si ce qu'il pourrait avoir à reprocher à "very" est applicable à "très".
De plus, Mark Twain est mort il y a plus de cent ans... est-il vraiment raisonnable d'imaginer que ses conseils d'écritures soient encore tous adaptables à nos écrits d'aujourd'hui ?
Titre: Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: Haunt le 22 Mai 2017 à 18:20:19
D'anglais a français ca change tout... :mrgreen:
Retirer le mot très pour un adjectif, je suis pour et contre :
Le mot très est utile et interessant car il insiste sur quelquechose.
Mais varier les plaisirs en ne le mettant pas systématiquement est aussi une bonne chose.
Je rejoins la personne qui a dit qu'aucun mot n'est a bannir ( ton pseudo ne me reviens pas  :/ ) tous les mots ont un sens et une utilité !
Titre: Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: okho le 24 Mai 2017 à 12:36:06
J’avais signalé le topic aux modérateurs pour demander sa suppression. Je me dis que l’option ne fonctionne peut-être pas… Alors je vais essayer de répondre. Une seule fois, parce que je sais trop qu’il sort rarement quoi que ce soit de bon d’une discussion qui vire à l’aigre. La plupart du temps c’est ensuite l’escalade. Et ça finit par trop me blesser.

@WEG, @Eveil, j’aurais aimé que vous me lisiez vraiment avant de sortir vos grands couteaux juste pour un ou deux mots par-ci par-là sortis du reste de mes propos.

Enfin… j’ai très honnêtement tenté de me relire en cherchant où vous étiez allé chercher vos récriminations. Et je ne trouve pas.

Je commence par le titre : "les mots que vous n’aimez pas". Alors oui, @WEG, "j’aime, tu aimes, nous aimons, vous aimez…", bien sûr que c’est subjectif. De quelle autre expérience pourrais-je donc parler que la mienne propre ? Qui plus est de la mienne propre à ce jour, parce que les choses sont mouvantes, y compris au sein d’un même individu. Je sais bien que nous vivons une époque où l’altérité est bien mise à mal, mais bon… pour moi, un individu s’exprime en tant qu’individu, ni moins ni plus. Il n’est légitime que de lui-même mais n’en ai pas moins légitime pour autant.

Je ne l’ai pas intitulé "les mots tout pourris qui feront de vous un auteur tout pourri", clairement. Je ne l’ai pas intitulé, non plus, "les mots à bannir", me démarquant ainsi, tout à fait volontairement, de l’auteure du site cité. Ce sur quoi j’appuie d’ailleurs dès l’ouverture de mon post : "L'introduction est trop orienté coatching et 'calcul' d'auteur à mon goût". Oui, je n’aime pas cette approche "ce que vous devez faire et ce que vous ne devez pas faire". Et ce n’était absolument pas mon propos. Ce que je confirme immédiatement par : "j’ai apprécié la réflexion". Réflexion. Réfléchir, se questionner...

Car oui, je ne vois pas trop comment je pourrais faire l’économie de réfléchir, de me questionner sur ma manière d’écrire (et, au-delà, de m’exprimer de manière plus générale, d’ailleurs). Warning : j’ai bien écrit "je ne vois pas trop comment je pourrais". Je-moi-perso. Que d’autres ne le fassent pas ne regardent qu’eux et je n’ai rien à en dire. Mais comme, en général, j'ai l'illusion de croire que mes fonctionnement ne sont pas exceptionnellement uniques, j'ai imaginé que peut-être d'autres que moi partageaient ce genre de questionnement.

Donc : réflexion, questionnement. Pas injection ni ordre. J’aime questionner mes points aveugles, mes habitudes inconscientes, certains tics qui peuvent s’installer chez moi à l’insu de mon plein gré. Warning encore : je parle de je-moi-perso. Je peux parfaitement concevoir que certains génies ne soient jamais sujets à ce genre de travers, ou que certains n’aient aucune envie de réfléchir là-dessus.

Donc, @Eveil, lorsque tu écris "pas besoin d'en lire plus", encore aurait-il fallu lire, vraiment.

Sur l’histoire de Twain. Alors… l’argument d’autorité ne m’a pas sauté aux yeux. Là je peux vous présenter mes excuses, effectivement. C’est que j’ai une relation à l’autorité… inexistante. Ben oui. Alors elle ne m’impressionne ni ne m’agace. Elle me passe au-dessus. J’ai toujours pratiqué l’assentiment sélectif : au sein de la pensée de tel ou telle (Twain comme Maurice Bernichou), je prends ce qui me semble intéressant, j’écarte le reste. Ici, ce qui me semblait intéressant, c’était : "Un homme n’est pas très fatigué, il est épuisé. Edmond n’est pas très triste. Il est morose." Comme je l’écris ensuite, ça m’a intéressée parce que "ne n’y avais jamais pensé" (je parlais plus haut des "points aveugles").

J’aurais d’ailleurs pu préciser que pour moi, morose n’aurait pas convenu. Pour moi-je-perso (subjectivité again !). Parce que morose a pour moi une valeur un peu "grognonne", alors je me serais dirigée vers d’autres mots : désespéré, désemparé. Ou alors j’aurais dit quelque chose comme : "il se demanda alors pourquoi les super héros américains portaient toujours des collants moulants" (c’est une phrase qui m’avait beaucoup marquée, question immense tristesse, dans un roman de Michael Collins <- warning ! ceci n’est pas un argument d’autorité, c’est juste un exemple qui m’avait beaucoup plu et je ne me permettrais pas de l’utiliser sans avoir l’honnêteté de citer l’auteur).

Quant au mot "comme", je reprends ce que j’ai écrit : "personnellement", "j’ai un problème", "j’ai l’impression", "je trouve que", "je trouve", "moi, lectrice", "si je lis", "j’imagine", etc. (bon, je ne continue pas, hein). Qui plus est, je termine par la question : "Est-ce que vous avez une autre perception du mot "comme" ? Est-ce qu'au contraire vous le trouvez intéressant ?" Honnêtement, ça me semble quand même assez ouvert et peu dogmatique, du coup. C’était l’envie d’une vraie discussion, d’un échange. Bon là, c’est mort, clairement.

Et d’ailleurs, Weg et Eveil, vous apportez des réponses intéressantes à ce sujet (bien dommage que vos réponses aient été enrobées de tant d’agressivité gratuite), sur lesquelles je vous rejoins tout à fait : bien sûr que le contexte compte ; bien sûr que lorsqu’on fait parler un personnage (y compris s’il est le narrateur), on lui construit un langage bien à lui ; bien sûr que tel ou tel mot/expression peut être un parti pris assumé et efficace...

Je répète ce que je disais plus haut : ce qui m’intéressait dans ce topic, c’est la réflexion sur tout ça. Sur mes (et vos) fonctionnements d’auteurs et de lecteurs, les points aveugles que vous avez – peut-être – un jour repérés au hasard d’une lecture ou d’une discussion, vos "petits" blocages qui parfois vous embêtent, etc.

