Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: gage le 08 Janvier 2017 à 22:26:35

Titre: Le deuxième café
Posté par: gage le 08 Janvier 2017 à 22:26:35
Tu le sais bien, que tu n'aurais jamais dû l'accepter, ce deuxième café...

Va savoir à quelles influences tu as cédé. L'ambiance cosy de ce restaurant aux allures de club anglais ? La proposition innocente de ce serveur souriant et si mignon ? C'est bien ton problème, tu ne sais pas dire non. On te ferait faire n'importe quoi. Et puis le premier café était vraiment bon. Velouté, corsé mais doux, digne de ceux que l'on sirote debout dans les brûleries italiennes. Alors voilà, oui, tu as bu un second expresso. Détendu, le regard dans le vide, ou s’accrochant quand il passe, à ce jeune serveur. Digérant ton dîner comme un chat dans son panier. Te délectant du breuvage, et du plaisir de détailler cette nuque rase, ce gentil derrière, ce torse attirant et ces bras un peu musclés et lisses. Un fin tatouage qui sinue et disparaît dans une manche.

Et te voilà dans la nuit, rentrant seul à ton hôtel. Il fait froid, tu rajustes ton écharpe autour de ton cou et tu glisses tes mains dans les poches de ton blouson. Tu regardes de l'autre côté du fleuve les bâtiments qui s'étagent en escalier et dont les fenêtres allumées te troublent obscurément. Sans comprendre pourquoi. Pourquoi commence à se déplier lentement cette angoisse, cette détresse...
Si, bien sûr, le café.
Quel con je suis une fois de plus. Rien ne me sert jamais de leçon.

Tu dévisages les collines de Caluire et une douleur sourde continue à se développer en toi, comme ces fleurs origami qui, une fois posées sur l'eau, déploient leurs pétales pointus. Un joggeur attardé te croise le long du chemin et le bruit de sa foulée s'évanouit très vite dans ton dos. Tu es bien seul.
Tu perçois distinctement les battements accélérés de ton cœur, et ce n'est guère ton pas pourtant rapide qui en est la cause. Tu glisses ta main droite contre ta poitrine, au chaud de ton blouson, et ressens contre ta paume la pointe de ce muscle sensible qui heurte sa cage.
Caféine.

Tu reprends ta marche, tu te hâtes, pour fuir... Fuir quoi, au juste ? Le trouble est dedans, et tu le sais, et il s'ébroue à chaque fois que ton regard se pose sur la colline illuminée, sur les phares des voitures à ta droite sur le quai. Sur ces gens que tu imagines heureux, apaisés, confiants, vivants.
La passerelle de la Paix se découpe dans l'obscurité, derrière les arbres de la berge. Structure futuriste lancée entre les rives.
Les marches de bois te mènent sur son dos légèrement voûté. Ton malaise s'accentue. La ville, les gens t'entourent de toute part et toi tu avances au milieu des airs, tes pas scandent tes pulsations. Au-dessus de l'eau le vent est glacial. Tu devrais presser encore le pas, mais non, tu ralentis au contraire. Tu sais que tu as tort, mais tu t'arrêtes en plein milieu de la traversée, désorienté par ta motivation obscure, le cœur plus affolé que jamais.

Se pencher pour scruter l'eau. Juste pour voir. Et ausculter peut-être, sonder par analogie tes courants intérieurs. Sous le pont s'emmêlent sans fin les cheveux de laine grise des flots presque silencieux. Un pauvre bruit mouillé, c'est tout. Un mouvement monumental passe sous tes pieds, le corps monstrueux du Rhône qui transite impassible sous les ponts et les arbres inclinés, qui glisse tout puissant entre les quais. Et juste ce léger son de qui ravale sa salive.
Tu as peur, penché par-dessus la balustrade. Peur de ne plus avoir peur, surtout, et de finir par désirer cet engloutissement ; tu cherches en toi à éprouver les sensations d'une noyade. Mais en fait rien que l'idée de la chute te fait horreur, alors...
Alors tu détaches tes mains glacées de la rampe métallique.
Alors tu recules lentement.
Alors tu diriges tes pas à l'exact milieu de la passerelle, et tu reprends ta marche, l'esprit complètement vide.
Lâche ?
Ta détresse a rompu ses digues et t'emplit à présent de toute son eau noire et aigre. Au creux de cet encre palpite, toujours trop vite, ton cœur.
Hantant la promenade, au bout du pont étroit, des quidams à chien et cigarette vaquent à leur corvée vespérale, absents et frigorifiés. Certains téléphonent... Un pincement plus prononcé te torture et te fait monter les larmes aux yeux.
Putain de café !

