Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Fried le 10 Novembre 2016 à 07:12:05

Titre: La plage du vide.
Posté par: Fried le 10 Novembre 2016 à 07:12:05
La plage du vide.

Jonas était plongé dans son monde,  je savais qu'il nous écoutait d'une oreille distraite. On venait d'évoquer une partie de pêche, Grégoire était enthousiaste :
— M'sieur, m'sieur on peut y aller demain ?
J'étais le Mono  de huit gamins, âgés de neuf à dix ans.  Depuis que nous étions arrivés sur l'île, nous avions eu le temps de faire connaissance. Jonas était encore sous le choc car ses parents l'avaient parachuté dans cette colo.
Gaspard le têtard, surnom dû à cette habitude qu'il avait conservé de téter son pouce parlait doucement avec un amusant zézaiement. Tony et Fredy étaient des jumeaux turbulents. Perceval avait toujours une bêtise à faire. Tintin,  qui ne disait pas un mot sans dire un — p'tin !
— P'tin la belle meuf !,  p'tin la piaule ! et au réfectoire, p'tin encore de fayots !
Grégoire était toujours partant pour les activités, quelles qu'elles soient.
Le petit Vladislas , devait sans doute être un rescapé du Bolchoï,  il ne tenait pas en place. C'était un sacré zigoto gigotant sans arrêt, une pirouette par-ci, un sautillement par là.

J'avais huit gamins à distraire avec un large panel d'activité. Ils aimaient les jeux d'approche que j'avais organisé dans la forêt, la construction de cabanes, il était temps de découvrir les rivages de l'île et la mer.
Après avoir obtenu l'accord du directeur, nous avions préparé avec fébrilité le matériel, la logistique ça ne s'improvise pas. Notre sortie fut prévue pour le lendemain après le repas du midi.

Le jour venu au cours du repas, les enfants s’étaient montrés de plus en plus impatients : 
— M’sieur, qu’est-ce qu’on va utiliser comme appâts ?
— On a des vers de farine et du pain.
— M’sieur, dit Gaspard, moi z’aime bien le poisson, on pourra les manzer ceux qu’on va attraper ?
— Oui mon Gaspard, on pourra même les cuisiner.
— P’tin ! le chouette grayon qu’on va faire !  pensait tout haut tintin en se relèchant les doigts. Jonas, tout en balançant doucement sa tête d’avant en arrière marmonnait : — poisson, poisson, poisson… Vladislas,  s’était écrié — Super ! on pourra les faire griller sur un feu près de la cabane. Autour de nous, aux autres tables toutes les discussions portaient sur le groupe qui allait partir à la pêche. Les autres enfants semblaient envieux.

Le repas terminé, on s’était préparé, on avait récupéré le matériel et nous étions partis en direction de la plage. Elle se situait près du port dans le village de pêcheurs. Tout près d'une jetée qui s'avançait assez loin en mer, j’y avais prévu notre séance de pêche, les pêcheurs y étaient souvent à l’œuvre.