Voilà. Pour moi la discussion est close. Elle m’aurait intéressée mais je peux entendre qu’elle n’avait, pour tous ici, pas lieu d’être. Dans ce cas, je vous présente toutes mes excuses. Pour l’avoir ouverte ici, pas pour m’intéresser à ces sujets.
Titre: Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: Zacharielle le 24 Mai 2017 à 13:08:05
Modération
Hello okho !
On avait bien vu ton message signalé et on s'apprêtait à te répondre. On a un fonctionnement collégial, donc on se met d'accord avant d'agir, c'est pour ça que tu as peut-être eu l'impression de ne pas avoir été entendue mais le bouton "Signaler au modérateur" marche bel et bien.
Bref on vient de se mettre d'accord pour te proposer de laisser vivre ce fil parce que le débat est en effet (j'allais dire "très intéressant" haha) intéressant, tu apportes la réflexion d'un auteur sur la langue et c'est tout à fait ce type de fil qu'on aime dans cette section, donc il n'y a pas lieu selon nous de le supprimer - sauf si tu y tiens particulièrement mais on trouverait ça dommage. Il faut juste effectivement recadrer la forme des échanges pour rappeler qu'il s'agit d'un débat pacifique et enrichissant pour les différents intervenants ou humbles lecteurs. Je pense qu'on est tous d'accord là-dessus. D'ailleurs WEG ou Eveil ne t'en voulaient à toi personnellement, ça m'étonnerait beaucoup, ils se sont juste un peu laissés emporter par le feu de leur amour pour l'écriture. @WEG @Eveil, vous confirmez ?
Bref si les discussions peuvent reprendre sereinement et dans le respect de chacun ce serait merveilleux  :)
Merci à tous !
Zach
Titre: Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: milena-owein le 24 Mai 2017 à 13:14:08
Salut,

Je n'ai pas suivit le débat en profondeur et je n'ai pas lu l'article en détail, seulement parcourut, donc peut-être répondrais-je un peu à coté du sujet mais j'aime beaucoup ton dernier post et je pense qu'il y avait matière à réagir.

Tout d'abord beaucoup ici (et j'en fais partie ^^) ont un problème avec les théories littéraires prescriptives.
Je vais parler de mon point de vue : dans mon cas les théories qui prétendent me dire comment écrire me prennent carrément à rebrousse poile et je les rejette avant même de savoir si elles ont raison ou non  :D

Dans ma conception de l'écriture il n'y a pas de "tu dois faire cela pour bien écrire" ou "ton texte est mauvais car il ne respecte pas tel principe" (-> ce sont des théorie prescriptive : elle cherchent à imposer un bon usage). Pourtant le rapport à la théorie est primordiale dans mon approche de l'écriture. Paradoxe ? à mon sens non car réfléchir à ce qui pose ou peut poser problème est le plus important ! A une condition toutefois : bannir l'idée qu'il existe une vérité unique, une prescription valable en tout lieu et en toute circonstance.

J'exècre tout particulièrement les théories américaines sur la littérature qui on pour conséquence de standardiser la littérature, pour avoir un modèle type vendeur (au détriment d'oeuvre plus personnelle et plus inventive dans le style). Il est déjà arrivé que certains lecteur jugent mes textes aux regard de ces théories et ça me met facilement en rogne.

Je pense que c'est un raisonnement similaire qui à provoqué cette réaction chez Weg et Eveil. Et je dis ça sans pour autant leur trouver des excuses (désolé les gars mais sur ce coup là vous auriez pus mieux formuler vos idées).


Pour ce qui est du reste je pense aussi que Weg et Eveil ont avant tout attaquer les idées, non toi en temps que personne.
L'être humain se défini par ses idées et partant de là il peut s'avérer très difficile de voir son opinion être mise à mal sans vergogne et ne pas se sentir atteint soit même, ça demande une distance. Peut-être pourrais tu essayer de considérer qu'une fois qu'une tu poste une idée ici, dans la discussion, elle ne t'appartient plus, elle n'est plus toi, et peut-être qu'alors le débat pourrait rester ouvert sans te blesser pour autant. Ce n'est qu'une proposition et tu es libre d'en faire ce que tu veux, d'ailleurs je ne te connais pas et ne prétend pas savoir qui tu es ou comment tu as pu être touché par cet échange, je ne fais que donner mon sentiment à la lecture des différents messages.

Enfin Gage apporte à mon avis un élément intéressant pour interpréter l'article : il a été écrit en anglais. Et ce fait modifie radicalement le vision que j'en ai, pour ma part en tout cas.

Pour le reste, comme Weg et Eveil je trouve que l'article est trop prescriptif : il est porteur d'une vision de l'écriture et de la posture d'écrivain qui ne peut pas (et le contraire serait dommage) être généralisé. Je suis d'avis qu'aucun mots ne devraient être banni de la langue littéraire "par principe" et que la vision artistique de l'auteur prévaut sur n'importe quel prescription. Par contre on pourrait en effet proposé une formulation moins prescriptive : quels seraient les mots qu'on devrait chercher à remplacer ?

Et là on rejoins un peu le débat lancé sur ce fil : http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,21004.msg342991.html#msg342991 (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,21004.msg342991.html#msg342991)

Voilà, comme Zach je trouve que le débat est intéressant.
Titre: Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: Nocte le 24 Mai 2017 à 13:15:17
Non mais c'est juste que dès qu'il s'agit d'écriture on s'enflamme comme des bougies un soir de Noël chez un pyromane et qu'on n'est pas forcément doués pour discuter même en temps normal.
L'aggressivité c'est contre l'article, pas toi ni ta réflexion. Au contraire c'est important de se poser plein de questions quand on veut évoluer en tant qu'auteur, c'est important aussi d'échanger avec les autres sur ces mêmes questions, après bon c'est parfois violent car totalement subjectif, dans ce cas faut juste encaisser et aller de l'avant.
Titre: Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: Kath le 24 Mai 2017 à 13:41:56
Je vais mettre mon petit grain de sel de correctrice dans cette conversation.

Tout d'abord, je dirai que ton titre est trompeur, je ne m'attendais pas du tout à ça, comme Eveil et WEG, d'ailleurs, je pense (moi les mots que je n'aime pas, ce sont ceux que je n'arrive jamais à écrire du premier coup, comme dilemme ou désespérément).

La citation de Twain que tu fais est intéressante, même si effectivement, à mon avis, son conseil n'est pas tout à fait transposable au français. Mais il  est intéressant dans le sens où son objectif est de pousser à trouver le mot juste, et pas le mot à côté avec un adverbe ou un adjectif devant. "très fatigué" peut en effet être remplacé par "épuisé", "crevé", "exténué", "mal réveillé", ou rester tel quel, car chaque (presque) synonyme apporte une nuance, ne serait-ce que dans le niveau de langage.

Quant aux mots à bannir... eh bien, je dirais que ça dépend aussi du style de l'auteur. Dans le dernier manuscrit que je viens de corriger, l'auteure avait énormément travaillé son texte, était, justement, aller chercher le mot juste pour nuancer son écriture en fonction du personnage dont il était question, et du coup, j'ai été très exigeante :
par exemple, dans cette phrase : "il semblait l’apprécier suffisamment pour pouvoir se laisser influencer", je lui ai fait supprimer "pouvoir", car c'est un verbe "terne" (ie, qu'on utilise très souvent) et qu'il n'apportait pas grand-chose à la phrase, sauf l'allonger inutilement.
Mais si cette même phrase avait fait partie d'un dialogue, je l'aurais certainement laissée telle quelle.
Quand j'ai à faire avec un style plus oral, genre narration à la première personne, je suis aussi plus souple sur pas mal de points.

Après, on peut trouver des milliers de conseils à l'écriture sur le net  :zzz: il faut vraiment faire un tri dedans, et surtout les adapter à son propre style, et aussi au lectorat que vous ciblez : vous écrivez pour la jeunesse, faites attention à votre vocabulaire, si votre lecteur bute toutes les pages sur un mot inconnu, il va vite arrêter ; vous écrivez de la SF, les lecteurs de SF n'ont pas peur des néologismes et des inventions...

Mais j'avoue qu'un de mes grands plaisir est de trouver le mot juste, celui qui va donner plus qu'une information, qui va donner aussi une intention : un traître n'est pas tout à fait la même chose qu'un félon, un judas ou une taupe.

