1 : Moondyne (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,21763.0.html)
2 : Le jour de Moondyne
3 : Moondyne en orbite (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,21824.0.html)
JB Johns considère Moondyne comme un écrivain brut.
Même s’il a changé d’avis sur les héros meilleurs que lui.
Après tout, ne pas oser concevoir une création qui le surpasse, il trouve que ça manque d’ambition. C’est comme tenter d’arrêter le train du progrès avec tes petits bras : au final tu finis aplati à côté des moucherons, et un coup d’essuie-glace te balaie vite fait bien fait.
Ce même progrès que tu tires ou qui te tire, selon où tu te positionnes sur l’échelle inavouée du développement. Moondyne, lui, ne croit pas avoir envie de se positionner, mais il entend la voix rébarbative de JB Johns qui lui souffle : si, tu es brut.
Pourquoi Moondyne n’est pas l’œuvre ambitieuse de JB Johns ? Et bien parce qu’ils pensent encore qu’ambitieux est un terme financier et capitaliste. Et ceux qui ont créé le mot avant eux étaient encore pire que ça : des monarchistes d’une espèce qui se renifle le trou et trouve que ça sent infiniment meilleure que la bouffe de ses congénères.
Noterait-il ça dans son journal ? Bien sûr que non, car même s’il est incapable physiquement de se renifler le trou, il trouve malgré tout que la bouffe de ses congénères pue la merde. Et ça, personne n’oserait le lui entendre dire sans défaillir de colère.
Alors il se garde ça dans la tête de son protagoniste.
Guillemet Point, lui, n’a aucun nez et aucun trou. Il est tellement abstrait que même ses parents auraient dû l’appeler Prosopagnosié. Il n’y a aucun miroir dans son univers. Moondyne se le figure à peu près, en flou, mais JB Johns n’a de lui que le nom, et encore…
JB Johns réfléchit trente secondes, le temps de se dire que les écrivains qui valent le coup d’être lus sont ceux qui ne se cachent rien. Alors il le répète à Moondyne, qui le répète à Guillemet. Ils ont ce lien qui les unit.
Mais ce lien est niché dans une forme de communication qui ne souffre d’aucune traduction. Tous trois ne se parlent pas, et on ne peut pas dire qu’ils s’écrivent ; enfin si, ils s’écrivent, mais ils ne correspondent pas par écrit. Ils s’écrivent.
JB Johns n’est pas ingénieur linguistique, c’est pour ça que parfois, il ne comprend pas les subtilités des mots et de leurs sens contextuels. Comme il n’y peut rien, il se demande si Moondyne pourrait y comprendre quelque chose. Mais il ne sait pas. Il croit même que Moondyne est un peu moins substantiel que lui. Sans parler de G.
Le problème des mots et de leurs sens contextuels, c’est qu’ils dépendent d’un phénomène de mixage sociétal. Avec des mots crus, pour que même la dernière poupée russe comprenne : les mots ont besoin de gens pour exister.
Et franchement, ni JB Johns, ni Moondyne, ni l’autre n’ont vraiment de gens à qui échanger ces créatures virtuelles. Ils ont tous les trois un passé relativement certain avec la langue, et donc l’humain, mais très vite dans leur histoire ils ont emprunté un chemin peu fréquenté.
C’est peut-être ce qui a fait d’eux des bruts, se dit l’un…
Alors, on ne sait pas lequel des trois décide que s’ils veulent prendre le train du progrès, il faudra fatalement rejoindre les congénères, et renifler des bouffes et des trous, pour non pas savoir qu’est-ce qui sent le plus bon, mais savoir ce que signifie cette information olfactive.
Ils se donnent sept temps pour y parvenir. Sept périodes.
Tu peux arriver à n’importe quel point B : si tu sais d’où tu pars, le point A ; si tu sais la ligne qui sépare les deux points.
Donc il leur faut un plan.
Pour l’instant, ils ne savent pas vraiment où sont les points.
Mais ils cherchent.