Tu réponds à peine au veilleur de nuit qui te salue, et te retranches dans l'ascenseur rassurant. Tes yeux qui débordent, tes pas gauches te permettent juste d'atteindre ta chambre et, jetant ton blouson sur le lit, tu t'assieds par-terre et te laisse submerger par une peine obscène, incongrue et irraisonnée. Les sanglots te secouent, par vagues. Les spasmes sont si forts que ta tête heurte par à-coups la cloison qui résonne. Tu cales alors ton visage entre tes genoux et te laisses aller à ton chagrin, et le vides, l'exprimes jusqu'à sa dernière goutte vaine.

Puis tu récupères ton téléphone qui a glissé sur le lit.
Tu tapes ce message que tu t'es refusé, que tu t'es retenu d'écrire toute la journée :
« Mickaël, pourquoi tu ne me réponds pas ? »

Tu fermes les yeux, toujours adossé au mur.

Vaincu.

Enfin, une bulle se fraie un chemin intime et éclate dans ta bouche. Un renvoi.
Un renvoi au goût de café.
Titre: Re : Le deuxième café
Posté par: Verasoie le 08 Janvier 2017 à 22:36:34
Pétition pour que les gens introduisent leurs textes !

Citer
Tu le sais bien, que tu n'aurais jamais dû l'accepter, ce deuxième café...

Rha j'me dis ça tous les jours

J'sais pas si t'as fait exprès mais y'a genre une assonance en "on" dans le paragraphe qui suit et c'est cool

Citer
Quel con je suis une fois de plus. Rien ne me sert jamais de leçon.

J'aurais bien vu une virgule après "je suis"



Intéressant  :mrgreen:

C'est assez chou et j'aime bien le parallèle café/je vois tout en noir. Ptêtre la scène sur le pont du Rhône était un peu too much mais sinon j'aime bien, pis moi j'ai l'impression que le doute plane quant à savoir si t'es premier ou second degré et ça me plaît aussi. C'était une lecture agréable ^ ^
Titre: Re : Le deuxième café
Posté par: Luv le 08 Janvier 2017 à 23:21:11
Oui merci,   c'est intéressant , j'ai bien aimé   certains passages  :)
J'ai savouré l'intro.
Moins cette phrase :
"Tu regardes de l'autre côté du fleuve les bâtiments qui s'étagent en escalier et dont les fenêtres allumées te troublent obscurément. Sans comprendre pourquoi. Pourquoi commencent à se déplier lentement cette angoisse, cette détresse…"

Un peu moins  aussi le passage sur le pont, je préfère quand les choses sont  plus suggérées,  bon c'est mon avis…   ;)
J'ai aimé la fin à partir du téléphone. Peu de mots  là et c'est ce qui fonctionne le mieux  pour moi .
Merci  du partage, une belle atmosphère .
Luv :-*




Titre: Re : Le deuxième café
Posté par: Luciole87 le 08 Janvier 2017 à 23:59:16
Une mélodie, un rythme, un ton. Ta détresse exprimée sans fioritures, yeux dans les yeux. Difficile d'émettre des réserves en te lisant.

Titre: Re : Le deuxième café
Posté par: Grange le 09 Janvier 2017 à 14:24:15
Vraiment une belle écriture.

J'aime tout, le  sujet, le rythme et le phrasé.

C'est chiant les textes trop bien fichus on peut même pas se défouler sur les détails.....;)

PS: je viens seulement de voir l'avis de Luciole et je me rends compte que c'est très proche comme avis mais j'affirme ne pas avoir copié quoi que ce soit. :-)
Titre: Re : Le deuxième café
Posté par: gage le 09 Janvier 2017 à 15:15:01
@ Verasoie : Eh bien d'abord je ne suis pas sûr qu'une présentation soit toujours indispensable avant un texte. Dis-moi ce que tu aurais voulu y lire... Ce qui te frustre...

