Dans le bocal, sur mon bureau
« Qui est conforme à une moyenne considérée comme une norme, qui n’a rien d’exceptionnel », « qui est conforme au plus habituel », « qui est conforme à ce qu’on pense juste, équitable », « qui est prévisible, logique, compréhensible »… Le mot « normal » a même droit à sa définition dans la Chimie, la géologie, la métrologie et la psychiatrie. Encore une fois, je m’étonne de la longueur de la définition bien que l’ayant lue un nombre incalculable de fois. J’ai même cherché les mots « norme », « moyenne », « habituel », « exceptionnel », « logique » ou encore « Chimie », « géologie », « psychiatrie » et enfin les mots « mort », « sexe » et « stylo » parce que chaque définition m’entraîne vers une autre définition, m’emportant dans un cercle vicieux duquel il semble que je sois incapable de m’échapper.
Je n’aime pas vraiment faire des recherches sur la normalité ou les définitions en général, mais il me prend parfois l’envie irrésistible de m’assurer que je n’y comprends rien. Je referme soigneusement le dictionnaire et le glisse entre celui des synonymes et le Bescherelle grammaire. Parce que « Larousse » vient après « Hatier » mais avant « LeRobert » et que j’aime que tout soit en ordre. Si mes livres ne sont pas rangés dans l’ordre alphabétique, je m’assois sur mon lit, les bras croisés, jusqu’à ce qu’on vienne m’aider.
Dans le bocal, sur mon bureau, Boudin s’agite. J’aime les chenilles, même si elles sont anormales : « contraire à l’ordre habituel des choses ; non conforme au modèle courant ; irrégulier, inhabituel », « contraire à l’ordre juste des choses ». Elles ressemblent à une suite de bourrelets collés les uns aux autres et badigeonnés d’une couche de lsd nous les faisant voir vert, orange, noir et blanc selon un patron atrocement régulier. Elles ont même oublié d’avoir une tête. Et cette façon qu’elles ont de se contorsionner pour avancer est tout bonnement humiliante. De plus, Boudin est encore plus anormal que les autres chenilles puisqu’il se traîne sur l’espace.
Le bas du bocal est couvert de photocopies de l’univers. Parce que j’aime l’espace aussi. Je dirais qu’il est anomale : « Qui s'écarte du fait habituel ; exceptionnel », « Se dit d'un produit dont la faible fréquence d'achat implique une démarche d'achat spécifique », « Se dit d'un énoncé présentant des divergences par rapport aux règles de la langue». Je ne fais pas la différence entre le cosmos, l’espace, l’univers bien qu’ayant lu leur définition un nombre incalculable de fois dans le dictionnaire. Bien qu’ayant même cherché les mots « création », « néologisme », et « témérité ». Ce ne sont que des termes cherchant à définir l’infini. Pourtant, il me semble que rien ne pourra jamais me permettre de l’appréhender. Rien que de penser à cet espace sans fin, je ressens des démangeaisons et des vertiges terribles, et toutefois j’éprouve une étrange fascination pour lui. Si ça, c’est pas anomal, rien ne l’est.
- Enlevez-les-moi !
C’est Hervé. Celui de la chambre en face. Il est ponctuellement persuadé que des sangsues lui pompent le sang. Le seul moyen qu’il se calme est de le confronter à des miroirs et de le forcer à se rendre à l’évidence : il n’y a pas de sangsues. Hervé, il est subnormal : « en-dessous de la moyenne ». Il faut être con pour se penser couvert de sangsues alors qu’on ne l’est pas.
Il paraît que je suis con aussi.
- Enlevez-les-moi !
Qu’attendent-ils pour les amener ces miroirs ? Je l’aurais bien fait mais je n’en ai aucun. Je ne les supporte pas. De plus, je me souviens bien assez de ma tête comme ça. Elle est grosse, dotée d’un nez aplati et d’une petite bouche qui, si je n’y prends pas garde, se met à béer. Si je cache mes yeux, on peut me croire normal mais la vérité est toute autre. Ces deux petits globes sont rapprochés, en amande et enfoncés à l’extrême. De plus, ils sont si petits que si je souris, on n’en distingue plus la prunelle. Et là-dessus, mes sourcils ne peuvent s’empêcher de se hausser très haut, pourtant je ne suis pas constamment étonné.
Si les chenilles sont anormales, l’espace anomale et Hervé subnormale, il faut inventer un nouveau terme pour les trisomiques : l’anormalie.
Hello !
dans la Chimie, la géologie, la métrologie et la psychiatrie.
Pas sûr que ça s'utilise vraiment, dans, pour parler de disciplines.
En chimie, etc. ?
Je n’aime pas vraiment faire des recherches sur la normalité ou les définitions en général, mais il me prend parfois l’envie irrésistible de m’assurer que je n’y comprends rien. Je referme soigneusement le dictionnaire et le glisse entre celui des synonymes et le Bescherelle grammaire. Parce que « Larousse » vient après « Hatier » mais avant « LeRobert » et que j’aime que tout soit en ordre. Si mes livres ne sont pas rangés dans l’ordre alphabétique, je m’assois sur mon lit, les bras croisés, jusqu’à ce qu’on vienne m’aider.
Passage sympa
Je dirais qu’il est anomale
anomal ? (idem à la fin du texte)
Le je dirais manque de fluidité.
Hervé me semblant s'accorder au masculin, il est subnormal ;)
Le début m'a plutôt bien plu, mais la fin retombe un peu comme un soufflé j'ai trouvé. C'est un peu décevant, au final, surtout que ton thème central est traité assez superficiellement (même si je rejoins l'avis positif de Milla et Choucroute sur le sujet). Du coup peu mieux faire pour moi, surtout que je trouve une vraie qualité de narration à ton texte.