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Ils regardaient les pales du ventilateur tourner. Ils écoutaient les grésillements de la radio pour entendre la météo. Ils sentaient la crasse qu'ils vêtaient sous leurs haillons. Ils passaient leurs mains dans leurs chevelure, quelques dizaines de cheveux en tombaient. Le temps était beau pour l'instant. Il avait plu toute la semaine.
À cause des inondations ils avaient dormi dans la cave. Quelques sacs de couchage, la vieille lampe à huile, des bougies. En bas, ils avaient été rejoints par les voisins. C'était moins pénible d'attendre ensemble la fin de l'orage. Alors ils discutaient, jouaient aux cartes, grignottaient un peu, buvaient plus. Les jeunes, entrainés par la fougue de leur jeunesse, avaient même dansé quand le silence retombait. Les vieux les regardaient l'oeil blasé. La clope aux lèvres, ils échangeaient quelques mots, plus soucieux des dégâts des eaux. Puis, une fois que les coups de tonnerre avaient cessé, ils remontaient chacun chez eux en se souhaitant bien du courage. Il fallait ensuite faire le constat, réparer les dégâts avec les moyens du bord. Et attendre encore que tout cela s'arrange. Que l'eau, l'électricité reviennent. Tous les jours de beau temps, les familles se ruaient dans les supermarchés pour se réapprovisionner avant de devoir redescendre dans les sous-sols. Mais pendant la saison des pluies, les stocks n'étaient pas souvent renouvelés.
Parfois, dans les rues à la surface, on reconnaissait le visage d'un proche, d'un voisin, d'un ami, d'un cousin, parmi les cadavres de noyés. Et ainsi venait l'heure des larmes, de la haine pour ceux d'en haut. Les faiseurs de pluie. Ils s'élançaient dans les airs par essaims entiers. Ils arrivaient, vrombissant, immense nuage noir au-dessus des villes. Ils faisaient pleuvoir des cordes et des sceaux d'obus. Cela durait parfois sans relâche des jours et des nuits, jusqu'à ce qu'une trêve laisse aux citoyens le temps de recouvrer leurs esprits et compter leurs noyés. Cela faisait déjà de longs mois que la saison des pluies avait commencé.
Combien de semaines ce déluge allait-il encore durer avant que le pays ne soit engloutis ?