Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: sonadoré le 20 Juin 2016 à 18:23:43

Titre: Sueur et violence
Posté par: sonadoré le 20 Juin 2016 à 18:23:43
« Nous avions passé l'après-midi entière sur la plage en face de chez moi. Le soleil brûlait nos peaux, il devait faire presque 45°C. Pendant plusieurs heures, nous sommes restés étendus côte à côte sur le sable chaud ; on se touchait presque. Quand des larmes de sueur apparaissaient, nous courrions jusqu'à l'eau dans un éclat de rire précipité par l'excitation et le soulagement de la fraîcheur aquatique. Peu à peu, son corps exposé aux deux grandes chaleurs de ce monde, c'est-à-dire le soleil et la lumière de mes yeux amoureux, s'est détendu. Je veux dire par là que son désir est né progressivement. Si la journée ne s'était pas montrée si délicate, si bienveillante ; si au contraire elle avait été rude et imparfaite, je doute qu'elle eût pu penser un instant que l'intimité avec moi était une bonne chose.
   La nuit se dévoilait timidement quand elle s'est allongée sur moi. J'ignore si c'est l'absence soudaine de témoins qui a encouragé son geste, ou bien le sursaut de ses envies fantasmées tout au long de l'après-midi. Toujours est-il que, entre la cinquième et la sixième musique de « Elements » (l'album qu'elle avait choisi pour nous bercer), pendant ce court silence qui tait une musique avant d'en lancer une autre, j'ai senti une caresse d'abord localisée, mais qui s'est étendue ensuite à tout mon buste. Son corps semblait flotter sur le mien, je n'en ressentais pas le poids mais seulement la douceur. J'en eus le souffle coupé et le regard perdu, alors qu'elle, maîtresse de son geste et de ses conséquences, m'observait en riant silencieusement. Puis elle me dit « tu bandes ! », et ce n'était ni un reproche ni un compliment, elle s'appropriait la vérité de mon corps, elle la disait.
   Je ne me souviens pas avoir esquissé le moindre mouvement. Elle s'est déshabillée seule, pendant que mes yeux fermés tentaient de canaliser mon angoisse et mon excitation. Inspirée par les récits qu'elle dévorait tout son temps libre, elle avait à peine détaché son soutien-gorge qui pendait maintenant sur mon torse. La sueur affleurait de nouveau sur mon front mais cette fois, je ne pouvais courir. L'immensité de la chaleur me fit vibrer, et dans un ultime frisson, je décidai de la frapper au visage.
   Je ne savais pas qu'en un coup, en un coup seulement, tant de sang pouvait jaillir de la tempe. Sous l'impulsion du choc, elle est tombée sur le côté. J'ai senti son regard peser sur moi bien que mes yeux étaient braqués sur ma main droite. J'avais les phalanges douloureuses et le cœur plus encore. Je me mis à réfléchir : on ne pardonne pas la violence. Surtout lorsqu'elle vient briser un instant magique. On ne pardonne pas la réalité de la haine qui s'en va cogner la face innocente. C'est sa voix qui est venue mettre fin à mes pensées. « Pourquoi ? Qu'est-ce que je t'ai fais ? Putain mais ça fait hyper mal ! », je ne pouvais répondre. J'étais démuni.
   Elle a plongé son visage dans ses mains afin de supporter la douleur. Son soutien-gorge était tombé mais ses bras cachaient ses seins. Je ne ressentais plus aucune excitation, l'angoisse l'avait bouffée. Avant de partir, j'ai cru apercevoir des sanglots émaner d'elle. L'image était insupportable et je me suis dirigé en marchant vers l'eau et dès que je n'ai plus eu pied, j'ai nagé vers le large. J'ai été vite épuisé, alors j'ai cessé de nager et j'ai fait la planche, jusqu'à ce que ma tête presque endormie tape la coque de votre bateau. »
Titre: Re : Sueur et violence
Posté par: Menthe le 20 Juin 2016 à 21:39:29
Wah, quelle chute ! J'ai un peu eu du mal à comprendre le geste du personnage principal, mais peut-être que c'est ça : c'est un geste incompréhensible.
Merci pour ce texte, extrêmement bien écrit. Dense et rythmé, contrasté et surprenant. Un plaisir à lire.
C'est quoi après ?  :noange:
Titre: Re : Sueur et violence
Posté par: Chouc le 20 Juin 2016 à 22:16:52
Wow
Ça va être compliqué d'écrire un commentaire constructif.
J'ai été captivée de la première à la dernière ligne, ulcérée aussi par cette violence gratuite et inexplicable, pour finalement rester sur ma faim par ces derniers mots inattendus qui m'ont rappelé que le texte s'était ouvert par des guillemets.
Autrement dit c'est excellent de forme, tout autant que c'est horrible de fond.