Le temps était radieux ce jour-là, le soleil brillait dans un grand ciel bleu, nous marchions à l’ombre de la pinède le long du chemin qui menait au village. On entendait quelques mouettes qui riaient dans le ciel.
— Moi ze veux attraper des truites, zadore les truites bien grillées nous avait dit Gaspard.
— Moi je veux pêcher un requin s'était enflammé Vladislas qui sautillait et s’y voyait déjà.
— P’tin ! Pourquoi pas une baleine avait ajouté Tintin.
— Baleine, baleine, baleine avait repris en écho le petit Jonas.
Les enfants avaient accéléré le pas, Fredy et Tony faisaient un duel avec leurs cannes à pêche, je les avait rappelé à l’ordre, on arrivait à l’entrée du village. Les enfants s'arrêtèrent au bord du chemin près d'un poste téléphonique sur un poteau. On aurait dit une antiquité, il était écrit dessus « Secours Police ».
— P’tin c’est quoi ce truc ? Avait dit Tintin, j’avais répondu très sérieusement :
— Ça c’est pour... si jamais la baleine avale Jonas, on peut venir ici et appeler les secours. Les enfants avaient éclaté de rire puis on était entré dans le village. Les gens nous regardaient passer, il y avait quelques touristes et autochtones, sans doute d’anciens pêcheurs.
Aux abords du bistrot, quatre papis firent la réflexion :
— Alors les enfants, on va à la pêche ?
— Oui, on veut attraper la baleine
— Moi je veux pêcher un requin
— Moi ze veux attraper des truites
— Baleines, baleines, baleines… répetait Jonas. Fredy et Tony faisaient de grands moulinets avec leurs cannes à pêche. Un des papis l’air goguenard fit la remarque : — Vous n’avez pas entendu l’avis de tempête ? La mer est démontée !
— P’tin ! n’importe quoi !
— Ben pour la peine, on vous z’en donnera pas de nos truites !
— Ni du requin
— Ni de la baleine
— Démontée, démontée, démontée…
— Bonne pêche les gamins ! (dans un éclat de rire)
On avait repris le chemin de la plage et traversé la place du village pour s’approcher de la jetée et voir la mer. Arrivé devant nous, Perceval avait pointé l'horizon du doigt, il semblait stupéfait comme si il avait trouvé le Graal.
— P’tin c’est quoi ce délire !  ça chlingue !
— La mer est démontée !
— Wouahou Zai zamais vu ça !
— Ben ça alors, les poissons on va pouvoir les ramasser à la main.
— M’sieur, elle est où la mer ?
— Où la mer, où la mer,  où la mer, marmonnait Jonas.
J’avais complètement oublié les marées, plus exactement la grande marée, la mer ne reviendrait pas avant plusieurs heures. A perte de vue on ne voyait que de la vase, une terrible odeur d’algues pourries venait du large. J’étais rouge de honte et le plus terrible était que nous allions devoir repasser devant le bar des papis pour retourner bredouille à la colonie.
Titre: Re : La plage du vide.
Posté par: diallo le 10 Novembre 2016 à 09:04:40
Bonjour Fried

La chute est très jolie, elle m'a fait rire.
C'est une histoire tendre et sympathique.
Le style est claire et agréable à lire.

Juste des verbes passe-partout qui pourraient probablement être remplacés, par exemple :
Citer
il n'y a pas de poste de secours
Citer
Il y avait une jetée qui avançait assez loin en mer
une jetée s'avançait assez loin en mer ?
Citer
Il faisait beau ce jour-là,
Citer
Il y avait au bord du chemin un poteau
Citer
on faisait des envieux

Merci pour cette lecture

Diallo
Titre: Re : La plage du vide.
Posté par: Fried le 10 Novembre 2016 à 10:31:59
Merci Diallo pour ta lecture et ton aide précieuse,
J'ai fait des mofifs grâce à tes observations.
Titre: Re : La plage du vide.
Posté par: Luv le 10 Novembre 2016 à 12:38:10
Le texte est plaisant! La chute, très jolie, oui..
Tu peux améliorer  l'agencement des paragraphes peut-être.
Exemple " J'avais huit gamins..  " pour démarrer un paragraphe.
Tu répètes 2 fois "le lendemain" de façon rapprochée. ;)
Plus bas, je trouve un bout de phrase inutile " les enfants étaient enthousiastes", on l'a compris avec le dialogue !
L'utilisation des temps  pourrait probablement être améliorée à deux ou trois moments ,  mais je ne suis pas suffisamment connaisseuse pour t'aider !  :)
Merci de ce très chouette récit Fried, à bientôt !
Luv :-*
Ps tu mets entre parenthèses un élément de"rire"
en fin de dialogue, la parenthèse n'est peut-être pas idéale...

Titre: Re : La plage du vide.
Posté par: Fried le 10 Novembre 2016 à 13:27:30
Mille bisous Luv,  :P
Je suis d'accord avec tes suggestions, j'ai fais les modifications. Merci pour le commentaire et les conseils.
Titre: Re : La plage du vide.
Posté par: Manu le 10 Novembre 2016 à 14:22:33
.
Titre: Re : La plage du vide.
Posté par: Fried le 10 Novembre 2016 à 19:01:07
Bonjour Manu, merci pour ta lecture et l'appréciation, oui c'était bien dans l'atlantique à l'ile de Ré.
Titre: Re : La plage du vide.
Posté par: Goémine le 11 Novembre 2016 à 10:20:27
Salut Fried !