PS : je me doutais bien que la modé n'allait pas fermer le sujet  :P
Titre: Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: okho le 24 Mai 2017 à 19:22:26
le bouton "Signaler au modérateur" marche bel et bien.

Merci pour la réponse, Zacharielle. C'est bon à savoir, ocazou. Pour le reste, pas de souci pour garder le fil.

Je ne me suis pas sentie personnellement attaquée, je vous rassure (c'est un vous collectif  ;)). Simplement, j'ai trop souvent vu de dérives égotiques sur internet (les difficultés du virtuel : on ne se connait pas, il manque le ton et les signes non-verbaux, alors ça dégénère) et je tente de m'en tenir résolument éloignée. Du coup je n'avais pas envie de répondre de peur que ça fasse monter une sale mayonnaise. Mais finalement, je suis contente de l'avoir fait, ça m'a permis de préciser mon propos (surtout pour moi-même, très égoïstement). Et je trouve l'évolution actuelle de la discussion bien plus ouverte.

dans mon cas les théories qui prétendent me dire comment écrire me prennent carrément à rebrousse poile et je les rejette avant même de savoir si elles ont raison ou non

Oui, c'est quelque chose qui m'arrive aussi, dans d'autres domaines. J'ai le vague souvenir d'un proverbe qui dit un truc du genre "choisir systématiquement le chemin inverse à celui du berger, c'est encore être esclave du berger" (c'était mieux formulé, mais bon, c'est l'idée). Honnêtement, j'essaie de garder cette phrase en tête mais ça ne fonctionne pas toujours.  ::)

Et là on rejoins un peu le débat lancé sur ce fil : http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,21004.msg342991.html#msg342991 (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,21004.msg342991.html#msg342991)

Ah zut, si je l'avais vu j'aurais posté à la suite au lieu d'en créer un nouveau, les deux discussions me semblent en effet se rejoindre, merci !

c'est parfois violent car totalement subjectif, dans ce cas faut juste encaisser et aller de l'avant.
Moui... voilà des propos qui me laissent perplexe. Mais ça ferait un trop long hors sujet, alors je vais encaisser.  ^^

Tout d'abord, je dirai que ton titre est trompeur, je ne m'attendais pas du tout à ça, comme Eveil et WEG, d'ailleurs, je pense (moi les mots que je n'aime pas, ce sont ceux que je n'arrive jamais à écrire du premier coup, comme dilemme ou désespérément).

Oui, le problème du titre... il doit être court mais clair, pas facile. Pour moi, comme je l'expliquais, "j'aime" est tout ce qu'il y a de plus subjectif, je n'ai pas envisagé que ça puisse être lu autrement. À tort. Alors je n'ai absolument rien contre l'idée de modifier le titre, si quelqu'un m'en propose un qui lui paraît plus adapté.

Et un grand merci pour ta vision de correctrice, c'est un développement instructif. Ça ne doit pas être facile de jongler entre sa propre vision de la création littéraire et le style - forcément différent - d'un autre auteur.


Titre: Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: Nocte le 24 Mai 2017 à 19:34:27
Wesh, le titre est clair, j'ai bien dit que j'aimais pas le mot bidet.
Titre: Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: Miromensil le 24 Mai 2017 à 19:42:23
Donc pour plussoyer ton premier post... J'aime pas les "comme" non plus. Parfois c'est difficile de ne pas le mettre, sinon la phrase ne veut rien dire. D'ailleurs je crois que je le mets quand même régulièrement oO Mais sinon je vais essayer d'éviter, pas trop mon truc non plus.

Sinon je me demande si les mots que je n'aime pas n'ont pas ce statut en raison de leur sens. Ma phrase est pas française, mais en gros : j'aime pas le mot "espoir" à cause du sens, de ce à quoi il renvoie. Sinon il y a tous ceux comme "glaire", "morve" etc, qui ne sont pas très ragoûtants. Dernièrement, je me suis dit que j'allais éviter les "yeux" et autre "ciel", parce que je les emploie beaucoup trop... et que ça m'obligera à tourner une scène autrement ou quoi. "Oeil" j'ai l'impression qu'on le voit moins par contre.

En effet, tout ça est très subjectif ^^
Titre: Re : Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: okho le 24 Mai 2017 à 19:52:20
j'aime pas le mot "espoir" à cause du sens, de ce à quoi il renvoie.

C'est mal, ça, non, de ne pas aimer le mot "espoir" ? Un peu comme si une Miss France déclarait qu'elle n'aime pas la paix.  :o

Moi j'utilise beaucoup le mot "ça". J'ai une fascination pour le mot "ça". Et il faudrait peut-être que je l'utilise moins mais aucun mot ne parvient à le remplacer avec la même force. Je n'aime pas du tout "cela", du coup. Très subjectivement.  8)

Bidet je n'en pense rien, tiens. Tant qu'on s'en tient au mot.
Titre: Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: milena-owein le 24 Mai 2017 à 19:58:41
J'aime pas les insultes à l'écrit : j'aime pas les écrire et j'aime pas les lires.
Je trouve ça vulgaire et trop facile, mettre des gros mots sans créer d'ambience ou de caractères.
Mais même si y avait une ambience je crois que j'aimerais pas
Titre: Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: Nocte le 24 Mai 2017 à 19:59:02
Dans bidet y'a bide et c'est moche les bides.
"Ça" tu peux toujours remplacer par "ce/cette" + un truc pour compléter.
Titre: Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: Miromensil le 24 Mai 2017 à 20:09:50
Milé : t'aimes pas non plus les zut, flutes, diantre et autres sacré bleu ?

Citer
Dans bidet y'a bide et c'est moche les bides.
Quid des bidons et des panses à bières ? :mrgreen:

Citer
C'est mal, ça, non, de ne pas aimer le mot "espoir" ? Un peu comme si une Miss France déclarait qu'elle n'aime pas la paix.  :o
Je ne souhaite à personne d'avoir une vision aussi pessimiste que la mienne x) mais j'imagine que je n'en suis pas aussi dépourvue que ce que je voudrais bien (j'y travaille)

Sinon j'adore le mot olibrius et tous les mots qui se terminent en "-ius" comme stradivarius ou octopius
Et sinon un de mes grands buts dans la vie c'est de dépasser la dichotomie j'aime/j'aime pas mais c'est mal barré pour le moment
(Et sinon j'aime bien les sinon faut croire)
Titre: Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: milena-owein le 24 Mai 2017 à 20:10:59
un bidet c'est rigolo, ça ressemble à un mélange entre un lavabo et des toilette.

Zut et flute c'est pas des insultes.
Titre: Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: Eveil le 28 Mai 2017 à 13:37:33
Bin oui que je m'en prenais aux idées, que je trouve d'un autre âge. Et dangereuses. Je suis virulent avec ça, c'est vrai, mais, comme l'a dit Zach, c'est parce que j'aime profondément que je défends ardemment.

L'égo, c'est un peu la matière première de la littérature. Donc vouloir l'éviter, ça me paraît compliqué. Mais je dirais qu'il en existe deux sortes, comme avec le cholestérol bon et mauvais. L'égo peut être très bénéfique quand il pousse à se dépasser, mais il peut aussi aveugler, et freiner. A chacun d'appréhender son égo, d'en retenir la meilleure partie et de balayer l'ivraie.

Le topic est intéressant, j'aime pas trop le mot "éveil" mais ça doit être parce que je le vois tous les jours. Un peu écoeuré !  ^^

Titre: Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: Edel Weiss le 28 Mai 2017 à 14:20:44
Je commencerai mon petit commentaire en signalant que le sujet est fort intéressant !

