Dans le cadre d'une fiche de personnage, pour un forum de jeu de rôle ; j'ai trouvé intéressant de la présenter ici (cela peut être divertissant, après tout, non ?).
BACKGROUND
Faits-Divers
Le parquet est imbibé de sangs ; c’est donc de là que provenait l’odeur… Elle fait un pas de recul, brusque, son nez frémit, ses lèvres tremblent, ses pupilles se dilatent, vibrent d’horreur ; ses dents la mordent. Le corps du vieil historien s’étale sur le sol… s’étale à l’infini, imprègne de chacune de ses gouttes les interstices de bois… Elle ne voit pas sa tête, cachée d’elle par la position du cadavre, et le contact de ses mâchoires broyées contre la souillure…
Et partout, partout, le blanc des feuilles de papier, jetées au-travers de la poussière en suspension, maculées d’éclaboussures… Elle en saisit, elle en déchiffre, toute sa terreur matérialisée en une étouffante boule suintante veinée d’angoisse au cœur de sa poitrine…
-54, Veiss, village enclavé de pâturages et de champs, terres de l’est. « Un charnier, une boucherie, un massacre ». Le promeneur tombe sur un camp de bandits ; le promeneur vide ses entrailles, explore un tout petit peu la grotte. Partout, partout, des cadavres, des chairs, des morceaux, des hommes, des armes, du sang. Le promeneur rentre chez lui, terrorisé, il rendra ce qu’il a observé deux jours plus tard, alors que ses fossettes violettes rosissaient à nouveau peu à peu. Il n’a noté aucun corps signifiant les auteurs de l’attaque, il n’a vu que des corps de bandits, démembrés, broyés, déchiquetés. Et alors que sa curiosité le poussait, actionnait ses jambes vers le fond du refuge, il a vu c…
Là la phrase est mangée par les tâches cramoisies, qui se sont répandues… Elle parvient à lire quelques mots ensuite, guère plus longs que des articles, des lettres à-demi effacées…
Elle laisse retomber ses doigts, la feuille, en saisit une autre… Son début est manquant, elle ne parvient à lire qu’un tout petit extrait, et la date…
-251, Treisamme […] …ses griffes lui ont traversé la carotide, brisé le cou… ses membres noirs ont tranché sa tête, devant moi… quel délice, oui, il est revenu à mon secours, il m’a sauvé à nouveau ; le corps ensanglanté retombe sur moi, me baigne de son sang… Il me décoche un regard, au cœur ultime de mes pupilles inondées de gratitude fanatique ; je me sens galvanisé comme jamais je ne l’ai été, par ces yeux FOUS ! Il tourne la tête, il s’en va ; j’entends ses membres mordre la terre, se propulser dans un saut prodigieux, se déployer ! Il me laisse là, ce corps transi de son empreinte de la Mort tombant dans mes vêtement… MAÎTRE, OUI !!
Ça y est, ses phalanges tremblent, ses incisives percent le purpurin gracile de sa bouche ; le blanc de ses yeux s’anime d’une peur compulsive…
Toutes ses feuilles ressemblent à une collecte de… témoignages… Pourquoi ? Pourquoi ? Et pourquoi en est-il mort ?
Elle ne cherche pas à se débarrasser de sa lecture, elle cherche à en saisir d’autres, agrippée jusqu'aux tripes par ce sentiment d’appréhension, qui enfle de plus en plus fort dans ses pulsations... Elle ne prend pas le temps de lire, elle capte juste les dates lisibles.
-659, Jiu…
-384, F…
-910…
-743…
Ses gestes gesticulent, gauches, précipités, elle bat l’air, l’esprit fou de curiosité et d’effroi.
Et alors elle comprend, dans un éclair atroce de lucidité, ce qui suscite les tressautements de la glotte, la violence des battements de son palpitant…
Le sang poisse ses genoux.
Le sang poisse encore.
Elle se retourne brusquement, ses yeux se posent trop tôt.
Le mur devait être plus loin.
Elle l’aperçoit de dos ; une semi fraction d’instant. L’épiderme de charbon, le flou du mouvement, l’épiderme de charbon; les ailes déchirantes.
Une semi fraction d’instant. Le tissu de chair plus clair, sombre, grisé, frappe l’atmosphère ; il se retourne. Dans un mouvement parfaitement calculé, vif, empreint d’une puissance de divinité…
Ses épaules entament leur rotation, son dos crevé de son envergure flirte avec la réalité, sa nuque s’abaisse, ses cheveux noirs retombent sur sa face, alors que ses membres dessinent une arabesque sur son torse suie ; Ecailles d'ébène.
Elle ne voit pas ses yeux…
Elle est saluée ainsi, à moins d’un pouce de son regard ; elle échappe un gémissement.
La courbette s’achève.
Une griffe massive a transpercé son buste.
Elle n’aurait pas cru pouvoir ressentir quelque chose si proche de son cœur…
Son dernier hoquet fait gerber sa langue.
La gouttelette de salive ensanglantée fuse doucement ; elle ne la voit plus…
Ses yeux embués de leur humeur se referment une dernière fois.
Sur sa gueule entrouverte.
Crocs fumagines écarlates.
Cheveux de jais.
Peau aile de corbeau.
-46, Al-Jeit. Le reste est bouffé par le sang, …