1 : Moondyne (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,21763.0.html)
2 : Le jour de Moondyne (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,21786.0.html)
3 : Moondyne en orbite
JB Johns considère Guillemet Point comme un écrivain abstrait.
Pas qu’il écrive des choses insensées ou délirantes.
Abstrait parce qu’il est le fruit de l’imagination du fruit de son imagination. Et ça, il a du mal à se le figurer. C’est pour ça d’ailleurs qu’il s’accroche à l’idée, en se disant que si elle est difficile à atteindre, c’est qu’elle vaut le coup.
Brutalement, JB Johns réalise qu’il y a un gouffre entre lui et la création de sa création. Parce que, d’une part, il ne sait pas ce qu’il y a dans la tête de Moondyne, même s’il cherche. D’autre part, parce que personne ne maitrise à cent pour cent ce qu’il fait. Demandez pour exemple à un écrivain d’écrire un texte. Puis, demandez-lui de le réécrire, au mot près, sans regarder. C’est là que se pose la dure réalité de l’humain tout puissant : il n’est pas tout puissant.
De manière plus douce, JB Johns se rassure en observant que ce gouffre n’est qu’un pas. Parce que, d’une part, il écrit ce qu’il y a dans la tête de Moondyne, même s’il est obligé de chercher. D’autre part, parce que tout le monde croit maitriser à cent pour cent ce qu’il fait. Par effet placébo, cela contribue à la maitrise, parfois idéalisée ou excessive, de l’humain tout puissant : la toute puissance est un fardeau comme un autre.
Ce qu’il y a dans la tête de JB Johns, c’est l’envie de créer des poupées russes. L’idée d’univers imbriqués lui est familière, et il veut la communiquer.
Ce qu’il y a dans la tête de Moondyne, c’est l’envie d’égaler son dieu, en créant à son tour une créature digne d’intérêt.
Ce qu’il y a dans la tête de Guillemet Point, c’est l’envie d’écrire ce qu’il pense, soufflé par le vent mystique qui l’a vu naitre.
Tous trois sont comme une fratrie. Le grand frère est le responsable. Il a l’expérience ; la bonne comme la mauvaise. Celui du milieu est le travailleur. Il a les lois de son ainé et la responsabilité du petit dernier. Qui lui, est l’esprit libre. Les lois ne s’appliquent plus, il est hors contrainte.
En schématisant, ils sont égaux. Le positif de l’un est rattrapé par son négatif, de sorte à ce que chacun a un potentiel équitable. Equitable, pas égal.
Et c’est là que leur union surpasse la simple somme de leurs potentiels.
Par principe, JB Johns écrit Moondyne, Moondyne écrit Guillemet Point, et Guillemet Point… ne sait pas ce qu’il doit écrire.
Il aimerait bien avoir, lui aussi, un personnage à lui. Mais ça ferait trop pour l’histoire de JB Johns. C’est comme le train du progrès : il y a toujours un dernier wagon, et celui-ci est toujours le moins confortable, car il n’est pas stabilisé par derrière. Il n’est pas assuré.
Alors Guillemet Point écrit lui-même. Sans écrire ‘je’, parce qu’il trouve qu’écrire ‘je’ est réducteur à sa pensée, qui est influence de son monde, et des mondes supérieurs. Il écrit ‘tu’ pour créer l’identification de son lecteur, sans pour autant espérer que ce lecteur se dise ‘je’. Il écrit ‘il’ pour que son lecteur se figure l’influence de son monde, cet état impersonnel d’être, qu’il peut ou non associer au ‘je’. Il aimerait écrire ‘nous’, mais ‘nous’ n’existe pas dans son monde. Il en veut pour ça à JB Johns d’avoir créé ces poupées russes dans lesquelles chaque strate est plus aérienne que la précédente. Il leur écrit donc ‘vous’.
Moondyne est le point central, mais il est en orbite. Il n’existe que dans un monde virtuel, mais est en charge d’un autre monde virtuel, qui semble être la finalité de toute l’ambition de son créateur.
Il tourne autour d’un soleil en surveillant fraternellement sa lune.