En effet, pour être édité, il faut toujours rendre ses mots aux "normes" étiquetés d'une société d'édition et d'une époque. Ainsi, on nous demande, non pas d'écrire le mieux possible, le plus intéressant, le plus beau, le plus innovateur, mais d'écrire comme on l'attend pour publier. Il y a donc ici une question intéressante : mais que veut dire écrire mal ou écrire bien? Y a-t-il des règles d'écriture? Ce qui nous ramène à l'interrogation lancée par ton post, Okho.

Celui qui a la plume adéquate sera publié facilement (sous-entendu dans notre société : pas de "très", pas d'adjectifs lourds - le substantif seul vaudra toujours mieux -, pas d'adverbe, pas de participe présent, etc...) ou en tout cas reconnu (il plaira) car son écriture remplit les conditions dites de "lecture agréable".

Ainsi, j'amène une autre question : les auteurs ne sont-ils pas ceux-là mêmes qui justement on fait sortir l'écriture normée de leur époque de ses gongs et de ses cadres ? Qui ont fait branler la machine de l'écriture par leur style unique et propre ? Je crois, personnellement, que la réponse est oui : faire un texte intéressant, ce n'est pas avoir utilisé un mot ou un autre, c'est avoir créé quelque chose de personnel qui change la vision que l'on a du monde et de l'écriture ou qui donne à voir aux autres nos visions subjectives.

J'achèverai en disant que j'adore les "comme", ils ont une sonorité douce et dure à la fois que je trouve extraordinaires et leur pouvoir d'association est fabuleux. Je ne rejette pas non les métaphores, plus sensuelles. J'adore les "et", même répétés. J'adore les répétitions. J'adore les adverbes, les adjectifs et les participes présents qui précisent la phrase pour mieux faire sortir l'éclatante nudité du substantif seul un peu plus loin.

Les mots sont beaux, tous, toutes les phrases peuvent être belles, intéressantes, harmonieuses, dysphoriques, bancales, parfaites... il suffit simplement de mettre ses mots en accord avec sa pensée du moment.

Merci à toi Okho pour ce sujet de réflexion très intéressant (et non pas richissime ou fascinant ou bouleversant) qui illustre parfaitement la quête difficile du mot juste dans la phrase ainsi que le rapport subjectif que chacun entretient avec les mots et la langue !

PS : Il faut bien que les ouvrages de conseil à l'écriture disent quelque chose... Pardonnons-leur, ils tentent d'aider les écrivants à s'auto-corriger (c'est comme quand j'interdis à mes élèves de faire des phrases complexes et que je leur dis qu'une phrase ====== UNE SEULE PUTIN D'IDEE ! c'est pour aider ^^ même si c'est réducteur, l'important c'est de faire prendre conscience à celui qui écrit de quelle manière il écrit !)


En espérant que ce message ne vous endorme pas et ne soit pas tout à fait inutile (un de mes mots préféré avec vain et vide :p)

PS 2 : il y a un endroit pour faire une liste de nos mots préférés ? ^^
Titre: Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: milena-owein le 28 Mai 2017 à 14:38:38
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Ainsi, j'amène une autre question : les auteurs ne sont-ils pas ceux-là mêmes qui justement on fait sortir l'écriture normée de leur époque de ses gongs et de ses cadres ? Qui ont fait branler la machine de l'écriture par leur style unique et propre ? Je crois, personnellement, que la réponse est oui : faire un texte intéressant, ce n'est pas avoir utilisé un mot ou un autre, c'est avoir créé quelque chose de personnel qui change la vision que l'on a du monde et de l'écriture ou qui donne à voir aux autres nos visions subjectives.
Plusieurs critiques (=des personnes qui théorisent la littérature) interprètent notre histoire littéraire comme une alternance de mouvement appolonien et dionisien. A comprendre des mouvements qui fixent des codes (édite une norme) et des mouvement qui détruisent des codes (les renouvelles).
Et je trouve ça pas idiot comme démarche. En gros il aurait innovation, qui tendrait à imposer son esthétisme, fixation des codes, puis re-innovation.
Mais l'idée de cette pensée est aussi de dire qu'il y a deux mouvement d'écriture : l'une pour briser les codes en place, l'autre pour imposer de nouveau codes, et je pense que ça peut être intéressant de savoir où on souhaite se fixer en temps qu'écrivain. Briser les codes pour briser les codes n'est pas un but en soit, imposer un usage parce que "c'est mieux" n'est pas terrible non plus.

De plus, si on suit Sartre qui dit que chaque être humain aspire à faire de sa vie un modèle pour tous les autres (bon ça pensé est plus compliqué et j'ai pas le temps de détaillé mais en gros il part du principe que tout humain agis pour le bien, sinon il vivrait autrement, et qu'à cause de cela il peut potentiellement vouloir que tous le monde face comme lui), alors si on ne se demande pas en permanence comment on voudrait révolutionner la littérature si on en avait les moyens, on risque juste soit de reproduire des codes bêtement soit de briser pour briser.

Je suis partie loin et c'est confus, pardon
Titre: Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: Edel Weiss le 28 Mai 2017 à 16:56:18
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Plusieurs critiques (=des personnes qui théorisent la littérature) interprètent notre histoire littéraire comme une alternance de mouvement appolonien et dionisien. A comprendre des mouvements qui fixent des codes (édite une norme) et des mouvement qui détruisent des codes (les renouvelles).

C'est exactement ça !  Chaque nouveau courant, en général, n'est là que pour créer une rupture avec ce qu'il y avait avant, mais comme tu le soulèves aucun de ces nouveaux mouvements ne brisent pour briser : c'est toujours une rupture d'anciens codes au nom d'une nouvelle identité de la société (par exemple, le nouveau Roman ou le théâtre de l'absurde sont des réponses, en rupture avec les anciens codes, mais sont surtout de nouvelles façon d'appréhender le monde moderne !)

Ton commentaire était très enrichissant Milena ! Merci à toi !
Titre: Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: milena-owein le 28 Mai 2017 à 17:19:43
J'ai l'impression quand même que tu n'as compris qu'une moitié du truc  :D

Je le redis du coup et si tu avais compris surtout n'y voit rien de mal ;)

L'idée de ces théorie est que la littérature alterne entre des mouvement de construction et de destruction des codes.
Par exemple : le classicisme ne s'est pas placé en rupture avec sa tradition mais au contraire en continuité directe avec les formes issu de la fin du moyen age, il fait la synthèse de tous ce qui a été fait mais apporte des codes voulut pour faire loi. Il impose un usage, c'est un pur mouvement de construction (il ne détruit pas vraiment d'ancien code, il les écarte plutôt et les remplace par quelque chose voulut comme mieux). Il y succède le romantisme qui brise alexandrins classique, la règle des trois unité au théâtre explore des formes poétique autre que le sonnet. Au romantisme succède le réalisme et le naturalisme qui impose une forme canonique au roman. Que brise le nouveau roman etc.
C'est shématique, mais ce que je veux dire c'est que d'après ces critiques des mouvements littéraire ont pour ambition de construire (le classicisme est un bonne exemple : il voulait imposer une forme littéraire, poétique, théâtral pour les siècle à venir, voir même qui seraient éternellement des modèles) et d'autres sont de pur destruction (nouveau roman, théâtre absurde : il ne cherchent pas à construire une nouvelle aproche du théâtre ils sont pure remise en question de ce que l'on croyait savoir).
Titre: Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: Edel Weiss le 28 Mai 2017 à 17:29:44
Oui, j'avais compris ;) C'est moi qui n'ai pas été claire je pense dans mon commentaire ! Je voulais dire que chaque courant se fait en opposition avec le précédent au sens où comme tu l'as très bien dit, un mouvement instaure des règles, le suivant cherche à les déconstruire pour mieux dire la réalité de son époque, puis après la déconstruction, on cherche à reconstruire, puis on déconstruit...

