Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Servanne le 16 Juin 2016 à 11:33:38
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Je me lance dans les commentaires. C'est mon deuxième donc il faudra m'excuser s'il y a des manques : je vais essayer d'être le plus constructive possible.
Tout d'abord, j'ai apprécié de lire ce texte. Il est globalement bien construit, bien dans l'esprit d'un journal de médecin du début du XXe siècle. On voit que tu t'es bien documentée sur la partie psychanalyse, traitements médicaux, etc. Du coup, ça rend les choses vraisemblables. Et j'ai bien entendu particulièrement apprécié la chute, à laquelle on ne s'attend vraiment pas et qui fait donc bien son office. Cela m'a évoqué la nouvelle de Dino Buzatti, dans Le K, Dolfie (je ne sais pas si ça a été une source d'inspiration pour toi et, de toute façon, la forme est différente). Une lecture agréable, une écriture qui colle au fond et qui est plaisante : je n'ai pas regretté de prendre un peu de temps (je craignais que ce soit un peu long, mais en fait... non).
Pour ce qui est des remarques, j'ai fait une liste au fil de ma lecture. Je te les livre donc : j'ai essayé d'organiser tout ça mais j'espère ne pas trop t'assommer.
J'ai d'abord relevé certaines expressions qui relèvent plus de la fin du XXe et du début du XXIe siècles que du début du XXe. Pour moi, elles sonnent comme des anachronismes et heurtent un peu la lecture. Peut-être pourras-tu les remplacer par des termes plus datés :
- "challenge" (à remplacer par défi ?)
- "la balle est dans ton camp"
- "culotte baissée" et "remonter sa culotte" : il me semble que les dessous n'étaient pas les mêmes que de nos jours
- coûter "les yeux de la tête"
- "la puce aux oreilles" (sans compter qu'il vaudrait mieux écrire "la puce à l'oreille" même s'il y a plusieurs enquêteurs)
- se mettre "la tête à l'envers".
Un autre élément qui m'a dérangée dans ma lecture est le passage constant d'un récit au présent à un récit au passé. Je suppose que tu as voulu écrire au présent les moments d'échanges entre Freud et Klara, et laisser le reste du récit au passé. Sauf que, de mon point de vue, cela ne fonctionne pas car tu as choisi d'écrire cette nouvelle du point de vue de Freud, comme s'il rédigeait son journal. Il y a donc peu de chances qu'il passe son temps à changer le temps des conjugaisons.
Je pense qu'il faudrait que tu fasses un choix car parfois, c'est vraiment dérangeant pour la lecture : j'opterais plus naturellement pour le présent mais c'est à toi de voir. Cela m'a particulièrement gênée dans le paragraphe daté du 4 novembre : tout est écrit au présent auparavant donc on est surpris par le changement et on cherche ce qui gêne. Puis dans le paragraphe daté du 18 novembre, tu changes en cours de route ce qui est encore plus perturbant. Enfin, dans le paragraphe du 14 janvier, cela devient compliqué car cela embrouille le lecteur : ainsi, j'ai eu du mal à comprendre si le procès avait déjà eu lieu ou était à venir. Il faudrait éclaircir ce point.
Et je te fais une liste de choses trouvées au fil du texte mais qui relèvent souvent plus de la coquille ou de la faute d'accord :
- "A mes moments libres" : je trouve l'expression un peu maladroite
- "aussi intrigant que singulier" suivi de "Singulière sensation" : redondance à corriger
- "le bleu de la banquise de son regard" : je trouve l'expression un peu lourde. Remplacer par le bleu glacial ou le bleu banquise ?
- "les circonstances m'on confiée" : supprimer le e final à "confiée"
- "si l'un d'eux en avait été atteint de mêmes troubles" : soit "si l'un d'eux avait été atteint des mêmes troubles" soit "si l'un d'eux en avait été atteint"
- "mots éparses" : "mots épars"
- "montés en graines" : supprimer le s à graines
- "la porte de la maison qui referme" : ajouter "se" (se referme)
- "l'obscurité de la pièce avait restituée" : corriger en "a restitué"
- "dernières résistances avaient lâché" : "ont lâché"
- "de garde à porte" : ajouter "sa" (sa porte)
- "qu'elle commençait se dire" : ajouter "à" (à se dire)
- "c'était des porcs" : "c'étaient"
- "Saint Nicolas" : Saint-Nicolas
- "Seize ans" : supprimer la capitale à seize
- "La fête avait tourné" : "tourna"
- "elle en témoignerait" : témoigna (le temps employé pose un problème de style mais aussi d'interprétation du récit car on se demande si le procès va avoir lieu ou est passé)
- "sa fille l'avait effrayé" : "effrayée"
- "assignée à résidence" : il faudrait expliquer comment elle a pu venir consulter le médecin si elle ne peut quitter son domicile. C'est un détail mais cela coupe la lecture par des interrogations qui n'ont pas lieu d'être.
