Cher Vincent V.
Il y a un an, je me serai énervée en t’envoyant ce mail, je t’aurais insulté de tous les noms. J’aurais été capable de dire des choses vraiment blessantes et aurais sûrementj'aurais mis un "finalement" pour plus marquer l'évolution cherché à appuyer sur les points sensibles. Oui, il y a un an – quelques mois après les faits – j’aurais été une personne affreusement cruelle. Comme je l’ai d’ailleurs été par le passé, je m’excuse pour cette personne répétition de la ligne d'avant. Le vert se voit pas, je vais tes tests de couleurs, je fais de mon commentaire un camaieuuuuuuu qui a pris possession de moi alors que mes sentiments avaient une base puregasp. "base pure"? plus lourd, tu peux pas, fait mieux, ton style est cool, tu peux faire mieux.
Vois-tu, pendant tout ce temps, je n’ai fait que réfléchir. Je ne dirais pas que j’ai pensé à toi pendant un an, ce serait un mensongela phrase est assez lourde, elle manque de pêche, elle se prend les pieds dans le tapis au milieu et elle se rattrape pas, mais fini avant de se casser la gueule... sauvé par la téléportation... (j'espère que ce pourpre sera du plus bel effet). Ce n’est pas comme dans les films où même dix ans après, deux protagonistes qui étaient amoureux ressentent le même sentiment qu’au premier jour, c’est beaucoup plus compliquéc'est louuuuuurd. vraiment, y'as pas de rythme, pas de poésie, la phrase est un poncif qui du coup est très longue pour ce qu'elle apporte. Je suis dur, mais j'ai adoré le début, donc là, je suis déçu! T.T. Si ça ne l’était pas, je ne serais pas entrain de t’écrire tout ça, tu comprends ? Est-ce que je t’aime encore ? La réponse reste incertaine et je m’avancerai trop à te dire « oui ». Et puis, quelle utilité de répondre ça ? Tu ne débarqueras pas chez moi à des heures impossibleslà ce qui te manque c'est une belle comparaison "à des heures à faire rougir un bourgeois" soit audacieuse, tu es trop loin maintenant. Je disais donc que j’avais réfléchi à beaucoup de choses : à toi, à moi, à nous. Surtout aux choses idiotes que nous avons pu faire avant.
Si je t’envoie ceci, c’est certainement plus pour me défouler que pour avoir une réponse. Pour dire vrai, je ne veux même pas de réponse. Je vais sûrement exposer un tas de nœuds dans notre ex-relation qui mériteront explications – que j’attendrais probablement avec impatience. Mais, surtout, ne réponds pas. Je risque d’être déçue et j’estime qu’après avoir vécu tout ça, j’ai encore le droit de m’accrocher à mes derniers espoirs. avec une fille aussi compliqué que ça, je me barre direct moi je crois ^^
Pourquoi m’as-tu parler ce jour-là ? Si tu ne m’avais pas parlé peut-être que tout aurait été différent. Tu te souviens, j’étais avec des amis entrain de discuter et de blaguer devant le portail du lycée et tu es venu saluer un de tes amisrépétition de "amis". Sans attendre une minute de plus, tu as commencé à discuter avec moi etpourquoi un "et" ici? il ne sert à rien, il allourdis plus qu'autre chose sans vraiment que je suive le déroulement des choses, tu as fini par avoir mon numéro de téléphone. Pourquoi ? Qu’est-ce que ça t’a apporté, finalement, à part des morceaux de cœurs brisés à recoller ? Le pire, c’est que tu m’as envoyé des messages après çac'est le principe de choper un numéro de tel non?. Beaucoup de messages. Je regrette tellement de t’avoir parlé de moi comme ça. Tu en savais plus en deux jours que mes meilleurs amis en toute une vie. J’ignore pourquoi ta compagnie me satisfaisait plus que celle des autres. Tu avais quelque chose de magique que je ne saurais décrire avec des mots. Recevoir tes messages c’était comme un Noël qui se répétait. Et pas n’importe quel Noël, le tout premierle deuxième plutôt non? on a pas conscience du premier Noël? C'est dans la récurrence qu'on comprend la magie, enfin, je pense. Celui qui nous marque et qui nous fait croire au Père Noël grâce à la magie de la fête. Je ne croyais plus au Père Noël, Dieu merci ! Je croyais en toi et à ton pouvoir. Tu me faisais aller étrangement bien.