Sinon, je préfère laisser planer le doute quant à mes intentions... Ça a le grand avantage de te laisser y projeter des choses que tu as plaisir à y voir, et c'est vraiment l'essentiel.
Un mot me perturbe dans ton commentaire, néanmoins, c'est le mot "chou". Je crois que jamais je n'aurais imaginé que ce qualificatif puisse coller à ce texte.   :D  Comme quoi le lecteur fait son texte au moins autant que celui qui l'écrit.
Charmé en tout cas que tu aies trouvé agréable cette lecture, merci beaucoup.

@ Luv : Je comprends ton goût pour le dépouillement, je t'assure. Mais le laconisme de la fin prend peut-être sa valeur dans ce qui le précède, et on ne peut vraiment pas tout suggérer ; il faut un minimum de matière sinon on tombe dans l'abstraction (qui peut aussi se concevoir, mais je ne sais pas faire.) Merci beaucoup pour ton passage, en tout cas, et de ton appréciation.

@ Luciole 87 : Je te remercie d'avoir perçu le message, le sens tout simple de ce texte, et de le prendre tel qu'il est. Merci, vraiment.

@ Grange : Alors, il faut que je te mette en garde, Grange : autant de compliments en trois lignes, c'est pas bon pour moi... D'abord je m'y habitue bien trop vite et après ça me manque, et en plus je vais les croire...
Sérieusement, je te remercie pour ce commentaire élogieux, et je suis content que ma prose t'aie plu. J'apprécie (vraiment trop) quand mes textes rencontrent des lecteurs qui les aiment.
Merci, ma semaine est réussie.
Titre: Re : Le deuxième café
Posté par: Verasoie le 09 Janvier 2017 à 15:43:36
Oh, même juste un petit "j'ai écrit ça la semaine dernière / il y a quatre ans, je compte le retravailler / je l'estime abouti, bonne lecture" me suffit :D en fait un texte sans intro me donne l'impression qu'on m'a même pas dit bonjour, snif.

Pour le chou, c'est le narrateur qui m'inspire ça, je le trouve touchant à mater les fesses du serveur et se parler à lui-même. Même son vocabulaire ("gentil derrière") j'ai trouvé que ça lui donnait un côté tout de suite attendrissant, et il a l'air tout perdu dans la vie... J'espère que ça précise un peu mon sentiment, en tous les cas ce n'était pas condescendant : )
Titre: Re : Le deuxième café
Posté par: derrierelemiroir le 09 Janvier 2017 à 16:25:48
Salut gage,

Je crois que je n'ai pas grand chose à dire sur le style d'écriture, il marche très bien pour ce genre de récit, il est fluide, les mots sont bien choisis.

Citer
Tu regardes de l'autre côté du fleuve les bâtiments qui s'étagent en escalier et dont les fenêtres allumées te troublent obscurément.
Au contraire de Luv, j'ai beaucoup aimé cette phrase, surtout les fenêtres allumées qui troublent, parce que ça me parle.

Citer
Sous le pont s'emmêlent sans fin les cheveux de laine grise des flots presque silencieux
Un peu longue cette phrase, elle s'essouffle.

En général, j'ai surtout aimé les deux premiers paragraphes, et la fin. Toute la marche jusqu'à l'hôtel, elle m'a laissée un peu indifférente, mais j'ai de la peine à dire pourquoi. Je crois en fait que j'aurais voulu y voir une plus grande présence du café (puisque c'est l'intitulé). De comment le personnage explique son humeur par la consommation de cette caféine de trop. Parce que sinon ça m'a l'air un peu trop quelconque, un mec qui marche et déprime sur un pont...