Donc c'était ma faute, j'ai employé le mot "rupture" qui était confus dans mon ancien commentaire ! J'aurais dû dire "qui déconstruit ou reconstruit en opposition à ce qu'il y avait avant".
Titre: Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: Nexwall le 28 Mai 2017 à 23:32:36
Moi j'aime pas les mots vulgaires.
Titre: Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: Anna Rusalka le 29 Mai 2017 à 07:26:48
Disons qu'il faut surtout faire attention, non pas au mot que l'on aime pas....Mais aux mots que l'on a tendance à trop souvent employé. Par facilité, par habitude. Il y a tellement de synonymes, la langue française est si riche qu'il est important lorsque l'on écrit un texte de reprendre chaque phrase, chaque mot pour trouver "la justesse" de notre ressenti
Titre: Re : Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: Kath le 29 Mai 2017 à 13:31:09
Et un grand merci pour ta vision de correctrice, c'est un développement instructif. Ça ne doit pas être facile de jongler entre sa propre vision de la création littéraire et le style - forcément différent - d'un autre auteur.

 :D Je n'écris justement pas, et quand j'essaie, j'ai un très mauvais style ! Et j'ai la chance d'être un vrai caméléon stylistique : je m'imprègne du style d'un auteur quand je le corrige, du coup je suggère/modifie toujours dans son style, et sans a priori, je ne fais pas de différence entre un style très travaillé et un style beaucoup plus oral.

Et j'ai aussi du coup, pour rebondir sur les posts précédents, pu remarquer une évolution dans la littérature, sans que ce soit une révolution : comparez simplement ce qui était écrit il y a un siècle à ce qui est écrit aujourd'hui, le style a évolué, les romans d'il y a un siècle nous paraissent pesants, lents, la littérature même est passée sur un mode plus actif, réactif, oserai-je dire, et je pense que c'est un reflet de notre société : on nous serine avec l'efficacité, la performance, on doit toujours être actif, aller plus vite, et finalement, je le ressens dans les romans actuels (sauf exceptions)
Titre: Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: Nocte le 29 Mai 2017 à 13:42:46
La lenteur célavie.
Titre: Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: milena-owein le 29 Mai 2017 à 14:08:02
Alors que pourtant des romans comme ceux de Balzac ou Zola à leur époque étaient considéré comme des textes commerciaux sans intérêt
Titre: Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: Nocte le 29 Mai 2017 à 14:59:41
Boarf, l'un n'empêche pas l'autre.
La lenteur c'est bien quand on peint avec les mots.
Titre: Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: milena-owein le 29 Mai 2017 à 15:33:03
Un jardinier dirait qu'il faut du temps pour les belles choses
Titre: Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: Arthur le 29 Mai 2017 à 16:19:55
Moi je n'aime pas le mot "ça" ... trop court, manque de volupté, de douceur et d'accompagnement. C'est pour moi un élément de langage oral, car c'est à l'origine une contraction.
Je n'aime pas quand il n'y a pas la double négation : le ne pas (pillon) est indissociable.
Je n'aime pas les mots que je ne parviens pas à écrire du premier coup moi non plus, ils perdent alors de leur charme, ils m'énervent. Et moins j'écris, plus il y en a ... étrange ...  :o

Je n'aime pas ... tellement de mots en fait, tellement utilisés et galvaudés. Comme le mot aimer (mais il est galvaudé de dire qu'il est galvaudé), comme "comme", je préfère les paraphraser. Et quand j'ai la flemme, je les écris ! :)

Et pour revenir à la citation du poste de départ, j'adhère à l'idée, pas de chercher à bannir un mot tel que "très", mais à l'idée qu'il peut être facile d'utilisation et surtout intéressant à en chercher un autre plus proche du sens que l'on veut donner ... cela bien sur question de contexte et de sens et surtout, étant donné que c'est le maitre mot de ce fil ... question de subjectivité ! :)

Titre: Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: Kath le 29 Mai 2017 à 16:21:08
J'appliquerai plutôt cette phrase au processus d'écriture qu'au style lui-même. Niveau style, je regrette juste qu'il manque souvent de description de lieux ou d'ambiance, ça m'empêche de me plonger dans l'univers.
Et souvent, je remarque que les auteurs (du moins ceux que je suis sur Facebook) écrivent vite vite leurs chapitres et le clament haut et fort, et hop, publient de suite, sans laisser le temps à leur roman de reposer. Or je suis d'avis qu''hormis si on est un génie littéraire, il faut toujours laisser reposer et retravailler ce qu'on a écrit, ça permet d'avoir une certaine distanciation et d'améliorer certains points ou passage (sans même parler de correction).

La lenteur célavie.

c'est "marrant", tu m'as fait penser à tous les mouvements "slow" (slowfood etc.) dont on entendait beaucoup parler il y a quelques années.

(mais on dévie, on dévie du sujet, encore une fois !)
Titre: Re : Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: Anna Rusalka le 29 Mai 2017 à 16:26:31
Boarf, l'un n'empêche pas l'autre.
La lenteur c'est bien quand on peint avec les mots.

Comme Virginia Woolf, "l’impressionniste de l'écriture"
question lenteur, elle est la gagnante mais ses descriptions sont si magnifiques.
Titre: Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: Arthur le 29 Mai 2017 à 16:26:55
J'adhère à cette idée ... toute œuvre devrait prendre le temps de reposer, laisser à l'auteur le temps de l'oublier un peu et la redécouvrir pour la reprendre avec plus de distance.
Des fois quand je lis quelque chose ou regarde quelque chose, je me dis "moi je l'aurais fait comme ça" ... mais ce n'est pas mon œuvre alors je laisse l'idée de côté ou la garde pour une créa à moi. Je trouve ça bien de pouvoir tomber sur son œuvre et se dire "j'aurais fait comme ça" et pouvoir le faire finalement. C'est la finition, le petit truc (ou le gros travail en plus) qui est nécessaire.

Je ne sais pas pour les autres, mais j'écris et je fais de la photo et j'ai ce vécu avec les deux disciplines.
Titre: Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: Nocte le 29 Mai 2017 à 16:58:30
Ouais Kath l'un ne va pas sans l'autre (digressons, digressons).
 Écrire vite ça pond souvent des textes au style vif, après c'est cool quand même, c'est fluide, mais on dirait du théatre, les personnages prennent toute la place et le décor devient fonctionnel. Moi j'aime bien les décors, même quand les personnages deviennent les décors du décor.
Après réecrire c'est pas toujours nécessaire, y'a des textes en oneshot qui puisent toute leur puissance dans leur spotanéité. Comme un chaos organisé qui ne tient à rien, je trouve dommage de les toucher.
Titre: Re : Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: Anna Rusalka le 29 Mai 2017 à 18:12:04
Ouais Kath l'un ne va pas sans l'autre (digressons, digressons).
 Écrire vite ça pond souvent des textes au style vif, après c'est cool quand même, c'est fluide, mais on dirait du théatre, les personnages prennent toute la place et le décor devient fonctionnel. Moi j'aime bien les décors, même quand les personnages deviennent les décors du décor.
Après réecrire c'est pas toujours nécessaire, y'a des textes en oneshot qui puisent toute leur puissance dans leur spotanéité. Comme un chaos organisé qui ne tient à rien, je trouve dommage de les toucher.

Je pense que tout texte doit être retoucher. Il me parait difficile, voir même impossible d'écrire d'une traite un texte au "top".
Je pense que c'est le défaut de beaucoup d'écrivains en herbe. Le talent, c'est avant tout le travail et on ne peut ignorer cette phase de reprendre chaque pharse, chaque mot pour tenter de l'améliorer et je ne pense pas que cela nuise à la puissance . Au contraire. mais ce n'est que mon avis
Titre: Re : Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: okho le 01 Juin 2017 à 21:03:53
J'ai réalisé qu'il y avait deux questions dans ma question, d'où peut-être les incompréhensions du départ.

