Encore un autre défi tic-tac, sur le thème "L'île Des Animaux" ^^ (les textes des autres arrivent bientôt normalement :huhu:) EDIT : en fait Loic et Exta' ont abandonné en court de route parce qu'ils sont nuls >< EDIT2 : En fait Exta' est un quart de courageux (la preuve (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,21962.0.html)).
Enjoy o/
L'Île Des Animaux
Je regardai d'un œil glouton le steak qui se présentait devant moi. Cela faisait bien deux semaines que je n'avais pas mangé de viande, et je devais avouer que cela me manquait. Une dizaine de clients s'affairaient sur leur salade et autres bouillie d'insecte, mais je m'en foutais, j'allais savourer mon bœuf. Après la Grande Pénurie, l'augmentation des prix de la viande en avait considérablement réduit sa consommation, et avec un salaire moyen comme le mien, on ne pouvait s'en offrir qu'une ou deux fois par mois. L'idée de profiter d'un rares moments d'extase culinaire de l'année m'emplissait encore plus de joie. Au fil des jours, les soupes de courgette et les brochettes de sauterelles devenaient lassantes pour le palais. Il existait bien d'autre plats, mais acheter des épices pour des plats asiatiques était bien au dessus de mes moyens.
Je m'apprêtai donc à planter ma fourchette dans le quartier de viande, sous l'éclatant soleil de midi, quand il fut soudainement caché par l'imposante silhouette d'un homme en imperméable noir. Un chapeau était enfoncé jusqu'aux oreilles, le col relevé jusqu'au nez et les lunettes couvrant ses yeux, l'homme me toisait de toute sa hauteur, avec dans son ombre son parfait doppelgänger. Sans lui prêter plus d'attention, je plantai ma fourchette. Une main se posa alors sur mon épaule, et je compris tout de suite à qui appartenait cette poigne de fer. L'homme face à moi ne l'était plus exactement et je tournai la tête pour le voir, imper toujours aussi noir, me regarder de ses deux mètres.
— Venez avec nous, monsieur, me siffla-t-il d'une voix rauque.
— Et pourquoi ? Je mangeais tranquillement avant que vous n'arrivez, je ne pense pas que ce soit à moi de partir d'ici.
— Ça, ça vous suffit ? me demanda-t-il en me tendant une carte à l'air vaguement officiel, l'insigne du Ministère de la Protection Animale dessus.
— Bon, bon. Mais vous allez au moins me laisser finir ce que j'ai dans mon assiette.
— Je ne crois pas, non. C'est justement ce qu'il y a dans votre assiette qui est en cause, ici.
— Que...
— Je vous expliquerai. Venez, maintenant, je préfèrerai ne pas avoir à utiliser la force, soupira-t-il.
Je me levai donc, un peu énervé, suivre ces deux hommes je ne savais où. Celui qui m'avait parlé m'emboîta le pas et je me retrouvai bientôt affublé des deux gugusses en noir, un devant et un derrière. Ils me guidèrent jusqu'à la station de métro la plus proche et nous entrâmes dans la rame presque vide. Plus personne ne prenait le métro de nos jours, trop coûteux.
Au bout de quelques stations, le grand type m'expliqua enfin de quoi il retournait. D'après leur ministère, j'aurais sois-disant dépassé la limite mensuelle de viande dite de « taille considérable » (n'incluant donc pas les insectes) autorisée. Ce qui était bien entendu, d'après mon point de vue, totalement faux. Et puis on racontait que dans l'Ouest de la capitale, les riches se gavaient bien de viande, eux.
Le métro s'arrêta au terminus et, alors que je m'apprêtai à sortir, les deux balourds me firent signe de rester. Le muet des deux alla voir le conducteur à l'avant, et revint quelques minutes plus tard. Il grommela une sorte de « C'est bon. » à son acolyte, et celui-ci me fit asseoir. Le métro redémarra alors et, au lieu de virer pour retrouver l'autre sens de la ligne, il continua tout droit, s'engouffrant dans un tunnel sombre et sans signe visible de signalisation.
Le voyage dura encore dix minutes, et nous nous arrêtèrent dans ce qui semblait être un vaste hangar, aux néons tressautant et aux grandes caisses empilées un peu partout. Il était vide.
— Terminus, tout le monde descend ! claironna soudainement le plus grand, que je commençais à détester de plus en plus.
Il me poussa bourrument hors de la rame, et le métro repartit, avec son compère toujours dedans.
— Je peux tout enlever, maintenant, dit-il avec un soupir de soulagement. C'est que j'étouffe là-dedans, moi.
Il enleva d'abord ses lunettes, et je pu distinguer une étrange lueur dans son regard. Comme une lueur de... haine, un peu bestiale. Il ôta ensuite son chapeau et son imper, dans un mouvement quasi-théâtral. Je faillit tomber au sol. Son chapeau révéla un crâne chauve rosé et de larges oreilles pointues. Son imper, lui laissa un groin et un large menton découvert.
— Vous... vous êtes un... fut tout ce que je pût balbutier.
— Un cochon oui. Ou un porc comme vous nous appelez « amicalement », ajouta-t-il sarcastiquement. Bon, suis-moi maintenant.
Je ne fus pas même surpris de ce tutoiement soudain, tant j'était encore éberlué qu'un cochon marche sur ses pattes arrières et me parle. Je n'eut pas le temps de me frotter les yeux, qu'il me bousculait déjà vers une petite porte de service. Nous débouchâmes sur une vaste salle en contrebas, ou s'affairaient des dizaines d'animaux, parlant, bêlant, glapissant entre eux, et faisant tourner d'étranges machines.
— Tu vas enfin connaître le bonheur de savoir pourquoi tu trouve ta bouillie d'insecte si dégueue ! S'écria-t-il.
Il me fit passer dans les quelques marches qui nous séparaient du sol, et me fit avancer vers une des grosses machines. Il ouvrit un petit conduit, à peine assez grand pour qu'un être humain puisse s'y glisser. À l'intérieur, des sortes de grandes lames tournoyaient dans ce qui semblait être un liquide rougeâtre et son odeur manqua de me faire vomir.
— Bon, on va se faire de petits secrets, tu vas bientôt devoir rentrer là-dedans. Une dernière volonté ?
— Mais... mais... fut le seul mot que je trouvai.
— Ah, et dans ta prochaine vie, essaye de pas suivre deux types louches qui te disent même pas pourquoi, même si ça nous facilite le travail.
Je regardai le conduit avec un sentiment d'horreur grandissant et tombai à genoux, poussant soudain un gémissement pitoyable.
— On le porte, chef ?
— Je crois bien que oui.