Enfin voilà, merci pour cette lecture :)

Titre: Re : Le deuxième café
Posté par: gage le 09 Janvier 2017 à 16:37:14
Alors, chère Véra...
pour celui-ci j'aurais mis : "je viens de l'écrire, je l'estime abouti, bonjour, bonne lecture, j'espère qu'il vous plaira" comme pour la plupart des quelques textes que j'ai postés ici.  :-[
Pour le chou, je ne craignais pas la condescendance du tout, mais comme pour moi le personnage est un peu perdu et très malheureux, je ne le percevais pas comme chou ; cela dit, vu sous ton angle il est effectivement très touchant, oui...  :)
merci d'être repassée par là pour préciser tout ça !  :)

@ Derrière le miroir : Je crois que je vais piocher dans ton commentaire ce qui me convient, et mettre de côté le reste...
Je plaisante.
Pour moi tout se tient pourtant. Tout cela est un parcours qui progresse et s'aggrave. Que ce soit quelconque, je le conçois tout à fait, et ça m'a même fait hésiter à le poster, mais je me suis dit que peut-être il y aurait quelque chose pour le sauver.
La longueur des phrases et vraiment très suggestive, regarde celle qui t'a plu et la seconde, laquelle est la plus longue ? Et puis penché sur l'eau et ses méandres, même la notion de longueur et de temps s'estompe, peut-être...
Je vais réfléchir à ta remarque.
Merci pour ton commentaire, en tout cas !  :)
Titre: Re : Le deuxième café
Posté par: Luv le 09 Janvier 2017 à 16:47:11
Rebonjour Gage,  ;)
le commentaire de Derrière le miroir sur le passage du pont correspond bien à ce que j'ai ressenti en lisant. C'est comme si tu perdais le focus, le moteur du texte... Tu le retrouves à mon sens sur la fin et  l'histoire retrouve son relief, sa beauté.   ::)
Bien à toi,
Luv
Titre: Re : Le deuxième café
Posté par: gage le 09 Janvier 2017 à 16:56:24
Luv ! je comprends bien que le passage sur le pont est peut-être le moins intéressant, voire le plus banal. Mais pas pour le personnage qui le vit et qui se laisse entrainer par des pulsions qu'il ne comprend pas et qui ajoutent à sa détresse.
Moi j'ai l'impression que si j'enlève ça, il ne reste rien du tout...
Mais apparemment je me trompe..
Merci beaucoup en tout cas d'être repassée !
Titre: Re : Le deuxième café
Posté par: Luv le 09 Janvier 2017 à 17:29:22
Coucou,
Si tu relies "...Peur de ne plus avoir peur. " ( avec un point là)    et que tu enchaines avec " Ta détresse à rompu ses digues... " l'émotion serait plus intense...  Ce qui est entre, je l'ai compris d'emblée et je ressens que le texte s'affaiblit alors et perd son élégance. ;) bon,  il faudrait d'autres avis !
Luv
Titre: Re : Le deuxième café
Posté par: gage le 09 Janvier 2017 à 17:44:29
Écoute, Luv, je vais sérieusement explorer ta proposition.
Il me faut cependant une transition pour expliquer qu'il reprend sa marche. Mais je suis d'accord avec toi, je vais me plonger là-dedans...
Merci pour ton opiniâtreté pointilleuse !
Titre: Re : Le deuxième café
Posté par: Luv le 09 Janvier 2017 à 18:01:15
Oh de rien,  c'est que j'ai aimé le récit ! :P
Titre: Re : Le deuxième café
Posté par: Verasoie le 09 Janvier 2017 à 23:37:48
Ou alors faudrait que le passage du pont soit plus poussé dans la détresse et l'idée / la pulsion morbide (si c'était ton but) parce que moi je l'ai à peine vu ce côté, j'ai eu l'impression que dès qu'il avait regardé l'eau, il s'était dit "non non, jamais j'aurais le courage de sauter de là moi" et qu'il avait pas pris le temps de "contempler" l'idée (ce qui m'aurait + fait ressentir le côté "pulsion incompréhensible" et aurait rendu son mouvement de recul plus justifié).