- "Fais-moi, confiance" : supprimer la virgule
- "ne me laisse le faire" : supprimer "le"
- "Seul, un travail" : supprimer la virgule
- "n'y arrive pas seule, je vais parler à ta mère" : remplacer la virgule par deux points
- "escorté par le gendarme" : ajouter un "e" à la fin de "escorté" + il faudrait indiquer plus haut qu'elle se fait accompagner par la police pour la consultation
- "l'accoutumé" : "l'accoutumée"
- "progrès qu'elle avait accompli" : "accomplis"
- "sous l'absence de preuves" : "en l'absence"
- "inappropriée à son cas" : supprimer le "e" de "inappropriée"
- "se renfermer un peu plus à l'intérieur d'elle-même" : cela me paraît très lourd
- "rigides, et" : supprimer la virgule.
J’espère que ces remarques pourront t'aider à peaufiner ton texte qui, je te le répète, est vraiment agréable et bien tourné. Merci pour ce moment de lecture.
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Carrément géniale cette lecture archi pointue, Sable d'encre, merci énormément :)
Je m'attelle à toutes les corrections dès que possible !
Amitiés,
S.
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Wahou, c'est un texte court ?
Il y a tout de même de la matière à digérer :-¬?
Alors déja bravo pour ce que j'imagine un gros travail de documentation, à moins que tout cela ne soit frais dans ton esprit. j'ai regardé sur wiki, Sigmund Freud était alors étudiant, mais Servanne freud avec sa machine à remonter le temps était bien là (selon les chroniques).
quelques trucs que j'ai vu:
"la contemplation du marbre du sol avant de se rassoir." se rasseoir
"Clic !Quinze ans ans, elle n’a pas encore quinze ans" ans de trop si ce n'est pas voulu
" aucun instrument avec lesquels elle eut été susceptible de se causer du mal dans la chambre" instrument au pluriel ou lesquels au singulier
"Les jours passant, peu à peu, je crus – à tort" passants
" Taraudé par cette échec, j’ai plongé" cet
Je connais très peu Freud, et ses livres, mais on s'y croirait à part quelques expressions toutes Servannaise.
genre " Ça me coupe net la chique." :D
Il aurait fallu peu de chose pour que l'histoire soit réécrite, mais non, je dis des bêtises, tu l'as réécrite.
bravo
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Merci Fried,
Vous complétez parfaitement la lecture admirable de sable d'encre !
Au boulot, la Servanne ^^
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Le passage du viol me rappel fort l'histoire de Millénium quand Blomkvist enquête sur la disparue. Cela se passe également dans un milieu nazi.
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Je viens de comprendre... Millennium... J'ai vu le film et j'ai bien aimé (super actrice) les livres valent le coup ou je peux m'en dispenser ?
S.
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- Ma modeste réponse sera que dans le doute il faut lire les livres.
- On fait rarement de bons films en partant de mauvais bouquins.
- Il y a toujours plus dans les livres... et c'est des livres. :D
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Oui je sais bien, mais autant j'aime bien regarder des films policiers de temps en temps autant je n'aime pas trop lire des polars... Bon je tenterai le coup, mon père les a.
Merci Gage !
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Oui les livres valent le coup, tu commences et tu ne les laches plus. J'ai aimé, l'approche du monde du journalisme en Suede, la politique, l'espionnage, le monde des hackeurs, (lizbeth) et l'enquete journaliste de blomkvist.
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Je plussoie. Une très bonne trilogie, prenante, des personnages bien campés, des intrigues complexes, sombres qui plongent dans les heures sombres de l'histoire de l'Europe. A lire, vraiment.
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Je vous dirai quand j'aurais attaqué ;)
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Ce texte m'a rappelé la même nouvelle que sable d'encre.
Avoir sa mère soignée par un juif, un comble pour Adolf.
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Très bon texte parfaitement crédible et documenté.
Il est très bien écrit, avec un ton juste, un vocabulaire adapté, si ce n'est une ou deux expressions dont je ne suis pas sûre de l'emploi à l'époque :mrgreen: (mais je ne suis pas historienne).
Ça m'a beaucoup plu !
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Merci Khalyss :)
Vous pouvez me dire quelles expression vous trouvez trop actuelles ?
S.
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"ça me coupe net la chique"
et
"j'étais arrivé dans un cul-de-sac"... non pas que cette expression me semble anachronique, mais étant donné le niveau de langage de la narration, je me serais plutôt attention à "impasse".