1) La nécessité de se questionner sur sa manière d'écrire, de ne pas être trop complaisant avec soi-même. Il m'est arrivé que des personnes me disent : "tiens, tu utilises souvent ce mot, cette expression, cette construction de phrase". Parfois c'était tout à fait conscient et volontaire, d'autres fois je découvrais le truc et je décidais d'y faire attention. C'est-à-dire non pas de le bannir mais de choisir de le faire ou pas. 

2) La question de l'amour vis-à-vis de tel ou tel mot. J'évoquais une relation personnelle, et même intime, avec les mots. Écrire, je vois ça comme un artisanat : sculpter, modeler, peindre...  Pour moi, les mots sont un matériau, ils ont une texture, une saveur, une odeur, un son, un moelleux ou une dureté, ils sont froids ou chauds, lents ou rapides, statiques ou en mouvement, etc. Ils ne sont pas uniquement un média : ils sont aussi autre chose, ils ont leur vie propre et parfois résistent à l'auteur. Et au lecteur.

Je rebondis sur une remarque qui exprime bien ce "j'aime/j'aime pas" :

Moi je n'aime pas le mot "ça" ... trop court, manque de volupté, de douceur et d'accompagnement.

On y est. J'aime le mot "ça" exactement pour ces raisons, je crois : je le perçois dur, puissant, et en même temps minuscule, il parle des tripes, de l'os, c'est un uppercut, il est impoli, dérangeant, inquiétant. C'est aussi le mot de l'inconscient, du dessous, du mystérieux, de ce qu'on ne maîtrise pas, de l'insu.

Le "comme" dont je parlais au début, je le sens étouffant, gluant, j'ai l'impression qu'on va me faire avaler un mauvais sirop pour la toux, il est sournois. (Je parle bien du discours "poétique", pas des discussions de tous les jours.)

C'est totalement irrationnel - et donc totalement subjectif -, d'où l'utilisation du terme "aimer". Finalement, je crois que lorsque je demande à quelqu'un ce qu'il pense de tel ou tel mot, c'est un peu comme si je lui demandais ce qu'il pense de telle ou telle personne.

Le talent, c'est avant tout le travail et on ne peut ignorer cette phase de reprendre chaque pharse, chaque mot pour tenter de l'améliorer et je ne pense pas que cela nuise à la puissance . Au contraire. mais ce n'est que mon avis

Je suis d'accord, je ne vois pas trop comment l'écriture serait le seul domaine dans lequel le travail serait inutile. Je crois que c'est l'illusion du langage, d'autant plus trompeuse qu'on baigne dedans dès le plus jeune âge. Du coup on peut avoir l'impression que ça va de soi. Alors que si parler de tout et de rien va de soi (et encore, on voit bien combien on a du mal à se comprendre), alors faire naître des émotions, je pense que c'est une toute autre histoire.
Titre: Re : Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: Rémi le 01 Juin 2017 à 21:39:01
La lenteur célavie.
faut absolument lire "La lenteur" de Kundéra. C'est beau, profond, émouvant, rigolo, instructif et lent.  :mrgreen:

Sinon (comme dirait Miro), j'adore cette discussion. Ça requinque. Mais je suis pas en forme pour y poser mon pavé, je suis très fatigué.

J'aime bien "requinquer", un pti côté rétro et une sonorité qui claque.

(moi, c'est les "mais" que je dois pister, j'en fous partout ! )
Titre: Re : Re : Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: Nocte le 01 Juin 2017 à 22:55:40
La lenteur célavie.
faut absolument lire "La lenteur" de Kundéra. C'est beau, profond, émouvant, rigolo, instructif et lent.  :mrgreen:
Comme dirait un magnifique blond vagabond "Là où dans L’insoutenable légèreté de l’être Kundera jouait sur plusieurs formes de narration, ici [La lenteur] c’est toute la structure du récit qui est une imbrication complexe d’histoires et de scènes dont les sens se font écho ou plutôt, qui se croisent sur certains points avant de s’éloigner les unes des autres. Si l’on devait faire un schéma des liaisons entre les différents éléments, cela ressemblerait sans doute à un tableau surréaliste. On doute et on cherche, sans être sûr qu’il y ait véritablement quelque chose à trouver, et pourtant. Ces loups attendent de n’avoir rien à comprendre, attendent l’absence «d’ordre » pour pouvoir attaquer cette odeur qu’ils ne reconnaissent pas. Avec ce «manque de sérieux » Kundera dévie l’axe de la perception de la réalité d’un millimètre, rien qu’un. Un millimètre suffisant à dévoiler un monde à la fois totalement irréaliste et à la fois si véritable dans son humanité – on dit souvent que la réalité dépasse la fiction par son improbabilité -, un millimètre suffisant à dévoiler la trame de nos aspirations si conscientes et pourtant si prisonnières du peu de leur état…"

Le talent, c'est avant tout le travail et on ne peut ignorer cette phase de reprendre chaque pharse, chaque mot pour tenter de l'améliorer et je ne pense pas que cela nuise à la puissance . Au contraire. mais ce n'est que mon avis

Je suis d'accord, je ne vois pas trop comment l'écriture serait le seul domaine dans lequel le travail serait inutile. Je crois que c'est l'illusion du langage, d'autant plus trompeuse qu'on baigne dedans dès le plus jeune âge. Du coup on peut avoir l'impression que ça va de soi. Alors que si parler de tout et de rien va de soi (et encore, on voit bien combien on a du mal à se comprendre), alors faire naître des émotions, je pense que c'est une toute autre histoire.
Ce serait une erreur de penser qu'une écriture automatique n'implique aucun travail.
Titre: Re : Re : Re : Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: Rémi le 02 Juin 2017 à 08:42:43
Citer
Comme dirait un magnifique blond vagabond
^^
Titre: Re : Re : Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: okho le 02 Juin 2017 à 10:46:34
(moi, c'est les "mais" que je dois pister, j'en fous partout ! )

Dans le discours quotidien, j'ai eu ma période "oui mais non". On m'a vite fait comprendre que c'était agaçant. J'ai bien voulu le croire, alors j'ai arrêté, aidée par la profession médicale, bien sûr : patch, méditation, hypnose, cure de tisane de fenouil (c'est pas bon), etc. Et puis, récemment, j'ai pris connaissance de la constitution du nouveau gouvernement français. Là j'ai pensé que j'aurais dû : 1) continuer à utiliser mes "oui mais non", 2) abandonner la poésie, 3) me lancer en politique. Mais j'ai fini par me dire : "Oui. Mais non."


Ce serait une erreur de penser qu'une écriture automatique n'implique aucun travail.

Je suis d'accord. Mais (j'ai pas dit "non" !  :mrgreen:) ce serait aussi une erreur de croire que l'écriture automatique est une écriture plus sincère ou libre qu'une écriture travaillée. Nous trainons - encore - cette espèce de doxa dualiste qui affirme que la volonté consciente est formatée, corsetée, et que le lâcher prise non-conscient est libre, non soumis à l'imprégnation socioculturelle. Or la psychologie (tous courants confondus) a bien mis à mal cette croyance : il y a autant de liberté, de contrainte, de rationnel, d'irrationnel, de créativité, de formatage... dans l'inconscient que dans le conscient (il suffit de penser aux phobies, aux "actes blancs" et bien d'autres troubles psy).

