Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: diallo le 01 Novembre 2016 à 22:20:22

Titre: Tous les chemins partent du RER B
Posté par: diallo le 01 Novembre 2016 à 22:20:22
 
  Une effervescence inhabituelle agitait le paisible village de Mallemort. Un corps avait été retrouvé déchiqueté dans la rivière. Une information triste mais relativement commune : suicide, pari stupide entre adolescents, chute en état d’ivresse, les raisons de finir en décomposition dans la Durance ne manquaient pas.

  L’affaire se corsa et prit de l’ampleur lorsque plusieurs témoins affirmèrent avoir aperçu un monstre marin apparenté à un requin. La gazette locale, en mal de lecteurs, sauta sur l’aubaine : le monstre de Mallemort était né.
Contre toute attente, les témoignages de pêcheurs, randonneurs et promeneurs s’accumulèrent, donnant de la crédibilité aux premiers récits. La réputation du monstre sanguinaire de Mallemort s’étendit rapidement au-delà des frontières du village. Pensez-vous, un requin tueur dans une rivière, il y avait de quoi alimenter les conversations jusqu’aux prochaines élections.

  Théo n’avait aucune raison d’être informé de ce fait divers rocambolesque. Tous les soirs, il attrapait le RER B de 20h31 à la station « La Courneuve – Aubervilliers » qui le menait directement au Parc des Expositions où il prenait son poste de veilleur de nuit à 21h exactement. Pour occuper le temps durant le trajet, il avait pour habitude de feuilleter les journaux d’informations gratuits qu’il récupérait à l’entrée de la station RER. C’est en parcourant les pages du " 20 minutes " du 21 août 2015 qu’il tomba par hasard sur un article lui apprenant l’existence d’un monstre marin à Mallemort.

  Il n’en croyait pas ses yeux : de l’inattendu à Mallemort ! Ce n’était pas tant la découverte d’un monstre qui retint son attention que le lieu : Mallemort. Il était originaire de cette bourgade de cinq mille habitants où l’activité la plus intéressante consistait à s’asseoir face à l’entrée du cimetière pour assister au défilé des convois funéraires. Ses parents habitaient encore à Mallemort, dans la maison de son enfance, une modeste bicoque sur le bord de la rivière qui avait le plus grand besoin de travaux de rénovation.

  Théo exulta, il ne pouvait contenir sa joie. Le monstre de Mallemort avait enflammé son imagination. Il décréta instantanément que ce serait lui, Théo, et lui seul, qui dévoilerait les premières photographies exclusives du redoutable tueur. Il brandit le journal sous les yeux de sa femme :
  — Louise, tu te rends compte, un monstre marin, là, juste au pied de là où j’ai grandi. Je connais chaque touffe d’herbe. C’est ma chance !
  Sa femme comprit tout de suite où il voulait en venir :
  — Ah non, ça suffit comme ça les conneries.
  Théo n’était pas décidé à lâcher l’affaire.
  — C’est la chance de ma vie, que je te dis.
  — La chance de gaspiller le peu d’argent que je gagne. Déjà qu’on termine chaque fin de mois dans le rouge !
  — J’ai déjà le billet d’avion, tenta-t-il de la convaincre.
  Louise resta inflexible, elle le connaissait trop bien, son Théo et ses plans miraculeux qui s’écroulaient systématiquement comme des châteaux de cartes.
  — Et si tu le trouves ton monstre qui a déchiqueté un homme, tu comptes faire quoi ? Lui demander de poser pour la photo ? argumenta-t-elle.
  — T’inquiètes, fais-moi confiance, affirma-t-il dans un ultime mensonge pour la faire plier. A vrai dire, il n’avait effectivement aucune idée de ce qu’il ferait une fois face à la bête.

  Quoique ait pu dire Louise, la décision de Théo était prise, aucun retour en arrière n’était possible, il ne laisserait pas passer la chance de sa vie de ne plus être un anonyme. Peut-être qu’une pareille occasion ne se reproduirait plus jamais. Il se précipita dans le premier avion, via le RER B, arrêt Aéroport Charles de Gaulle 1.

  Il téléphona rapidement à ses parents pour leur dire qu’il leur rendait visite, sans préciser que l’hébergement, les repas et la voiture seraient les bienvenus. A peine arrivé, son sac de sport balancé dans la maison, il tira droit vers le chemin de halage de la Durance. Il le connaissait par cœur ce chemin, pour y avoir joué toute son enfance, et les remous de la rivière, ces zones où frétillaient les épinoches, et les profondeurs calmes où s’épanouissaient de belles carpes et de splendides brochets.