En même tempsc'est pas beau comme relance, je savais dans quoi je m’aventurais. La première fois que mes yeux verts ont croisé les tiens, c’était comme une évidence. Tu te souviens, tu disais qu’on était « un duo de mécheux ». Nous étions les seuls à avoir cette horrible coupe de cheveux dont une grosse mèche traverse entièrement le front. J’en aurais presque honte de porter ça maintenant. Et pourtant, avant, je me coiffais exprès comme ça. C’était comme une chose qui nous reliait toi et moi.
Plus le temps passait et plus mes sentiments devenaient incompréhensibles. Est-ce que ça se voyait, dis ? Est-ce que tu pouvais entendre les battements de mon cœur alors que tu étais à l’autre bout de l’établissement ? Est-ce que dans mes messages, tu le sentais que je voulais plus ? J’imagine que oui. Puisque pour une raison que j’ignore, tu es devenu distant et détestable. Certains disaient que c’est parce que tu tombais amoureux de moi aussi et cette hypothèse me rendait rouge. J’ai essayé de te faire comprendre que tu pouvais me le dire mais… ce n’était pas ça, apparemment.
Tu te souviens de cet ami qui nous avait invités chez lui exprès pour nous mettre ensemble ? Il m’en avait parlé. Il voulait qu’on reste dans une pièce rien que tous les deux pour que notre relation évolue un peu. Ça faisait déjà quatre mois qu’on se tournait autour sans rien oser de plus. Alors, dans la cuisine, pendant que tu te servais à boire, j’établissais un plan d’attaque. Je savais que personne n’avait posé ses lèvres sur les tiennes – qu’elles étaient encore vierges de tout contact humain. Il fallait que ça soit moi, la première. J’étais nerveuse quand tu es revenu en face de moi. Je ne savais pas quoi faire de mes mains alors je t’ai demandé un câlin que tu as refusé. Tu as tout refusé : je te parlais, tu esquivais. J’en avais assez.
Dis, est-ce que ça se voyait que j’étais monstrueusement triste ? Est-ce que ça se voyait tant que ça que mon cœur s’émiettait dans ma poitrine à mesure que je réalisais que mes sentiments n’étaient pas les mêmes que les tiens ? Est-ce que tu avais pitié lorsque tu m’as subitement embrassé ? Tes lèvres étaient maladroites, charnues, d’un goût sucré dû à la boisson. Elles étaient si froides que j’avais envie de les réchauffer plus, plus, plus… J’avais envie mais je n’en fis rien. Tu avais commencé, je te laissais mener la danse.
J’étais la fille la plus heureuse que la planète n’a jamais connue. J’avais envie de hurler ma joie sur les toits. En plus, moi qui avais si peur que tu me repousses après en disant que c’était un accident, j’étais encore plus heureuse en voyant que tu ne regrettais pas non plus. En me raccompagnant chez moi, tu m’as même tenu la main et nous avons beaucoup discuté, comme un couple. Enfin, au moment de nous séparer nous ne savions plus ce que nous avions à faire. Tantôt nous tendions notre joue timidement pour nous faire la bise – puis nous réalisions. Tantôt, on levait nos bras à 90° pour s’enlacer – puis nous réalisions… Et enfin, tu m’as embrassé. J’étais sûre que tu ne regrettais pas à partir de là. J’en étais persuadée.
Alors, Bon Dieu, pourquoi m’as-tu fait une chose pareille ?!
Dis, est-ce que ça se voyait que j’avais pleuré toute la nuit ? Dis, est-ce que ça se voyait que mon âme avait décidé de partir ? Est-ce que ça se voyait que j’en avais ras-le-bol des sentiments ? J’en avais ras-le-bol de te voir ? Toi, tes beaux cheveux longs, tes beaux yeux bruns, ta peau à peine plus bronzée que la mienne… Ça se voyait que je pleurais au simple contact de tes yeux ? Ça se voyait que je pleurais en me coiffant la mèche tous les matins ? Dis, est-ce que ça se voyait que ma poitrine me faisait souffrir ? La vérité… La vérité… Tu veux la vérité ? Je n’ai jamais aimé t’aimer. Cette phrase sonne si mal et pourtant…
Dis, est-ce qu’un jour, une matinée, une heure, une minute ou une seconde même, tu t’es dit que je n’étais pas si mal ? J’imagine que le lendemain tu t’es dit « oups », et tu as sorti une excuse bidon pour oublier l’affaire. « J’aime déjà quelqu’un » que tu as dit ce mercredi matin, vers dix heures. « J’aime déjà quelqu’un » : pourquoi est-ce que cela sonne mieux ?
Dis, est-ce qu’un jour j’entendrais le son de ta voix me dire « Je t’aime » ?