Reste le problème de la lisibilité. Pourquoi écrit-on ? Pour soi, pour un autrui (même imaginaire) ? La littérature est un art tout à fait particulier. Alors que tous les autres passent d'abord par la sensorialité, cette dernière allant dans un second temps mettre l'intellect en mouvement, la littérature parle d'abord à l'intellect (il faut décrypter le texte), celui-ci allant ensuite émouvoir notre sensorialité. En tant que lectrice, si je ne parviens à rien décrypter, je reste "intouchée". Au sujet de l'écriture automatique, Breton a parlé de "soliloque". Je ne suis pas certaine qu'il considérait ça comme une expérience partageable, plus comme un exercice auto-réflexif. Un travail, oui, pour ouvrir sur autre chose, un peu comme un pianiste qui joue sa méthode Hanon n'en proposera pas un concert.

Pour être un peu provocante (y a pas d'raison  :-¬?)... J'ai eu un amoureux qui se faisait une priorité, chaque matin, de me raconter ses rêves de la nuit. Chaque matin, au petit-déjeuner, il me dégobillait son inconscient de la façon la plus totalitaro-narcissique qui soit. Je l'ai quitté.

Titre: Re : Re : Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: Kath le 02 Juin 2017 à 11:14:42
2) La question de l'amour vis-à-vis de tel ou tel mot. J'évoquais une relation personnelle, et même intime, avec les mots. Écrire, je vois ça comme un artisanat : sculpter, modeler, peindre...  Pour moi, les mots sont un matériau, ils ont une texture, une saveur, une odeur, un son, un moelleux ou une dureté, ils sont froids ou chauds, lents ou rapides, statiques ou en mouvement, etc. Ils ne sont pas uniquement un média : ils sont aussi autre chose, ils ont leur vie propre et parfois résistent à l'auteur. Et au lecteur.

AH, que j'aime ce que tu as écrit et que j'ai mis en gras pour le mettre en avant. Pour moi ça fait partie de mon boulot de correctrice - et donc de celui d'un bon correcteur :P - : je ne mets pas en avant mes mots préférés et ne chasse pas les mots que je n'aime pas, non, je me "confonds" avec l'auteur, par contre, je fais attention à ce que les mots correspondent bien à ce que veut dire l'auteur : dans un passage très rythmé, par exemple, je vais faire attention qu'il n'y ai pas un mot qui dénote et casse le rythme, et si c'est le cas, j'en propose un autre - un "synonyme" qui marche mieux (je mets synonyme entre guillemets parce que pour moi aucun mot n'est vraiment synonyme d'un autre), et j'explique à l'auteur pourquoi ce mot ne convient pas. ça peut être aussi parce que j'ai le sentiment que le mot ne traduit pas exactement ce qu'a voulu dire l'auteur, qu'il tombe un petit peu à côté,  et que tel autre mot ou une autre formulation conviendrait mieux.
Il faudra que je vous trouve un exemple, mais là je ne suis pas sur mon PC, je n'en ai pas à portée de main.

Titre: Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: Anna Rusalka le 02 Juin 2017 à 12:47:27
Reste le problème de la lisibilité. Pourquoi écrit-on ? Pour soi, pour un autrui (même imaginaire) ?

Tu soulèves une question primordiale Okho.
Si je prend mon cas (mais il  est possible que de nombreux autres écrivains soient dans le même processus), tout(e) jeune, j'ai longtemps posés des mots, des phrases, des poésies, des textes pour moi-même. parce que j'avais le besoin d'écrire pour mon équilibre, de coucher sur le papier mes sentiments, mes émotions, mes peurs, mes amours etc...

Et puis, un jour, j'ai passé, ce qui reste pour moi un cap primordial. Ecrire pour les autres. Se sentir prêt(e) à raconter des histoires. Penser que ce que l'on écrit peut pouvoir intéresser 'l'autre".
S'ouvrir au monde et aux gens. Depuis, je ressens que l'écriture est devenu "lumière". Elle n'est plus cachée dans la sombre existence de ma personne, de mes sentiments. Elle sort de la nuit. Elle voie le jour et part çà la conquête de ceux qui auront le goût de la découvrir. Là , le texte ne nous appartient plus. Chaque lecteur va ressentir différemment mes histoires. C'est ce qui est génial.
Mais j'ai mis(e) du temps à passer ce cap.
Titre: Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: Kanimp le 02 Juin 2017 à 13:05:46

OliveDuWeb avait un jour abordé ce genre de chose, mais d’un point de vue de la suppression des auxiliaires.
Au lieu d’écrire « J’ai mangé » il est préférable d’utiliser « je mangeais. ». L’objectif étant d’améliorer la dynamique du texte.
À la réflexion, j’ai trouvé que c’était une bonne approche et depuis que je m’en sers, je trouve que mon écriture c’est grandement amélioré.

- un/une des
Je ne vois pas l’intérêt de suivre ce conseil. Car en plus du nombre d’objets défini par ces mots. Il y a une notion supplémentaire « quelconque ».
Par exemple :
Des gens entourait le protagoniste principal de l’histoire.

- certain (certaine, certains, certaines)
Malgré que (qui devrait-être ajouté à la liste) je n’ai pas d’exemple. Je ne vois pas pourquoi ne pas utiliser ces termes.

- chose
Si je me doute que la raison de la suppression de ce terme est d’utiliser à la place celui qu’il remplace. Toutefois, ce mot devient indispensable si nous auteur pouvons le remplacer, mais que notre protagoniste rencontre la « chose » qu’il ne peut identifier et la définira comme « chose ».

- les verbes "pauvres" : être et avoir
Déjà les ayants supprimé comme auxiliaire, il en reste très peu. J’ajouterai à la liste le verbe « faire » qui le verbe le plus passe-partout se la langue française.
Maintenant si faire peut je pense être presque complètement supprimé, pour avoir et être, c’est plus compliqué, car il peuvent être indispensable. Pour remplacer quand même être, j’utilise « s’avérer ».

- très
Si effectivement les exemples donnés pour supprimer ce mot sont pertinent. À mon sens son utilisation changera en fonction de l’effet recherché.
Une [très belle | magnifique | jolie ] femme le subjugua.
« Très belle » appartient au langage populaire.
« Magnifique » est souvent utilisé pour des carrosseries.
« Jolie » est utilisée dans un langage plus huppé.



- les adverbes
- les principaux mots : donc, la plupart du temps, pour, souvent [là je n'ai pas trop compris ce que l'auteure entendait par "mots principaux"]
Je ne vois pas l’intérêt de ne pas les utiliser.



- comme
Citer
Par exemple, si je lis :
- "Je suis comme un oiseau" -> j'imagine l'auteur qui se sent comme un oiseau, je suis spectatrice, je ne ressens pas grand chose, l'auteur me laisse de côté.
- "Je suis un oiseau" -> je m'imagine être un oiseau, je suis actrice, je ressens ce que ressentirais un oiseau, l'auteur m'embarque.
Je ne suis pas d’accord, mais c’est aussi une notion subjective qui dépend du contexte.
« Je suis un oiseau » pour moi cela signifie que le protagoniste est l’animal ou un homme fou.
« À ce moment-là, j’étais comme un oiseau » parce qu’il a utilisé un aéronef, mais n’est pas devenu un oiseau pour la cause.

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Même chose pour "je me sens heureux" / "je suis heureux".
Ici aussi, la signification des deux phrases est différente.
« Je me sens heureux à cause de … » Le ressenti est conditionnel et éphémère et supplante la morosité du personnage. Le sujet actif dans le contexte du bonheur est la condition.
« Je suis heureux » le ressenti est profond, vient du personnage, mais un élément tiers pourra le rendre morose pendant un petit moment.

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Avez-vous d'autres mots qui vous "embêtent" ?
Les “qui” qui introduisent une subordonnée. Cela alourdi la lecture et m’empêche d’avoir une écriture dynamique comme je le souhaite.

