Contre la fenêtre du salon endormi sous la pluie d'un samedi après midi sans relief, Pomme sommeille. La tête posée sur ses bras, installée sur le rebord en bois vernis, elle rêve. Les moutons se regroupent dans la lande étalée de vert mouillé devant son front lisse d'enfant tendresse. Les heures d'ennui sont petites, rondes et lentes, elles se balancent d'avant en arrière, et semblent vouloir mettre des éternités à ne plus se taire. Elles voyagent du tapis au fauteuil de papa, se prennent les pieds dans les napperons de mamie, et viennent se perdre dans les jupes de maman. Tout simplement. Pomme le sait bien que c'est ainsi, et fait mine de ne rien imaginer les concernant. Si jamais, elles venaient à s'agglutiner sous ses yeux, Pomme ne verrait que du brouillard et des bourrelets gris aux encoignures de son esprit pour au moins un jour ou deux !
Alors, d'un soupir, elle vaporise des nuages de buée sur les vitres immaculées. De tout petits nuages qui se gonflent et disparaissent au rythme de sa respiration, échappée de ses lèvres, marée chaude et invisible. Quelques moutons s'évaporent dans ces brumes éphémères et ne semblent même pas s'en préoccuper. Vraiment. Quels nonchalants !
Enfin, un nuage s'étire et se craquelle, laissant glisser des doigts adamantins à travers les nuées.
"Maman ! Maman ! Je peux sortir il fait soleil ! "
Bousculant les secondes potelées qui traînaient encore sur le parquet, Pomme saute dans ses bottes et son manteau. Et n'attend pour seule réponse que la porte qui se referme joyeusement sur le linteau.