(Je me joins à l'opiniâtreté générale, pardon)
Titre: Re : Le deuxième café
Posté par: gage le 10 Janvier 2017 à 18:54:29
En fait il faut bien comprendre que je n'ai rien voulu de théâtral.
Dans la vraie vie c'est comme ça que ça se passe : on se penche juste assez pour savoir où on en est, et on constate tout de suite que ce n'est pas pour aujourd'hui, en se demandant ce qui ferait la différence, le jour où l'on irait plus loin. À quoi cela tiendrait, et si l'on pense en être capable un jour, ou pas du tout. En s'éloignant avec circonspection de la balustrade, on s'éloigne aussi de cette question que l'on ne veut pas forcément approfondir.
En fait dans les récits, on saute ou on ne saute pas ; dans la vraie vie, se poser la question est déjà une épreuve irrationnelle.
Ça revient à se demander si l'on se connaît vraiment, si l'on peut encore se ménager des surprises.
Titre: Re : Le deuxième café
Posté par: Emeraude le 10 Janvier 2017 à 19:35:33
Un texte à ne pas lire tout seul dans le noir dans une maison vide comme je viens de le faire... Surtout en écoutant la fin de Don Giovanni  >< Le début m'a vraiment fait peur, j'ai cru que ce pauvre homme allait se faire agresser. Heureusement il n'a pas sauter du pont et il est rentré en un seul morceau chez lui. Du moins physiquement.

Donc tout va presque bien et je ne voit pas grand chose à ajouter par rapport à mes prédécesseurs. 
Merci pour la frayeur  ::)
Titre: Re : Le deuxième café
Posté par: gage le 11 Janvier 2017 à 20:38:21
Bonsoir Émeraude !
non, rien d'autre à craindre dans cette histoire, que les effets du deuxième café...
Merci d'être passée par ici, en tout cas !
Titre: Re : Le deuxième café
Posté par: extrarox le 11 Janvier 2017 à 21:59:02
Bonsoir,

Ce n'est pas le genre de texte que je lirai dans un livre.
Mais ce forum me permet justement de lire de tout. Je le trouve très bien écrit, en tout cas de ce que je peux déceler.

J'aime voir que le texte suit finalement les effets de la caféine, ça monte jusqu'à un point haut et ça redescend d'un coup pour finir par dormir :)

Au plaisir de te lire.
Titre: Re : Le deuxième café
Posté par: Rémi le 11 Janvier 2017 à 22:23:35
Salut gage,

Citer
Si, bien sûr, le café.
Quel con je suis une fois de plus. Rien ne me sert jamais de leçon.
pourquoi ce passage par le "je" ?
"Quel con, rien ne sert jamais de leçon" serait plus neutre, sans rester au "tu"

Citer
Sous le pont s'emmêlent sans fin les cheveux de laine grise des flots presque silencieux.
j'aurais mis "gris", ça coule mieux

Citer
Peur de ne plus avoir peur, surtout, et de finir par désirer cet engloutissement ;
le vertige : la peur d'avoir envie de tomber, j'aime beaucoup

Citer
Alors tu dirige tes pas
diriges

Citer
« Mickaël, pourquoi tu ne me réponds pas ? »
c'est le même vertige, la peur de tomber (ou qu'on le laisse tomber)

La résonnance entre le vertige sur le pont et le vertige sur la fin est ce qui donne sa force au texte, c'est ce qui m'a plu. Toujours très agréable de te lire.

A+
Rémi
Titre: Re : Le deuxième café
Posté par: gage le 12 Janvier 2017 à 23:42:31
@ Extrarox : Tu as raison, le forum nous amène à lire des tas de choses qu'on n'auraient jamais eu l'idée de lire... Je complèterai en disant qu'on nous fait aussi écrire ici des tas de choses diverses...
Merci de ton passage en tout cas, et j'espère te plaire encore dans d'autres productions.
@ Rémi :
Citer
pourquoi ce passage par le "je" ?
j'avais mis ça entre guillemets à l'origine... mon perso se parle un peu à lui-même, comme pour "putain de café" et en même temps je trouvais plus léger de ne pas mettre d'artifice... discutable sans doute... Tu es le premier que ça gêne.  :)
Je te remercie pour ta bienveillance envers mon pauvre perso un peu perdu entre ses vertiges, ses peurs, ses solitudes et ses détresses... putain de café !
Merci, à + !
Titre: Re : Le deuxième café
Posté par: Miromensil le 13 Janvier 2017 à 21:52:56
Citer
Je complèterai en disant qu'on nous fait aussi écrire ici des tas de choses diverses
N'est-ce pas :D

Plus sérieusement :

Citer
Te délectant du breuvage, et du plaisir de détailler cette nuque rase,
les sonorités sont <3

Citer
et ce n'est pas ton pas pourtant rapide qui en est la cause.
j’ai bugué sur ce bout de phrase ;  « pas ton pas pourtant » est moins fluide. après on est pas obligé de ménager le lecteur tout au long de sa lecture, c’est pas plus mal de relire - c’est ce que je me dis souvent quand je fais des commentaires -, mais ça m’a sorti de l’ambiance disons.