Merci pour cette lecture, au plaisir.
Titre: Re : Sueur et violence
Posté par: Fried le 20 Juin 2016 à 23:49:22
Quel gâchis incompréhensible, c'est tout ce qui me viens à l'esprit.
"Je ne savais pas qu'un en coup, en un coup seulement," qu'en un coup.
Titre: Re : Sueur et violence
Posté par: extasy le 21 Juin 2016 à 00:18:45
Hello,

Je plussoie mes camarades, j'ai beaucoup aimé. C'est court mais je n'ai pas eu le sentiment que c'était incomplet, il est très bien comme il est.
Citer
les récits qu'elle dévorait tout son temps libre
Ça se dit qu'elle dévorait tout son temps libre ? Pas plutôt qu'elle dévorait durant tout son temps libre ?

A la limite, et ce n'est qu'une impression perso, je pense que la chute avec le bateau est inutile. Tu cherchais un moyen original de terminer le texte, ou est-ce que cette fin a une raison d'être précise ?

En tout cas merci pour la lecture, c'était chouette.
Titre: Re : Re : Sueur et violence
Posté par: sonadoré le 23 Juin 2016 à 10:25:38


Wah, quelle chute ! J'ai un peu eu du mal à comprendre le geste du personnage principal, mais peut-être que c'est ça : c'est un geste incompréhensible.
Merci pour ce texte, extrêmement bien écrit. Dense et rythmé, contrasté et surprenant. Un plaisir à lire.
C'est quoi après ?  :noange:

J'ai pensé que c'était toute la poésie du personnage, de faire ce geste incompréhensible...
C'est quoi après ? Cela signifie qu'il faut une suite ?



Wow
Ça va être compliqué d'écrire un commentaire constructif.
J'ai été captivée de la première à la dernière ligne, ulcérée aussi par cette violence gratuite et inexplicable, pour finalement rester sur ma faim par ces derniers mots inattendus qui m'ont rappelé que le texte s'était ouvert par des guillemets.
Autrement dit c'est excellent de forme, tout autant que c'est horrible de fond.

Merci pour cette lecture, au plaisir.

Merci beaucoup pour ton commentaire, à bientôt ;)



Quel gâchis incompréhensible, c'est tout ce qui me viens à l'esprit.
"Je ne savais pas qu'un en coup, en un coup seulement," qu'en un coup.

C'est corrigé, faute de frappe... Gâchis vraiment, pour une seule faute de frappe ?...
Hello,

Je plussoie mes camarades, j'ai beaucoup aimé. C'est court mais je n'ai pas eu le sentiment que c'était incomplet, il est très bien comme il est.
Citer
les récits qu'elle dévorait tout son temps libre
Ça se dit qu'elle dévorait tout son temps libre ? Pas plutôt qu'elle dévorait durant tout son temps libre ?

A la limite, et ce n'est qu'une impression perso, je pense que la chute avec le bateau est inutile. Tu cherchais un moyen original de terminer le texte, ou est-ce que cette fin a une raison d'être précise ?

En tout cas merci pour la lecture, c'était chouette.

Cette fin m'offre la liberté d'inventer une suite, c'est rassurant. Et je trouvais que le "durant" alourdissait la phrase... Merci ;)
Titre: Re : Sueur et violence
Posté par: Menthe le 27 Juin 2016 à 13:17:05
Citer
C'est quoi après ? Cela signifie qu'il faut une suite ?
Oui  ;D