Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Siegrid le 15 Septembre 2016 à 17:23:44
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Un nouvelle loufoque...comprenne qui pourra !
Pauvre Renard. La poule attend un œuf.
Le coq parade, les dindes glougloutent, la basse-cour des poulets s’émerveille: la poule attend un œuf ! C’est son troisième, mais le miracle se reproduit tous les deux ans. Et, tous les deux ans, pauvre Renard est mis en quarantaine.
Renard aime bien les œufs. Il ne les mange pas, non ! Il les lèche un peu, pour sentir le gout. Et, lorsque le poussin nait, il le laisse jouer avec ses oreilles rousses et son museau pointu. Puis, il retourne à la forêt, en poussant de gros soupirs. Renard n’a jamais pu pondre d’œuf, c’est sa croix et son clou. Il a fait ce qu’il a pu, s’est accouplé avec des rouges-gorges, des mésanges, même le canari du fermier. Misant sur l’inconnu, il a tenté de séduire un vautour…Il y a perdu un peu de sa joie de vivre. Mais c’est un bon Renard : il chasse les mulots et les lapins mais…pas la gente aviaire. Il garde l’espoir qu’on finisse par lui donner un œuf à lui. Sait-on jamais ?
Toute la contrée connait son désarroi. Les cochons, cancaniers comme pas un, ont laissé courir le bruit qu’il serait capable d’un œuf-napping. Point du tout ! Renard n’est pas un envieux. Renard compense son manque d’œuf en couvant des champignons. Ce qui joint l’utile à l’agréable : les champignons, au moins, on peut les manger. Mais il aime les regarder : est-ce un crime, une perversion d’être un voyeur de poules ? C’est tout de même mieux que voleur de poules !
La quarantaine s’accompagne toujours de persécutions diverses et variées. Renard se fait tirer la queue par le bouc, marcher sur les pattes par la vache, courser par le cheval. Même le chat, vieux complice, lui tourne le dos. Renard en a marre ! Il hulule à la lune, muette à son désarroi. La poule l’entend gueuler dans la nuit :
« Ce pauvre Renard devient cinglé. On devrait l’achever. »
C’est vrai que toute la basse-cour y pense. Ces glapissements glacent le sang, et cet imbécile de Renard n’entend ni menaces, ni raisons. La ferme pense sérieusement à l’accuser de la rage afin de le faire abattre. Ce n’est qu’un renard, après tout.
Mais les poules sont imprudentes : elles gloussent, gobergent, ricanent tant sur le compte du pauvre Renard, que leurs caquètements arrivent jusqu’au Loup. LE Loup ! C’est une autre affaire. Le Loup ne renifle pas œufs, il les gobe, puis il gobe la poule, le cochon et le fermier. LE Loup ! Il a longtemps sévi en maître, cruel serviteur de la grande faucheuse. On trouvait du sang dans les coins, et un animal en moins. Il se cachait pour commettre ses crimes. Sa ruse la plus connue, montrer patte blanche, fonctionna pendant des années. Il savait même soudoyer des agneaux, grâce aux trèfles de contrées lointaines, pour qu’ils le laissent entrer dans la ferme. LE Loup fit beaucoup de dégâts.
Renard ne l’aimait pas. Il le soupçonnait d’être capable de manger des renardeaux, en temps de disette. Mais, dans un lointain passé, il avait dansé avec lui. Rien de mieux pour établir une réputation de prédateur… Aussi, lorsque le vilain carnassier fit son apparition, on accusa Renard d’avoir renoué avec ses anciennes amitiés. Pauvre Renard ! LE Loup, par ailleurs rancunier, ne désirait rien tant que mordre Renard, qui l’avait laissé tomber comme une vieille chaussette. Bon, d’accord, LE loup avait mordu Renard. Ce n’était pas une raison, aux yeux jaunes du tueur, pour lui interdire l’accès au terrier.
Pauvre, pauvre Renard ! Tout le monde lui en voulait, et cet œuf qui n’en finissait pas de se faire pondre !
Heureusement, à glapir sans arrêt, il attira l’attention de la SPRM (Société Protectrice des Renards Malheureux). Persuadés que Renard était pris dans un piège mortel, la SPRM débarqua en force dans la forêt pour lui sauver la vie. Lourdement bottés de caoutchouc, équipés de treillis orange et jaune fluos, la figure recouverte de grille anti-moustiques, les agents de la SPRM flanquèrent à Renard la trouille de sa vie. D’autant qu’une débutante lui arracha les poils de la queue, dans son désir de le tirer d’un piège inexistant. Renard montra les crocs et gronda. Pas découragée, la SPRM continua ses avances. Renard leur pissa dessus. La SPRM au grand cœur n’en tint pas compte et essaya le coup du Petit Prince : Renard se retrouva couvert de brassées de roses. Lassé, piqué de partout, Renard se mit sur le dos, en faisant semblant d’être mort. La SPRM, affolée, lui lança des grands sceaux d’eau glacée. Il gémit un peu, pour la forme, mordilla un téléphone portable dans un moment d’égarement, et rentra dans son terrier.