Les « encore que, malgré que etc.. » qui alourdissent la lecture.
Maintenant j’ai appris à vivre avec, lors de la première écriture, j’en mets plein partout.

Titre: Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: Nocte le 02 Juin 2017 à 13:10:33
Putain comment c'est moche "malgré que" !
Titre: Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: milena-owein le 02 Juin 2017 à 13:14:55
C'est parce que ça se dit pas «malgré que» au mieux on dit «malgré le fait que»
Titre: Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: Nocte le 02 Juin 2017 à 13:18:13
Y'a intérêt parce que blehhh, juste blehhh !
Titre: Re : Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: Anna Rusalka le 02 Juin 2017 à 15:51:34
C'est parce que ça se dit pas «malgré que» au mieux on dit «malgré le fait que»

"c'est parce que cela ne se dit pas" (juste une boutade)
Titre: Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: milena-owein le 02 Juin 2017 à 18:46:25
Quelque chose me dit que toi tu n'aime pas les signes d'oralité à l'écrit :D
Titre: Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: gage le 02 Juin 2017 à 22:05:45
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Au lieu d’écrire « J’ai mangé » il est préférable d’utiliser « je mangeais. ». L’objectif étant d’améliorer la dynamique du texte.
À la réflexion, j’ai trouvé que c’était une bonne approche et depuis que je m’en sers, je trouve que mon écriture c’est grandement amélioré.
Je suis rarement vindicatif, ce n'est pas mon tempérament, mais là, je me permets de trouver ça passablement absurde.
Quelle idée de vouloir supprimer carrément un temps de la langue française qui nous donne le bonheur d'être si riche ?

Le pire c'est que tu puisses, Kanimp, estimer que "j'ai mangé" et "je mangeais" aient le même sens. Ça n'a pourtant vraiment rien à voir et Ernya l'expliquerait sans doute mieux que moi. On utilise le passé composé et l'imparfait dans des circonstances différentes, et c'est bien pour ça que les deux existent.
"Longtemps je me couchais de bonne heure".... Tu vois le genre.

Vive le passé composé et ses auxiliaires, ils ont toute mon estime, comme tous les autres temps et toutes leurs jolies couleurs !  :D
Non mais !
Titre: Re : Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: okho le 03 Juin 2017 à 19:40:35
Par exemple :
Des gens entourait le protagoniste principal de l’histoire.

Dans ton exemple, il n'y a ni "un des" ni "une des". Comprends pas.   :P

Sinon, oui, il y a plein de trucs dans l'article avec lesquels je ne suis pas d'accord. Par exemple, les mots exprimant une imprécision (certains, quelques...) : parfois c'est justement ce qu'on veut faire ressortir (je crois que j'aime souvent ça, moi, l'imprécision, le flou) alors je ne vois pas pourquoi il faudrait s'en priver, mais d'autres fois ça peut affaiblir une idée ou une image. Le tout est de savoir (à peu près) ce qu'on fait. Pareil pour les verbes "pauvres" : ils peuvent être utilisés tout à fait sciemment, mais si ce n'est pas le cas l'article donne pas mal d'alternatives intéressantes. En tout cas je trouve enrichissant de se pencher sur la question. ("Penchez-vous, penchez-vous davantage", disait l'René  :)).


« Je suis un oiseau » pour moi cela signifie que le protagoniste est l’animal ou un homme fou.

C'est laisser bien peu de place à l'imagination. :???: Mais, précision qui me semble utile, je me situe plus du côté écriture poétique, et donc je recherche justement cette "folie", qui n'en est pas une du tout (c'est juste un EMC (https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89tat_modifi%C3%A9_de_conscience), non ?). Je me permets une illustration ici (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,24548.msg387675.html#new), ce sera peut-être plus clair. Ou moins.  ^^

C'est aussi parce que je me place dans le domaine poétique que je ne pourrais pas utiliser la formule que tu proposes : « Je me sens heureux à cause de … » Les descriptions et explications détaillées me semblent aller de soi dans un texte prosaïque, elles sont souvent moins heureuses dans un poème.

[Avez-vous d'autres mots qui vous "embêtent" ?]
Les “qui” qui...

En effet.  ;D


Quelle idée de vouloir supprimer carrément un temps de la langue française qui nous donne le bonheur d'être si riche ?
Le pire c'est que tu puisses, Kanimp, estimer que "j'ai mangé" et "je mangeais" aient le même sens. Ça n'a pourtant vraiment rien à voir (...)

J'ai eu la même réaction. Pour moi, l'imparfait est un temps peu dynamique, au contraire : il décrit, installe, étale. Le passé composé et le passé simple sont plus "claquants", je leur trouve un côté "plongeon" dans un instant précis, éphémère, que ne permet pas l'imparfait.

Maintenant, je crois que ce choix peut être cohérent dans le cadre de la construction de son propre style, de son propre univers littéraire. Et donc ce qui fonctionne pour tel auteur ne sera pas forcément opportun pour un autre.


"c'est parce que cela ne se dit pas" (juste une boutade)

Franchement, pour moi, le mot "cela", c'est un peu le mal (https://www.youtube.com/watch?v=fB8CiqaTBh4). Il y a des traumatismes dont on ne se remet pas.  ;D
Titre: Re : Re : Re : Les mots que vous n'aimez pas
Posté par: Kanimp le 03 Juin 2017 à 21:22:46
Par exemple :
Des gens entourait le protagoniste principal de l’histoire.

Dans ton exemple, il n'y a ni "un des" ni "une des". Comprends pas.   :P
J’avais compris un, une ou des. Avec éviter un(e) des  c’est la même problématique.
((Contexte : une flotte spatiale de plusieurs vaisseaux.))

L’étoile filante percuta le navire de tête. -> L’étoile est importante.
Une étoile filante percuta le navire de tête.-> l’étoile n’a pas d’importance , seule la perte du navire l’est.
Une des étoiles filantes percuta le navire de tête.-> La perte du premier vaisseau est importante, mais le « une des » suggère qu’il peut y avoir d’autres destruction.

Quelle idée de vouloir supprimer carrément un temps de la langue française qui nous donne le bonheur d'être si riche ?
Le pire c'est que tu puisses, Kanimp, estimer que "j'ai mangé" et "je mangeais" aient le même sens. Ça n'a pourtant vraiment rien à voir (...)

J'ai eu la même réaction. Pour moi, l'imparfait est un temps peu dynamique, au contraire : il décrit, installe, étale. Le passé composé et le passé simple sont plus "claquants", je leur trouve un côté "plongeon" dans un instant précis, éphémère, que ne permet pas l'imparfait.

Maintenant, je crois que ce choix peut être cohérent dans le cadre de la construction de son propre style, de son propre univers littéraire. Et donc ce qui fonctionne pour tel auteur ne sera pas forcément opportun pour un autre.
Je pense que vous le maniez certainement beaucoup mieux que moi.




En général, j’écris mes textes à l’instant présent, au passé.
Donc : « maintenant, j’ai mangé ma pomme » ou « maintenant, je mangeais ma pomme. »

Mais l’auteur débutant le fait de penser au présent et d’écrire au passé et bien instinctivement on écrit au passé composé.

Si je mélange les deux temps dans une même phrase :
Maintenant, je mangeais ma pomme, même si j’en ai mangé une hier.

Si la première ne me plaît pas, sans compter les répétitions du verbe avoir dans le texte. Je la trouve complètement incohérente. Parce que le passé composé à une connotation d’action terminée.

Donc à moins d’avoir des actions où l’une dépend de la fin de l’autre dans une phrase qui ne peut pas être divisé, l’usage que j’aurais du passé composé n’est pas énorme.