Le Monde de L'Écriture
Encore plus loin dans l'écriture ! => L'Aire de jeux => Discussion démarrée par: ernya le 29 Juin 2009 à 23:15:08
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En raison de fortes chaleurs, voici le cadavre glacé.
Venez vous refroidir avec de courts extraits de 1OO petits glaçons !
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Il était une fois, en un temps inconnu, une baignoire. Elle trônait dans une luxueuse salle de bain toute de jaune vêtue et attendait son heure, pour l'instant emplie d'un délicieux liquide frigorifiant. L'eau glacée, limpide, n'était perturbée que par un tout simple et tout bête élément : un canard en plastique qui flottait de-ci, de-là, et se cognait parfois aux parois en faisant un petit « plop » sonore.
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Des profondeurs de l'eau sereine de la baignoire s'éleva alors une voix, à la fois douce et brutale. Doucement, elle emplit toute la salle de bain, pour s'achever en un cri de bête blessée, en quête de soutien en sa mourante vie. Le silence qui lui succéda n'en paru que plus froid et menaçant. Le canard, seul à nouveau, ne bougeait plus. Dans ses oreilles résonnait l'écho des dernières paroles. "Je collectionne les canards vivants !" Il baissa les yeux, pour regarder le fond de la baignoire. Il ne vit que ténèbres glacées.
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C’est alors qu’une masse rose, hésitante et brûlante s’éleva lentement au dessus de la paroi de porcelaine blanche, pour s’abattre, sans la moindre éclaboussure, sur la surface tranquille de l’onde. Un frisson parcouru et l’eau et la chair tandis que le vaillant petit canard tentait d’échapper à la collision d’avec le pommeau traitre de la douche. Bientôt un corps tout entier occupait l’abysse. Un soupir d’aise se fit entendre par-dessus le doux clapotis de l’eau. Que c’était bon !
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Un sentiment de plénitude se propagea dans l'air et gagna peu à peu le canard. Ce sentiment n'était pas dû à la vue gracile des courbes élégantes qui se fondaient dans l'eau froide, il venait plutôt d'une odeur caractéristique. Cette odeur délicatement pralinée, un peu corsée, avec ce moelleux si fondant et cette couche glacée... Un Magnum. Un Magnum se tenait là, à moins de cinquante centimètres du canard, à portée de plumes. Les yeux du canard s'agrandirent, son corps fut parcourut d'un frisson et ses pattes bondirent en avant. Mais la forme rose ne semblait pas partageuse et s'obstinait à tenir hors de l'eau, la délicieuse friandise.
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Le canard essayait tant bien que mal de se rapprocher de ce bonheur suprême presque à portée de plumes ; il continuait de voguer au gré des remous provoqués par la forme rose, cherchant tant bien que mal à grappiller quelques millimètres qui lui semblaient des kilomètres. Un craquement sourd retentit soudain, puis un juron étouffé. Les yeux du canard brillèrent. Un morceau de chocolat tombait vers la surface de l’eau. Le canard sentit une nouvelle énergie l’envahir... mais en vain, car la forme rose bougea dans l’eau, provoquant des remous qui envoyèrent le pauvre canard heurter la paroi blanche...
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Affolé, le petit canard regarda avec tristesse le morceau de chocolat sombrer vers des abysses insondables. Il tenta bien de s'en approcher, de plonger, d'aller le secourir pour le dévorer... En vain. Les remous de l'eau se dressaient devant lui tels de puissantes vagues soulevant un navire, et l'envoyant se fracasser contre des récifs. Alors le petit canard pleura toutes ses larmes de plastique, errant sans fin dans cet océan de désolation. Il était seul et triste, ne pouvait goûter au fruit de la connaissance. Il décida donc de suivre le chocolat vers le fond de la baignoire.
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Il plongea donc, tête à l'envers, mais il avait oublié qu'il flottait, et il lui fut impossible de s'enfoncer plus profondément dans les abysses. Terriblement frustré, il se remit à pleurer, agitant son petit corps de violents sanglots. C'est alors qu'une partie de la masse rose fondit sur lui et l'arracha au liquide. Terrifié et encore sous le choc de ses récents désespoirs, il lâcha un couinement: "Pouiiic!".
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"Pouiiiic" fit-il encore une fois. La masse rose doté de cinq appendices le tenait fermement et le pressa sans douceur lui arrachant un autre "pouiiiiic" de douleur. Toujours serrés dans cette caricature de poulpe couperosé, il fut plongé dans l'eau, une fois, deux fois, trois fois ... L'air vibrait autour de lui de notes aigu et grave comme une litanie, ou était-ce une oraison funèbre que la chose lui destinait.
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On essayait de tuer canard ! Cela n'allait pas du tout car la voix sépulcrale avait bien précisé qu'elle le voulait vivant. L'eau se mit alors à bouillir. Epouvantée, la forme rose hurla et lâcha le canard, mais pas le Magnum. Un rire machiavélique emplit alors la pièce, bientôt suivi de coincoinements joyeux - qui ne venaient du pauvre canard qui tentait dans un "pouiiic" désespéré de recracher l'eau de ses poumons. La forme rose quitta la pièce dans une gerbe d'éclaboussures et laissa pour mort sa victime. L'eau devint alors noire et un trourbillon se fit. La baignoire se vidait, entraînant le canard vers l'horrible trou noir !
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Le flot nébuleux se déversait dans la cavité, à une telle vitesse qu'aucune chance de survie n'était envisageable.Le petit canard de plastique se débattait tant bien que de mal, regardant, horrifié, le trou se rapprocher. Alors que son bec semblait prêt à y plonger, un membre rose le saisit entre deux appendices boudinés et le jeta dans ce qui semblait une baignoire plus petite. Il glissa sur les parois imaculées, se retrouvant plus d'une fois cul-par-dessus-tête, avant de se stabiliser en équilibre sur sa queue plastifiée. Le caneton jaune respira profondément, cherchant à calmer les battements désordonnés de son petit cœur.
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Du fond de la grande baignoire-océan, le trourbillon se résorba, emportant avec lui les derniers murmures sépulcraux de la mystérieuse chose des profondeurs. Le canard jaune frissonna un peu, bien content d'être sain et sauf. Il était enfin tranquille dans son havre de paix - mais pour combien de temps?
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Les jours passèrent et le canard pu regagner paisiblement sa baignoire, en compagnie de l'octopode à cinq tentacules. Il n'avait pourtant pas oublié cet épisode et continuait de cogiter à propos de cette voix. Elle voulait des canards vivants - reviendrait-elle le chercher plus tard ? Le petit canard s'affola soudain. Pour rien au monde il ne voulait quitter son petit havre de paix ! Alors il vogua, vogua, vogua de long en large, à travers toute la baignoire, au rythme des remous provoqués par le Grand Rose, ainsi qu'il le nommait à présent, de plus en plus vite, jusqu'à, finalement, entrer en collision avec une petite montagne du même rose que son compagnon. En se retournant, il aperçu sa jumelle au delà d'un profond précipice. Le fait était nouveau pour Canard, qui n'avait jusqu'alors jamais vu une telle chose. Et avec horreur, alors qu'il regardait l'autre bout de la baignoire, il s'aperçut qu'une seconde forme rose était apparu. C'est alors que le chant maudit s'éleva à nouveau.