Je ne crois pas en avoir relevé d'autres de mémoire.
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C'est vrai que c'est pas terrible "la chique" je vais essayer de trouver autre chose !
Merci m'dame :)
S.
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C'est surtout l'association du "net" et de "la chique"... musicalement ce n'est pas très heureux.
"net la chique" répété oralement plusieurs fois de suite on dirait une locomotive qui se met en route :mrgreen:
A vot' service ;)
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Pour le coup j'ai remplacé "la chique" par "les bras m'en tombent" à défaut de mieux...
Et j'ai changé le cul-de-sac par "le labyrinthe des hypothèses"
S.
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C'est bien joué !
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Je me demandais où poster mon premier message sur le MDE depuis des mois. Fichtre, je l'ai trouvé !
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Franchement, de toutes mes lectures de ces derniers mois (de plus d'un an en fait), c'est le premier texte qui m'emporte autant. Tu m'as soufflé !
Les quelques questions qui s'imposaient au début de la lecture ont trouvé réponses. Tu as surtout un style fluide qui se met au service de tes puissants personnages. C'est incroyable cette force qui se dégage d'eux. Dès le premier paragraphe, tu m'as emmené dans ton univers pour ne plus m'en faire ressortir. Et la scène du viol. Mazette ! Les tournures de phrases, ces petits détails qui horrifient. J'avais envie de vomir.
J'imagine que le nom d'Hitler n'est pas anodin. Ton histoire s'inspire-t-elle d'une histoire vraie ?
Franchement, merci pour cette fantastique lecture ! Je me pencherai sur tes autres contributions avec plaisir !
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Merci Aphone :)
En fait je l'ai appelé "uchronie" parce que la situation n'est pas possible historiquement parlant. Freud était trop jeune pour rencontrer Klara Pölzl (qui est la véritable mère d'Adolf Hitler). Mais je trouvais que confronter le père (pas tout seul non plus) de la psychanalyse et la mère d'un futur monstre pouvait être intéressant.
Toutes les situations et les dialogues sont bien entendu fictifs ;)
S.
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Bonjour Servanne,
Au fur et à mesure de ma lecture très belle ;) , je commente ce qui " me vient " :
" Je n’ai pas encore d’enfant mais je crois que si l’un d’eux avait été atteint des mêmes troubles, je n’aurais pas été plus déterminé à le soigner que je ne le suis dans le cas de Klara Pölzl. La bataille que j’ai à livrer est d’autant plus délicate que c’est contre un organisme qui a décidé de se laisser mourir que je dois lutter. "
Premier passage où ma lecture bat un peu de l'aile . Sensation que les "phrases retombent" depuis le début de ce paragraphe . Pour ma part, je lierais les deux phrases citées par un "et" ou bien j'enlèverais tout bonnement la dernière pour la replacer ailleurs.
"Des croquis empreints de tourment et de virulence, tracés avec vigueur, quelque chose de rupestre, aurais-je presque envie de dire."
Oups, je trouve " de virulence " maladroit. Pourquoi pas "des croquis virulents. . . " ?
" La confiance entre deux êtres est comme un pont de corde au-dessus d'un fleuve tourmenté. Il est long à bâtir mais ensuite il en faut beaucoup pour que celui-ci ne s'effondre dans les eaux du doute."
J'aime .
" . . . de faire abstraction des pensées parasites qui hantaient ta tête pour ne plus voir que la flamme de la bougie jusqu'à ce qu’elle emplisse son esprit tout entier."
Je ne comprends pas . :(
Je ne parle que de la forme là, Servanne , le sujet de la psychanalyse m'intéressant moyennement . D'ailleurs ton texte est vraiment adroit pour que je lise avec curiosité ! ;)
" . . . sur les fesses faussement blagueuse . . . " peut-être écrire "faussement blagueuse" avant " sur les fesses " sinon c'est la confusion :P !
"Clic !"
J'en profite pour dire que le style, l'état d'esprit sont bien d'aujourd'hui et non pas de la fin du 19 ème. Je vois ça comme une qualité, une richesse.
" pour peloter ses seins sans vergogne " , " sans vergogne " doit être mis avant " ses seins" à mon goût ;)
" qui vit dans son propre plan de réalité" , cela ne fonctionne pas tout à fait pour moi même si je comprends ce que tu veux dire.
"alors que son porc de mari referme la porte de l’abri de jardin…" J'aime beaucoup l'utilisation du langage familier , le contraste qu'il créé avec l'atmosphère précédente ; de plus on ressent les émotions de la jeune fille , ou/et du docteur .