Citer
Structure futuriste  lancée entre les rives.
espace en trop devant lancée

Citer
Et ausculter peut-être, sonder par analogie tes courants intérieurs.
<3

Tout à l’heure un invité lisait Je préfère arriver par le jardin, je l'ai relu, et ça m’a rappelé que tu avais posté récemment un texte court, et j’ai eu envie de lire (bien bien ma vie). Normalement je suis réfractaire aux textes en « tu », j’ai souvent l’impression qu’on s’adresse à moi et ça me dérange. Ici ce n’est pas le cas, le tu ne s’adresse pas du tout à moi. C’est beau et lent et je crois que c’est surtout l’attente, le temps lent que j’ai perçu en lisant et qui m’a parlé. Même si parfois troublé par un regard vers le fond de l’eau. Il n’y a vraiment que toi pour terminer un texte sur un renvoi qui sonne poétique ^^

Merci pour la lecture, un triste mais beau moment
Titre: Re : Le deuxième café
Posté par: gage le 13 Janvier 2017 à 22:50:01
Bonsoir Miro, quel plaisir !
Heureusement qu'il y avait un invité  pour te guider ici par association d'idées...   :D

J'ai modifié la phrase qui te gênait, il faut dire que je m'étais rendu compte de la mocheté de ce passage, sans compter une grosse répétition de "pas" et "rapide" à une ligne d'intervalle. C'est tout réparé !

Je te remercie pour cette gentille visite et ces commentaires qui, une fois de plus, me montrent combien, dans un texte pourtant court, chacun se retrouvera dans une phrase différente, chacun sentira vibrer en lui un accord avec tel passage, ou bien tel autre...
Je suis vraiment parfaitement ravi que tu aies goûté, pour ta part, le rythme et le ton de ce texte.  :)
À bientôt !
Titre: Re : Le deuxième café
Posté par: cessdu le 14 Mars 2017 à 17:48:00
Citer
Tu dévisages les collines de Caluire
tu connais Lyon ?  :mafio:

splendide
comme toujours
ta plume est experte, et le sujet m'a touchée
moi je le trouve parfait tel qu'il est ce texte
écris plus !
Titre: Re : Le deuxième café
Posté par: gage le 15 Mars 2017 à 13:32:01
Merci beaucoup pour ton commentaire qui me touche aussi.

J'aime bien Lyon, même si je ne la connais pas comme ma poche. Je viens d'y aller en congrès  :D
Titre: Re : Le deuxième café
Posté par: anlor le 31 Mars 2017 à 13:07:21
Salut c'est encore moi !

Te délectant du breuvage, et du plaisir de détailler cette nuque rase, ce gentil derrière, cette taille fine et ces bras un peu musclés et lisses. Un fin tatouage qui sinue et disparaît dans une manche.
fine/fin, allez, tu peux trouver mieux !

Pourquoi commencent à se déplier lentement cette angoisse, cette détresse...
j'ai un doute sur l'accord du verbe. Pour moi, "cette détresse", c'est une espèce de réajustement de mot ; j'aurais mis le verbe au singulier

Si, bien sûr, le café.
Quel con je suis une fois de plus. Rien ne me sert jamais de leçon.
D'où y a un "je" ici ? pourquoi on repasse à une première personne ? (enfin, dans la vie j'ai bien les mélanges de personne mais là je ne lui trouve pas trop d'explication)

Sur ces gens que tu imagines heureux, apaisés, confiants, vivants.
est-ce qu'on n'abuserait pas un peu des adjectifs, ici ?