Pendant ce temps là, on attendait toujours l’œuf, désormais sous le regard attentif du Loup, planqué derrière les hortensias. Mais le fermier veillait. Il avait tout vu, le fermier : ce Loup, ses Frères zet ses Sœurs, c’était pas le bonheur. De gaité de cœur, il tira sa carabine, et…Nous interrompons notre programme pour cette scène interdite aux cœurs tendres.
Enfin, l’œuf arriva, la ferme parada, la SPRM exulta, Renard dans leurs bras. Pauvre Renard, redevenu Renard tout court, poussa un soupir de soulagement. On le posa délicatement à terre, pour qu’il regagne son douillet terrier. Arrivé à l’orée de la forêt, il se retourna vers la foule d’humains et d’animaux bigarrée, qui lui faisaient des grands signes.
Il leur fit un bras d’honneur de Renard fatigué, fila vers le Grand Ouest et jura sur LE Renard Eternel, qu’on ne l’y prendrait plus.
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J'ai beaucoup aimé cette nouvelle un peu folle même si j'imagine mal un renard s'accoupler avec un canari :mrgreen:
T'as une imagination débordante et t'écris vraiment bien, ce qui fait que je me suis transporté dans ton texte. Je l'ai d'ailleurs trouvé très beau, l'histoire du renard gentil qui veut avoir un œuf, c'est digne d'un grand conte. J'ai vraiment pas grand chose à dire. À part peut être un truc vraiment pas important. À un moment, tu parles d’œuf-napping, sachant que le mot est anglais à la base, j'aurais plutôt vu egg-napping.
Ton texte était merveilleux et transpirait la beauté de la nature. Il y a quelques touches d'humour qui l'adoucissent encore plus. Bref, j'ai vraiment aimé. J'ai juste une question, est-ce que, à l'instar de la ferme des animaux, ton texte est une satyre ou au moins une métaphore de certains aspects ou personne de ce monde?
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Merci pour vos lectures et votre approbation. J'avais peur que cela soit trop foufou comme texte.
RedSmile, oui c'est une satyre, mais pas de personnages connus du public, plutôt de situations qui peuvent se produire, tant à l'échelle humaine que mondiale.
Le renard, c'est l'original, celui que ne se conduit pas comme tout le monde, par goût ou par nature. C'est celui qui ne trouve jamais tout à fait ce qu'il cherche, parce que...C'est ainsi qu'il a été construit, il faudrait disséquer son passé de renardeau pour le comprendre. Il y en a plein, des gens comme cela.
Pour le loup, j'ai plutôt pensé au terrorisme : je crois qu'il n'y a pas que des fous armés de ceintures explosives qui y participent. Je crois qu'il y a des gens tapis dans l'ombre, capable de soudoyer et de mentir, pour arriver à leurs fins...Ceux-là ne sont pas si facilement repérables. Bon, le fermier gagne à la fin !
La ferme, ce sont les microcosmes que tout le monde connaît, ou chacun ne s'occupe que de ses petites affaires, et où toute déviation est mal perçue. La prochaine fois, je ferais une ferme modèle, ouverte au progrès. Ma ferme est un peu cyniquement décrite, les animaux n'y sont vraiment pas très gentils.
La SPRM, pleine de bonne volonté...Ha, bah ! Il y a beaucoup de personnes de bonne volonté, heureusement. Mais on n'aide pas les gens contre leur gré, pas plus qu'on ne peut leur imposer un choix qui n'est pas le leur. C'est ce qui rend si difficile la bonne volonté. Ce qui est bon pour soi, n'est pas forcément bon pour le voisin. Mais c'est gentil quand même, et tout le monde fait ce qu'il peut. J'ai longtemps donné des cours de soutien en français, et la bonne volonté ne fait pas tout, malheureusement. Dur, dur de plonger dans un autre univers et d'y trouver la bonne motivation !
Enfin, dans ce conte, il y a à boire et à manger...sauf pour LE Loup, heureusement!
Manu, merci pour tes remarques : je vais en tenir compte!
Bonne soirée :noange:
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Bonjour Siegrid!
Ta petite nouvelle se lit bien et est pleine d'images intéressantes ! Bon certes c'est un petit peu barré à certains endroits , on hésite un peu entre le côté humour et le coté fable, c'est je pense ce qui peut déstabiliser, mais j'aime bien. À te lire bientôt ! ;)
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Merci, SuzeH
J'aime beaucoup ta citation de Kerouac. :)
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Un récit amusant et comme dit, un peu perché
sur un oeuf.
Tu restes malgré tout fidèle au "roman de renart"
Le loup se fait toujours avoir.
"Renard aime bien les œufs. Il ne les mange pas, non ! Il les lèche un peu, pour sentir le gout. Et, lorsque le poussin nait, il le laisse jouer avec ses oreilles rousses et son museau pointu. Puis, il retourne à la forêt, en poussant de gros soupirs. "
Il est adorable, j'ai toujours trouvé que c'était un animal sympathique.
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Merci, Champdefaye.
Ton appréciation me ravit...d'autant que pour l'humour, j'ai tout à t'envier !
Je ne sais pas faire pousser le jasmin, mais j'ai la main heureuse avec les hortensias. C'est pour ça.
A plus tard pour un autre texte. Bravo pour tes leçons de mythologie !
;D