Ah la belle ballade ! j'ai bien ri !
Mais comme j'ai décidé de t’embêter un peu ce matin, je te fais ci-après quelques remarques désobligeantes .... :noange:



J'avais un groupe de huit enfants, J'avais huit gamins

AVOIR un groupe, ça c'est du langage d'éducateur... je choisirai un autre verbe

Jonas qui était encore sous le choc car ses parents l'avaient parachuté dans cette colo.

je ne comprends pas l'utilité du QUI ... ça fait boiter ta phrase

Après avoir obtenu l'accord du directeur qui m'avait dit: — OK, je vous laisse y aller,  je sais que vous avez votre brevet de surveillant de baignade mais pas de blagues hein ! La plage où vous allez, est sans surveillance, pas de poste de secours ni M.N.S.

je trouve cette phrase lourde et sans grand intérêt pour la suite de l'histoire... peut-être la raccourcir ou la supprimer ?

on s’était préparé, on avait récupéré le matériel et nous étions partis

personnellement, je mettrai le même temps de conjugaison partout et je choisirai "on" ou "nous" pas les deux dans la même phrase

les truites bien grillé


les truites bien grillées c'est encore meilleur !

— La plage du vide, la plage du vide, la plage du vide,

je trouve que cette phrase est trop sophistiquée pour Jonas... reprends la à ton compte et tente de rester dans le naturel du petit garçon

J’étais rouge de honte

c'est trop court et trop banal ! je suis certaine que tu peux améliorer ce passage! dire la gêne, ton silence ? tes arguments pour te rattraper ? ton ressenti physique ( sueur, regard perdu, mouvement de colère )  les moqueries des enfants ? développer ton sentiment d'adulte qui s'est trompé et qui doit faire face à l'interrogation des petits... c'est le point crucial de ton récit et ça passe à la trappe... s'il y a un passage à étoffer c'est bien là celui-là !

Voilà ! j'ai pris plaisir à revivre ces moments de liberté avec un groupe d'enfants, tels qu'on pouvait les vivre il y a quelques décennies..Aujourd’hui quand tu accompagnes un groupe d'enfants il faut un encadrement strict et même pour aller pique-niquer dans la cour on te demande un formulaire en 4 exemplaires... il n'y a plus beaucoup de place pour le risque de la découverte...
Quand je repense aux bêtises que j'ai pu faire en colo à l'époque...
Titre: Re : La plage du vide.
Posté par: Inka le 12 Novembre 2016 à 11:32:13
Très joli texte, on s'y croirait, ça donne envie de repartir en colo. La chute est bien amenée, je la mettrai dans un paragraphe à part pour bien la séparer du dialogue, et lui donner plus de poids.

Quelques remarques, essentiellement sur des répétitions :

Citer
Notre sortie fut prévue pour le lendemain après le repas du midi.

Le jour venu au cours du repas,

Il faudrait remplacer l'un des deux "repas" par déjeuner.

Citer
j’y avais prévu notre séance de pêche, les pêcheurs y étaient souvent à l’œuvre.

Peut-être déplacer "j'y avais prévu notre séance de pêche" plus haut dans la phrase précédente pour éviter la répétition ici. Par exemple, "nous étions partis en direction de la plage où j'avais prévu notre séance de pêche."

Je rejoins Goémine sur le "on" et le "nous". Pour les dialogues, "on" passe très bien, c'est du langage familier mais vivant. Pour le récit lui-même, je penche pour le "nous".
Titre: Re : La plage du vide.
Posté par: Fried le 12 Novembre 2016 à 22:30:09
Merci
Géomine pour ta lecture et tes bons conseils.  Je fais les modifs.  Pour "la plage du vide" c'était un titre imposé que je voulais reprendre dans le texte.
Merci Champdefay d'être venu me lire,  je vais retravailler la fin.
Merci Inka pour tes suggestions et l'appréciation.
Titre: Re : La plage du vide.
Posté par: Shudrack le 13 Novembre 2016 à 23:16:13
Merci pour le partage. Le style pourrait être amélioré mais en même temps il risquerait de perdre de sa fraicheur.
En ce qui concerne la fin, je m'attendais moi aussi a quelque chose de plus surprenant. Peut être faudrait il mieux souligner la pression qui pèse sur les épaules du mono car les gamins sont impatients, très excités à l'idée d'aller pêcher et mieux montrer leur déception ou avec un trait d'humour "la mer s'était jouée de moi en se retirant si loin"...ou alors un "bah elle est où la mer ?" enfin quelque chose qui rende cette fin plus forte.

à plus
Titre: Re : La plage du vide.
Posté par: Fried le 21 Janvier 2017 à 19:02:29
merci Shudrack,
j'avais pas vu ce message. meci pour ton avis et les conseils.
Je pense laisser la fin telle quelle.