Puis tu récupères ton téléphone qui a glissé sur le lit.
Tu tapes ce message que tu t'es refusé, que tu t'es retenu d'écrire toute la journée :
« Mickaël, pourquoi tu ne me réponds pas ? »

Tu fermes les yeux, toujours adossé au mur.

Vaincu.

Enfin, une bulle se fraie un chemin intime et éclate dans ta bouche. Un renvoi.
Un renvoi au goût de café.
:coeur:

J'aime beaucoup ! Bon, quelque part un texte qui parle d'un angoissé chronique, ça me parle forcément mais bref. J'aime beaucoup l'utilisation que tu as de la deuxième personne, certains images aussi, le Rhône qui ravale sa valise, des trucs bien pensés, jolis, mais qui restent dans une banalité quotidienne. Le passage sur la passerelle est sans doute mon préféré. Cette réflexion tout en pas complètement dit sur le suicide, c'est beau. Seul petit truc qui m'a un peu dérangé c'est sur la construction. En fait, je crois que je regrette qu'il n'y ait pas plus d'évolution. Je ne sais pas trop comment dire, disons que si on devait dessiner une ligne de ton texte, elle resterait relativement droite. Il me semble que ton personnage et de plus en plus pris par son angoisse, mais, pour moi, on ne le ressent pas assez, ça reste plutôt plat, et c'est dommage.
Voilà voilà, au plaisir de te lire une prochaine fois !
Titre: Re : Le deuxième café
Posté par: gage le 01 Avril 2017 à 16:28:03
Bonjour anlor ! gentil d'être passée par ici !

j'ai tenu compte de tes premières remarques.

Rémi avait été gêné aussi par ce passage à la première... Je m'en suis expliqué. Je l'avais d'abord mis entre guillemets, mais j'ai trouvé que ça alourdissait la forme... Que c'était plus discret comme ça... va savoir si j'ai pas tort.  :)

Citer
Citer
Sur ces gens que tu imagines heureux, apaisés, confiants, vivants.

est-ce qu'on n'abuserait pas un peu des adjectifs, ici ?
Allez, il n'y en a que quatre ! Comment veux-tu préciser une pensée, un sentiment, si tu te refuses le merveilleux outil  de la langue française...
Vous les jeunes juges du forum ( :D), et je t'en reparlerai sans doute dans ma réponse à ton commentaire de "Georges", vous tendez curieusement à une économie de moyens. Loïc par exemple prône un style quasi-télégraphique. Vous tendez à l'épuré, voire à l'épuration. Quatre pauvres adjectifs, un abus ?... Tu dois t'enfuir au bout de deux pages d'Umberto Eco, ou Nathalie Sarraute, non ?  :D
À vous entendre, il faut des phrases courtes, sans adverbes ni conjonctions de coordinations et un minimum d'adjectifs...
Que reste-t-il après si on enlève tout ça ? Sur quoi repose le style ? Uniquement sur le choix du vocabulaire ?

Floodons un peu, je suis prêt à en subir les foudres de la modération... Mais lis-moi ça :
La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d’autres plus récents ;   peut-être parce que, de ces souvenirs abandonnés depuis si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé ; les formes - et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel sous son plissage sévère et dévot - s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience. Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des  êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.

Deux phrases interminables, pleines de tout ce que vous n'aimez pas ici, foisonnantes de vocabulaire... Cet écrivaillon n'aurait aucune chance au Mout, non ?

Sans vouloir même imaginer me comparer à ce trésor immarcescible, je me demandais si il ne serait pas intéressant de débattre un jour de votre accoutumance progressive à des phrases que je qualifierais de "trop simples" à mon goût.

En tout cas, merci de ton commentaire, merci d'avoir apprécié ce bref cheminement intérieur. Je crois comprendre que tu le trouves un peu fade. Peut-être, mais mon personnage l'est sans doute, c'est quelqu'un qui traverse comme il peut la "vraie vie", et effectivement il n'y a rien dans sa promenade d'un souffle héroïque à la Verdi.
Je comprends ce que tu aurais attendu, mais pour le coup je pense que mon texte est bien trop court pour installer une progression avec point d'orgue. Je fais dans l'économie de moyens, je le confesse. Les textes longs me font peur... pour le moment.
Merci encore !