  Il avançait confiant, guettant la moindre ombre, la plus petite vaguelette suspecte. Mais le paysage demeurait parfaitement à sa place, comme dans ses souvenirs. Jusqu’aux nombreux oiseaux qui vaquaient à leurs rondes sans se soucier d’un quelconque danger, pour son plus grand désespoir. Toute la journée il fit des allers-retours sans déceler la moindre anomalie. Le soir arrivant, il poussa plus loin son excursion. Le large chemin qui longeait le bord de l’eau s’en était franchement écarté et s’était changé en un sentier serpentant entre les buissons épineux. Fallait-il continuer ? Rebrousser chemin ?

  Il n’eut pas le temps de trancher ce dilemme que le miracle se produisit. Il le vit, là, sur la berge en face, le monstre titanesque qui alimentait rumeurs et ragots. Il était conforme en tous points. Une gueule énorme, une taille d’au moins trois mètres de long, et un appétit de carnassier vorace. Le monstre s’était, là, juste devant lui, volontairement échoué à la manière des cachalots, pour saisir un goéland qui avait eu la mauvaise idée de venir se désaltérer à cet endroit.

  Mais point d’aileron de requin, point de rangées de dents acérées. Théo avait pris le temps d’étudier les animaux marins extraordinaires, les histoires non élucidées, les évolutions rarissimes de requins. Ce monstre-ci était de taille hors-norme, plus de cent cinquante kilos, mais n’en était pas moins qu’un silure très commun qui ne pouvait, en aucun cas, être à l’origine du corps retrouvé en lambeaux dans la Durance. Pas de quoi faire la une d’un magazine ni se forger une réputation. Ses forces l’abandonnèrent de déception. Tant d’efforts et d’espoir pour rien : pas de monstre marin et pas même une explication au cadavre. Il allait devoir affronter Louise.
Titre: Re : Tous les chemins partent du RER B
Posté par: Manu le 02 Novembre 2016 à 22:14:40
.
Titre: Re : Tous les chemins partent du RER B
Posté par: Eunuque le 02 Novembre 2016 à 22:40:02
Ma réflexion sera de la même veine que celle de Manu. Et ce n'est pas par fainéantise que je ne développerai plus. Tout comme Manu, je suis encore sous le coup de l'émotion de Tonton Bob, ce qui fait que l'écho de votre précédent texte a perturbé la lecture de celui que vous nous présentez actuellement. La première impression que j’ai, c’est que j’ai trouvez ça trop brouillon. Tout en lisant, j’ai commencé à me poser des questions (Les mêmes sans doute que Manu) et dans ces cas là, ce n’est jamais bon.
Je vais prendre le temps de le relire d’ici un ou deux jours.
Bonne nuit,
En toute sympathie,
Berth
Titre: Re : Tous les chemins partent du RER B
Posté par: diallo le 04 Novembre 2016 à 21:51:48
Bon,
effectivement, j'ai voulu cuisiner un ancien texte avec une sauce plus fraîche, mais est arrivé ce qui devait arriver : une claque. Et je ne parviens pas à le réécrire, les morceaux n'appartiennent pas au même puzzle. Faut que je reprenne de zéro.
J'aurais appris encore une chose : n'écrire que s'il y a le temps et l'envie. Les plats réchauffés n'ont pas la même saveur.

Merci pour vos commentaires. Ca fait progresser.

Diallo.
Titre: Re : Tous les chemins partent du RER B
Posté par: Dropp le 05 Novembre 2016 à 21:30:03
Salut !

Noooon, franchement Diallo, y a pas de quoi rougir. Certes, j'ai été quelque peu déçu par le texte étant donné le titre, mais c'est un petit récit plutôt sympathique. C'est fluide et agréable à lire, et puis la fin est plutôt surprenante : je m'attendais à le voir se faire bouffer ton héro. Puis je me suis posé la question : est-ce que ce ne serait pas Louise le vrai monstre, vu ta dernière phrase. Bref, c'est pas LE texte ultime (surtout avec ton précédent), mais ça se lit bien. Ne soit pas aussi sévère avec toi-même ^^.

A plus !