Voilà ma réponse au défi lancé par Fubuki !
Katyaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa !
Je te défie d'écrire une nouvelle sur un crabe neurasthénique hyperactif :mrgreen:
C'est un texte absolument sans prétention, j'ai connu sujet plus inspirant que la neurasthénie chez le crabe. :D
(Même si ça aurait sûrement fait un bon sujet de colle de prépa...)
Et juste pour le détail, si je suis un "crabe neurasthénique" ce n'est pas pour un fanatisme quelconque à l'égard des crabes mais simplement parce que, dans une version des signes astrologiques présentés sous leur plus mauvais jour, le cancer devenait un crabe neurasthénique...
Ca m'apprendra à pas mettre n'importe quoi dans la petite ligne sous le pseudo... ><
Histoire du crabe et de la mouette qui lui appris à grogner…
Avancer. Fuir. Détaler. Mes pas grignotent le sable, gagnant chèrement mètre après mètre. Chaque pas se veut brûlure, connivence du soleil avec le quartz placide dont les crissements mesquins me révèlent au grand jour. Je sais ce qu’ils appellent dans leurs grinçantes messes basses : quelque monstre des profondeurs ou du ciel assassin, qui ne rechignera pas à m’adjoindre au menu. J’escalade une dune et l’astre cruel étale ma silhouette, comme pour montrer à tous qu’un crabe erre sur cette plage. Furieux, j’accélère, dévale la pente avec impatience, et me glisse dans ma cachette d’ombres indifférentes.
J’aspirais à la paix mais me voilà maudit. Durant mon entreprise un grain traître s’est glissé et coincé sous l’angle de ma carapace. Chaque mouvement, désormais malhabile, m’apporte son lot de torture et d’exaspération. Je cherche à déloger ce gredin impudent, m’agitant, me tortillant, mes pinces trop énormes s’avérant inutiles. La nature même a voulu mon malheur, ne me dotant que de pattes trop malingres et d’appendices trop gros, tous deux incapables d’apaiser mon tourment. L’univers égoïste a voulu que je souffre, de douleur et de honte, risée du règne animal pour avoir été vaincu par un caillou. Je m’acharne, j’insiste, tournoyant follement, m’offrant malgré moi au regard du soleil qui ma coque tambourine.
Et la mort fond sur moi, ses ailes en étendard du blanc le plus criard. Le combat s’amorce et je lui raccourcis trois plumes d’un coup de pince. Une mouette ! Je ne peux me tromper sur la nature des sombres rémiges qui déjà s’envolent au loin. Une mouette ! Le trépas incarné en sa sotte expression ! Rire macabre et bec de fer.
Je lutte dans une nuée de poussière, aveuglé par la duplicité du sable. Je me fie aux sons des bec et pinces voraces qui, bredouilles, claquent au vent. Clapotis de l’ondée allant quérir la mer. La rixe exacerbée se mue en danse macabre. L’issue je la connais, et l’affreux volatile rit de mon infortune.
Aïe ! Un mot seul peut-il retranscrire, la douleur, la souffrance de la perte, la colère grandissante ? J’en doute. Comprenez simplement que j’ai vraiment très mal, que de son bec acéré ce prédateur hargneux m’a arraché une patte. Je suis un mets de choix, à voir avec quelle ardeur il revient à l’assaut mais la vengeance m’aveugle. Trépignant d’impatience je guette l’instant propice, voltant sur mes pattes, esquivant pique et ailes. Bondissant sur le sable, ma pince fend l’air et serre l’énorme patte. Mon adversaire glapit, s’ébroue et picore ma pauvre carapace aux teintes fringantes de rouille. La mouette lâche l’affaire, et moi sa patte suintante, peu désireux de voir mes jours se finir perché sur un nuage.
Retranché sous ma pierre, j’inspecte les dégâts. Je ne suis plus décapode et ma carapace neuve a désormais l’aspect d’une vieille coquille délabrée, usée par le temps sans que l’eau n’ait cherché à la polir. L’univers entier me hait. C’est une certitude. Dans la tiédeur de ma demeure, murmurant aux ombres complices, mes pattes déjà s’activent, griffonnant l’esquisse d’un projet de vengeance. Un monde sans mouette, voilà ce que je créerai. Et lorsque viendra l’heure, je leur montrerai…
Mais qu'est-ce ? Que voilà ? Un autre grain de sable ! Je m’en vais le déloger…