"Clic !
Le grognement bestial, la chose qui finit par sortir d’elle dans un bruit de succion immonde. Une autre prend sa place, puis encore une autre. Le temps n’a plus de réalité, un labyrinthe sans échappatoire…"
Le " clic" ne m'apparait plus utile à ce stade là . La répétiton trop grande lui fait perdre de sa force, toujours... à mon goût bien sur ;)
Par ailleurs, la scène jusqu'à la fin est très bien écrite, décrite de l'intérieur . Je marche à fond .
"a restituée " , fôte d 'otograf je croa :-*
"Une fois dans le coaltar, je la fis admettre en soins intensifs à l’hôpital auquel je suis rattaché. Au début, il fallut presque la nourrir de force, ne laisser aucun instrument avec lesquel elle eut été susceptible de se causer du mal dans la chambre, et affecter une infirmière de garde à sa porte, jour et nuit. De mon côté, j’arrangeai mon emploi du temps afin de pouvoir passer quotidiennement au moins une heure à son chevet.
Klara Pölzl resta dans un état proche de la catatonie pendant de nombreux jours. Elle n’en sortait que pour hurler et se cogner la tête contre les barreaux de son lit, il fallait alors la sangler et lui administrer un somnifère. Qui ou quoi aurait pu la nettoyer de ces remugles d'un sang profané, des souvenirs de la puanteur de la sueur et de cette horreur maculant l'intérieur de ses cuisses, et surtout la débarrasser de la peur des hommes et de la honte qu’elle portait comme une cangue ? Rien ni personne. Si ce n’était la vengeance, mais son état le lui interdisait. Cette souillure interne, l’eau de tout le lac de Constance n’aurait pu la laver. Seule la cocaïne que je lui fournissais apaisait quelque peu ses affres."
Dans le contenu, je ressens la réaction de la jeune fille trop forte ou trop soudaine. Mais je n'y connais rien et le propre d'une histoire c'est "d 'agrandir " aussi, alors why not 8)
"Dès que son état fut stabilisé " j'ai l'impression en lisant le " dès que" que la stabilisation est très, trop facile. Que tu éludes cette phase, pourquoi pas, mais là tout s'allège trop rapidement.
"...mouvoir comme la surface de l’eau troublée par le vent dans ses yeux. Mais tout ça n’est que romanesque, peu satisfaisant pour un esprit scientifique. "
Pour moi non plus , l'expression sur l'eau n'est pas claire, je n'aime pas trop .
" S'il y a une personne dans sa vie qui a vraiment essayé de l'aider, qui a cru en elle, c'est bien moi. "
Cette phrase me sonne inutile , elle dit quelque chose d'évident ! Elle fait perdre un peu de force au récit selon moi.
"Retranchée dans le silence, amorphe et recroquevillée comme un crabe plongé sous l’eau douce dans le prétoire, ses grands yeux fixaient la salle sans vraiment se poser. "
J'aime.
J'aime la fin, sobre, fidèle à l'état d'esprit scientifique d'une partie du récit.
Un grand bravo pour ce texte ! Encore une fois, je ne suis pas fan de ce sujet mais tu as réussi à m'embarquer en créant une histoire ciselée, précise qui évoque la profondeur humaine, celle de la jeune fille. ::)
Selon moi, Freud a quelques réactions qui évoquent celui d'un homme de 40, 45 ans max.Je ne sais pas ce qu'il en de tes choix sur son âge mais je te fais part de ce ressenti.
Un texte qui mérite d'être un peu amélioré sans aucun doute, il peut captiver ;) . Il est déjà superbe.
A bientôt,
Luv :-¬?
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Bonjour Luv, je pense que ce texte est le plus abouti de tous ce qu'elle a pu écrire jusque là. Le plus complexe et le plus réussi aussi à mon gout. Ce savant mélange uchronique est plus que savoureux.
En revanche, Servanne ne pourra plus répondre aux commentaires, et ce, pour une periode d'un mois. Elle a été mise sous silence par la modération à compter d'hier ou avant hier... 8)
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Merci de cette nouvelle Wag,
'mise sous silence par... " quelle expression
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J'avais une nouvelle remarque à te laisser, tu ne la verras donc pas avant un bon moment donc.
Après relecture, je me demande si le fait d'utiliser Freud est une bonne chose. On a déjà la révélation de la présence d'Hitler dans l'histoire et tu dis toi-même qu'ils ne sont pas de la même époque. Si tu mettais un psychanalyste lambda, est-ce que cela ternirait l'histoire ? Je ne suis pas sûr.
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Merci de cette nouvelle Wag,
'mise sous silence par... " quelle expression